‹ Œuvres de Victor CousinChapitre 10 sur 212 · MERCREDI ET SAMEDI · texte numérisé non relu

MERCREDI ET SAMEDI

SIXIÈME CLASSE

De 8à 9 heures. Latin (exercices).

De 9 à 10 heures. Latin (exercices) .

De 10 à 1 1 heures. Grammaire latine.

CLXQLIÈME CLASSE.

De 8 à 9 heures. Religion.

De 9 à 10 heures. Latin.

De lOà 11 heures. Latin (exercices).

De 8 à 9 heures. Compomiion allemande.

De 9 à 10 heures. Latin.

De 10 à 41 heures. Grammaire grecque.

TROlSliJIE CLASSE.

De 8 à 9 heures. Latin (exercices).

De9à 10 heures. Latin (exercices).

De 10 à 11 heures. Grec.

DEUXIÈHB CLASSE.

De 8 à 9 heures. Cicéroo {pro Arehia).

De 9 à 10 heures. Xénophon (Bellenica).

De 1 0 à 1 1 heures. Mathématiques (Manuel de Thilo).

MEIN&RB CLASSE.

De 8 à 9 heures. Latin (exercices).

De 9 à 10 heures. Horace [Epistolœ).

De lOà 11 heures. Sophocle.

Le recteur du gymnase de Francfort est M. Voemel , le conrecteur M. Scheffer , le prorecteur M. Schweok. Le premier, le recteur Voemel , que je connais, et de qui je tiens tous mes renseignements est un des hons élèves du séminaire philologique de Heidelhef^ : c'est un homme de mérite comme philologue. Parmi les autres professeurs, les plus connus sont M. Thilo, qui vient de mourir, et Tun des deux profes seurs d'histoire, M. Steingass. Et ici je dois noter qu'il y a deux professeurs d'histoire, parce que les élèves du gymnase étant ou catholiques ou protestants, hi susceptibilité religieuse a exigé deux professeurs d'histoire , Tun pour les protesunts, l'autre pour les catholiques, comme il y a deux maîtres pour la religion. M. Steingass , gendre du célèbre Gôrres, est le professeur d'histoire catholique. I^es études latines et grecques doivent être fortes dans ce gymnase, puisqu'on y explique jusqu'au Garcia» de Platon : mais il est à remarquer qu'il n'y a point d'enseignement spécial de philosophie , ce qui ôte toute préparation aux cours de philosophie si élevés et difficiles des universités allemandes. Il y a peu de physique et point de chimie, et j'ai quelque raison de penser que l'enseignement mathématique y est assez faible.

M. Vi>emel a eu la bonté de me communiquer les règlemenift manuscrits du gymnase , qui sont fort anciens; nous les avons parcourus ensemble. Ils exigeaient une révision et une simplification : l'autorité a demandé à cet égard à M. Voemel hb projet qu'il a fait , et qui sera très-probablement adopté. J'ai lu ce nouveau règlement, dont j'extrais de suite deux dispositions excellentes qui sont communes à tous les gymnases de l'Allemagne, savoir : 1* que tout nouveau professeur, en prenant possession de son emploi , fait , ordi-

DANS QUELQUES PAYS DE L'ALLEMAGNE. tf)

de Ktlératiire ; cette disseriaiion est imprimée et sert

comme de justification publique de la nomination du professeur ; ^ que , chaque année, le professeur recteur lit aussi aux examens publies du gynmase «ne dissertation latine de sa façon. Cette dernière dispo^ siiion a pour but de tenir constamment en haleine M. le recteur, et de le forcer à sonleair et à étendre toujours sa réputation au profit du gymnase ; en effet, c'est le recteur qui est Tème du gymnfiMe , et s^il n'est pas loi-méme un homme distingué, s'il ne demie pas l'exemple à ses coNègues , son titre de rectewr semble une injustice. De là une foule de disseriatioDS précieuses. Je joins ici deux dissertations de ee genffe« de la main de M. Voemel. L*one est une dissertation sur un point de philologie , l'autre un examen d'un discours attribué à Démosthènes , sr^^ A'Aovi^ffw, et que M. Voemel propose d'attribuer è Hégésippe.

Je viens de vous parler des examens publies du gymnase ; mais il faut que je vous Casse bien connaître à quoi servent ces examens et ce qui s'y passe. Les élèves restent ordinairement sept ans au gymnase pour les sept classes dont il se compose ; mais on peut rester plusieurs années dans une seule classe, ou en faire deux dans une seule année ; car , pour passer d'une classe dans une autre, il suflit de subir un examen , ce qui est aussi dans nos statuts , mais ne s'exécute point chez nous. M. Voemel m'assure que ces examens sont ici très-sévères. Leur résultat, savoir, le passage d'une classe dans une autre , s'appelle Pro- ^€ê$ùm , et la petite solennité qui suit ces examens s'appelle Progre$tion$feierlichkeU. C'est à l'ouvertore de cette solennité que le recteur du gymnase prend la parole , et lit , conune je Tai dit , un morceau de sa façon ; mais ce n'est pas, comme chez nous, une pièce de rhétorique, c'est toujours une dissertation, soit en latin , soit en allemand , sur quelque point de litt^ rature ou de pédagogie. Après cette lecture vient ee qu'on appelle Sehnlnaehriehl , c'estrà-dire la chronir que, l'histoire du gymnase depuis la dernière solennité. Le recteur rend compte brièvement et simplement des petits événements qui se sont passés pendant le semestre. Tantôt c'est la biographie d'un professeur que le gymnase a perdu , tantôt l'entrée d'un professeur nouveau que l'on fait connaître , on bien encore des perfectionnaBenis dont on rend compte , des encouragements que l'on donne à telle ou telle classe , à tel ou tel élève, enfin les dons faiu par des particuliers pour la caisse des veuves et des orphelins, qui sont enregistrés, avec l'éloge des bienfaiteurs, ou des secours, stipendia, qui sont accordés à certains élèves sur quelque dotation. Tout cela compose une petite histoire de quelques pages, qui est imprimée è la suite de la dissertation ; et ces chroniques, ajoutées les unes

nairement en htin, une dissertation surquelque point I aux autres, forment Thistoire entière du gymnase^

COUSIN. — TOME III. s

RAPPORT SUR L'ÉTAT DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

Celte histoire , connue de tons les professeare et de toute la ville , intéresse les citoyens et les msttres à rétablissement. Dans cette solennité sont aussi décernés des prix aux élèves. Il y a ordinairement deux prix et un accessit par classe : ces prix ne sont pas donnés, comme trop souvent chez nous, sur une seule composition , sur une épreuve de quelques heures, où le hasard peut faire échouer le meilleur élève et réussir le plus médiocre ; ils résultent de la combinaison des notes de toute Tannée , et surtout des examens semestriels. Et il n'y a pas autant de prix que de matières diverses d'enseignement dans chaque classe ; il y a seulement deux prix et un accessit pour les trois meilleurs élèves de chaque classe , sans distinction de genre et d'après Tensemble des études : ce qui a Tavantage de faire cultiver aux élèves les divers genres d'études k la fois , et prévient l'inconvénient grave de la plupart de nos collèges de Paris, où le professeur dresse exclusivement tel élève à tel genre^ pour le faire paraître avec plus d'avantage au concours général des collèges. Enfin , quelques jours après, les élèves les plus distingués du gymnase lisent publiquement des compositions de leur façon , soit en lat'm , soit en allemand.

Par cet aperçu rapide , il est évident que toutes les institutions du gymnase de Francfort sont calculées pour la plus grande solidité des études du plus grand nombre d'élèves, et c'est le but que tout collège doit se proposer.

Je termine ce compte rendu de la constitution du gymnase de Francfort, en vous parlant de l'état des professeurs et de leur mode de nomination. Quand un professeur vient à manquer par une cause ou par une autre, le recteur a , comme chez nous, le droit et le devoir de \ûi donner un suppléant temporaire ; mais quand il s'agit de nommer définitivement on professeur, le recteur n'a plus que le droit de faire un rapport à l'autorité sur les demandes des candidats. Il n'y a aucune condition légale pour être admis candidat. Ceux qui sont connus se présentent avec leur réputation ; ceux qui ont écrit , avec leurs livres ; les autres se font examiner par le recteur , qui souvent se fait assister , dans cet examen , par le conrecteur et le prorecteur. Souvent le recteur fait son rapport, nonseulement en son nom , mais au nom de tous ses collègues, qu'il a consultés dans une conférence ad hoc. L'autorité k laquelle ce rapport est adressé , est une commission appelée consistoire , Comiêlorium , composée en grande partie d'ecclésiastiques , et aussi de savants et notables de la ville. Ce consistoire choisit trois candidats parmi tous les autres, et les présente à une autorité supérieure , le sénat , lequel en choisit un à la pluralité des suffrages , non pas au scrutin secret , mais à haute voix. I^e professeur ainsi nommé

est inamovible et ne peut être suspendu ou révoqué que par un jugement de la justice ordinaire , ce qui est à peu près sans exemple. Dans les cas de négligence dans son enseignement ou d'irrégularité dans sa conduite, on se tire d'affaire comme on peut avec des avis du recteur , quelquefois à l'aide de réprimandes du consistoire ; mais ces cas mêmes sont si rares, que les règlements ne les prévoient pas.

A Francfort 1 État ne fait point de pension aux veuves et aux orphelins des professeurs ; mais il y a depuis plus d'un siècle une caisse des veuves et des orphelins ( WiUwen-und Waisenkasse) , dont les premiers fonds ont été faits , en 1735, par quelques personnes charitables, et qui depuis s'est successivement accrue d'une foule de dons et de legs plus ou moins considérables. Ordinairement ce sont les jeunes gens élevés au gymnase de Francfort qui plus tard envoient leur offrande à cette caisse. Elle est administrée par le recteur et les professeurs, qui rendent leurs comptes publiquement. On m'assure qu'il y a une semblable caisse pour tous les gymnases en Allemagne. Il y en a aussi une autre à Francfort pour l'école moyenne et une autre encore pour l'école modèle. Il serait bon de favoriser chez nous de pareilles associations pour les établissements d'instruction publique de tous les degrés.

Je souhaite, M. le ministre , que vous ayez une idée exacte et complète du gymnase de Francfort , et de ses ressemblances, ainsi que de ses différences, avec nos collèges royaux et communaux . Voici maintenant quelques-unes des conclusions pratiques que je tire de cette visite à l'un des. bons gymnases de l'Allemagne et que je prends la liberté de vous soumettre.

i« Tenir la main très-sévèrement à l'exécution du règlement qui ne permet à aucun élève de passer dans une classe supérieure sans un examen qui constate sa capacité; donnera cet examen toute l'importance nécessaire : il devrait avoir lieu chaque semestre, pour faciliter aux élèves intelligents et laborieux le moyen d'achever plus vite leurs études.

2^ Veiller à ce que les prix de la fin de l'année soient donnés , dans chaque collège , sur toutes les compositions de Tannée et d'après les résultats des examens semestriels ci-dessus indiqués.

3° Abolir le discours de fade rhétorique qui se prononce à la distribution des prix de nos collèges, et le remplacer par un compte rendu des études et de l'his^ toire du collège pendant l'année, que ferait le proviseur, et par des compositions de différents genres, que liraient les meilleurs élèves qui, cette année, quitteraient le collège. Je n'ose , de peur de choquer les habitudes d'apparat et de futilité de nos distributions de prix, demander qu'un des professeurs y lise chaque année, à tour de rÀle, un morceau de sa façon sur

DAN8 QUELQUES PAYS DE L'ALLEHAGNE

quelqae peinl aérieaz ; mais je voadnîs au moiiM qo'ua tcaTiil de ce genre fût toujours imprimé à la lèle do programme de la disiribation des prix ; un tel prograuune, qui contiendrait une diMertation savante, rhistoire du collège et quelques compositions des meilleurs élèves sortants, avec la distribution des prix, formerait un écrit intéressant pour les professeurs, pour les élèves et pour le public.

4"* J^appelle voire attention sur le double emploi d^un oenieur et d*un proviseur dans nos collèges d'externes , et même dans nos collèges à pensionnaires dont le pensionnai n'est pas très-considérable, par exemple, tous les collèges royaux de troisième classe, éiabtisaemenis où il y a déjà un économe qui suffit à la direciioB matérielle , comme le proviseur à la direction scientifique. Vous pourriez arriver ainsi à d'assez importantes économies, qui plairaient fort au pays , et que vous pourriez employer à d'utiles fondations.

5^ Si j'osais même , je demanderais que tout proviseor, dans les collèges d'externes et dans les collèges royaux de troisième classe , fût en même temps cbargé de quelque enseignement, et n'eût, comme proviseur , qu*un simple préciput ; car il faut à tout prix, M. le ministre, détruire la barrière qui sépare, cbei nous , l'administration et l'enseignement. Dans nus coUq^ communaux , le principal est chargé de renseignemeni le pins important, l^ics doyens des facultés sont professeurs ; les membres du conseil royal, loni aussi la plupart des professeurs, qui font leur cours ou qui se font remplacer momentanément à leurs frais. Je ne vois pas pourquoi les proviseurs des collège royaux ne feraient pas de même. M. Yoemel, le recteur-professeur du gymnase de Francfort , fait à la fois un enseignement très^solide, dirige à merveille son gymnase, écrit deux dissertations dans Tannée pour les solennités dont je vous ai parlé, et en ouure il poursuit ses travaux philologiques. J'ai pour ma part insisté fortement , quand nous avons réorganisé Técole Normale , établissement à pensionnaires , pour que le directeur de cette école y fût aussi chargé d'un enseignement important ; et c'est même à ce titre qu'U est directeur.

J'ai profité de l'exlrème obligeance de notre ministre a Francfort , M. le baron AUeye, et de celle do secrétaire de légation , M. le baron Charles de Reinhardt , pour adresser les quatre demandes suivantes à nos ministres des pays d'Allemagne que je ne pourrai visiter dans cette course rapide : 1* tous les règlements imprimés , relatifs à l'instruction publique , pour les universités, pour les gymnases, pour les écoles popubires ; ^ le biulgei de toutes les dépenses relatives à rinstrnctîon publique ; 5^ le programme des leçons des universités depuis 1890 ; cette collection devrait être complète, pour mesurer la force moyenne des

cours; ^ un certain nombre de thèses soutenues depuis 1830 dans lesdiverses facultés. Ces documents, avec mes souvenirs et mes notes d'autrefois, suffiront pour vous faire apprécier l'état de l'instruction publique dans le reste de TAllemagne , et je me charge de reconnaître moi-même , dans les moindres détails et à tousses degrés, l'organisation de l'instniaion publique dans le royaume de Prusse , ce pays classique dos casernes et des écoles, des écoles qui civilisent les peuples et des casernes qui les défendent. Le temps qui m'est accordé est bien court ; mais je le multiplierai par l'activité. J'observerai le jour; les. nuits seront employées k voyager ou k écrire ; cello-c» est à peu près écoulée. Je vais me reposer quelque» heures, et partir ensuite pour Weimar.

Agréez, monsieur le minisire, etc.

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