‹ Œuvres de Victor CousinChapitre 11 sur 212 · DEUXIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LETTRE

Grand-duché de Saie-Weimar. — Organitallon générale de Pinitriiction publique. — Inslruclion populaire, écoles de village. École bourgeoise de Weimar. École normale primaire.

Weimar, 31 mai.

Monsieur le ministre ,

Je suis allé, sans m'arrèter, de Francfort à Weimar, où je suis arrivé dans la nuit du 30 an 51 mai. Sur ma route se trouvaient, il est vrai, deux villesde quelque importance, Gotha et Erfurt; maisErfurt, avec son gymnase d^externes , appartient au système prussien , que je pourrai étudier plus à Faise à Berlin ; et à Gotha, le seul homme sur lequel je pusse compter pour me faire voir avec fruit le gymnase de cette ville, Texcellent et savant M. Jacobs, est devenu tout à fait sourd. Je ne me suis donc arrêté que dans le grand-duché de Saxe- Weimar. Là s'est offert à moi de nouveau tout ce que j'avais déjà vu à Francfort, avec des établissements d'un ordre supérieur. L'instruction populaire est très« florissante dans le grand-duché de Saxe- Weimar. Il y a deux gymnases distingués, Tun à Eisenach, TauCre à Weimar ; et Puniversité d'Iéna jouit encore , malgré les pertes qu'elle a faites , d'une réputation méritée. Aussi je crois bien faire de mettre deux jours à étudier à Weimar le premier système un peu étendu d'instruction publique qui se présente h moi ; et grâce à l'obligeance infinie que m'ont témoignée tous les membres supérieurs de l'administration , j'espère , M. le ministre , pouvoir vous rendre un compte exact de tous les établissements importants d'instruction publique que possède le duché de Saxe-Weimar.

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RAPPOKT SDR VÈTAl DE

OtéHblMmenlft, étant fart wmbfen, MppoacBt néoettaîremeiii lUie tdmiBtttnilion gésétale qu'il inp«rte de vous faite connaître. Je eonnenoeraî par TMR parler de cette admioiatration ; je panerai k Finatraelion primaire , pois an gymnase , puis à Fnniveraité ; je terminerai par le budget des dépenses qne ceACe à ce petit État rinstmetion poblique dans ses détails et dans sn totalité.

ADHINISTRATK»! GÉRÉRALB ]>E L*IlfSTBV€TlON PUBLIQUE.

Dans le grand-duché de Saxe-Weimar, Finstruction publique fait partie du ministère de Tintérieinr. Elle est confiée, comme à Francfort, à une commission dite Conêisloire, Ce nom Iraliit assez l'origine et le caractère de cette commission. En général, toute Fadminislration de rinstmetion publique en Saxe Weimar est ecclésiastique. Quand le protestantisme détruisit le catholicisme, il le remplaça dans tous ses privilèges et dans toute sa puissance. 11 est inutile de remarquer qu'une semblable organisation ne convient nullement à la France ; mais on est forcé de reeon naître qu'elle a produit en Saxe d'excellents fruits. Le clergé s'est constamment montré zélé, passionné même pour l'instruction publique. En revanche , les laïques ont une déférence naturelle pour l'autorité ecclésiastique. Une mutuelle confiance, enracinée dans les mœurs, met k la fois la religion sous la protection des lumières, et les lumières sous celle de la religion. Le consistoire était d'abord tout ecclésiastique : depuis, anx quatre membres ecclésiastiques on a ajouté un membre hique , qui k lui seul compte autant que toua les ecclésiastiques, ceux -ci n'ayant k eux tous qu'une seule voix comme lui. Il y a donc , à proprement parler, un banc ecclésiastique et un banc laïque dans le consistoire. En £ait , il y a toujours accord entre eux ; s'il y avait division , le président du consistoise ferait son rapport au ministre, qui déciderail. Ce préûdent se trouve précisément le conseiller laïque du consistoire, M. Pencer, littérateur estimé qui s*est dévoué à l'administration de l'instruction publique, et qui la conduit avec un zèle, une intelligence et une activité très-remarquables. Il vit en très-bon accord avec ses quatre collègues ecclésiastiques, qui lui laissent faire k peu près toute la besogne. Ce consistoire ainsi constitué a la haute main sur toute l'instruction publique, l'université d'Iéna exceptée, laquelle a son administration séparée. Les professeurs de l'université ont un rang trop élevé dans l'instruction publique et même dans l'État , pour relever d'aucune autre autorité que de celle du ministre ; et le caractère des universités allemandes est trop scientifique et trop séculier pour qu'on puisse les soumettre au pou-

LINSTRUGTIOM PUBLIQUE

voir ecclésiantiqae. L*univenité est gsavemée diatement par rassemblée de tous les ftùftÊÊinn titulaires (Smalus aeademicut)^ présidée par le recteur, qui lui-même est nommé annuellement par les professeurs . Ce recteur correspond avec m curateur de l'universi té, nommé par le ministre ; et ce cvrateur correspond avec une commission spéciale de trois membres, dont le président a «n rang seminmiislériel et traite directement avec le minisire lui-même , sans avoir affaire au consistoire. Mais rautorité do consistoire est absolue pour les gymnases et Tinstruction primaire. C'est lui qui nomme les maîtres des écoles et des gymnases , ou du moins qui les propose k la nomination du ministre ; c'est lui qui les surveille ; c'est lui qui au besoin les écarte , les déplace ou les destitue. C'est surtout sur l'instruction primaire que se fait sentir son influence , qui en théorie pourrait être funeste , et qui en fait est toujours éclairée et bienfaisante.

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