‹ Œuvres de Victor Cousin (volume 2)Chapitre 136 sur 141 · BIOGRAPHIE DE BEATTIE · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIE DE BEATTIE

Indication ttê tes ouvraget philosophiques ; exposition de ta doctrine , et analyse de ses principaux écrits.

Ce qui m'a empêché, dans le cours qui précède, de co« sacrer une leçon spéciale à l'examen des doctrines de Beattie , c'est qu'elles ne sont guère autre chose que la reproduction de celles de Reid, à l'exception de ses Idées sur la poésie, qui sont souvent originales, mais qui ne se rattachent pas par un lien suffisamment visible aux principes de sa philosophie générale. Quoi qu'il en soit , comme ce philosophe a joui d'une grande réputation en Ecosse, il me parait utile de faire connaître ici en peu de mots sa vie, la liste de ses écrits et ses principales opinions.

James Beattie naquit en 1735 à Lawrcncekirk , dans le comté de Kincardineen Ecosse. Il appartenait à une famille pauvre, qui aurait eu de la peine à subvenir aux frais de son éducation, si le jeune Beattie, qui montra de booue heure ses heureuses dispositions, n'avait obtenu an concours une bourse dans l'université d'Aberdeen. Ses étodes faites, il alla remplir en 1755 une place de maître d*éco(e à Fordoun, non loin de Lawrencekirk. Il y composa dans ses heures de loisir des vers qui le firent avantageusement connattre. En 1758, les magistraU d'Aberdeen l'attachèrent comme professeur à une école de grammaire instituée dans celte ville. 11 garda ces fonctions jusqu'en 1760, épotfiie où il fut nommé à la chaire de logique et de philosophie morale au collège Maréchal.

C'est peut-être ici le lieu de dire quelques mots d*ane société de savants, particulièrement de philosophes, for-

APPENDICE

mée à Aberdeen , et dont Beattie deTînt membre. Cette société a rendu auez de services à la philosophie pour que B. Stewart et le biographe de Beattie aient signalé avec éloge son influence. Elle comptait parmi ses principaux membres , indépendamment de Reid et de Beattie , les docteurs Gérard , Campbell et Grégory , auteurs estimés , le premier, d'un Esiai sur le goût où sont reproduites la plupart des idées de Hutcheson sur cette matière; le second , d'une Philosophie de la rhétorique composée d'après les principes philosophiques de Reid ; le troisième, d'une Comparaison de l'homme et de Vanimal considérés dans leur élal el leurs facultés. L'amour sincère de la science, le respect des croyances du sens commun, la baine et la crainte du scepticisme de Hume étaient le lien qui unissait entre eux ces différents hommes. Il sulBt de dire à la louange de cette société , que l'usage que ses membres avaient établi de lire chacun à leur tour au sein de la réunion un essai de leur composition sur quelque question intéressante, donna naissance aux meilleurs écrits des philosophes que je viens de nommer.

Beattie avait déjà publié un grand nombre d'ouvrages , lorsqu'il se fit suppléer par son fils (1787 à 1789). La mort de ce fils , arrivée en 1789, et celle de son second fils en 1796, le plongèrent dans une mélancolie profonde. Il se fit donner nn remplaçant , chercha de plus en plus la solitude, et acheva en 1803 une vie qui avait été heureuse et brillante d'abord , et dont la fin s'écoula dans la tristesse.

Il faut faire deux parts des écrits de Beattie ; la première , qui n'est peut-être ni la moins remarquable ni la moins étendue, appartient à la poésie et à la littérature; la seconde , à la philosophie. Beattie a offert l'exemple toujours très-rare d'un mérite philosophique réel uni à un talent poétique que ses contemporains ont beaucoup admiré. Ce qui n'est ni moins rare ni moins curieux, c'est la parfaite distinction qu'il a su faire et observer entre le style de la poésie et celui que réclame une composition philosophique. Ses écrits de philosophie sont clairs, simples, élégants, et très éloignés de ce langage constamment métaphorique dont un poète a de la peine à perdre l'habitude. D'un autre côté , ce qui prouve qu'il n'a pas porté dans ses poésies les procéda de la froide et sévère raison philosophique , c'est le succès même qu'elles ont eu. Son principal poëme, le Ménestrel, ou les progrès du génie, a été placé par le public au rang des meilleures poésies anglaises , et M. de Chateaubriand (Essai sur la littérature anglaise) a cru retrouver des imitations frappantes de ce poème dans les premiers vers de lord Byron.

Je n'ai à considérer ici dans Beattie que le philosophe; voici les titres de ses ouvrages de philosophie :

Essai sur la nature et VimmutabiUté de la vérité en opposition aux sophistes et aux sceptiques, 1770. Cet ouvrage a été réfuté en même temps que la Recherche de Reid sur l'esprit humain, et Vjéppel d'Oswald au sens commun, par le docteur Priestley. Il a eu plusieurs éditions.

Essais sur la poésie et la musique, sur le rire, sur Vulîlité des études classiques, 1776. UEssai sur la poésie et la musique a été traduit en français.

Dissertations morales et critiques sur la mémoire et rimagination , sur les rêves, sur la théorie du langage, sur la fable et le romoM, sur les affections de famille, sur les exemples de sublime, 1783.

Éléments de science morale, publiés, le premier volume en 1790, le second en 1793.

Beattie a composé en outre un Traité sur VéfMence du christianisme, publié en 1786.

Enfin on trouve un grand nombre de ses lettres , rou* lant pour la plupart sur la philosophie ou la littérature « dans le livre consciencieux de W. Forbes sur la vie et les ouvrages de Beattie.

11 me reste à indiquer les principales opinions de ce philosophe. Elles se rapportent presque toutes aux points suivants, auxquels on peut ramener également une grande partie des doctrines de Reid :

lo Distinction des vérités du sens commun et de celles de la raison, les unes qui sont évidentes par elles-mêmes et sans démonstration, les autres qui le deviennent à l'aide du raisonnement.

2« Polémique contre le scepticisme spiritualiste de Berkeley , et le scepticisme universel de Hume.

S** Polémique contre Descartes, que Beattie, à l'exemple de Reid , accuse d'avoir produit le scepticisme moderne en cherchant à tout démontrer.

Pour faire .connaître d'une manière plus détaillée la phi<* losophie de Beattie , je vais analyser brièvement ses trois meilleurs ouvrages : l'j^^^at sur la vérité, les Éléments de science morale, et VEssai sur la poésie, en empruntant à W. Forbes l'analyse des deux premiers.

VEssai sur la vérité est divisé par l'auteur en trois grandes parties.

La première a pour but c de rapporter les différentes espèces d'évidence et de raisonnement à leurs premiers principes, afin de déterminer le critérium de la vérité, et d'en expliquer le caractère invariable. •

L'objet de la seconde partie est de montrer c que les sentimentsdel'auteursurcettequestion, quoique en désaccord avec le génie du scepticisme et avec la pratique et les principes des écrivains sceptiques, s'accordent parfaitement avec le génie de la vraie philosophie et avec la pratique de ceux qui, de l'aveu général, ont le mieux réussi dans laf'recherche de la vérité; et qu'il y a des règles au moyen desquelles les principaux sophismes de la philosophie sceptique peuvent être découverts par tonte personne qui a le sens commun , même quand cette personne ne posséderait pas la finesse et les connaissances métaphysiques nécessaires pour réfuter logiquement ces sophismes.

L'objet de la troisième partie est c de répondre à quelques objections prévues par l'auteur , et de faire en outre quelques remarques en appréciant le scepticisme et les écrivains sceptiques. »

En conséquence de cette division, la première partie se compose de deux chapitres. Dans le premier, le docteur Beattie étudie la perception de la vérité en général. U commence par montrer que la croyance est un acte simple de l'esprit, qui n'admet pas de définition, et que la vérité est ce que la constitution dé notre nature nous détermine à croire; et la fausseté, ce qu'elle nous détermine à ne pas croire. La vérité est de deux espèces, celle que nous percevons au moyen d'une preuve, et celle que nous percevons immédiatement et d'après les lois originelles de notre constitution. La faculté qui nous fait percevoir les vérités de la première espèce est la raison , ou t cette faculté qui nous rend capables de chercher , d'après des rapports ou des idées que nous connaissons , une idée ou rapport que nous ne connaissons pas ; faculté sans laquelle nous ne pouvons faire un pas dans la découverte de la vérité au delà des premiers principes ou des axiomes intuitifs. > D'autre part, la faculté qui nous fait percevoir les vérités de la seconde espèce ou les vérités évidentes

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