DE L'ÉDITEUR
Toute vraie philosophie a un principe el un but; son principe est la métaphysique, son but est • la morale et la politique. Sans la métaphysique la science est obscure et incertaine; sans la morale et la politique elle est yaine et chimérique. Cette connexion nécessaire delà métaphysique et de la morale est une loi qui s'applique à toutes les époques de la pensée : le passé Ta reproduite invariablement, le présent la réclame avec d'autant plus de force que le caractère propre de la science aujourd'hui est précisément la recherche des résultats pratiques , dans toute spéculation.
Une grave lacune nous a frappé dans les nombreux écrits de M. Cousin : la psychologie , la théodicée, la philosophie de l'histoire et l'histoire de la philosophie y sont à peu près exclusivement représentées : la morale et la politique n'y figurent qu'en de rares et courts fragments. Je sais bien que si la science morale proprement dite se nM>ntre peu dans les livres de l'illustre écrivain, le sentiment moral y est partout, qu'il inspire et vivifia sa psychologie, sa théodicée, sa philosophie de l'histoire : mais le sentiment moral ne remplace point la science. M. Cousin l'avait si bien senti que, dans son enseignement public de 48i9 et iSâO, il avait développé une théorie des devoirs et des droits. Malheureusement il n'est resté de cette théorie qu'un souvenir profond religieusement conservé dans l'àme des jeunes gens qui se pressaient alors autour de la chaire de l'éloquent professeur. A ceux-là un tel souvenir peut suffire. Mais les jeunes adeptes de la philosophie qui n'ont point entendu M. Cousin et qui n'ont pu hériter des traditions devaient vivement regretter de rester étrangers à un enseignement qui avait tant contribué à former
(i) L'exactitude étant le seul mérite de ce travail, mon devoir e«t de le renvoyer aux élève» de Técole Normale
l'esprit moral et politique de la jeunesse. Nous croyons donc avoir répondu à leur désir en obtenant de M. Cousin la permission de publier ces leçons (i). Nous avons conservé la pensée de l'auteur le plus fidèlement qu'il nous a été possible; pour le style, ne pouvant le reproduire, nous ne devions pas même tenter de l'imiter, sachant bien qu'on n'imite pas le style d'un grand écrivain. En laissant reparaître sous une forme froide et décolorée une pensée sur laquelle son imagination et sa sensibilité avaient répandu tant d'éclat et de vie, M. Cousin a sacrifié le soin de sa réputation au désir d'être utile. Heureux encore s'il retrouve dans cette esquisse affaiblie les véritables traits de son enseignement I
Dansun cours qui comprenait les années i8l9 et 1820, M. Cousin conçut et réalisa un vaste plan. Toute la philosophie morale du dernier siècle se résume en trois grandes doctrines, savoir, le sensualisme d'Helvétius et de Saint- Lambert, le spiritualisme timide de l'école écossaise, le spiritualisme absolu de l'école allemande. C^est de ces trois doctrines que H. Cousin entreprit l'histoire et la critique. Le volume que nous publions ne traite que des systèmes moraux de la philosophie française; il comprend aussi l'analyse et l'appréciation des doctrines morales et politiques de Hobbes , le plus rigoureux publiciste de l'école de la sensation.
Dans ce livre, H. Cousin fait deux choses : il ruine la doctrine de l'intérêt ; il pose les vrais principes de la science des devoirs.
Toute morale vraiment systématique relève d'un principe métaphysique. La morale de l'intérêt et du plaisir dérive de la philosophie de la sensation : c'est Locke et Condillac qui ont pro-
dont les rédactions m'ont été confiées. MM^ Rinn, Dunoyer, ThéryetBouillel.