SI
avec vérité) , c'a esté le calcul de la réfraction qui 8e faisoit dans cette boule d'eau. Ces belles couleurs qu'oD voit le matin dans ces gouttes de rosée qui sont tombées la nuit sur les herbes , toutes pareilles à celles de Tarc-en-ciel , ont bien peu encore faire conjecturer que les couleurs de Tarc-en-ciel tiennent d'une pareille cause. Tay voulu mesurer autrefois la mesme réfraction dans un prisme , que je fis faire exprès à angles in^ux et de la grandeur marquée par M. Descartes; on peut aussi les mesurer dans les prismes ordinaires.
m BanoTer, ce 20/30 rénier 1697.
( Voicy (i), monsieur, une lettre de M. deSpanheim. 11 n'oublie pas ses amis , quoique ses occupations et ses ouvrages l'empêchent d'être prompt à leur répondre. Mes occupations et mes travaux sont infiniment au-dessous des siens , et je ne laisse pas d'être accablé quelquefois par la multitude et par la diversité des choses ; sans cela , j'aurois déjà répondu à votre dernière. J'espère qu'une mienne vous aura esté rendue cependant , que j'avois escrite avant la réception de la vostre , et je m'y rapporte.
€ Je vous suis infiniment obligé , monsieur, de la communication des extraits des lettres de l'illustre M. d'Avranches, puisqu'il a la bonté d'agréer les observations que j'ay faites sur Descartes et particulièrement touchant les auteurs dont il a profité. Je les mettrai par écrit un de ces jours.
c Quoique je veuille bien croire que cet auteur a esté sincère dans la proposition de sa religion (s) , néantmoins les principes qu'il a posés renferment des conséquences étranges auxquelles on ne prend pas assez garde. Après avoir détourné les philosophes de la recherche des causes finales , ou , ce qui est la même chose , de la considération de la sagesse divine dans l'ordre des choses , qui à mon avis doit être le plus grand but de la philosophie, il en fait entrevoir la raison dans un endroit de ses Prineipei, en voulant s'excuser de ce qui semble avoir attribué à la matière certaines figures et certains mouvements. 11 dit qu'il a eu droit de le faire, parce que la matière prend successivemement toutes les formes possibles , et qu'ainsi
(i) Cette lettre manque dans le manaecrit de Paris. Nous la donnons d*aprè» la Revtie des deux Bourgognes,
(i) Tout cet alinéa est imprimé dans Dutens a?ec cette étrange variante : Je vetix bien croire que M, l*abbé Faydit ait été sincère y etc. Dutens, t. II, p. 245.
(^) SimoD Foucber , chanoine de Dijon , né en cette ville en 1644, mort à Paris en 1696, surnommé te re«(aura leur de la philosophie académicienne,
(4) Un des premiers orientalistes du xvii* siècle. Mort en 1667.
(6) On croit communément que c'est la première édi
il a fallu qu'elle soit venue à celles qu'il a supposées. Mais , si ce qu'il dit est vrai , si tout possible doit arriver et s'il n'y a point de fiction (quelque absurde et indigne qu'elle soit) qui n'arrive en quelque temps et en quelque lieu de l'univers , il s'ensuit qu'il n'y a ni choix ni Providence , que ce qui n'arrive point est impossible , et que ce qui arrive est nécessaire , justement comme Hobbes et Spinosa le disent en termes plus clairs. Aussi peut-on dire que Spinosa n'a fait que cultiver certaines semences de la philosophie de M. Descartes, de sorte que je crois qu'il importe effec^ tivement pour la religion et pour la piété que cette philosophie soit chastiée par le retranchement des erreurs qui sont mêlées avec la vérité.
€ M. l'abbé Foucber (s) estril mort ou vivant? Il n'a rieii dit sur ma réplique dans le journal. Lorsqu'il a écrit contre mes nouvelles pensées philosophiques , il a cru que ce n'estoit que des hypothèses ; mais , en y méditant, il trouvera qu'elles sont démontrées.
c Les manuscrits orientaux de feu M. Golius (4) ont esté vendus à l'encan en Hollande : c'est pitié que cette belle collection a été dissipée. Ceux de feu M. Hinckelmann , qui a publié l'arabe de l'Alcoran (5), sont encore à vendre , et il y a des bonnes choses. Je (s) suis bien aise que M. d'Avranches trouve son édi^ tion de l'Alcoran assez correcte. On m'assure que le pape Innocent XI a empêché l'édition du bon père Maracci (7), quoiqu'il fût son confesseur, parce qu'il regardoit ses remarques comme une espèce d'apologie de l'Alcoran , en ce qu'elles faisoient voir que les commentateurs lui donnoient très-souvent un sens raisonnable. Les Arabes ont eu des philosophes dont les sentiments sur la Divinité ont esté aussi élevés que pourroient estre ceux des plus sublimes philosophes chrétiens. Cela se peut connoitre par l'excellent livre du Philosophe auiodidaeie (s), que M. Pokock a publié de l'arabe.
€ A propos du concile de B&le (dont peulrêtre des mémoires se trouvent dans le diocèse de Coutances , si M. d'Avranches a la bonté de les faire chercher) , je vous diray , monsieur , une nouvelle curieuse, c'est qne des mémoires de certains prélats qui ont assisté au concile de Trente ont esté découverts et seront publiés fidèlement sur les originaux.
tion de ce livre qui ait paru en langue originale : elle est de 1694, in-4<>, sous la date de Hambourg. Hinckelmann mourut en 1695.
(6) Cet alinéa est dans Dutens, 1. 1.
(7) C'était une fable , car Innocent Xf était mort en 1689, etréditionde TÀlcoran par Maracci a paru à Padoue, en 1698, sans difficulté quelconque.
(s) Philosopha aulodidaelus , c'est-à-dire le philosophe qui est à lui-même son maître. L'auteur arabe est Abu Jaafar Ebn Tophail. La traduction de Pocock père et fils est de 1671.
FRAGMENTS PHILOSOPHIQUES
c H. Meierns de Brème , qui travaille au gloesaire taxoQ sur mes exhortations , a esté ravi de Tapprobation de M. d^Avranches. Nous ne négligerons pas llslandois « et nous avons une espèce de dictionnaire du vieux Scandinave qui servira beaucoup. Les remarques sur les endroits du LiUus êoxonicum qui sentent le saxon seroient très utiles , et il est à souhaiter qu'elles ne soyent point oubliées ni perdues.
c Je souhaiterois d'apprendre le jugement deM. Tévèque d*Avranches de ma conjecture sur Tétymologie des Germains dont je vous ai parlé autrefois (i). C'est que je crois que les Herminonei, partie des peuples teutoniques chex Pline et Tacite , ont donné le nom à toute la nation ; comme encor aujourd'hui vous appelez les Teutons Allemands, quoique cela n'appartienne proprement qu'aux Suèves et Helvétiens. Il est assez ordinaire que l'aspiration s'affoiblit et se fortifie. Or lorsqu'elle est renforcée , le H passe en G , et le contraire arrive quand le G se change en H. Ainsi de Wiseraha, comme portent les anciennes monnoies, les Romains ont fait Visurgis; à'Illeraha ils ont fait Ilarguê; au lieu de Gammarus , nous disons Hummêr { cancer scUicel marinus (s) ) , et les Espagnols changent Germanoi en Hermanos. Vous sçavez, monsieur, que Hlodaveui ou Luâovicus est la même chose que Qodavcus , et que Childéric ne difière point de Uildérie. Or Childéric se prononçoit en franc ou téolisque à peu près comme Childéric. Ainsi les aspirations téotisques en Wiseraha , lUeraha , Herminam ou Hermeiu, etc., estant fortes, les Romains et autres les ont marquées par le G plustot que par un simple H. Au reste Tacite dit exprès que le nom d'un peuple allemand a esté à toute la nation (s).
i Vous faites très bien , monneur, de ramasser les pourtraits de M. d'Avranches , de M. de Spanheim et d'autres personnes illustres , s'il en y a encor de cette force. Mais de penser au mien , quand il s'agit de ces hommes excellents , c'est leur faire tort. 11 n'a pas esté gravé. Ce n'est pas par une vanité semblable à celle de Caton, qui vouloit qu'on demandât pourquoi il n'avoit point eu de statue ; mais c'est parce que j'ai cru que personne ne s'aviseroit de songer à ce qui me regarde.
c Je n'ay pas encore vu le pourtrait de M. de Court. Il n'y a que le détail que j'estime dans ces sortes d'ouvrages. Pour en tirer quelque chose d'instructif, vos Mémoires y auroient esté bien nécessaires.
c Des libraires de Hollande, pillant mon premier tome diplomatique sans aucun égard aux propositions raisonnables que j'ay faites , m'ont empêché par là de leur donner la suite. Ce sont des gens intéressés et opbi&tres, qu'il faut abandonner à leurs caprices.
(i) Cet alinéa se trouve aussi dans Dutens. (s) En français homard.
Pour moy , je leur ay déclaré que je n'y cherche point le moindre profit. Mais je ne voulois pas que mes pièces choisies fussent noyées dans leur grand fatras. Ainsi j'aurois esté bien aise qu'ils eussent joint mon ouvrage au leur ; non pas comme ils ont dessein de le faire , en le mettant en fnèces pour le disperser dans le leur , mais en le laissant tel qu'il est.
f Faites-moi la grâce, monsieur, de faire des grands remerciements à M. le président Boisot , que j'honore infiniment , puisqu'il m'est si favorable. Le meilleur moyen d'en profiter seroit celui que vous proposez, qui est de me communiquer quelque liste des matières ou pièces du trésor de feu M. son frère. Quand cette liste ne seroit point complète , elle me serviroit toujours, si imparfaite qu'elle pourroit estre. c Je suis , etc.
c Leibniz. »
Nicaise s'empressa de communiquer à Huet ce qui pouvait l'intéresser dans cette lettre de Leibnitz.
( Correspondance de Huet. )
DUon,2iiiitr8lS»7.
c ... Tai cru que je ne devais pas attendre cette occasion (celle d'un envoi de la vie de Saumaise de la part de M. Delamare ) , pour vous écrire et vous faire part de deux lettres de M. Spanheim et de M. Leibnitz, que j'ai reçues en même temps que la vôtre et qui vous regardent. Je commence par celle de M. Leibnitz... (Suit toute la lettre de Leibnitz, parfaitement conforme à l'imprimé)... Voilà, monseigneur, ce qui regarde la lettre de M. Leibnitz , qui ne souhaite les instructions de M. l'évêque de Coutances que pour les insérer dans son Code diplomatique. Je crois que nous trouverons ce qu'il demande dans les archives de notre chambre des comptes, où sont les actes originaux du concile de Basic. Je n'ai pu encore y aller. M. le doyen de la chambre , qui est fort de mes amis, m'a promis de me donn^ tout ce qui se trouvera de cet évêque. . • >
Huet répond ainsi à Nicaise :
(Correspondance de Nicaise, tomel, n^ 66.)
«Farts, 10 arrilise?.
c . . . Pattendrai avec impatience la promesse que me fait M. Leibnitz d'une liste des pillerîet de M. Descartes. Ce qu'il vous a écrit des dangereuses conséquences de ses principes contre la religion , est
(s) Ce paragraphe est dans Dutens, 1. 1.
CORRESPONDANCE DE LEIBNITZ ET DE L'ABBÉ NICAISE
très solidement pensé. Un mot que vous avez glissé dans votre lettre sur la mort de M. Foucher, m'a fait faire réflexion que je ne l'ai point vn depuis environ deux ans , quoiqu^auparavant je ne fusse pas si longtemps sans le voir. J'ai envoyé dans son quartier en faire des enquêtes, sans qu'on en ait pu rien apprendre. Il était chapelain de certaines religieuses de la rue Saint-Denys, dont je ne sais pas le nom. On en pourroit apprendre là de certaines nouvelles. Si vous en apprenez quelque chose , vous me ferez plaisir de m'en faire part. C'était un bon homme, plein de candeur , droit, docile , sans faste. Je suis bien fâché que l'édition de TAlcoran du P. Maracci ait été sufilaminée. Celle de Hambourg , quoique correcte , est si sale , qu'on ne peut pas s'en contenter. L'origine que propose M. Leibnitz du nom latin des Allemands, Germant, me semble fort bonne et me sembleroit encore meilleure , s'il la tiroit d'un (peu) plus haut. Je crois que les noms des Herminons et des Germains viennent d'/rmm , qui était le nom de Mercure chez les anciens Allemands , comme les Teutons' ont pris leur nom de Theul, qui était aussi Mercure. De là vient aussi le nom d'jfffrmtm'tif et d'Hermeneric, roy des Suèves. Les Goths portèrent des noms en Espagne de la même origine, Hermenegilde, Ermesinde, Armengol, Ermengondus , d'où s'est formé le nom Armegandus , que l'on a depuis exprimé par Armand, Ermegildex et Ermildez. Donnez-vous la peine de voir ce que j'ai écrit sur cela dans ma Démonslralion évangélique. Dans un traité que j'ai fait autrefois de l'origine et des antiquités de Caen , ma patrie , j'ai donné l'origine d'un grand nombre de noms qui nous sont venus des Saxons et ensuite des Normands. Cet ouvrage auroit semblé curieux et agréable, il y a cinquante ans, c'està-dire avant la décadence des lettres qui sont maintenant anéanties ( et Dieu veuille que ce ne soit pas sans ressource ), mais présentement on s'en moqueroit. Je communiquerai volontiers à M. Leibnitz ce que j'ai remarqué. Si j'avois été aidé de son glossaire saxonique, j'aurois porté plus loin mes conjectures...
€ P. DàNiEL , évéque d^Avranehes. >
Ici se déclare une nouvelle lacune dans les lettres de Leibnitz à Nicaise. En efiet , nous trouvons dans la correspondance de Huet une lettre de Nicaise renfermant un extrait d'une lettre de Leibnitz qui ne se retrouve ni dans le manuscrit de Paris, ni dans celui de Lyon, lettre qui doit être placée entre celle du 30 février que nous venons de donner et celle du 28 mai que nous publierons tout à l'heure.
« Dijon , 20 Juin 1607.
c ... Pour ce qui est de M. Leibnitz, j'ai bien des choses à vous dire sur son compte. Il me charge
COUSIN. — TOME n.
aussi d'assurer Votre Grandeur de ses respects et attend le résultat de la négociation de l'évêque de Goutances, au sujet du concile de Bàle. Il voudroit bien aussi que Votre Grandeur voulût penser un jour à-publier quelques-unes des observations qu'elle aura faites sur le LiUus saxonicum , et les traces qui subsistent dans ces cantons de la langue saxonne.
I Voici ce que M. Leibnitz me dit sur la mort de M. Foucher , que je lui avois annoncée. Ce qu'il en dit est conforme à mes sentiments.
I Je suis fâché de la mort de M. Foucher... Sa tête étoit un peu brouillée. Il ne s'arrêtoit qu'à certaines matières un peu sèches ; et il me semble qu'il ne traitoit pas ces matières mêmes avec toute l'exactitude nécessaire. Peut^tre que son but n'étoit que d'être leressuscitaleur des académiciens, comme M. Gassendi avait ressuscitéU secte d'Épicure; mais il ne fâlloit donc pas demeurer dans les généralités. Platon , Cicéron , Sextus Empyricus et autres lui pouvoient fournir de quoi entrer bien avant en matière, et sous prétexte de douter il auroit pu établir des vérités belles et utiles : je pris la liberté de lui dire mon avis là-dessus; mais il avoit peutêtre d'autres vues dont je n'ai pas été assez informé. Cependant il avoit de l'esprit et de la subtilité , et de plus il étoit fort honnête homme : c'est pourquoi je le regrette. Peutrêtre a-t-il laissé quelque ouvrage posthume digne de paraître , etc. > < Voici ce qu'il me dit touchant les portraits de . Begon et de leur éloge par M. Perrault, c Si, à l'imitation d'AUatius dans son Apis urhana, M. Perrault vouloit encore parler des étrangers célèbres qui se sont arrêtés en France , il pourroit rendre justice au bon ami de son frère, feu M. Hugens , qui peut entrer en parallèle avec tout ce que notre siècle a eu de plus excellent. Comme on n'y mettra que des morts, je ne voudrois pas que M. Cassini se hâtât pour y trouver place , etc. > c Comme j'avois parié à M. Leibniu du quiétisme ennemi des belles-lettres et du livre de M. de Cambray qui faisoit du bruit, voici ce qu'il m'a dit là-dessus, dont j'ai fait part à M. Bourdelot qui ^n mstruira M. de Meaux. J'ai envoyé les livres de ces deux prélats à M. Leibnitz.
I Ne fait-on pas un peu de tort (m'écrit-il) à M. l'archevêque de Cambray ? Je me défie toujours un peu du torrent populaire , et toutes les fois que j'entends crier : Crueifige, je me doute de quelque supercherie. Cependant je n'ai rien à dire là-dessus : je n'ai pas vu son livre , et peut-être que la matière me passe. Ce n'est pas assez d'avoir quelque chose de commun avec les vérités ; il n'y a guère d'erreur qui n'emprunte quelque belle vérité pour s'en masquer , et nous serions bien malheureux si pour cela
FRAGMENTS PHILOSOPfflQIJËS.
c nous de\îon8 être privés de l^usage de ces vérités, c Cependant sachant Texactitude de M. de Meaux , c que j'entends prendre quelque part dans cette quec relie, je veux croire qu'il y tiendra un juste milieu. . . c 11 y a des gens parmi les protestants d'Allemagne , c qu'on Si^peWe piétiitet , qui font ici autant de bruit c que les quiéiUies en peuvent faire en France. Comme f je suis entré en quelque discussion là-dessus , je f trouve ce qu'on trouve ordinairement dans les disc putes et même dans les procès , qu'on a souvent c quelques torts de part et d'autre, etc.. >
c ... M. Begon m'écrit que le père Bonjour va travailler aux antiquités égyptiennes : M. Leibnitz voudroii fort qu'il y Ht un recueil des mots égyptiens rapportés par Plutarque... i
A cette lettre de Nicaise Huet répond :
« Parts , le 25 JuUlet 1097.
c ... Je vous supplie de m'entretenir toujours dans les bonnes grâces de M. Leibnitz , pour le mérite duquel je ne cède en estime à personne du monde. M. de Lamare m'a appris la mort de M. Foucher; j'envoyai aussitost, pour m'en éclaircir tout à fait, au lieu de sa demeure , mais je n'en pus rien appren^ dre. Le livre qu'il fit contre le P. Màlebranche me donna de l'estime pour luy. 11 s'attacha ensuite à moy par de fréquentes visites, et je n'y trouvay pas ce que je m'en étois promis. 11 s'estoit renfermé dans Testude . du platonisme , qu'il qualifioit de la doctrine des académiciens ; mais cette doctrine ayant jeté plusieurs branches , il s'en falloit bien qu'il les eust toutes maniées et secouées. A peine connoissoit-il le nom de Caméades et d'Arcésilas , moins encor le pyrrhonisme. D'ailleurs ces petits livrets qu'il répandoit ne laissoient point l'idée complète de son système. J'avois voulu lui procurer un établissement chez feu M. de Montausier. Je l'avois fait valoir de mon mieux , mais une longue visite et un disner ensuite chez ce patron , qui estoit paucorum hominum , gasta tout ; car il battit tant de pays , voulant toujours parler de choses qui ne convenoient point au lieu ni mesme à la personne , que j'en trouvay M. de Montausier tout dégousté lorsque je le revis , et il n'en voulut plus entendre parler... i
Ces deux lettlres de Nicaise et de Huet ne peuvent laisser le moindre doute sur l'existence d'une lacune réelle dans la correspondance de Nicaise et de Leibnitz. Évidemment il nous manque une lettre de L^bnitz où , entre autres choses , il s'expliquait sur le compte de Foucher, l'adversaire de Màlebranche. A propos de l'abbé Foucher , pour ajouter aux détails ignorés que Huet nous révèle , nous donnerons ici le fragment suivant d'une lettre de René Onvrard à Ni-
caise, et une lettre entière de Foucher lui-même à l'évêque d'Avranches.
• A Part* , le 24 de «eptembre 167S.
< Bien m'en prit d'avoir trouvé M. Fouschère (ne) deux jours avant qu'on eût affiché et mis en vente les deux tomes un et deux de la Recherche de la vérité poiur lesquels il avoit de l'impatience. Car présentement je le crois si enfoncé dans cette matière et dans le dessein de critiquer , que ce seroit lui faire grand tort de lui aller rendre visite et de le tirer un moment de cette occupation. Je m'imagine qu'il ne voit voler devant ses yeux que des fantômes , des atomes et des idées; et qu'il n'y a point de machine dans M. Descartes dont il ne remue tous les ressorts. A vous dire le vrai , quoiqu'il soit plein d'esprit et de vivacité , je le plains de l'employer à ces sortes de critiques où l'on ne dispute que des manières de concevoir et de s'énoncer, sans néanmoins apporter aucune preuve que l'on doive plutôt faire d*une manière que de l'autre.
c R. OOVRARD. I
c J'ai lu votre livre de Concordia rationii et fidei , et j'ai bien de h joie de voir que vous avez démontré d'une manière si claire que les sentiments de -Platon s'accordent avec le christianisme, principalement pour ce qui est du mystère de la Trinité et de Ui nature du Verbe divin. Tout le monde a fort approuvé votre style, et il n'y a personne qui n'ait admiré votre érudition. Pour moi, je vous assure que je suis édifié de cette lecture ; car je suis d'autant plus porté à recevoir les vérités du christianisme, que je suis persuadé que les philosophes les plus éclairés les ont recon^ nues.
c A l'égard des fables que vous avez rapportées , je suis fort persuadé que vous ne demandez pas qu'on les regarde comme si elles étaient vraies, ni qu'on y ajoute foi comme faisaient les payons. Cependant quelques docteurs ont eu peine à digérer les tran^gtinitions de Jupiter par rapport à celles de notre Sauveur; mais ces gens-là n'ont pas lu votre livre ; car vous avertissez au commencement que vous ne prétendez pas que l'on ajoute foi aux fables des payons , mais seulement en montrant que leiur religion les obligeait de croire des choses si peu croyables , et que Ui nôtre nous traite plus favorablement en ne nous proposant que des choses raisonnables et qui ne sont pas difficiles à croire. Voilà , ce me semble, comme l'on doit interpréter ce que l'on trouve dans votre deuxième et troisième livre ; mais il y a des esprits indociles qui ont de l'aversion pour la philosophie et qui ne veulent pas qu'on leur apprenne ce qu'ils ne savent pas.
« Je prends la liberté , monseigneur, de vous soumettre avec autant de respect que de sincérité leurs
CORRESPONDANCE DE LEIBNITZ ET DR VÀBBÈ NICÂISE
réflexions; car, pour moi, je crob que 8*il y en a qiielqaea-UDS qui n'appronvent pas Totre ouvrage, cela vient de ce qulh ne Tont pas assez lu ni bien compris. J'espère avoir llionneur de vous présenter la première partie de mon Histoire des Académicieru aussitôt qu'elle sera imprimée.
< FOIJCHBR. I
Pour excuser ces détails sur YûM Foucher, nous rappellerons que Leibnttx lui fit rhonneur de correspondre publiquement avec lui sur quelques axiomes de philosophie. Yoj. Dutens, t. U , p. 258-S45. Yoy . aussi même tome, p» 102-104, etc.
XU.
« lanAYer , 28 mal t. ci. 1097.
Monsieur,
c Je viens de recevoir Thonneur (i) de la vostre avec celles que vous écrivez de nouveau à MM. de Spanheim et Morell, que j'aurai soin de faire rendre. Cependant vous aurez receu la mienne avec celle que j'ay écrite à M. le président Boisot et que j'ay pris la liberté de vous «recommander.
c Je crois aisément que le bon cardinal Sfondrati (s) n'estoît pas assez méditatif pour soudre nodum prœdeHinaUonis. Â mon avis ce noeud est autant que résolu ; et si les hommes se donnent la gène là-dessus y c'est qu'ils manquent de bonnes définitions , et que par conséquent ik ne remarquent point en quoy consiste la véritable différence entre le nécessaire et le contin gent. Je voudrais qu'il fût aussi aisé de délivrer les bonnes de la fièvre maligne et de quelque autre grande maladie , qu'il est aisé de les délivrer des diffi cultes qu'ils se figurent sur la praedestination (5).
t M. Pinsson, avocat en parlement, votre ami, est-ce celuy qui a écrit si sçavamment sur plusieurs matières de droit? Je souhaiterois sa correspondance. que vous me faites espérer, monsieur, si je pouvois
(i) Cette lettre n'est pas dans le manoscrit de Pari». Je la donne d'après la Revue, Quelques morceaux de celte lettre, probablement communiqués par le président Bouhier h Felter, ont passé dans VOHum Hannoveranum , et de là dans Dutens , t. II, p. 548.,
(a) Mort le 4 septembre 1(^, Tannée même de la publication de son livre : liodus prœdeilinalionis dieso-
(s) Cet alinéa est dans Dutens.
(4) Cet alinéa se trouve égalementdansPeller et Dutens. (8) Probablement Guillaume Sherlock, chanoine de Saint-Paul , père du célèbre évêqnc de Londres.
(6) Jean Norrh, auteur du Tableau de F amour sans voile, i682, in-12, de Vidée du bonheur, 1685, et enOn de Théorie ellois de Vamour, 1688, in 8«. Mort en 1711.
(7) Mistress Astell. Sa correspondance arec Norris sur
espérer de lui communiquer vice versd quelque chose qui luy puisse agréer ; peutrétre que s'il n'a pas du loisir luy-méme , il trouvera quelque curieux de loisir.
c Je suis bien aise que le roi ait fût cesser la dispute qui s'étoit eslevée entre deux illustres prélats (4). 11 s'est élevé en Angleterre une dispute assez semblable sur Tamour de Dieu , s'il doit être désintéressé , entre M. Serlock (s) et M. Norris (e), le dernier voulant que ce ne soit pas un amour de désir , mais de bienveillance. On adjoute qu'une jeune damoiselle angloise de vingt ans (1) a admirablement bien écrit là-dessus dans des lettres adressées à M. Norris. U est raisonnable que les dames jugent des matières d'amour ; car il en faut former une notion qui convienne encor à l'amour des créatures raisonnables ; et selon la définition que j'ai donnée dans la préface du Codex juris gentium, on a de Tamour quand on est disposée trouver du plaisir dans la félicité S autrui. Cela suffit pour faire cesser la dispute.
c H. le clievalier Temple (s), ayant préféré les anciens aux modernes dans*ses œuvres mêlées, et ayant allégué deux pièces comme des chefs-d'œuvre de l'antiquité, sçavoir les fables d'Ésope et les lettres du tyran Phalaris ; M. Bentley (0) ( très-savant homme, fort connu par d'autres ouvrages, et dont nous aurons bientôt les notes sur Callimaque, avec celles de M. Spanheim et de M. Grsevius) va faire une dissertation à la prière de quelqu'ami, pour prouver que les fables que nous avons n'ont pas été mises par écrit par Ésope et que les lettres de Phalaris sont supposées ou feintes et ont été faites à grœculo guodam. C'est de quoy je n'ay jamais douté. Quand les œuvres mêlées de M. Temple avoient paru, les libraires de Londres furent étonnés de voir que quantité de personnes de l'un et de l'autre sexe eherchoient les lettres de Phalaris, ce qui en produisit une nouvelle édition.
Le R. P. Dom Mabitlon ayant copié du monastère de Saint^Âmand des Pays-Bas des vieux vers teutoniques faits à la louange d'un roi Louys pour avoir vaincu les Normans l'an 885, M. Schiller (lo) les a publiés à
Vamour de Dieu a en deux éditions, la 2«en i703, in -8% la i^ en iOQt^ Marie Astell , née en 1668, mourut en i731.
(8) William Temple, diplomate célèbre, né en 1628, mort en i698 ou 1700. Son opinion sur la supériorité des anciens donna naissance en Angleterre à la même conlroverse que celle qui s'éleva en France à l'occasion du Parallèle de Ch. Perrault (1688-96). Ce paragraphe est dans Dutens.
(9) Le plus grand critique qu*ait eu l'Angleterre, mort à 81 ans, en 1742. Sa Dissertation sur les épUres de Thémislocle, de Socrate, d* Euripide, de Phalaris et sur les fables d^ Ésope , parut en 1697, à la suite des Réflexions de Wolton sur l*érudilion ancienne et moderne. Pope, Swift, Middleton, étaient contre Bentley sur celte question; mais la postérité a ratIBé le jugement de Leibnitz.
(10) Jean Schilter, conseil de la ville de Strasbourg,
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FRAGMENTS PHILOSOPHIQUES
Strasbourg avec une explication et des notes. Cela me donne occasion de revenir au glossaire saxon de mon ami , et de supplier M. d'Avranches par votre intercession de tuy faire communiquer quelque petit échantillon des restes de la langue saxonne in liuore $axo^ nico. Un échantillon suffît , car il est à souhaiter qu U publie le reste luy-méme dans les Anliquiléi de Caen, c Je suis ravi non-seulement qu1l approuve ma conjecture sur Tétymologie de Germani ( i) , mais encor qu^en montant plus haut , il donne justement dans mon sens; car j*ay déjà écrit à deux ou trois amis, il y a quelques années , que je crois nonn^eulement que les ^ffmatW viennent des Hermiqons ou Hermins, mais encore que ces peuples ont apparemment leur nom d*un ancien prince ou héros , appelé Irmin, ce qui est la même chose qu'u4çmtnttM ou Herman : TÂrminius, contemporain d'Auguste , ayant le même nom avec le plus ancien Irmin. Et aux noms propres allégués par M. d'Avranches, j'ajoute le célèbre Irminsul, mentionné dans rbistohre de Charlemagne , c'est-à-dire la colonne de Fidole Irmin , car sul ou seul est colonne en allemand. Cette colonne, mais sans idole, se montre encore dans l'église cathédrale de Hildesbeim : Meibomius en fit autrefois un livre exprès. On dit que la figure de Tidole représentait un dieu de guerre ; et en effet heer est armée, ou chez les anciens Teutons hari , d'où vient hariban, c'est-à-dire , comme je crois, clameur de haro , car ban est l'appel ( cilalio ) , ce qui ne veut pas dire autre chose que la convocation ou pro* clamation générale pour se trouver à l'armée, dontvotre arrière-ban a été fait par corruptTon. Or heer, dis-je , est l'armée ou hari; iirèf Mars, wehr, arma^ werre, guerre. Ariman dans les vieux titres homme de guerre aul de génère militari. Cela n'empêche point le rapport d'Irmin à Hermès, Mercure, que notre illustre prélat a remarqué. Seulement il y a lieu de croire que, chez les Germains, Mars et Mercure étoient confondus , ces peuples n'estimant que les armes. Comme encore Woden ou Odin des Saxons répond sans doute le plus à Mercure , cependant c'étoit encore un grand guerrier , quoique cru magicien en même temps. Lorsque M. Eggeling (t), à Brème , publia son Étymologie des Germains, tirée à Germants frairibusy dans une dissertation exprès , je luy envoyai la mienne'des Herminons et de l'ancien héros Irmin , dont ma lettre parloit fort au long. Je la communiquai aussi à un ami qui fait un journal en langue allemande. J'ajouterai encor ce que je remarquai dès lors que ce prince Irmin ou
mort en 4705. — Le poème eu question prouve que l'idiome tudesque n'était pas encore éteint en France à la fin du ix» siècle.
(i) Cet alinéa se trouve encore dans Dutens.
(i) Jean-Henri Eggeling, de Brème, né en 1639, mort en 1713. ~ Ses dissertations de misceUaneis Germaniœ
Hermin parolt être marqué par Tadte comme fils de Man et petit-fils de Tuiston , puisqu'il dit assez clairement que les Ingaevons, Herminons ou Istevons ont eu leurs noms des trois fils de Mannus. Il semble que les Hermunduri ont gardé particulièrement ce nom , et que peut-être la termination dmi ne s^ra autre chose qu'une corruption d'Hermànner, comme Allemand au lieu d'AUeman , et comme winnen, uberwinden, winden, ban et band (banni, bandita), etc., sont la même chose. Je crois vous avoir écrit un mot de mon étymologie , il y a quelques années , lorsque M. E^eling produisit la sienne dont je fais mention ; mais je ne sçai si je suis venu alors à vous particulariser mes opinions. Cependant je suis le plus content du monde de voir non-seulement qu'un aussi grand homme que M. d'Avranches approuve mes sentiments, mais aussi qu'il est tombé de lui-même sur ce que j'avois pensé d'Herman ou Irmin. Peut-être que les raisons que je viens d'alléguer l'y fortifieront encor davantage.
c Je ne manquerai pas , quand j'aurai quelque loisir, de marquer quelques particularités sur ce que M. Descartes a pris aux autres sans faire semblant de rien. Je serois ravi d'un petit supplément à ce que M. d'Avranches a déjà remarqué.
€ Vous aurez h bonté , monsieur , de loi marquer . que ce n'est pas moi , mais un ami noDuné Meierins , qui travaille au Glossaire saxonien à ma persuasion. Je suis avec zèle, etc.
« Leibniz, i
c P. S. Je ne sçay si je n':d)use trop de vos bontés en vous priant d'envoyer le papier ci-joint à Paris , mais sans marquer qu'il vient de moy. Vous pouvez dire que celuy qui Ta écrit est un ami de M. Spanheim, comme il Test effectivement. On l'a adressé à moj parce que j'ay des connoissances avec messieurs de l'Académie royale. Mais j'ay mes raisons pour ne pas leur vouloir demander quelque chose de cette nature. Ainsi , monsieur, si quelqu'un de vos amis ( qui ne doit rien sçavoir de moy ) vouloit avoir la bonté de demander en votre nom quelque éclaircissement de MM. Ca»sini et de la Hire, vous m'obligeriez particulièrement, et M. de Spanheim aussi.
c Un sçavant homme , à Berlin , veut donner au public les œuvres de Michel Brutus , sçavant italien du siècle passé, qu'il a ramassées (s) ; ce Brutus écrivoit purement en latin.
M. Hartman (4) , professeur à Kœnigsberg , dans
anliquilalibus (1694-1700, 3 parties in-i") sont le plus estimé de ses ouvrages.
(5) Ne serait-ce point Pierre Brutus , Vénitien, évèque de Gattaro au xv« siècle?
(4) Philippe-Jacques, auteur du livre De rébus gesiis Chrisdanorum sub aposloUs; Berlin, 1699.
CORRESPONDANCE DE LEIBNITZ ET DE L*ABBÉ NICAISE
2il
la Prasse ^ va publier un livre intitulé Hùlaire des Amûiuités apoitoliques : le sujet eet beau , et j'espère qu'il sera bien traité.
J'ay encor une prière h vous faire : Un de mes amis , qui fait des grandes recherches sur la langue slavonne , souhaite fort d'apprendre des particularités d'un livre intitulé : Adami Bohoriz horœ arcticœ de antiquâ linguâ camioland. Je scay que ce livre est imprimé il y a longtemps ; mais je ne le saurois déterrer. Je voudrois sçavoir si on le peut trouver dans la bibliothèque du roi ou ailleurs.
Voyant que M. Frabetti (i) vous écrit en ces termes : Quam plwrimas ex Elruscii inseriplionibus lypis wiandare neglexi , ne damno meo aliorwn ingénia (orquenlur, etc. ; il me semble qu'il seroit k propos de le prier ou de les donner au public ou de vous les communiquer pour en faire part aux curieux. Car on pourroit trouver un jour des lumières là-dessus , et il est juste qu'on conserve des anciens restes d'un peuple fameux, i
Le iS juillet de la même année, Nicaise envoie à Huet un extrait de cette lettre depuis ces mots : le révérend père dom Mabillon... jusqu'au postrscriptom : je ne saie si je n'abuse. . . et Huet , le 1^ octobre suivant, lui répond ainsi :
« ATranche« , le I«r octobre 1697.
c . . .Quelques recherches qu'on ait pu faire dans les archives de Coutances , on n'a rien trouvé de cette députation vers les Bohémiens. Le chapitre que j'ai fait touchant l'origine de plusieurs noms normands que je rapporte au saxonisme, est fort confus, plein de renvois y d'additions et de ratures. Je ne puis en faire aucun usage sans le mettre au net, et il faut pour cela du temps, et c'est ce qui me manque le plus. Cela se pourra faire, Dieu aidant, cet hiver, à Paris. L'extrait de la lettre de M. Leibnitz sur l'origine du nom de Germains est très-savante et très-curieuse, et m'a appris bien des choses. Mon peu de lumière dans la langue allemande est un grand obstacle à mes recherches. Le dictionnaire de M. Meierus pourra suppléer à mon ignorance , si je suis jamais assez heureux pour en avoir un exemplaire* Exhortez, je vous prie, M. Leibnitz à publier ses remarques contre la philosophie de Descartes , et M. Delamare à publier la vie de M. de Saumaise. Pourquoi tant et tant de remises?
c P. Daniel, i
(i) Raphaël Fabretti, un des pins habiles antiquaires du xvu* siècle, mort plus qu'octogénaire le 7 Jan« vlerlTOO.
c Monsieur (s) ,
c Je vous ay toujours beaucoup d'obligation ; mais celle que je vous ay de la connoissance de M. Pinsson est des plus considérables. Il m'a déjà écrit deux fois et envoyé des trèa-bonnes choses ; cela marque combien il est obligeant, et combien il vous estime, puisque c'est à votre prière qu'il est si libéral envers un inconnu , qui aura bien de la peine à trouver quelque chose de propre à luy rendre la pareille. Cependant je tàcheray de faire en sorte que vous ne vous repentiez pas de votre recommandation ,
etnê Inevtiant aliéna tibi peeeata pudarem.
i Je vous suis bien obligé aussi de m^avoir procuré ce que je vous avois demandé pour un amy de Berlin , qui l'est aussi de Mons. de Spanheim.
< J'ay reçu par la faveur de Mons. Pinsson la lettre pastorale de M. de Noyon et la lettre de M. l'abbé de la Trappe au sujet du quiétisme ; la première est sçavante et éloquente , et la seconde explique fort bien le fond de la chose et ce qu'on doit reprendre dans la quiétude des faux mystiques. Cependant il me semble que cela ne touche point Mons. de Cambray. J'ay lu une relation de son livre insérée dans l'Histoire des ouvrages des sçavants de M. de Beauval Basnage, où je ne trouve rien qui me paroisse dangereux. Vous verrez plus amplement ce que je pense sur cette ma^ tière dans le papier cy-joint. il me semble que rien ne sert plus à propager le quiétisme que le bruit qu'on fait pour le supprimer.
Fidi egojaetaUu motd facê eretetrt fiammat , Et vidi nuUo eoneutiente mort.
C Si on n'avoit rien écrit contre le livre de H. de Cambray, la chose en seroit demeurée là, et l'empressement qu'on a de le réfuter réveille la curiosité d'une infinité de gens qui ne se contiendront pas dans les bornes que M. de Cambray leur a marquées, et qui donneront peut-élré dans les fausses maximes qu'on réfute , dont ils n'auroient rien sçu sans les réfutations. Il en est de même des piétistes chez nous, qui font pour le moins autant de bruit en Allemagne que les quiétistes en Italie ou en France. Si on avoit écouté les conseils de ceux qui vouloient qu'on n'écrivit point contre, il y a longtemps qu'on n'en auroit plus parlé. Il y a dans le voisinage un homme très-sçavant à sa manière et
(s) Cette lettre est tout entière de la main de Leibnitz dans notre mannscrit. I^a copie de Lyon ne parait pas avoir été bien faite.
FEAGBfENTS PHILOSOPHIQUES.
trèt-ingénieiix, qui nous menace d'une nouvelle théologie et qui a donné déjà quelques échantillons. Sans inoy, il y a longtemps que nous aurions en luy un hérétique de plus ; mais j'ay tâché tant que j'ay pu d'empêcher qu'on ne le réfutât point.
t J'attends le jugement de M. d'Âvranchessurceque j'ay dit de Irmino auiare Herminarum et Germanarum, et j'espère que cela ne luy déplaira point, puisqu'il est de mon sentiment. J'attends aussi un jour les notices de Coutances par sa faveur.
c Je vous supphe de me communiquer le nom de cet amy qui vouloit écrire de fidevelerumimlrumenlorum. 11 faudroit exhorter les héritiers (i) de ne point laisser perdre des choses si utiles. Je vous supplie aussi de pousser le R. P. Bonjour à amasser vocabvla linguœ œgifptia, et de m'indiquer ceux que vous sçavez avoir ramassé vocabula Hnguarwn veterum (s) utCamdenus el Potanus gaUica , Heinssius punica , Bochartus phiBnieia passim etphrygia , etc. Quoique votre Minerva Amalya ne soit pas un dieu topique , c'est pourtant une déesse peu connue et qui vous pourroit donner occasion de dire quelque chose d'autres divinités peu connues « soit topiques ou autres.
c N'allez pas me déférer de ce que je vous ay dit de solvendo iam facile prmdeiUnationis nodo. 11 m'en arriveroit pis que ce qui m'est arrivé à l'occasion de ce que je vous avois écrit touchant M. Descartes (s). On a réfuté ce passage de ma lettre , dans un des Journaux des SçavanU, d'une manière qui marque un peu de passion et d'aigreur. J'ay répondu modestement comme je crois qu'on doit faire , mais d'une manière qui peut-être me servira d'apologie suffisante , si Mons. le président Cousin , à qui j'ay envoyé ma réponse, veut bien la faire insérer dans son journal , comme il y a inséré la réfutation que j'apprends par vostre moyen estre de M. Régis.
(i) La Bévue : Cet écrivain.
(i) Le copiste de Lyon n*a pu décbîfirer ce paragraphe, qui est bien tel qne nous le transcrivons.
(s) Nicaise avait envoyé , comme noos Pavons vu , la lettre de LeibniU à Haet qui en avait fait trophée et l'avait répandue. De là l'article de Régis dans le Journal des Sçavanls.
(à) La Revue : Hermingesii.
(5) La Revue donne encore Çermingesius,
(6) La Revue : Spawenfeld.
(7) La Revue : Besnier.
(s) Jean SchefEer,,né à Strasbourg en i621, mort à Upsal , où Christine Tavait fait professeur de droit public en i079. Le livre dont parle ici Leibnitz est probablement Memorabilia sueeicœ genlis , Hambourg, 4670.
(fi) Ànticluverius , sive de originibus Sueeo-Gothis , Stockholm, 4686. C'est apparemment une réfutation de l'ouvrage de Philippe Cluver, de Danlzig : Germamœantiquœ, libri IH, Leyde (Eliev.), 1616, 2 vol. in-fol.— George Sternielm, savant suédois, mort à 74 ans, en 1673, fut un des premiers étrangers que s'associa la Société
c J'ay exhorté un sçavant à prendre en main le grand Theatrum genealogicum HenmngesU (a) pour en procurer une nouvelle édition. Mais il y aura une infinité de choses à adjouter pour redresser cet auteur et pour le suppléer, à cause des découvertes laites après son temps. Il faudroit aussi adjouter les preuves , de sorte que ce seroit en effet un nouvel ouvrage. Comme Henningesius (s) a esté de Lunebourg , nous prétendons dans ce pays d'avoir «n droit particulier sur son livre qui d'ailleurs est devenu rare.
c Un jeune Suédois fort sçavant, fils du précepteur du Roy, m'aapportédeM.de Sparwenfdd (s) (connu à Paris et mentionné dans la préface que le P. Bénier (i) a mis devant lElymologicon de M. Ménage) grand nombre de livres curieux publiés en Suède , qui nous sont peu connus, entre autres Schefferi de libris Suecorum (s) ; il m'a dit qu'un sçavant homme travaille à l'augmenter. Il y a aussi VAnlicluveriui de M. Sternielm (s) , et Lundii diss, de Xamolxe Getarum (lo) , et la relation de Mons. Bilberg du voyage par ordre du feu roy aux extrémités du royaume vers la Laponie , pour remarquer les endroits où le soleil ne se couche point la nuit en esté ; ce qui sert beaucoup à éclaircir la doctrine des réfractions ; car le soleil en effet paroist plus élevé qu'il ne devrait être sans les réfractions. Les médailles de Suède de Mons. Brenner (ii) paroissent gravées, mais jusqu'ici sans le commentaire. Il y a des monnoyes anciennes par lesquelles on prétend prouver que les trois couronnes estoient une vieille enseigne du royaume de Suède.
c J'ai le Muséum regium Jkiniœ desumptmm ab OUgerioJacobœo (t«). 11 y a aussi des médailles danoises. Mons. Otto Speiiin , historiographe de Danemarc , bien versé dans les anciennes médailles , comme il a fait connoistre par sa dissertation de Nummo JnmfuiUino (ts), travaille aux médailles de Danemarc/iialo
royale de Londres. Son principal ouvrage est : Magog arameo Gothicus, sive origines vocabulorum in Unguis pêne omnibus ex Ungud sueeicd vêler i, Upsal , in-4".
(10) Charles Lund, professeur de droit ^ Upsal, m^rt en 1715, k 77 ans , auteur de Xamolxis, primus Gelarum legislator (in-4* de 338 pages, Upsal, 1667), où il prouve que le Styx et les Champs Ëlysées étaient dans l'Helsingie, province de Suède.
(11) Elle Brenner, mort septuagénaire, en 1717. Sou Thésaurus ntmiffiortt*! Sueco-Gothorum, gnvé par Sartoritts, parut à Stockholm, en 1691, in-4«.
(is) (Niger Jacobeus, né à Aarbnus, en Juthland, en 1530, mort en 1701. Son Muséum est de 1693, in-fol.
(13) De nummo Furim Sabinœ TranquiUinœ Auguslœ^ imp. Gordiani III uxoris, Amsterdam, 1688, in -8. Othoa Sperliag, pensionné par Louis XIV, et associé étranger de la Société royale de Londres, mourut à 81 ans, le 17 mars 1715. L'écrit mentionné par Leibnitz un peu plus bas est de Danicm Hnguœ et nomims aniiquà glorià ac prmrogativa tutor septentrionales eommentariotus; Co • penhague, 169i, in-4.
CORRESPONDANCE DE LEIBNITZ ET DE L*ÂBBÉ NICAISE