‹ Œuvres de Victor Cousin (volume 2)Chapitre 135 sur 141 · BEATTIE · texte numérisé non relu

BEATTIE

el qui ne peut être résoloe affirmativement ou négativement par les principes de cette science. La philosophie naturelle nous informe que la matière gravite suivant nue certaine loi ; elle ne nous apprend rien de plus. Je n'imagine pas d'expérience qui puisse décider si la matière est active ou passive dans la gravitation. Dire qu'elle est active, parce que nous ne percevons aucune cause externe qui la fasse graviter, ce serait un raisonnement hasardé, ce me semble, et en outre très-faible, puisqu'il se réduirait à ceci : Je ne perçois pas telle chose, donc elle n'existe pas.

Il m'est impossible d'apercevoir une bonne raison de penser que la matière possède un pouvoir actif ; s'il était prouvé qu'elle en possède un, il n'y aurait aucune raison pour ne pas lui en attribuer d'autres. Votre seigneurie parle de la résistance au mouvement, et de quelques autres propriétés, comme s'il était reconnu que ce sont des pouvoirs actifs inhérents à la matière. Quant à la résistance au mouvement et à la continuation du mouvement, je ne sais trop si ces propriétés ne résultent pas nécessairement de ce que la matière serait inactive; et en supposant qu'elles impliquent l'activité, cette activité peut tenir à quelque autre cause.

Je ne saurais concevoir distinctement un pouvoir actif d'un autre genre que celui que je trouve en moi-même ; et celui-ci, je ne puis le déployer que par la volonté, qui suppose la pensée. 11 me semble que si je n'avais pas conscience de mon activité personnelle, je ne pourrais jamais me faire l'idée d'un pouvoir actif d'après les choses qui m'environnent. Je vois une succession de changements, et non le pouvoir, c'est-à-dire la cause efficiente qui les produit; mais ayant acquis la notion de pouvoir actif par la conscience que j'ai de ma propre activité, sachant d'ailleurs que chaque production suppose un pouvoir actif dont elle émane, je puis en concevoir un de l'espèce de celui que je connais, c'est-à-dire qui suppose la pensée et le choix, et qui se déploie par la volonté. Mais si ce pouvoir existe dans un être inanimé et sans pensée, j'ignore ce que c'est, et ne puis en raisonner.

Si vous concevez que l'activité de la matière est dirigée par la pensée et la volonté au sein de la matière, chaque particule matérielle doit connattre la situation et la distance de chaque autre particule du système planétaire ; ce qui, n'est pas, je le suppose, l'opinion de vo're seigneurie. Je dois donc conclure que ce pouvoir actif est guidé dans toutes ses opérations par un être intelligent qui connaît à la fois la loi de graviution, et la distance et la situation de chaque particule matérielle par rapport aux autres particules, dans tous les changements du monde matériel. Comment cette particule, dans les divers développements de son pouvoir actif, est-elle guidée par un être intelligent? C'est ce que je ne puis me représenter que de deux manières : ou bien le Dieu qui l'a créée prévoyait toutes les situations où elle se trouverait par rapi>ortaux autres particules, et il l'a formée en conséquence, lui donnant une structure interne qui produit nécessairement tous les mouvements et les tendances au mouvement qui doivent se développer en elle dans la suite des siècles. Ce système fait de chaque pajticule matérielle une machine ou un automate, dont la structure ne ressemble en rien à celle des autres particules de Tunivcrs. Telle est l'opinion de Leibnitz ; elle ne m'inspire pas de préventions; je désirerais seulement savoir si elle est adoptée ou non par votre seigneurie. Une autre hypothèse, et c'est la seule antre que je puisse concevoir, consiste à penser

que les particules de matière obéissent dans Texereice de leur pouvoir actif à l'influence continue d'un être intelligent, influence qui se règle sur leurs positions respectives. Dans ce cas, chaque particule serait comme un cheral guidé par son cavalier ; et alors il ne faudrait pas, ce oie semble, lui attribuer le pouvoir de la gravitation, mais seulement le pouvoir d'obéir à son guide. Je serais heureux de savoir si votre seigneurie choisit la première on la seconde de ces deux alternatives, ou si vous en ioiaginez une troisième préférable aux deux autres.

Je ne veux pas allonger cette lettre, qui est déjà démesurément longue, en critiquant les passages de Newton que vous citez. J'ai beaucoup d'égard pour ses opinions: mais sur les points où je ne les partage pas, je crois que c'est lui qui se trompe.

Les idées que je vous ai présentées sur la philosophie naturelle dans cette lettre, je crois que je les dois à Newton ; si dans ses scelles et ses questions il donne Tessor à sa pensée et pénètre quelquefois dans le domaine de la théologie naturelle et de la métaphysique, il faut loi pardonner ces digressions, qui ne font pas partie de sa physique, laquelle est contenue dans ses propositions el set corollaires. Il y a plus : ses questions et ses conjectures me paraissent avoir du prix ; seulement je suis persoadé qu'il ne les a jamais regardées comme autant de poluu qu'on devait prendre pour accordés, mais comme des sujets de recherches.

Thoi. Reid.

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