PENDANT LE PREMIER SEMESTRE DE
SUR LES VÉRITÉS ABSOLUES
Je livre au public philosophique le programme des leçons que j*ai données pendant quelques mois de cette année à la faculté des lettres de TAcadémie de Paris et à Técole normale , sur le point le plus élevé de la
science , savoir Tidée même de la science. Selon moi , comme toute vérité est sans doute telle ou telle vérité , mais qu'elle a de plus quelque chose en elle qui la constitue vérité ; de même toute science se compose
FRAÊMENTS PHILOSOPHIQUES.
et d'un élément individuel qui la fait elle et non pas une autre , et d'un élément supérieur, non individuel , qui lui imprime le caractère de science. Qu'est-ce donc qui constitue la venté et la science en ellesmêmes , comme vérité et comme science , indépendamment de leurs éléments individuels , et de leurs applications particulières, dont l'intérêt philosophique est tout entier dans leur rapport avec leur élément supérieur ou leur principe?
Cette question fondamentale, décomposée dans toutes celles auxquelles elle donne lieu nécessairement , engendre une science entière qui , sans doute , n'apprend aucune science particulière , mais qui , se retrouvant dans chacune, plane sur toutes, et peut être appelée la science par excellence, la science première, et à parler rigoureusement la science de la science, puisqu'elle est la science de ce qui , dans toute science , appartient exclusivement à la science.
S'il est démontré qu'il y a des vérités sans vérité , qu'il y a des sciences et point de science , je conviens que tout ce travail est inutile et porte à faux. Mais si le contraire est évident, il faut bien chercher à résoudre le problème que j'ai posé.
Inlroduclion à toute science, ou science de la science.
Idée de la science en général , ou de la science comme science , considérée dans sa forme , c'est-àdire en elle-même, dans son élément constitutif, abstraction faite de sa matière , c'est-à-dire de toutes les sciences particulières.
Axiome fondamental de la science de la science : Point de science de ce qui passe. L'absolu , élément scientifique.
De Vesprit scientifique.
Transporter sans cesse l'absolu dans le relatif, et ramener sans cesse le relatif à l'absolu , pour être toujours dans l'absolu , c'est-à-dire dans la science.
Méthode scientifique.
Chercher l'absolu sans lequel il n'y a point de vraie science, et le chercher par l'observation sans laquelle il n'y a point de science réelle. De la spéculation et de l'observation, et de leur importance relative.
Problème scientifique.
Trouver l'accord de la spéculation et de Tobservation, ou trouver à posteriori quelque chose qui soit à priori.
Sphères d^ observation,
i^ Du MOI , ou de la liberté.
^ Du KON-Moi ou de la sensibilité et de ses deux modes , la sensation et le sentiment.
Que l'observadon , soit qu'elle s'adresse au monde extérieur ou au moi , est dans une égale impuissance d'y trouver aucun point de vue spéculatif, aucune base scientifique. En eflet , si le caractère du mon- Moi est le multiple ou le variable , et celui du moi l'individuel , l'absolu ne peut se trouver ni dans l'un ni dans l'autre , isolés ou réunis. Ni le sujet ni l'objet , ni l'humanité ni la nature, considérés dans ce qui leur est propre , ne peuvent fournir aucune donnée scientifique.
3® De la raison , comme distincte de la sensibilité et de la liberté. Elle tombe sous l'observation aussi bien que la sensibilité et la liberté. C'est dans cette sphère que l'observation saisit immédiatement des principes qui, aussitôt qu'ils apparaissent à l'observation , lui apparaissent antérieurs , postérieurs , supérieurs à elle-même , indépendants d'elle-même , vrais en tout temps et en tout lieu , parce qu'ils sont vrais en eux-mêmes , c'est-à-dire vrais d'une vérité absolue. Là est la solution du problème scientifique.
Division de toute recherche scientifique,
i<> De l'absolu , comme idée , ou dans son rapport avec la raison. — Psychologie rationnelle,
3* De l'absolu , hors de la raison , dans son rapport avec l'existence. — Ontologie,
IjC» deux extrémités de la science ainsi posées , trouver leur rapport : ou —
Z^ De la légitimité du passage de l'idée à l'être , de la psychologie rationnelle à l'ontologie. — Logique,
Classification de toute recherche scientifique , ou de Vordre dans lequel les problèmes scientifiques doivent être traités,
La psychologie rationnelle doit être traitée la première , la première chose à faire étant de constater ce sur quoi on veut opérer. La logique doit être traitée avant l'ostologie , l'ontologie n'étant qu'une hypothèse si la légitimité des principes sur lesquels elle repose n'a pas été antérieurement démontrée. Ainsi :
1® Psychologie rationnelle.
2* Logique.
3« Ontologie.