TROISIÈME PARTIE
Nous allons maintenant recueillir les conclusions pratiques qui sortent de ce mémoire. L'histoire et la statistique seraient des études indignes de la raison humaine, si elles n'étaient une source féconde de leçons et comme une expérience instituée sur les uns au profit des autres dans l'économie du perfectionnement général.
Grâce à Dieu, l'instruction secondaire est loin d'élre en France dans l'état déplorable où le gouvernement de juillet a trouvé l'instruction primaire. Avant la révolution française , les collèges de l'université de Paris formaient un ensemble d'élablissemenU d'instruction publique dont la France pouvait être fière. L'empire a relevé ces beaux élablissemente , et il en a étendu l'organisation encore perfectionnée à un cer- Uin nombre d'anciens collèges de province; il a fait d'excellenu règlements d'études et de discipline ; en un mot , il nous a laissé une constitution de l'instruction secondaire dont les fondemente, empruntés à
DE LlNSTRUCnON SBCONDMltB
reipérience t cmi léaiiiè k Téprenve du temps él sont eoQore debout aujourd'hui. Selon moi , une loi générale d'instruction secondaire est inutile et serait périlleuse. Toutes les améliorations nécessaires et désirables peuvent être procurées sans loi nouvdie, par des ordonnances royales , on même par de simples arrêtés du conseil de Tinstruction publique , et surtout par une administration à la fois prudente et énergique. Je ne viens donc pas proposer pour rinslruction secondaire, comme j*ai dû le faire pour Tinstruction du peuple y une organisation nouvelle. Je suis heureux de pouvoir me borner à indiquer ici un certain nombre d'améliorations que m'a suggérées l'examen attentif et impartial des gymnases de la Prusse.
I. Ce qui me frappe le plus en lisant le programme des matières d'enseignement dont se compose l'instruction secondaire en Prusse , et surtout en voyant ce programme en action dans les bons gymnases de la monarchie , c'est l'alliance des éludes scientifiques et des études littéraires. 11 est inutile de renouveler ici l'apologie des études classiques ; tout a été dit sur ce sujet, et nul homme de sens ne peut être tenté d'affaiblir des études qui polissent l'esprit , élèvent l'&me , cultivent à la fois nos diverses facultés et nous initient dès l'enfance à tous les sentiments , à toutes les idées qui depuis deux mille ans sont le patrimoine immortel de l'humanité. Mais un excès ne va guère sans un autre , et comme il y a des savants sans lettres qui veulent diminuer dans nos collèges le temps accordé aux études littéraires , il est des lettrés qui voudraient à leur tour que les éludes littéraires fussent encore au XIX® siècle les seules études de nos collèges. Leur grand argument est que le temps manque pour la double culture des lettres et des sciences , et qu'en voulant mener de front des études aussi diverses, on les affaiblit les unes par les autres , et on n'obtient aucun bon résultat. Nous pouvons répondre à cet argument par Texemple des gymnases de la Prusse où les lettres anciennes sont en si grand honneur , et où en même temps les sciences physiques et mathématiques sont de jour en jour plus cultivées , ainsi que les langues et les littératures modernes , et même ces arts qu^on appelle d'agrément , mais qui sont si nécessaires ou si utiles à la culture de l'imagination et du cœur. Jamais et nulle part les humanités n'ont été plus florissantes que dans les gymnases de la Prusse ; elles y gardent tonjours le premier rang ; elles y forment l'étude principale , mais loin de souffrir, elles gagnent au contraire par leur réunion avec d'autres études absolument indispensables et sans lesquelles le gymnase ne sert pas plus h la vraie science qu'à la vie réelle. Le problème est donc résolu , selon nous : nous pouvons en France , en toute sécurité de conscience ,
unir réliido des SMiieêt physiques et aalhéiiiqtm el des langues modernes à celle de la littérature ancienne , puisque dans le pays classique de h philologie et de l'archéologie , cette alliance est éuhlie en principe, et qu'en réalité elle porte les meilleurs fruits. C'est à la prudence et aux lumières du conseil royal k ménager et à maintenir cette alliance dans une jostc mesure, et par d'habiles combinaisons auxquelles pourrait servir , non de modèle , mais de point de départ , le double programme que nous avons fait connaître en deuil , de deux gymnases très-différenu de Berlin, ainsi que celui du gymnase de Schulpforla, dans la province de Saxe (i).
A ce propos nous appellerons l'attention du conseil royal sur un détail insignifiant en apparence, nuis qui, dans la pratique, a les plus graves conséquences. En Prusse , il y a, dans chaque classe, 52 heures de leçons par semaine , tandis que chez nous il n'y en a que ââ. 11 est naturel que dans ces limites on irosve impossible ou très-difficile de faire entrer un enseign^ ment varié. En Allemagne on a multiplié les leçons pour étendre l'enseignement, et on s'est arrangé pour ne pas fatiguer davantage l'esprit des élèves en ne prolongeant pas la leçon au delà d'une heure. Les leçons se succèdent, il est vrai, mais il y a entre elles un intervalle de quelques minutes, el la différence des objets d'études et le changement de professeurs sont une sorte de délassement. Nous sommet convaincu qu'à la réflexion on trouvera cette distribution très-bien entendue , au moins pour les classes inférieures.
II. Un caractère non moins frappant des étndcs dans les gymnases prussiens est la haute importance de l'enseignement religieux.
En Prusse , il n'y a pas une des six classes dont se compose le gymnase qui n'ait son cours de religion comme son cours de latin , de grec et de mathéfflstiques. Je l'ai déjà dit ailleurs , et je le répèle ici svec toute la force qui est en moi : le culte seul avec sei cérémonies ne peut suffire à des jeunes gens qui réfléchissent et qui sont déjà imbus de l'esprit du siècle. Un véritable enseignement religieux est indispensable, et rien ne se prête à un enseignement plus régulier, plus riche , plus varié , que le christianisme , avec son histoire qui remonte au berceau du monde el se lie a tous les grands événements de Thomaniié , avec ses dogmes qui respirent une métaphysique sublime, avec sa morale qui réunit toutes les qualités , austérité et indulgence ; enfin avec ses grands monumenu, deputf la Genèse jusqu'au Discours sur l'Histoire universelle. 11 semble que la restauration , qui parlait sans cesse
(I) Voyez TAppendice.
DANS LE ROTAUME DE PRUSSE
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de nSgiM, défait éiaUir un pareil EDes'ea cilbiea gardée; Umi ton aèle s^esl 6p«iaé k Mliipiîer les oSeea. Elle povfaii rendre an dei^é la huât oomkUralioo qui loi eel due en raninwnt dana 100 leio les éindea sacrées ; elle Fa compromis dans reiprit des peuples en le jeiant dans sa poiiiiqoe. Je le coonais pas de gooTememenI qui ait plus nni à la ctue religiewe. L'empire, trop conséquent pour légliger dans Pédocaiion de la jeanesse ce qu*il avait rétabli daas la société , avait relevé les anciennes focoliés de théologie ; la restauration les a laissées tmber. L'empire avait nus dans chaque collège un lonMer, chargé non-seulement des cérémonies du eslte, mais de renseignement ; et pour cela il avait Toofai que tout aonktaiier fût nécessairement licencié en théologie , comme les autres professeurs devaient Un licenciés es lettres ou es sciences. La restauration a réduit Fauménier à n'être qu'un desservant, et k pane no catéchiste pour les classes inférieures , tandis qse ce tenit précisément aux classes supérieures que eooneodrait l'enseignement religieux tel qu'il devrait eue. Ce lerait aux lecteurs d'Homère qu'il faudrait cofluneater la Bible ; c'est à Démostbènes qu'il faudrait ajoQter Bossuet. Nous portons aujourd'hui le poids dciûales de la restauration en tout genre. Le cfaris- L^aniaBe lans enseignement, réduit à un spectacle iiiatêUigible, fatigue et humilie des esprits qu'il aurait éie?c$ et charmés. Il appartient à la révolution de jailli i^ lai restituer sa dignité. Je demande ou qu'il ae aoit phis question de religion dans nos collèges , qo'oQ retranche tontes les cérémonies chrétiennes et qa w les renvoie à l'église , ou qu'on y ajoute un CMejgaementqui lesexpliqne. Je demande, comme une More i la fois sociale et littéraire , l'éiablissement daai clnque collège d'un enseignement religieux confié iao aaoïénier professeur, qui ait, comme aujourd'hui, le rang et le traitement de professeur de première dane , mais sous la condition d'être licencié en tbéo- ^, comme ses collègues sont licenciés es lettres 00 èa sciences, en un mot, je demande l'exécution de Tarticle 35 du règlement impérial du 49 septembre 1809.
10* Après la détermination des objets de l'instruc- ^ aecondaire , la question qui se présente naturelleneoi est de savoir si cette instruction doit avoir deux d^réa comme l'instruction primaire , c'est-à-dire , s'il ! aora une classe de collèges qui rempliront tout le proi^mnie de rinstruction secondaire , et une autre clsiaede collèges qui n'en rempliront qu'une partie ; c'eat4-dire encore , s'il y aura , pour parler notre bogue universitaire , des collèges de plein exercice ^ <les collèges qui ne seront pas de plein exercice.
A est impossible ici de ne pas considérer comme covm. — Touc lit.
bi plaie de rinsCrudion publique ces ombres ds collèges qui couvrent la France, auxquels ne s'ap^ pliquent ni nos règlements d'études ni nos règlements de discipline , et où il n'y a souvent qu'une daaM de grammaire et une classe d'humanités. Quelle instruction secondaire véritable donnent de pareils collèges? Un peu d'instruction primaire est toujours quelque chose , mais un peu de latin et de grec mal enseignés ne peut avoir aucun avantage et peut produire de graves inconvénients. C'est pour remplacer la nmuvaise instruction secondaire que nous avons créé l'instruction primaire supérieure. Celte création est vaine si on laisse subsister de misérables colièges oè l'on apprend assez de latin et de grec pour se dégeéler des professions de la vie commune , et pas asscs pour se préparer effectivement aux professions savantes, et libérales. Deux classes de collées sont peut-être nécessaires ; mais au moins faudrait-il déterminer le minimum an-dessous duquel l'instruction ne pourrait tomber dans les collèges qui ne seraient point de plein exercice.
En Prusse , il n'y a qu'un seul ordre d'ètabliasements, appelés gymnases , mais chaque gymnase est organisé de manière que chacun d'eux contienne deux gymnases , deux collèges en quelque sorte , par la disiinction sévère et l'organisation judicieuse des classes inférieures et des classes supérieures. Selon moi , cette combinaison satisferait è tous les besoins ; elle maintient l'instruction secondaire à la hauteur qui lui appartient, et elle en rend les approches accessibles à un très-grand nombre de familles , auxquelles l'insiruction primaire supérieure elle-même ne suffit pmnt. Qu'il me soit permis d'entrer ici dans quelques deuils sur la manière dont on pourrait trans* porter chez nous cette utile combinaison.
La vertu de cette combinaison est tout entière dans le choix et la distribution des objets d'enseignement qu'embrasse la division inférieure du collège. Celte division doit comprendre trois ou quatre années depuis la sixième jusqu'à la quatrième ou la troisième inclusivement. Ce temps est à la fois nécessaire et suffisant pour éprouver et cultiver les dispositions des élèves par un bon ensemble d'études. Au premier rang il faut placer l'enseignement religieux qui aurait, dans chaque classe, un cours spécial , comme toutes les autres parties de l'enseignement; dans la sixième et la cinquième , Thisloire sainte ; d'abord l'Ancien , puis le Nouveau Testament ; en quatrième et en troisième , le dogme et la morale heureusement unis dans de sages proportions. Cela suffit pour donner aux jeunes gens une connaissance solide du christianisme. Le principe de roi|;anisation de l'enseignement historique et géographique est fort simple. Que peuvent et doivent apprendre de géographie et d'histoire des
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