AMSTERDAM
La rflle et le Hfasée. — M. I*inspecleiir Teissèdre L*Ange. — Lm éeoiet des p«avfet. Règlement et description de cet Oolet. — De Tenteii^neinent mutuel et de renteignement limullané.— écolet iolermédiairet. — Eoseignemeol moral et religieux. — L^alhéoée. — La synagogue des jaifs por- Ivgais.
(tl SEPTEMBRE.)
Arrivé» ie mardi tdr à Amsterdam par le plus manvait temps du monde , an milieu de la foire , noua nom eo biea de la peine à y trooTer un logement dans UDC auberge tout hoUandaîse, où personne ne sait na mot de français, URandeel. Le lendemain matin , de bonne beure, noua sommes sur pied pour voir un pea la viUe avant de commeooer noe visites aux éeole&
Id enfio je meaens complètement dépaysé et hors de Franee. Aspect des lieux, mœurs générales, contâmes parlievlières, tout est nouveau pour moi. Il faut te figurer Qoe ville de plus de 200,000 âmes, bâtie tar le confluent de TAmstel et de ce golfe de la mer do Nord qu^'on nomme leZuyderzée. Elle est donc trafcnée en loot sens par TAmstel , et elle a devant elle le ZoyderBée : de li une foule de canaux et un port de mer irameane. La ville tout entière est sur pilotis. On pooira juger du travail qu'il a fallu à Tbomme pour se £ure une pareille demeure , quand on saura que lanoea hdiel de ville , aujourd'hui le palais du roi, porte sur i3,695 mâts. Amsterdam est la Venise du Nord. Comoie celle du Midi, elle présente un caractère tout à fait original : on s'y sent dans un monde à part et dans le siège d'un empire. Mais que la Venise du Nord ett laide par un mauvais temps ! La pluie, qui n'avait cerné de tomber depuis quelques jours, inondant les mes, les eomibmlait en quelque sorte avee les canaux. Tout semblait eau , et encore une eau infecte. Les caoaux, q« reçoivent toutes les immondices , exhalent toujours tine mauvaise odeur; et quand une forte et loupe pluie vient à remuer ces cloaques , il en sort des eibalaîsoDS insupportables. Les indigènes n y font presque pam attention; mais, je l'avoue, cette odeur méphitique m'a tout d'abord g&té le séjour d'Amsterdam. G^emdant je reconnais qu'Amsterdam est une snperbe ville. Elle a des quais admirables , plantés de beaux arbres , et bordés de maisons dignes des
(1)249 pieds de longueur intérieure sur 225 de lart-ear.
f5) No 238.
anciens maliies de l'Océan. Sur le port on nous à montré hi maison de Ruyter : son tombeau est à l'église neuve. La vieille ^ise, autrefois si riche et si belle, est maintenant nue et déserte. Cette immense (i) cathédrale renfermeles plus étonnants vitraux, lly en a de mieux cdorîés, par exemple ceux de Sainle-Gudule, à Bruxelles ; mais nulle part je n'en ai rencontré d'aussi vastes. Ils forment trois magnifiques compositions : l'Annonciation , la Visitation et la Mort de la Vierge. La figure de Marie mourante , assistée par le bien-aimé disciple , m'a rappelé le même sujet dans un tableau d'un ancien maître de l'école flamande, que j'ai vu, en 1847, à Heidelberg, chez M. Sulpice Boisserée. Le Musée d'Amsterdam est peut-être encore plus riche que celui de La Haye. Je laisse là tous les tableaux étrangers , un Murillo , un Velasquez, trois deCrayer, quatre Holbem. Je néglige toute l'école flamande, VanEyck, Porbus, Ouo Venius, Rubens, Van Dyck ; je ne veux voir , je ne regarde ici que l'éoole hollandaise. Avant tout, Rembrandt et la Garde de nut'l (i) , vaste composition assez mat nommée, et qui représente le capitaine Kock sortant la nuit pour aller tirer aux buttes, accompagné de ses ofliciers et arquebusiers; l'un d'eux chargeant son arme , les autres se disposant à en faire autant; au milieu une jeune fille portant k la ceinture un coq blanc , prix du tireur ; tout cela diversement éclairé , et plein de vie et d'expression. A cété de ce tableau, il faut mettre, pour le naturel et la force, l'assemblée des cinq chefs de la corporation d'Amsterdam, appelée Sêaal-Hof (s). Ils paraissent interrompus dans leur délibération, car tandis que l'un d'eux se lève , les quatre autres portent leurs regards vers le spectateur, comme si quelqu'un entrait de ce côté. J'admire d'un œil plus distrait la décollatiott de saint Jean-Baptiste du même maître («), parce qu'elle reporte ma pensée vers une autre époque du monde et vers une autre école, et que je veux rester en Hollande. J'aime mieux m'arrêter sur ce beau Van der Helst, qui passe pour la merveille de l'école hollandaise , et qui représente un repas donné par les ofliciers de la garde civique d'Amsterdam, en commémoration de la paix de Munster (s). Je ne pourrais compter la foule * des Van Miris, desMelzu, des VanOstade, desPoelembourg, des Potter, des Fliiik, des Teniers, des Gérard Dow,des Berghem, des Ruysdael et des Backhuysen qui reproduisent si fidèlement et si vivement la Hollande et la vie hollandaise, ses campagnes, ses ports de mer, ses églises , ses scènes domestiques depuis la plus noble (e) jusqu'à la plus grossière , et même des
(6) G. Dow , n<> 71. A l'ombre d'un épais bocage , une dame richement vêtue , assise, un éventail à la main, et à c6té d'elle un brillant cavalier qui semble lui faire une déclaration. Le fond du paysage est de Berghem.
DE L INSTRUCTION PUBLIQUE
8cène8 d'école (i ) . Noa$ avoDS eu grand* peine à quitter cet admirable Musée , qu*ii aurait fallu une semaine entière pour étudier un peu , et nous sommes allés voir une exposition des tableaux des artistes vivants d'Amsterdam et de toutela Hollande. Quelques marines, une multitude de portraits, peu décompositions distinguées. Le tableau qui m'a le plus frappé est celui qui représente la mort du capitaine Barends dans la Noufeile-Zélande : composition correcte et sévère, figures nobles et expressives. H y a aussi plusieurs tableaux précieux à l'ancien hôtel de ville, aujourd'hui le palais du roi. Je ne dis rien des chantiers , des bassins , des entrepôts , de la vieille bourse , qui rappelle tant de souvenirs, mais je ne puis passer sous silence la promenade appelée le Plantage, faubourg ou plutôt jardin coroposédeplusieursbelles allées bordéesd'arbres et de jolies maisons où les habitants d'Amsterdam viennent le soir ou le dimanche goûter les douceurs du repos et de la campagne. Chacune de ces maisons a un nom inscrit sur sa façade : Bellevue, Séjour de paiœ, Repas du cimtr, etc. Mais il est temps d'arriver aux écoles.
M. Schreuder me conduisit chez M. l'inspecteur du district d'Amsterdam , M. Teissèdre L'Ange, pasteur et prédicateur de l'église wallonne, qui était déjà averti de mon arrivée et qui me reçut avec le plus aimable empressement. Il se mit entièrement à ma disposition, et me demanda ce que je voulais voir à Amsterdam. ^— Les écoles des pauvres. — Il me dit que lui-même autrefois en avait fait les honneurs à M. Cuvier, et il m'assura qu'elles étaient au moins aussi bonnes qu'à cette époque.
Les écoles d'Amsterdam sont gouvernées par M. L'Ange et par la commission des écoles de la ville. A Amsterdam» commedans toutes les villes un peu considérables, à côté de rinspecteur spécial, la loi établit une commission composée d'habitants notables et organisée d'une manière qui choquerait beaucoup toutes nos habitudes , mais qui me parait fort judicieuse et très-pratique. En général, excepté l'inspecteur, il n'y a point dans cette commission de membres de droit, pas même le bourgmestre. En effet, le zèle, Tactivité, la charité, rintelligence spéciale de certaines matières sont nécessairement personnelles, et ne peuvent pas être supposées à priori d'après telle ou telle position. Les différents membres sont nommés sur la présentation de leurs collègues, et cela est encore très-bien entendu ;
(1) G. Dow, n** 70. Une scène de nuit dans une école. — Le maître, assis à son pupitre, réprimande un écolier qui va se retirer et qui le regarde timidement. Une jeune Glle dit sa leçon; près d'elle est un sablier el la lumière qui éclaire ce groupe. Sur la droite, une autre jeune fille debout, tenant une lumière, et s'entretenant avec on garçon qui écrit sur une ardoise. Au bas du tableau est une
car, ainsi, on ne nomme que des membres doot on connaît la capacité , et avec lesquels on est sûr de s'entendre. Enfin l'inspecteur, qui fait partie de la commission, intervient dans cette présentation ; il ; s kl plus grande influence , et on peut dire qu'en rétUté c'est lui qui présente. De cette manière est assuré raccord de la commission et de l'inspecteur, accord sans lequel toutbienestimpossible. La commission des écoles de la ville et Tinspecteur L'Ange travaillent depois longtemps de concert ; et c'est et le temps et ce cooceri qui ont produit tous les beani résultats que M. Caviera tant, admirés.
Par diverses raisons, il y a, pour les écoles de pauvres d'Amsterdam , une commission spéciale nonnée collège de curateurs ; et ce collège avait déjà faiiu excellent règlement pour ces écoles, dès rannée 1798. J'ai sous les yeux ce règlement. 11 est diviié co vn sections : i'* section, de l'Admission des enfante au écoles de pauvres ; ii*, Répartition des élèves en iroii classes; ut*. Heures des classes; iv«, Programroedéiaiile de l'enseignement; v®, des Livres; vi*. Récompenses et punitions; vu®, des. Maîtres. Voici un extrait deccue dernière section : c La commission nomme directenent le premier maître. Les sous-maltres sont nommés à la recommandation du premier maître. On préfère pour premiers maîtres des gens mariés. Le maiirc qui n'est pas marié prend à ses frais une malircsK d'école qui doit être approuvée par la commissioo. Le traitement du premier maître est de 900 florios , avec son logement , le feu et la lumière. Sa veuve a droit à une pension annuelle de 250 fl. Le (raiiement du premier sous-makre est de 400 fl.; oeluida second sous-mallre est de 100 fl. Quand lesmaiires reconnaissent à un enfant des dispositions pour f enseignement, ils le signalent aux curateurs; ceox-fi s'entendent avec les parents et accordent chaqoe mois à l'enfant, dès qu'il a 44 ans, un peu plosqae ce qu'il aurait gagné en apprenant un métier, jusqoâ ce qu'il soit capable de devenir un dessous-mailres. i Ce règlement est signé du président du collège dei curateurs, et du secrétaire, M. WerU, instilolen distingué et inspecteur d'Amsterdam , qui y a ^ une mémoire vénérée pour les services qu'H aremioi à l'éducation du peuple.
Je trouve encore signé de ce même M . Wertz, comi» président du collège des curateurs, un règlenicR de 1804, où les dernières dispositions du r^lema
lanterne à feuilles de cornes, entr'ouverte, ce qoi produi des effels surprenants en demi-teinte. Dans le fond, plo sieurs écoliers étudiant à la lumière d'une chandelle, un dis qu'un d'entre eux descend un escalier, tenant un chandelle allumée. En tout, douze figures e( ein lumières différentes qui donnent des effets mcrTeiUeuAi clair-obscur, avec un naturel el une vérité parfaite.
EN HOLLANI».
de 1798 Èuat les élèTes qae Ton garde aux écoles des pauTres pour les former an métier d'insiitotenr, sont dévoloppées en un certain nombre d'artieles que je donne ici en les abrégeant : c 1^ L^élève qui restera k récole pour apprendre le métier d^instituteur, recevra, en récompense des services qn*il rendra à Técole , 50 II. par an les deux premières années, et 75 les deux suivantes. ^ Il ne sera pas permis aux parents d'un élève de loi faire changer de destination pendant tout le temps fixé, si ce n*esi avec le consentement des curateurs, et à la condition de restituer tout l'argent reçu jusqu'alors. 3^ Les parents sont obligés de signer rengagement de restituer l'argent reçu par leurs fils, s'ils ne se conforment pas à l'article 2. 4^ Si les parents d'un enfant qui contrevient à Farticle 2 reçoivent des secours publies, les curateurs informent la commisaon de bienfaisance, et rengagent à retirer les secours è cette famille. 5® Les curateurs conservent le droit de renvoyer tout élève qui ne se conduirait pas bien. >
Depuis la loi de 1806 , on n'a pas détruit le règlement de 1798 , mais on l'a successivement modifié , et ii y a longtemps qu'on n'y a plus touché. On n'a pas sans cesse innové; on a constamment marché dans les mêmes Toîes , et voilà pourquoi on a fait tant de chemin.
H n'y avait d'abord que trois écoles de pauvres k Amsterdam, maintenant il y en a onze, une par chaque quartier. Voici l'exacte description de ces écoles, telle que je la rencontre dans un rapport du collège des curateurs , rapport intéressant et instructif que j'aurai occasion de citer plus d'une fois. Il est du 7 mars 1817.
I Les salles des écoles de pauvres d'Amsterdam ont la forme d^^un carré long. Les tables et les bancs y sont rangés les uns derrière les autres, depuis l'un des murs latéraux jusqu'à l'autre, en laissant un espace suffisant entre le banc antérieur et la muraille. Cette disposition est nécessaire pour que les enfants , qui sont assis les uns derrière les autres , aient le visage tourné vers les tableaux qui tapissent l'un des murs, et sur lesquels on trace des lettres et les exemples d'écriture , ainsi que les exerdces pour la langue , le calcul et les notes do chant.
( Les écoles sont partagées en trois classes :
c La première classe ou classe inférieure est distribuée en banti au nombre de trois ; la deuxième classe se subdivise en deux tables. Dans la classe inférieure, il ne se trouve que des bancs et non des tables, parce que dans cette classe on n'écrit pas.
c Voici la liste des choses qu'on apprend dans les différentes classes et dans leurs subdivisions :
i« Classe.
« 1*' HatK: On apprend à nommer les lettres et à épeler.
i 2«jffon«;Aépderetàpartagerleslettresen syllabes.
c 5« Banc : A épeler , à lire et à connaître la ponctuation ; on y apprend aussi à prononcer les quantités exprimées par des chiffres cl la table de multiplication.
^Classe.
€ 1^ Table : La lecture, les principes de récriture, les parties du discours , la formation des chiffres, les premiers éléments d'arithmétique, et léchant.
t 2** Table : La lecture , l'écriture , l'arithmétique , l'art de calculer sans tracer des chiffres, les déclinaisons et les conjugaisons, l'his" toire des Pays-Bas , l'histoire sainte suivant la Bible , le chant.
c Dans la troisième classe , on donne des leçons de lecture méthodique « d'écriture , d'arithmétique appliquée à la règle de trois et à des règles plus élevées, de grammaire et de syntaxe hollandaise , d'histoire des Pays-Bas et d'autres pays , d'histoire sainte selon la Bible , et de chant.
c Outre ces différents genres d'instruction , on emploie chaque semaine une heure à enseigner les principes de la religion* Après chaque lecture , on adresse aux élèves des questions raisonnées pour leur faire bien comprendre ce qu'ils ont lu. i
< Les leçons se donnent sans que les élèves quittent leurs places : tout se fait par démonstration sur des tableaux peints en noir et suspendus à la muraille , sur lesquels on trace avec de la craie des exemples d'écriture , ainsi que les exercices relatifs à l'étude de la langue , à l'arithmétique , au chant , etc. Les écoliers ont d'ailleurs des livres élémentaires pour apprendre à épeler et à lire; ils n'écrivent que dans des cahiers , et ne se servent d'ardoises que pour les opérations d'arithmétique.
c On trace , à la vue des écoliers , sur les tableaux suspendus à la muraille , les lettres de l'alphabet, ainsi quelesdiphihongues et les triphlhongues , qu'on leur apprend à prononcer en une seule syllabe ; on leur apprend ai^ à lier les consonnes , et à les prononcer par une seule émission de la voix. L'instituteur montre aux commençants, sur le tableau suspendu devant eux , les lettres simples , les consonnes doubles et composées , les syllabes de deux et de trois voyelles , et , après qu'ils les ont nommées , il les leur fait chercher dans leur livre : de cette manière, ils apprennent insensiblement à épeler, en sorte qu'ordinairement , en très-peu de temps , on ne trouve plus dans les écoles que ce qu'on y appelle le premier banc de la première classe.
DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE
4 I>aiisc1uHiaeé<M^, oompotée d'environ 500 à 400 enfanUf rinstnictîoa esl cenâée à an premier mallre ou instUnleor en chef, qni a sons loi un premier et nn second aoos-mattre , outre quelques apprenlis-insiituteurs et quelques aspirants-apprentis.
c Comme on se propose particulièrement, dans ces écoles , de conduire les enfants à Tinstruclion plutôt par aliacheroent à leurs devoirs et en excitant leur émulation , que par une crainte servile pour les châtiments , on exige comme qualités essentielles de la part du maître , non-seulement des mœurs irréprochables et de la religion , mais encore une grande modération dans le caractère. On veut d'ailleurs qu'il possède à fond les règles de sa langue, qu'il soit très-versé dans l'écriture , l'arithmétique, l'histoire, la géographie et le chant , et qu'il puisse enseigner les principes de la religion ; il est surtout nécessaire qu'il ait le talent de communiquer avec facilité ses connaissances à ses élèves : aussi , non-seulement les instituteurs en chef, mais encore les sous-maltres de ces écoles , ne sontrils admis à ces fonctions qu'après avoir subi un rigoureux examen , tant sur la théorie que sur la pratique de renseignement.
c Chaque maître est chargé delà direction générale de son école ; il y maintient le bon ordre , et veille à ce que, tant les sous-maltres et les apprentis-instituteurs que les écoliers, tous remplissent exactement leurs devoirs ; il concourt , en outre, personnellement, aux leçons qui se donnent dans la classe supérieure , et prend part , suivant l'occurrence , au travail des autres classes.
c Les sous-roaltres enseignent , sous la surveillance immédiate du maître , soit à l'aide des tableaux suspendus À la muraille , soit en faisant lire les enfants dans leurs livres élémentahres, sans qu'ils quittent pour cela leur place.
€ Les apprentis-instituteurs sont des gens pris entre les sujets les plus instruits de la cbsse supérieure ; on n'admet comme tels que ceux qui se sont distingués par leur application et leur bonne conduite, et qui ont manifesté , de concert avec leurs parents ,1e dèur de se vouer à l'instruction de la jeunesse. Ces apprentis sont d'abord reçus comme aspirants , et distribués dans l'école pour aider à instruire les enfants , surtou t ceux de la classe inférieure et ceux qui composent la première table delà seconde classe. Après avoir quelque temps exercé ces fonctions comme aspirants , ils sont admis à l'examen, et placés, suivant leurcapacité , au rang des apprentis-instituteurs.
< Cette institution forme insensiblement une pépinière de maîtres, surtout par l'avantage qu'ont ces jeunes gens , tant les simples aspirants que les apprentis admis, d'assister, dans l'intervalle des exercices ordinaires , à des leçons particulières , données par
trois des instituieors en cheft pour les tomer altérieurement dans l'art d'écrire et celui de lire avecméihodo, pour les instruire dans les parties les plus avancées de la langue vulgaire , de lliisloîre , de la géographie et de l'arithmétique, et leur enseigner Talgèbre et la géométrie. Un autre avantage qui la disiingue de toute autre institution de ce genre, c'est qa on nadowi que des sujets déjà reconnus, par expérience, comme ayant une inclination marquée et les qualités préliminaires requises pour se vouer à rioiiroclioD : aussi en est-il déjà sorti un grand nombre de maîtres , aussi dbtingués par leurs talenti que pv leur mérite personnel* Dès que les aspiraou soot parvenus au rang d'apprentis-instiluteurs, ils jouissent d'un traitement annuel » de mèmeqae les nuitrcs et les sous-maitres.
c Dans chaque école on tient exaetemeot registre des absences , comme aussi des marques qui altesteut la bonne conduite des élèves et leurs pn^ dans b lecture , l'écriture , le calcul , la langue , ele. À la fin de chaque semaine on fait le résumé de ces marqoes d'approbation ; on proclame les noms des deux filles et des deux garçons de chaque classe qui en oni oblens le plus grand nombre, et leurs noms demeoreot exposés toute la semaine suivante sur un tableau expressément destiné à cet usage.
f Au boutde six mois on fait un résumé général de toutes ces marques ; on désigne dans chacune des classes et de leurs subdivisions les quatre élèves qui eo ont le plus obtenu, et qui, par conséquent, ont été le plus souvent inscrits sur le tableau hebdomadaire, et on leur distribue des prix , consistant en qnelqBes livres utiles et propremeni reliés. Il se fait en outre une distribution d'estampes et de petiu livres oméi de figures entre les plus jeunes écoliers qui ont (réquenic assidûment l'école, et on donne aux plus âgés, qu ont le mieux mérité sans pouvoir obtenir de prix, dn linge de corps et des bas^ à titre d'aeeeuit et denoosragement Toutes ces distributions se font par le« membres de la commissioa , à l'issue d'un exaneo qoi a lieu tous les six mob. Ces commîssairss sont teau de faire au moins chaque mois une tournée dans les écolessoumisesà leur direcUon spéciale, et de pr^ni^^ ieurrapportdansl'assembléegéiiéraledelacoiDinitsMiB,
qui se tient tous les mois.
c On divise en trois classes les écoliers qui soricat de ces écoles : la première se compose de ceux qsi* s'absentant , ou se comportant mal, ou ayant été lrouî« incorrigibles, sont renvoyés ou rayés de la liste de« écoliers; la seconde classe comprend ceux qaiquiUffit l'école régulièrement, c'cstrà-dîre à l'Age déterminé, et avec le consentement de la direction; la trooièiM classe supérieure renferme ceux qui ont achevé avec succès le cours entier de leurs études.
t Ces derniera reçoîveDi , en quitunt Técole « un certificat honorable dan» la séance publique qui ae tient annuellemenl pour entendre le rapport de Fadmi- Disiratîon ; on y ajoute une gratification qui consiste eo chemises et en bas. Dans la même séance qui , ordinairement, se tient dans un des temples de la TÎlie, les écoliers rassemblés donnent, en présence do public , des échantillons des progrès qu'ils ont faits, en même temps que les apprentis instituteurs font preuTe de leurs connaissances et de leurs talents dans Part d'enseigner.
( Pour punir ceux qui ont mérité quelque chàiimeot, on se contente de leur imposer une tâche hors le temps des exercices ordinaires , de les faire tenir debout en présence de leurs camarades , ou de leur donner de mauvaises notes , qu'on défalque sur les marques de diligence et de bonne conduite. Rarement OD a recours aux châtiments corporels , et lorsqu'ils «oot jugés nécessaires, le maître seul doit les infliger, et toujours sans témoigner le moindre emportement.
t Faute d'emplacement suffisant et assez vaste , les deux sexes sont réunis dans la même salle, mais placés à des tables et sur des bancs séparés, de sorte qu'il ne peut en résulter le moindre désordre.
« Outre les instructions communes aux deux sexes , les jeunes filles apprennent régulièrement à tricoter : ce sont les femmes des instituteurs en chef qui les instruiseot. Celles d'entre ces jeunes filles qui remporient , au sortir de l'école , un certificat d'approbation , sont ensuite reçues dans d'autres écoles uniquement destinées pour les enfants de ki classe indigente , et administrées par des dames , qui portent le titre de régenies. On y instruit les filles régulièrement dans toutes sortes d'ouvrages à Taiguille.
c Enfin , durant les mois d'hiver , on tient aussi école le soir pour les jeunes gens qui , ayant quitté les écoles , et travaillant le jour comme apprentis chez des artisaos, désirent entretenir les connaissances qu'ils ont acquises. >
Pour juger par moî-méme de la fidélité de cette description , je priai M. L'Ange de me montrer la plus considérable des écoles de pauvres d'Amsterdam, celle qui pouvait me donner l'idée la plus exacte et la plus complète de toutes les autres. Nous sommes donc allés ensemble dans une école de pauvres. En y entrant , je reconnus d'abord l'original de la description qu'on vient de lire: grande salle, bien aérée; des tableaux sur tes murs; les enfants, filles et garçons, assez mal velus y mais lavés et propres à leur manière , dislribues sans distinction de sexe , entre trois divisions , dont chacune est gouvernée par un maître assistant. Ces assistants dépendent de sous maîtres qui dépendent eux-mêmes du directeur. Il y avait à peu près six cents rotsiif . — TOME m.
EN HOLLANDE. 257
enfants ; et la salle peut et doit en contenir mille
dès que certaines réparations seront achevées.
Ici je me permis de dire à M. L'Ange que je souhaitais fort que ces réparations ne fussent jamais achevées, et que six cents enfants étaient bien suffisants pour une école, même pour une école de pauvres. De tant d'enfants diversement occupés, il sort nécessairement un certain bruit, sans nul inconvénient peut-être pour la plus faible division, dont les occupations sont presque entièrement matérielles , mais qui donne aux élèves plus avancés de fâcheuses distractions. Au lieu d'une salle immense , mieux vaudraient deux ou trois salles contigués l'une à l'autre , qui permettraient de séparer les divisions. Encore une fois, il ne s'agît point d'obtenir le spectacle plus ou moins agréable d'une masse d'enfants rassemblés et obéissant k un seul et même maître ; il s'agit de procurer la meilleure éducation de chacun d'eux; et pour cela il ne faut pas seulement établir diverses classes dans I école, il faut avoir aussi des salles distinctes pour ces difl'érentes classes. A mon avis, cent enfants suffisent bien à une salle , et deux , trois on quatre salles à une école. Plus d'écoles, et des écoles moins nombreuses ; dans chaque école plus de salles , et moins d'enfants dans chacune de ces salles. A cela, M. l'inspecteur L'Ange ne faisait qu'une objection : Mais l'argent, l'argent ! il faut alors plus de bâtiments. Sur ce point même, je ne suis pas de son avis. Il est plus aisé et moins coûteux d'acheter ou d'approprier plusieurs petites maisons qu'une très-grande , surtout dans do grandes villes comme Amsterdam et Paris; et je citais au digne inspecteur l'exemple de Berlin , où nulle école communale de pauvres ne renferme plus de trois cents enfants. Et puis l'hygiène est ici très-intéresséè. Je remarquerai qu'il faisait bien chaud dans cette immense salle , malgré la saison , et que cette chaleur n'était pas fort saine , malgré les fenêtres et toutes les précautions.
Je fus frappé de voir dans un couloir un garçon d'une douzaine d'années enseignant les preipiers éléments de la lecture à de tout petiu enfants. < Ce petit maître est-il un assistant? demandai- je — Non , c'est un enfant de l'école , de la classe la plus avancée. — C'est donc un moniteur , et vous pratiquez l'enseignement mutuel? — A Dieu ne plaise ! mais nous sommes éclectiques , me dit en souriant M. L'Ange ; nous ne proscrivons aucune pratique utile, à quelque système général qu'elle appartienne. Ainsi, lorsqu'un enfant montre des dispositions, et se propose de devenir un jour assistant et d'entrer dans l'enseignement primaire (car vous savez que touie école de pauvres est une véritable école normale primaire), nous ne voyons aucun inconvénient à confier k un pareil élève, non pas l'enseignement, mais la répétition de l'enseigne*
2»8 DE L'INSTROCTION PUBLIQUE
ment des choses les plus faciles, k la rigueur, on peul employer des enfants pour certaines répétitions ; mais rinitiative de tout enseignement exige un maître. Nos assistants mêmes, qui sont déjà des maîtres, ne sont chargés que de simples répétitions. >
Et à cette occasion , notre visite achevée, nous nous entretînmes sérieusement de renseignement mutuel et de renseignement simultané, c Monsieur , lui dit-je , connaissez-vous bien renseignement mutuel? Avez* vous essayé de le pratiquer ? et qu'en pensez-vous? — Nous connaissons renseignement mutuel , nous en avons fait faire des essais, et nous le regardons comme une méthode absolument insuffisante. Ce n'est pas ( je me sers ici des expressions mêmes de M. L'Ange ) , ce n'est pas une méthode faite pour des êtres moraux et intelligents ; et nous ne nous croyons pas le droit de l'appliquer à une école de pauvres plus qu'à toute autre école. Car les pauvres surtout ont besoin d'éducation; et renseignement mutuel ne donne pas l'éducation ; il donne seulement Tinstruction , et il la donne si supeHtcielte , si matérielle en quelque sorte , que véritablement ce n'est pas là une culture pour Fesprit. Du temps de la réunion de la Belgique et de la Hollande , les Kbéraux belges vantaient si fort cette méthode , surtout pour les nombreuses écoles , comme sont les écoles de pauvres , que notre collège des curateurs , attentif à tout ce qui se passe d'un peu remarquable en fait d'instruction populaire , crut devoir faire un essai de la méthode nouvelle ; et le résultat de son examen fut qu'il n'y avait de méthode vraiment rationnelle que la méthode simultanée. 11 a, dans un rapport sur nos écoles de pauvres, consigné les motifs de son opinion. » C'est le rapport dont nous avons déjà parlé. Nous nous en sommes servi pour faire connaître les écoles de pauvres d'Amsterdam, et il peut être considéré comme une pièce intéressante du procès qui se débat aujourd'hui devant l'opinion publique entre ta méthode mutuelle et la méthode simultanée. Nous ne croyons donc pas sans utilité d'en donner une courte analyse.
Ce rapport se divise en trois parties : i^ une exposition fidèle et impartiale du système lancastérien ; 2^ une description de la méthode suivie dans les écoles de pauvres d'Amsterdam ; c'est le morceau que nous avons cité ; 5<* une comparaison de ces deux méthodes, et les motjfsde la commission pour préférer la méthode hollandaise à la méthode anglaise.
Dans cette troisième partie on examine d'abord ce qu'on enseigne dans l'une et dans l'autre école ; puis la manière dont on l'enseigne. Il est évident que dans l'école hollandaise on enseigne plus de choses. Le rapport va plus loin : il démontre aussi que le mode d'enseignement des mêmes choses y est meilleur.
cette thèse , nous nous contenterons de citer celui-ci, qui comprend en quelque sorte tous les autres : c Dans c le système lancastérien , il ne parait paa que le I maltredonnelui-mêmequelqueinstruction :il8iemble ( se borner à la surveillance : au lieu que dans Irs c écoles d'Amsterdam, l'instituteur en chef preitd i habiluellement part aux leçons. »
Voici plusieurs passages qui se rapportent à cet allument, et que nous recommandons à l'atientionde tout véritable ami de l'éducation du peuple.
c A Amsterdam , les instituteurs sont des hommes expérimentés , et des jeunes gens qui ont fait preuve de talents pour l'enseignement ; en Angleterre, ce sont toujours des enfants qui enseignent. Or , s'il est vrai que le maître qui veut enseigner avec fruit doit être lui-même instruit à fond et posséder de bien plus grandes connaissances que celui auquel il sert de précepteur; surtout s'il est incontestable que, ponr bien enseigner une chose, il ne suffit pas de la savoir soimême , et qu'il faut en outre posséder l'art de communiquer aux autres ce qu'on sait , d'une manière claire, intelligible et convenable au sujet, on doit avouer qu'une instruction donnée, comme à Amsterdam , par des hommes expérimentés et par des jeunes gens qui s'y adonnent de profession 9 est de beaucoup préférable à l'enseignement mutuel qui se communique d'un enfanta l'autre...
c 11 est vrai que l'entretien des écoles d'Amsterdam coAte plus cher que celui des écoles de Lancaster ; mais, en revanche, les élèves ont l'avantage, dans les premières, d'être instruits par des maîtres très-habiles et formés par une expérience acquise dès leur jeunesse; ils ont pour leurs exercices de lecture plusieurs petits ouvrages propres à former leurcosuretà enrichir leur esprit ; ils écrivent dès le commencement sur du papier , et apprennent ainsi à former de beaux caractères et à écrire couramment. Si on voulait, dans les écoles d'Amsterdam , se borner à n'enseigner que ce qu on enseigne dans les écoles lancastérienDes , on pourrait aisément n'employer pour cela que des apprentis instituteurs et des aspirants ; on pourrait se passer d'un grand nombre de livres pour l'instruction et la lecture, substituer, pour récriture, des ardoises aux cahiers, et peut-être alors les écoles d'Am* sterdam coûteraient-elles moins cher que celles d'An« gleterre, sans qu'on cessât pour cela d'y pousseri l'instruction beaucoup plus loin que dansées dernières^ Maisgràceà la munificence des magistraU d'Amsterdaos et à la libéralité de ses habitants ; grâce à l'intérêt qoei les uns et les autres prennent à ravancement de l'in-^ structton, les écoles d'Amsterdam n'ont pas manqué ei ne manquent pas encore des secours nécessaires pour s larier des maîtres habiles et expérimentés, pour fournir Parmi les divers arguments employés à l'appui delde bons livres aux enfants qu'on y instruit gratuite-
EiN HOIXANDE.
ment , el pour leur apprendre à écrire, non sur des ardobes , mais avec des plumes el de Tencre , sur de bon papier.
f Qu'on ne dise pas que ce qu'on enseigne dans les écoles lancastériennes est suffisant , et que dans celles d^ Amsterdam on fait trop pour Finslruction de la classe indigente. S'il est dans les vues de la politique ( ce qui nous semble cependant ne plus être le cas ) de teuir le petit peuple plongé dans Tignorance , qu'on renonce alors k toute espèce d'instruction ; car une insiructioa ébauchée est dangereuse et plus à craindre que celle qu'on perfectionne davantage. L'homme dont la capacité se borne à savoir lire , pourra lire des ouvrages propres à corrompre les mœurs ou à porter à !a sàitiou ; et , faute de lumières suffisantes pour rcQéchir et pour apprécier sainement ce qu'il aura lu , il se laissera séduire el entraîner par lapparence. Nous le répétons , si l'on fait tant que de mettre le petit peuple en étal de lire , on doit lui donner en même temps les moyens d'entendre et d'apprécier ce qu'il lit: c'est à quoi tend principalement rinslruclion qu'on donne aux enfanu des pauvres dans les écoles d'Amsterdam. Tous les livres qu'on y met entre leurs mains, depuis le premier ouvrage élémentaire jusqu'à celui qui doit terminer leur instruction , renferment des leçons et des exemples de vertu , de sagesse et de soumission à leurs supérieurs. Ils apprennent à lire et à comprendre Thisloire de leur pays et celle que renferment les livres saints. Ces lectures sont, plus que loute autre chose, capables de porter à l'imitation d'actions grandes et vertueuses, unique moyen de former des citoyens uliles à l'Eut. En6n (et c'est on avantage égalemenl précieux pour les écoles d'Amsterdam) ceux d entre eux qui annoncent des dispositions extraordinaires y trouvent l'occasion de les développer , en se vouant eux-mêmes, comme apprentis, à l'instruction de la jeunesse. Aussi un grand nombre de ces enfants oêcessileux sontrils déjà parvenus par ce moyenà se tirer de l'indigence et à entrer dans la classe des honnêtes bourgeois. »
Ces considérations, qui président à la direction des ^oles de pauvres d'Amsterdam , ne sont pas propres aux curateurs de ces écoles et à M. l'inspecteur L'.Vnge ; elles appartiennent à tous les inspecteurs et à tous les hommes de Hollande qui s'occupent d'instruction primaire. Le gouvernement rencontra en Belgique des préventions en faveur de l'enseignement mutuel. 11 se garda bien de les heurter directement , car il les aurait fortifiées; mais il s'appliqua à les éclairer, et on m'assure qu'il y réussissait. Nous reproduirons les paroles mêmes du gouvernement dans un des rapports que, conformémeutâ la loi fondamentale du royaume, il présente chaque année aux états généraux :
c Anvers vient d'établir une école pour les pau-
< vres, où l'on suivra les maximes de l'enseignec ment mutuel, système accueilli et applaudi en c Angleterre et en France , mais qui a trouvé de f moins vifs admirateurs dans des pays tels que I la Suisse, l'Allemagne, l'Ecosse, la Hollande, où c l'éducation du premier ftge avait depuis longtemps ( fixé l'attention du gouvernement. La méthode lancasc lérienne donne-t-elle des résultats aussi durables I qu'ils sont prompU? Utile pour la rapide commu- I nication de quelques notions et connaissances éléc mentaires , l'est-elle également pour le développe* I ment et l'exercice des facultés morales? Est-il vrai c qu'elle convient surtout aux écoles de pauvres, où ce^ c pendant cette éducation morale est d'une importance c supérieure à celle de l'enseignement proprement c dit? Ce qu'elle peut laisser à désirer sous ce rapport c est-il suffisamment compensé par l'économie qu'elle f procure à Tégard du temps el des frais ? La compa- 4 raison pratique des effets de l'enseignement mutuel c avec ceux des méthodes antérieure ment usitées, doit
< précéder tout jugement définitif. Des écoles laneasc tériennes existeront à côté des bonnes écoles dont le I royaume a depuis longtemps à se glorifier ; et peui»
< être, au moyen des emprunts qu'elles se feront ( réciproquement de leurs procédés les plus recom* c mandables , verrons-nous bientôt diminuer l'espace i qui les sépare encore aujourd'hui. Telles, du moins, « peuvent être les vues et les espérances du gouver- I «ement, alors qu'il professe et qu1l observe une en»
< tièreimpartialité entre tant de méthodes différentes, c 11 se borne à les subordonner toutes au bien publie, i à les diriger en général vers le grand but de la I propagation des vertus et des lumières. Il facilite et c régularise les moyens de les pratiquer avec avantage ; € et quant à leurs progrès et à leur perfectionnement ,
< il s'en remet au zèle de leurs partisans , et au c témoignage de l'expérience , qui ne parle jamais en c vainpour une nation généreuse et réfléchie, i
A ce judicieux et noble langage , on reconnaît l'Iiabile homme d'école et l'homme d'État supérieur, dont la signature est au bas de ce rapport, M. Falck, alors ministre de l'instruction publique.
Après avoir examiné une des meilleures écoles de pauvres , nous allâmes visiter une espèce d'école in* termédiaire ou plutôt d'école française, appelée école bourgeoise néerlandaise (Nederduilsche burgersehool); ainsi nommée pour indiquer qu'on n'y enseigne pas le français. Elle a 4 ou 500 élèves, mais ces 4 ou 500 élè« ves sont répartis en des salles différentes el dans les différents étages de la maison , el je persiste à penser que cette division est un grand élément d'ordre. En fait , je n'ai pas vu en Hollande une seule école primaire payante où un trop grand nombre d'élèves fus-
DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE
sent réunis danê une même salle ; et , en vérité, il n> a point d'économie à cette réunion. Car, si on a une grande salle qui paisse contenir 400 enfants , est-ce une dépense que de pratiquer dans cette même salle , k Taîde de cloisons , deui ou trois divisions avec un couloir commun pour laisser le directeur surveiller aisément les différentes salles (i) ?
J'étais toujours curieux de voir comment s'enseignaient la morale et la religion dans le système hollandais , sans dogmes positifs pour la religion, ni sans abstractions métaphysiques pour la morale. M. L'Ange, ministre du saint Évangile , me répéta ce que m'avaient déjà dit M. van den Ende et M. Prinsen : Il n'y a point de maître spécial pour cela. On inculque la morale et la religion à toute occasion ; il n'y a d'enseignement positifque celui de l'histoire biblique. Chacun des faits de cette histoire est naturellement la matière de réflexions pieuses qui développent le sentiment moral et le sentiment religieux. De temps en temps, le directeur de l'école s'assure des progrès de chaque élève en ce genre : cette inspection est le véritable enseignement, c Voyons, lui dis-je, montrez-moi en action cette manière de procéder.— Avec plaisir, > me dit-il, et sur-le-champ lui-même fit en hollandais un examen de morale et de religion. M. Schreuderme traduisait successivement les demandes et les réponses. On parcourut ainsi devant moi les principaux faits de l'histoire sainte ; et , dans la division la plus avancée, on fit ressortir la moralité de ces faits. Les élèves répondirent avec plus ou moins de facilité. Je dois le diVe : cette épreuve n'a pas dissipé mes doutes ; je préfère toujours la méthode allemande , un enseignement moral et religieux, très-général, où on n'entre pas dans le détail des dogmes particuliers , mais où Ion fait connaître régulièrement les principales vérités de la morale et de la religion chrétienne avec les traits prin cipaux de son histoire ; et je me souviens de l'impression que me fit à Weimar un enseignement de ce genre à l'école bourgeoise (s). Il me semble que, sans empiéter sur l'Église, le maître d'école peut donner une pareille instruction, qui préparée l'instruction religieuse positive sans l'anticiper, et par conséquent sans pouvoir indisposer ni le curé ni le pasteur, à deux conditions toutefois , que le curé et le pasteur soient raisonnables , et que le maître d'école se tienne dans de justes limites. Telle est la pratique allemande ; telle est la prescription de la loi française. J'ai partout, dans la préparation de cette loi et dans sa discussion, soutenu celte opinion , et je la maintiens. Comme on ne se fie pas à l'enseignement de l'écriture et de la
(1) J*ai sous les yeux le règlement des écoles intermédiaires d'Amsterdam; il est du 20 novembre 1820. C'est à peu près le même règlement que celui des Tusschen-
lecture pour donner aux enfants la connaisance et le goût de l'histoire, de même, il ne faut se fierai aucun autre enseignement pour suppléer à celui de la morale et de la religion. Il faut, sans doute, et cela est fondamental , reproduire et faire pénétrer cet enseignement dans tous les autres; mais , pour cela même , il faut qu'il soit quelque part. La tolérance b plus parfaite doit applaudir à un système qui habitue toutes les opinions religieuses à s'accorder de bonne heure dans les vérités générales, communes à tous les cultes. C'est une précieuse semence de concorde à déposer dans l'âme des enfants. Après cette instruction morale et religieuse, essentiellement chrétienne, mais sans acception des communions particulières, vient en dehors de l'école l'enseignement spécial, propre à chaque communion. Il est vrai que cette pratique tolérante suppose un pays de tolérance. En Irlande , elle parait avoir échoué, et je m'étais permis de le prédire à mes amis d'Angleterre et d'Ecosse. En Prusse, elle réussit parfaitement , et il n'y a pas de pays où elle pût réussir mieux qu'en Hollande , où la piété et la tolérance sont depuis si longtemps unies. D'ailleurs, ce ne serait pas un bien grand changement à faire. Il suffirait de recueillir en un seul et même enseignement ce qui se répand et se dissémine dans tous les autres; il s'agirait, en un mot, d'ajouter à l'histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament, )es résultats que l'Ancien et te Nouveau Testament ont produits , c'est-à-dire les principes généraux de la religion et de la morale chrétienne.
J'insiste sur ce point , parce qu'il me semble trèsimportant de lier , en une certaine mesure, l'école du peuple à l'Église, dans le commun intérêt de Tune et de l'autre. On m'assure d'ailleurs qu'en Hollande Tînstruction religieuse de l'enfance a lieu , en dehors de l'école , par les soins des diverses autorités religieuses qui y veillent scrupuleusement. Mais , encore une fois, cette instruction spéciale serait et plus facile et plus solide, si elle avait son fondement dans un enseignement religieux très-général. L'école n'est pas l'église ; mais elle y prépare et y conduit ; quelquefois même elle en tient lieu.
Le soir , à diner chez M. L'Ange, je rencontrai un bon vieillard , M. Mollet , instituteur , et du très-petit nombre de quakers qui soient aujourd'hui en Hollande. M. Mollet m'apprit qu'il avait fondé à Amsterdam une école de tout petits enfants , qui peut être considérée comme une salle d'asile. Je suppliai ces deux hommes excellents de développer ce précieux germe et de procurera la ville d'Amsterdam un certain nombre de
schoolen de Leyde et de Rotterdam, sur lesquelles f insislerai davantage.
(2) Rapport, etc.
salies d*anle. Je in*eiforçtt de leur démontrer que toute école de {lauTres yeut une Mlle d^asile , bien entendu gratuite, qui y soit annexée et y prépare. 11 appartiens draic au collège des curateurs des écoles de pauvres, qoi a déjà tant fait pour la classe indigente , de la doter de ce nouveau bienfait.
M. L^Ange était venu à Paris Tannée dernière, et il n'avait pas manqué d'aller visiter un certain nombre d*é€oles primaires. Il ne tarissait pas sur les défauts de nos écoles d^nseignement mutuel, et lui, qui doit être difficile , convenait qu'il avait vu des écoles de frères de la doctrine chrétienne très*bien tenues , et donnant d'excellents résultats à l'aide de l'enseignement simultané. Il étailassezcurieux d'entendre à Amsterdam un catholique (M. Schreuder) , un ministre protestant, un quaker et un philosophe «'accordant à Caire l'éloge de ces pauvres frères qui , sans bruit , font tant de bien , et qu'un fanatisme d'un nouveau genre essaye en vain de flétrir sons le nom de frères ignorantins. Mais je m'arrête ici pour ne pas brouiller M. l'inspecteur L'Ange , malgré sa rigidité anlicatholique et ses trente ans d expérience de l'éducation du peuple , avec notre pbibntbropie parisienne.
Quelques heures avant de me rendre à l'invitation de M. L'Ange» je sois allé faire visite à l'établissement d'iostruction publique le plus élevé que possède Amsterdam , son Aikénéê.
Les athénées sont en HoUande une institution singulière , toal il fait propre k ce pays , et qui ne peut être JDgée que par rapport aux circonstances qui lui ont donné naissance. En 1815, d'après les observations de H. Cuvier^ on ne laissa subsister en Hollande que trois universités : celles de Groningue , d'Utrecht et de Leyde, et les deux anciennes universités de Franeker et deHarderwyk furent supprimées. Mais, pour dédommager ces deux dernières villes et pour mettre à profit les collections de toute espèce qu'elles possédaient, on j établit une institution qui est à la fois au-dessus du gymnase et au-dessous de l'université, en quelque sorte nne université au petit pied , c'est-à-dire un certain nombre de chaires dont chacune tient lieu d'une des cinq facultés. C'est là ce qu'on appelle un athénée. L'athénée prépre à l'université. Le» études que l'on y fait sont comptées pour les mômes études qu'on aurait pu faire à l'université ; mais c'est l'université seule qui confère tous les grades. Les deux athénées d*Harderwyk et de Franeker sont institués par le gouTemement ; ce sont des établissements royaux. Ils n'ont pas beaucoup réussi : celui d'Harderwyk n'a pu se soutenir, et il est tombé depuis longtemps ; celui de Franeker ne passe point pour très-florissant. A côté de celui-là , il y a en Hollande deux antres athénées dont la destination est la même , avec cette seule différence qu'ils ne sont pas des établissements royaux ,
mais municipaux : ce sont les deux athénées de Deventer et d'Amsterdam. Celui d'Amsterdam est fort ancien ; il compte plus d'un professeur célèbre , et , dans ces derniers temps , Wyttenbach. D'abord il ne possédait qu'un très-petit nombre de chaires ; mais peu à peu elles se sont multipliées. Ily a à l'athénée d'Ann slerdam deux ordres de professeurs , comme à l'université, les professeurs ordinaires et les professeurs extraordinaires. Le traitement fixe du professeur ordinaire est de i ,800 florins ; celui du professeur extraor* dinaire est de 4,200 ; mais le meilleur revenu des professeurs leur vient des élèves. Ici les élèves ne payent point les cours par semestre comme en Allemagne , mais par année ; et chaque cours, pendant une année , coûte 60 florins. 11 n'y a pas un très-grand nombre de professeurs , mais chacun d'eux fait plusieurs cours : par exemple , le célèbre van Lennep , successeur de Wyttenbach , enseigne à la fois la littérature latine, la littérature grecque et l'histoire ; et comme ces trois branches de connaissances sont nécessaires à tous, les élèves pour subir à l'université l'examen de candidat es lettres (notre baccalauréat es lettres), tous les élèves passent par les mains de M. van Lennep , qxii se fait ainsi un revenu considérable. Le nombre des élèves est de cent cinquante à deux cents ; de plus » les différents séminaires d'Amsterdam, qui sont assez nom* breux, envoient leurs élèves à l'athénée. On y reste aussi longtemps qu'on croit devoir le faire pour se préparer au grade universitaire auquel on aspire. Un pareil établissement est très-favorable à la jeunesse d'Amsterdam , et la ville y tient fort. C'est la ville qui paye les professeurs : mais ce qu'il y a de plus singulier, c'est que la ville aussi les nomme. 11 y a auprès de l'athénée, selon la coutume hollandaise, comme auprès de toute université et de toute école latine , une commission spéciale appelée collège de curateurs , ordinairement composée de personnages connus par Tin* térêt qu'ils portent aux sciences et jouissant d'une grande considération. Ces curateurs, de eoncert avec l'assemblée des professeurs , règlent l'ordre des cours et gouvernent l'athénée. Dès qu'il y a une dépense à faire , ils s'adressent à la ville , au conseil municipal , présidé par le bourgmestre , et ce. conseil décide. Quand il s'agit de remplacer un professeur, le collège des curateurs présente trois eandidau , parmi lesquels le conseil municipal choisit et nomme. Cette organisation , prise en elle-même , ne vaut pas grand'chose ; mais il ne faut pas oublier que la Hollande est un pays de municipalité , que les villes sont fières de leurs établissements d^instruction publique, et sont disposées à tous les sacrifices raisonnables ; qu'enfin institution des curateurs , hommes spéciaux et capables , corrige ce que peut avoir de vicieux l'intervention du conseil municipal en des matières où il est si peu compétent.
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En fait , Tathéoée d'Amsterdam est très-florissant il compte , avec M. van Lennep , plusieurs professeurs distingués, parmi lesquels M. den Tex, professeur de jurisprudence, et auteur d'un écrit philosophique qu'il avait bien voulu m'envoyer (De vi musices ad excolendwn haminem èsentenlià Plalonis, Traj. ad Rh. , 1 8i 6). Mais , de tous les professeurs d'Amsterdam , celui que je désirais le plus connaître était M. Roorda, professeur de langues orientales , de théologie et de philosophie, qui commence à se faire une honorable réputation en Hollande, et dont j'avais iu une petite dissertation sur an point curieux et obscur de philosophie ancienne {Dùputalio de anlicipatione , atque Epieureorum et Stoicorum de anlicipalionibus doclrina , Lugduni Bat., i823). Je savais M. Roorda familier avec la philosophie allemande , et je complais sur lui pour me servir de cicérone philosophique à Amsterdam. Je voulais lui demander de me présenter à M. Kinker, Pauteur d'un excellent exposé de la critique de la raison pure, qui était, avant 4830 , professeur de littérature néerlandaise à l'université de Liège , et qui vit aujourd'hui à Amsterdam , dans un âge fort avancé , mais toujours occupé de philosophie kantienne. M. Roorda aurait pu m'introduire dans l'ancienne librairie Blaeu, où diverses raisons me font soupçonner qu'il pourrait bien se trouver encore quelques manuscrits de Descartes. Je voulais aussi le prier de m'aider à retrouver sur le Burgwal la maison où est né Spinosa , et à rocueillir quelques traces de son séjour à Amsterdam ou dans les environs. Mais tout m'a manqué à la fois : l'athénée était en vacances ; les cours ne devaient re* commencer qu'au l**" octobre ; tous les professeurs étaient à la campagne , et je ne pus pas même trouver le portier pour me montrer la maison , les auditoires et la salle d'assemblée où sont les portraits de tous les professeurs de lathénée , depuis sa fondation jusqu'à nos jours.
Privé de tout guide , je me vis forcé de renoncer à mes recherches cartésiennes : et quant à Spinosa , à défaut de mieux , je me contentai d'aller faire en son honneur une visite à la synagogue des juifs portugais. 11 s'y célébrait ce jour-là une grande fête, celle de la réconciliation avec Dieu. Cette synagogue est assez belle, et elle était remplie jusqu'au faite. Chaque assistant était là couvert d'une espèce de drap blanc, figurant probablement le sac plein de cendres de la contrition , les uns dormant , les autres causant, un grand nombre lisant, et très-peu écoulant le lecteur, qui, sur une estrade, faisait une lecture publique, en attendant le commencement de l'office. Quel que soit mon profond respect pour toute espèce de culte , et en particulier pour le culte juif, précurseur du nôtre,
(1} EIcclésiaste.
j'avone que dans cette synagonue je n'ai pu penser qu'à Spinosa. Assurément, je ne suis pas apinosiste ; et, après LeibniU et M de Biran, j'ai, dans mes leçons de 1830, parlé du système de Spinosa, avec plus de sévérité que d'indu*gence. En confondant le désir avec la volonté, Spinosa a détruit le véritable caractère de la personnalité humaine, et , en général , il a trop effacé la personnalité dans l'existence. Chez lui , Dieu , l'être en soi , l'étemel , Tiofini ^ écrase trop le fini , le relatif, et cette humanité sans laqnelle pourtant les attributs les plus profonds et les plus sainu de la Divinité sont inintelligibles et inaccessibles. Loin d'être un athée, comme on l'en accuse, Spinosa a tellement le sentiment de Dieu, qu'il en perd le sentiment de l'homme. Cette existence temporaire et bornée, rien de ce qui est fini ne lui paraît digne du nom d'existence ; et il n'y a pour lui d'être véritable que l'être éternel. Ce livre, tout hérissé qu'il eal, à la manière du temps, de formules géométriques, si aride et si repoussant dans son style, est au fond un hymne mystique, un élan et un soupir de Tàme vers celui qui , seul , peut dire légitimement : Je suis celui qui suis, Spinosa , calomnié , excommunié , persécoté par les juifs comme ayant abamionné leur foi , est essentiellement juif, et bien plus qu'il m le croyait lui-même. Le Dieu des juifs est' un Dieu terrible. Nulle créature vivante n'a de prix à ses yeux , et l'âme de Thoaune lui est comme l'herbe des champs et le sang des bètes de somme (i) . 11 appartenait à une autre époque du monde, à des lumières tout autrement hautes que celles du judaïsme , de rétablir le lien du fini et de l'infini , de séparer l'àme de tous les autres objets, de l'arracher à la nature , où elle était comme ensevelie , et , par une médiation et une rédemption sublime, de la mettre en un juste rapport avec Dieu. Spinosa n'a pas conna cette médiation. Pour lui le fini est resté d'un côté, et rinfjni de l'autre ; l'infini ne produisant le fini que pour le détruire, sans raison et sans fin. Ooi , Spinosa est juif , et quand il priait Jéhovah sur cette pierre que je foule , il le priait sincèrement dans Tesprit de la religion judaïque. Sa vie est le symbole de son système. Adorant rÉterncl , sans cesse en face de Tinfini , il a dédaigné ce monde qui passe ; il n'a connu ni le plaisir, ni l'action, ni la gloire, car il n^a |»as soupçonné la sienne. Jeune, il a voulu connaitro l'amour, mais il ne la pas connu , puisqu'il ne l'a ps inspiré. Pauvre et souffrant , sa vie a été l'attente et la méditation de la mort (s). Il a vécu dans un faubourg; de cette ville ou dans un village voisin , ou dans un coin do La Haye, gagnant, à polir des verres, le peu de p.*iin et de lait dont il avait besoin pour se sonleuir ; haï , répudié des hommes de sa communion , suspect
(3) Spin. Vita est mcdilalio mortis.
EN HOLLANDE
h tons les autres , d^esfé de tOQê les clergés de l'Europe qall YOiilaîl soumettre à TÉlsl , n'échappant aux persécutions et ani outrages qu'en cacbant sa vie , hnmble et silencieux, d'une douceur et d'une patience à toute éprenve, passant dans ce monde sans vouloir s'y arrêter, ne songeant h y faire aucun effet, à y laisser aucune trace. Spinosa est un mouni indien , un soufi persan , un moine enthousiaste ; et l'auteur auqoel ressemble le plus ce prétendu athée est l'auteur inconnu de Vlmitaiion de Jéius-ChrisL Ici sa trace est entièrement effacée; aujourd'hui même dans tout réclai de sa gloire, quand ses idées se répandent et retentissent dans le monde entier, personne ne sait son nom , personne ne peut me dire où il a vécu et où il est mort , et je suis certainement le seul dans cette synagogue qui pense à Benott Spinosa.
Avant le dîner, la synagogue; après le dîner, la comédie, non pas la comédie française que donnaient mes chers compatriotes, les artistes de la foire (j'aurai tout le temps d'entendre M. Scribe à Paris) ; mais la comédie nationale et populaire. La pièce que nous a? ons vue s*appelle Les Sangsues : c'est une farce qui se passe dans la boutique d'un apothicaire.
Saurais dû rester plusieurs jours à Âmsierdam, mais le mauvais temps et l'odeur des canaux me chassèrent ; et le lendemain, à six heures du matin, j'étais, avec mes compagnons de voyage , sur la route d'Amsterdam à Utrecht.
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