‹ Œuvres de Victor Cousin (volume 2)Chapitre 139 sur 141 · Livre III. Progrès des sciences · texte numérisé non relu

Livre III. Progrès des sciences

i« Principes et progrès de la raison.

2« Principes et progrès de la moralité.

3<* Principes et progrès de la théologie. Ces extraits de la table des matières des Esquisses peuvent faire juger de la multitude et de la variété des questions embrassées par l'auteur et du vague qu'il a dû laisser dans les solutions qu'il en donne.

Mémoires de lord Kames , par Alexandre Fraser Tytler, 1808.

Lord Kames est plutôt un fécond polygraphe, un habile critique , qu'un grand philosophe. La recherche des paradoxes lui tient quelquefois lieu d'originalité. Si ses doctrines se rattachent par une communauté de but aux autres doctrines écossaises, elles sont loin d'en reproduire toujours le bon sens et la sage modération. Lord Kames combat le scepticisme de Hume; il combat également l'esprit cartésien, que Beid avait accusé de conduire au doute universel en soumettant à l'épreuve du raisonnement les vérités primitives immédiatement saisies par l'intelligence; il rétablit contre l'école de Descartes l'autorité de certaines facultés intellectuelles qui atteignent la vérité sans intermédiaire. Jusque là il est dans le vrai ; malheureusement il donne, comme Hutcheson, le nom de sens aux facultés qui arrivent au vrai par une intuition directe et immédiate; et il ajoute à l'erreur de Hutcheson un tort encore plus grave, celui de multiplier à l'infini ces facultés, et de leur attribuer des notions qui ne peuvent évidemment venir que du raisonnement. Si l'on compare la tendance de lord Kames à celle de Descartes, on trouve que celui-ci avait étendu outre mesure l'empire du raisonnement, et avait annulé pour ainsi dire les autres facultés, tandis qtie lord Kames annule le raisonnement à force d'exagérer le nombre et la portée des facultés qui saisissent immédiatement la vérité.

c Les qualités du bien et du mal , dit-il , sont secondaires comme la beauté et la laideur... La beauté et la laideur sont les objets d'un sens connu sous le nom âegoût. Le bien et le mal sont les objets d'un sens appelé le sens moral ou conscience. » (Esquisses, IV« vol., p. H.) Hutcheson avait dit la même chose; mais lord Kames

LORD KÀMES.

ajouta : c II y a nn sens par lequel nous peiceTons la Térité de plusieurs propositions telles que celle-ci : Chaque chose qui commence à exister doit avoir une cause. C'est par un sens particulier que nous savons qu'il existe un Dieu. Il y a un sens qui nous apprend que les signes extérieurs des passions sont les mêmes chez tous les hommes. Il y a un sens qui lit dans Favenir, etc. > (Esquissée , ch. des Principes de la raison.)

Je n'ai pas besoin de réfuter cette doctrine. Il me suffit de dire qu'on ne pouvait amener à un plus haut degré de ridicule la réaction anticartésienne de Hutcheson , de Reid, et des autres philosophes écossais. Cette doctrine n'a qu'un mérite , ou du moins une utilité : c'est de mon-

trer que si la disposition des cartésiens à tout prouver, à tout expliquer, a ses dangers, la disposition contraire, qui est celle des Ecossais , a aussi les siens ; qu'il faut dès lors faire dans la science de l'esprit humain une légitime part d'un côté au raisonnement et aux explications qui en dérivent, et d'un antre côté aux vérités primitives et inexplicables qui sont le principe et non la conséquence du raisonnement. Si on veut être exclusif dans un sens ou dans l'autre, on aboutit avec Descartes au sceptisme, ou avec lord Kames à de puériles hypothèses qui n'expliquent rien, qui ne satisfont ni le sens commun ni la science, et qui ne peuvent que retarder les progès de la philosophie.

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