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ffpere. H a publié , il n'y a pas long-temps un petit livre de linguà Danieà , où il reprend plus d'une fois Hons. Rudbeck (i) et les autres antiquaires du Nord , qui poussent leurs imaginations trop loin.
c Vous aurez la bonté de tous souvenir du livre d'Adam Boboriz de Linguà eamiolanà , que je soubaiterois de pouvoir trouver. Je n'aj pas encore pu envoyer à M. le président Boisot la liste de ce que je soubaite pour profiler de ses bontés , parce qu'il m'a fallu du temps pour consulter plusieurs manuscrits que j'ay déjà ; mais je lui écrirai pour cela au (Mremier jour. Au reste , je suis avec zèle , c Monsieur^ 4 Votre très-bumble et trèsK>béîssant serviteur c Leibïuz. 1
4 Pardonnezrmoi , monsieur, que vous recevez si tard les lettres de MM. de Spanbeim et Morell ; je voukns les accompagner de la mienne; mais des voyages et autres distractions en très-grand nombre m'ont détourné, i
Mais où est le papier que Leibnitz avait joint à cette lettre et où il exposait ses sentiments sur le quiétisme et sur la grande querelle qui était à l'ordre du jour à cette époque? Ce papier ne se trouve pas dans le manuscrit de Paris à la suite de la lettre qui devait le renfermer : la copie de Lyon ne le reproduit donc pas. Cette perte eût été très-regrettable. Grâce à Dieu , nous n'avons pas à la déplorer. Nous avons retrouvé le papier qui paraissait égaré et qui l'était en effet an milieu d'autres lettres de cette même correspondance. Il n'est pas tout entier de la main de Leibnitz , et c'est ce qui aura trompé les yeux du copiste lyonnais ; mais c'est l'écriture bien connue de son secrétaire ; et de plus il y a de fréquentes ratures et des lignes entières de la main de Leibnitz. Le titre est également de sa inain :
SênUmentde M. de Leibmtxiur Ulivrede M. de Cambray, et ewr Vamowr de Dieu diiinléreêié.
c La lettre pastorale de Mons. l'évéque de Noyon est sçavante et éloquente , et en un mot digne du caractère de son auteur ; mais il eût esté à souhaiter qu'il eût voulu s'appliquer davantage ; car il nous auroit appris bien des choses belles et relevées. 11 dissuade la lecture des livres remplis de maximes dangereuses , mais il ne nomme point ces livres, et .il n'explique
(i) Olaus Rudbeck, Tun des plus savants hommes qu'ait produits la Suède, né en 1630, mort en HOâ; il s'agit ici de son Ailanlicanve Manheim, vera Japheli poilero-
point en quoy consiste ce nouveau et eemi-quiéUême. Je m'imagine que cela doit estre plus connu dans son diocèse ; cependant les généralités peuvent enoure faire tort k la vérité (dont l'erreur emprunte souvent les livrées), servira l'oppression des innocents et éloigner les âmes de la plus pure théologie des vrais mystiques, qui nous doit détacher des choses mondaines pour nous mener à Dieu. Je souhaiterois donc qu'on s'appliquât plus amplement et qu'on marquât mieux les limites de l'erreur et de la vérité. Cependant la lettre qu'on attribue à Mons. Tabbé de la Trappe y sert en partie, et peutrcstre que M. de Noyon a voulu s'y rapporter; c'est pourquoy ces deux lettres paroissent à la fois.
c La lettre de M. l'abbé de la Trappe est aussi fort solide , à mon avis ; ce sont sans doute des faux mystiques qui s'imaginent qu'estant une fois uni à Dieu par un acte de foy pure et de pur amour, on y demeure uni , tant qu'on ne révoque pas formellement cette union ; car il est très-visible que tout acte par lequel nous préférons nostre plaisir à ce qui est conforme à la gloire de Dieu ou â son plaisir , que la raison et la foy nous fait connoistre , est une révocation effective de l'union avec Dieu , quoiqu'on ne fasse point cette réflexion expresse d'une révocation formelle. H. de la Trappe découvre fort bien l'illusion de l'union continuelle prétendue fondée sur l'inaction , puisque c'est plutôt par des actes et exercices fréquents des vertus divines, que nous devons maintenir notre union avec Dieu , pour monstrer et fortifier rh:d)itude de ces vertus qui nous y unissent.
c Pour ce qui est de la charité ou de l'amour désintéressé, sur lequel je vois naître des disputes embarrassées , je crois qu'on ne sçauroits'en bien tirer qu'en donnant une véritable définition de l'amour. Je crois de l'avoir fait autrefois' dans la préface de l'ouvrage que vous sçavez , monsieur , en marquant la source de h justice ; car la jutUee dans le fond n'est antre chose que la charité conforme â la sagesse ; la ^larité est une bienveillance universelle ; la bienveillance est une disposition ou inclination k aimer, et elle a le même rapport à l'amour que l'habitude a à l'acte; et Vamaur est cet acte ou estai actif de l'âme qui nous fait trouver notre plaisir dans la félicité ou satisfaction d'autruy. Cette définition , comme j'ay marqué dès lors , est capable de résoudre l'énigme de l'amour désintéressé et le distingue des liaisons d'intérêt ou de débauche. Je me souviens que dans une conversation que j'eus , il y a plusieurs années, avec M. le comte... Italien ,
Rudbeck y soutient que la Suède est TAtlantide de Platon et la mère du genre humain. Fréret assure que tout n'est pas â rejeter dans cet ouvrage dont deux vo-
rum sedes ae patria; Upsal, 1675 et années suivantes, i lûmes seulement avaient paru lorsque Leibnitz imprimait 4 volumes petit in-fol., avec un atlas in-fol. de 41 feuilles. | ceci.
FRAGMENTS PHnX)SOPHIQUES.
et diantre! amis, où on ne p^oit que de ramour j hamaiD , cette difficalté fut agitée , et on trouva ma solution satisfaisante. Lorsqu*on aime sincèrement une personne, on n^ cherche pas son propre profit, ni un plaisir détaché de celuy de la personne aimée , mais on cherche son plaisir dans le contentement et dans la félicité de cette personne ; et si cette félicité ne plaisoit pas en elle-même , mais seulement à cause d'un avantage qui en résulte pour nous , ce ne seroit plus un amour sincère et pur. 11 faut donc qu'on trouve immédiatement du plaisir dans cette félicité , et qii'on trouve de la douleur dans le malheur de la personne aimée ; car tout ce qui fait du plaisir immédiatement par luy-méme est aussi désiré pour luy-méme, comme faisant (au moins en partie) le but de nos vues, et comme une chose qui entre dans notre propre félicité et nous donne de la satisfaction.
c Cela sert à concilier deux vérités qui paroissent incompatibles ; car nous faisons tout pour notre bien, et il est impossible que nous ayons d'autres sentiments , quoi que nous puissions dire; cependant nous n'aimons point encore tout k fait purement, quand nous ne cherchons pas le bien de l'objet aimé pour luy-méme et parce qu'il nous plait luy-méme , mais à cause d'un avantage qui nous en provient. Mais il est visible par la notion de Tamour que nous venons de donner, comment nous cherchons en même temps noire bien pour nous et le bien de l'objet aimé pour luy-méme , lorsque le bien de cet objet est immédiatement, dernièrement (ullimalo) et par luy-méme notre but, notre plaisir et notre bien , comme il arrive à l'égard de toutes les choses qu'on souhaite , parce qu'elles nous plaisent par , elles-mêmes , et sont par conséquent bonnes de soy , quand on n'auroit aucun ^rd aux conséquences; ce sont des fins et non pas des moyens.
< Or, l'amour divin est infiniment au-dessus des amours des créatures ; car les autres objets dignes d'estre aimés font en effet partie d^ notre contentement ou de notre bonheur en tant que leur perfection nous touche et nous plait , au lieu que la félicité de Dieu ne fait pas une partie de nostre bonheur, mais le touU II en est la source et non pas l'accessoire ; et les plaisirs des objets aimables mondains pouvant nuire par des conséquences , le seul plaisir qu'on prend dans la jouissance des perfections divines est sûrement et absolument bon , sans qu'il y puisse avoir du danger ou de Texcès.
c Ces considérations font voir en qnoy consiste le véritable désintéressement du pur amour qui ne sçauroit estre détaché de nostre propre contentement et féUcité, comme M. de la Trappe a fort bien remarqué , puisque notre véritable félicité renferme essentiellement la connoissance de la félicité de Dieu et des perfections divines, c'est-à-dire l'amour de Dieu , et par consé-
quent il est impossible de préférer Tun à Tautre par une pensée fondée en notions distinctes ; et vouloir le détacher de luy-méme et de son bien , c'est jouer de paroles, ou si l'on veut aller aux effets, c'est tomber dans un qniétisme extravagant, c'est vouloir une inaction stupide ou plutôt affectée et simulée , où , sous prétexte de la rÀûgnation et de l'anéantissement de l'âme abymée en Dieu , on peut aller au libertinage dans la pratique , ou du moins à un athéisme spéculatif caché, tel que celuy d'Âverroès et d'autres plus anciens , qui vouloient que notre âme se perdoit enfin dans l'esprit universel , et que c'est là l'union parfaite avec Dieu , sentiments dont je trouve quelques traces dans les expressions assez ingénieuses , mais quelquefois bien ambiguës et bien sujettes à caution , de certaines épigrammes d'un auteur mystique , qui s'appelle Joannes Angélus. Je ne doute point que les vrais mystiques et bons directeurs n'en soient bien éloignés , et j'ay surtout trouvé de la satisfaction dans les excellents ouvrages du P. Spée , jésuite dont le mérite a été infiniment au-dessus de la réputation qu'il a acquise. Cependant il faut avouer qu'on ne donne pas toujours des préceptes suffisants pour exciter le pur amour de Dieu sur toutes choses et la véritable contrition , et lors même qu'on fonde l'amour de Dieu sur ses bienfaits , considérés d'une manière qui ne marque pas en même temps ses perfections , c'est un amour d'un degré inférieur, utile sans doute et louable, mais qui ne laisse pas d'être intéressé et n'a pas toutes les conditions du pur amour divin ; et selon les principes du P. Spée , il faudroit plutôt le rapporter à cette vertu théologiqne qu'on appelle espérance qu'à la charité même. D'ailleurs , on peut se sentir obligé à une personne sans l'estimer, lorsque ses bienfaits ne marquent point sa sagesse , et l'amour dont il s'agit ici ne sçauroit être sans estime.
c Je croy que le dessein de M. l'archevêque de Cambray a esté d'élever les âmes au véritable amour de Dieu et à cette tranquillité qui en accompagne la jouissance , en détournant en même temps les illusions d'une fausse quiétude. S'il a bien exécuté son dessein, c'est ce que je ne sçaurois point encore dire. Cependant je présume qu'il ne s'y sera point mal pris, et la relation de ce livre que j'ay vu dans l'histoire du Journal des ScavanU, me confirme dans cette pensée; car il me semble que tout ce que j'y ay lu pourroit estre interprété favorablement. Cependant, comme j'apprends que des personnes d'un jugement exquis trouvent à redire à cet ouvrage , ou demandent plus d'explication , je suspends mon sentiment là-dessus ; et en attendant plus d'éclaircissement, je serai toujours porté à avoir bonne opinion d'un auteur, surtout quand on a d'ailleurs des preuves de son mérite , et je croy qu'il n'y a gu^ de matière qui mérite mieux
CORRESPONDANCE DE LEIBNITZ ET DE LABBÉ NICÂISE