‹ Œuvres de Victor CousinChapitre 142 sur 212 · SS — 14 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SS — 14 SEPTEMBRE

La route d'Amsterdam à Utrecht est célèbre par son agrément. Elle offre , des deux côtés , une succession non interrompue de charmants paysages , de châteaux , de villas , qui s'avancent jusque sur les bords de la route et du canal , el pr^entent à rœil des parterres de fleurs , des corbeilles de roses , et cette fraicheur de verdure , même en automne , qui

manque presque en toute saison à ITtalie. €ette route me rappelle celle de Vérone à Venise , sur les bords de la Brenta , avec la même bordure de maisons de plaisance. Mais ici tout est froid , tout est monotone ; des plaines et toujours des plaines ; tandis que sur les bords de la Brenta , à cette même époque de Tannée , il y a encore une impression de la chaleur de Télé , et les monts Euganéens , avec leurs lignes harmonieuses , encadrent agréablement le tableau. Au reste , la Hollande et Tltalie sont deux extrêmes qu'il ne faut pas plus comparer que Berghem et Salvator; mais chacun de ces extrêmes a , du moins , un caractère prononcé.

Ulrecht est une belle ville de quarante à quarantecinq mille âmes. Elle est déjà plus élevée que toutes celles que je viens de parcourir, et Tair y est. plus pur et plus vif. J'avoue qu'en quittant Amsterdam j'ai rencontré avec plaisir une ville où j'ai pu respirer tout à mon aise , avec un peu de danger peut-être pour ma poitrine, mais avec sécurité pour mon odorat.

J'ai beaucoup â faire ici. J'y veux voir, pour l'instruciion primaire , une école française que l'on m'a beaucoup vantée ; l'école latine, qui passe pour la meilleure de la Hollande; l'université, et M. vanHeusde. Aussi , tandis que mon excellent guide , M. Schreuder, va prévenir de notre arrivée les personnes qu'il nous importe de connaître , nous montons sur la célèbre loiir d'Ulrecht , pour nous donner le spectacle de la ville et de ses environs. Utrecht est assise sur deux bras du Rhin qui la traversent dans toute sa longueur, et y forment deux lignes de quais plantés d'arbres, comme tous les quais de la Hollande. Les anciens remparts ont fait place â de charmantes promenades. Point de monuments imporlanis , excepté l'hôtel de ville et la cathédrale , dont faisait partie la tour sur laquelle nous sommes établis. Il ne reste de cette cathédrale que le chœur et la croix. La partie de la nef qui était adossée à la tour a été renversée dans une tempête. Cette tour servait probablement de portail. A côté était le palais de l'évêque , et derrière le chœur, le cloître d'un cou*vent devenu le bâtiment de l'université. Toutes ces parties, liées entre elles, formaient un édifice immense. Je me félicite presque qu'il n'y ait pas un plus grand nombre de curiosités remarquables à Utrecht , pour pouvoir m'occuper sans distraction de l'objet de mon voyage.

Utrecht possède trois ou quatre écoles de pauvres , plusieurs écoles intermédiaires, et quelques écoles françaises privées. Dans ces derniers temps , ta commission des écoles de la ville a eu l'heureuse idée de . fonder une école française publique, une véritable Burger-schule allemande , une école primaire supérieure , que pussent fréquenter les enfants des plus honorables familles, et où l'instruction fût meilleure et

p]u8 étendue qae dans les écoles françaises particulières. C'est la commission elle même qui a établi cette école k Taide d'une souscription formée dans son sein, et avec un secours donné par le conseil municipal. C'est donc réellement une école publique : elle prospère ; on dit qu'elle sera bientôt en élat de rembourser la somme avancée par la commission , et même de ne plus rien coûter à la ville.

Celte école contient deux classes , l'une pour ceux qui commencent, l'autre pour les plus avancés. Dans cette dernière, on reste jusqu'à treize on quatorze ans. On paye 40 florins dans la classe inférieure et 75 dans la classe supérieure. Dans la même maison , mais dans une autre aile, est une école semblable pour les filles, dont la classe inférieure est seule en activité jusqu'ici.

J'ai examiné avec soin toute cette école , et je l'ai trouvée digne de sa bonne réputation. .

Du moins puis-je assurer que je n'ai pas vn une seule école française en Hollande, pas même à La Haye, où la langue française soit aussi bien enseignée et poussée aussi loin que dans l'école d'Ulrecht. Les élèves les plus avancés sont assez familiers avec le français pour que j'aie pu les interroger en cette langue et sur le français et sur la géographie et sur l'histoire. J'ai pris les quatre élèves les plus forts , et je leur ai fait des questions assez difficiles. Ils lisent fort bien le français, mais dans quels livres? Toujours iVuma PompiliuSt que j'ai rencontré d'un bout de la Hollande à l'autre, et la traduction française de je ne sais plus quel ouvrage de miss Edgeworth. En ma qualité de membre de l'Académie française, j'ai partout interposé mon autorité, et j'ai prié messieurs les inspecteurs primaires de vouloir bien introduire dans les écoles des ouvrages français véritablement classiques, par exemple le Télémaque, le Traité de V existence de Dieu, de Fénélon, les Mœurs des premiers chrétiens, de Fleury, etc. Je me suis permis de leur recommander la petite Grammaire françaisifâe Lbomond pour les commençants, et pour les plus forts , l'excellente Grammaire française de Guéroult. Ces jeunes gens m'ont vériublement étonné par la manière dont ils m'ont répondu sur l'histoire de France. Ils connaissent à merveille la succession des rois et des principaux événements de chaque règne. Ils possèdent parfaitement la géographie de France, et je déclare ^ue j'aurais été très-satisfait si on m'eût aussi bien répondu dans une école du même degré à Pans. J'en ai fait sincèrement mes compliments au directeur de l'école et à l'inspecteur M. van Goudoever, professeur de littérature latine à l'université, homme instruit et actif, qui , par son influence et la juste considération dont il est entouré, a rendu les plus grands services à l'instruction primaire. Quand cet établissement sera complété par la division supérieure de l'école

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j'ai bien recommandé à M. van Goudoever de faire

payer aussi 75 florins au moins dans la division sopé rieure de l'école de filles; car un prix un pea élevé, sans l'être trop, est le seul moyen de décider la classe moyenne à envoyer ses enfants à une école prîniaire , par l'assurance qu'ils n'y seront pas confondus avec ceux de la classe indigente. En France, si jamais on veut avoir des écoles bourgeoises et exécuter sérieusement l'article de la loi de 4835 , qui éublit des écoles primaires supérieures dans toute ville de plus de 6,000 âmes et dans tout chef-lieu de département , il faudra y attirer, non pas , comme on le croit , par le très-bon marché, mais, au contraire, par un prix convenable qui donne un certain lustre à ces écoles, et mette dans l'esprit des familles qu'elles n'appartiennent à l'instruction primaire que par ce seul endroit , qu'on n'y enseigne point le grec ni le latin. Ce joor-là, la cause des écoles primaires supérieures sera gagnée en France. La ville de Paris songe enfin, après trou ans , à exécuter la loi et à fonder une école primaire supérieure ; si elle veut en croire mon expérience, elle établira une rétribution de 50 à 100 francs par an; elle donnera à cette école un autre nom que celui d'école primaire supérieure; elle l'appellera école moyenne ou école intermédiaire, et elle ne craindra pas d'y élever l'enseignement et de le faire monter, |)ar une gradation habile, jusqu'à une instruction véritablement libérale, avec des annexes industrielles et commerciales.

L'école latine était à Utrecht l'établissement d'instruction publique que je désirais le plus connaître. Depuis La Haye , je n'avais pas visité d'école latine, et je m'étais toujours réservé pour celle d*Utrecht , que l'on m'avait signalée comme un modèle en ce genre. Les deux écoles latines d'Ulrecht et de La Haye, passant pour les deux meilleures du pays , l'examen de l'nne et de l'autre suffisait pour me mettre en possession du véritable état de l'instruction secondaire en Hollande.

Rappelons-nous bien le problème que doit résoudre un gymnase , un collège ; c'est de préparera l'instruction supérieure , à l'université. En effet, on n^apprend pas les mathématiques et les langues savantes pour n'en rien faire , mais dans le dessein de se mettre par ce moyen en éta^ d'embrasser les professions pour lesquelles ces diverses connaissances sont nécessaires. Si ce principe est incontestable , il doit servir à constituer l'instruction secondaire et le collège.

Supposez un collège où , par exemple , on n'enseigne que les mathématiques, la chimie , la physique, l'histoire naturelle et les langues vivantes. Ce collê«:e ne prépare point à l'université : il ne prépare tout au plus qu'à la faculté de médecine. Mais , dans ce cas ^ où iront s'instruire ceux qui , à l'université, yenlent

des filles, ce sera une excellente école bourgeoise. Mais suivre la faculté de jurisprudence ou quelque autre

m HOLLANDE.

facaké T II le«r faadr» donc im eoDége tpéeiaK Mais ces GoUéget apécûnii Mraient rineonYémeiit de former d^avance de fntars médecins qui senùent ineapaMe» de lire âum leur bngfte GaUieo « Celte , Boerliaave , Siakl , eie., et des jariscoiisohes qui n'aaraient pas la noindre notîoii des lois de la nature, il s'easnil qne le eoliége , p^r préparer aux dîliérentes facultés, doit coineiiîr des enseignements divers» littéraires etscientiliqiies. Je repousse donc à la fois, ainsi que M. Cuvier, d^'oBe paît , une instruction secondaire privée qui n^eaaeignenit pas le grec et le latin, et de Tanlre, une iDSlmction secondaire publique qui n*enseign»ait que le grée et le latin , et n'enseignerait ni les matbémaiiques , ni Thisioire et la géographie , ni les principalea Imgiies de TEurope ; et je demande une instructiasi aecendaife publique et privée , des instituts panieslieffs et des gymnases, qui réunissent tons ces enseigaeBients. C'est à peu prés là le système français ; c^cas lova à fait le système prussien ; depuis 1815 , la HoHapde y eat plus ou mains entrée.

Gea principes posés, je me permets d'attaquer le titre d^éeole ktîae. Ce titre était parOaûteroeat vrai jadis , quand , dans Técole latine , on n'enseignait que les éMadea classiques; mais si on y enseigne encore aaiire ehaae , ce titre est faux , et la persistanoe du litre eus très-propre à retenir l'easeignemeat dans ses

ravaia trouvé bien des lacunes dans le programme

dea étudea de l'école latine de La Haye ; je les ai re»

irouTéea presque tentes dans celle d'Utrecht. Ainsi ,

^ venais de quitter une école primaire oè j'avais pu

n'^meteDir en français sur l'histoire de France, avec

deajewaea gens de douze à quatorze ans ; et quand je

sois arrivé à l'école latine , dans les cissses même les

plva âevées , les jeunes élèves n'ont pu me répondre

en français. L'allemand n'est guère mieux enseigné.

Il j a bien quelques leçons sur ces deux langues; mais

cea leçons ne soal pas obligatoires; et cette partie du

pra^rnaameest k peu près inexécutée. Oa ne voit pas

naéine figurer dans ce programme les sciences natu-

rellea el les sdeaces physiques. Les mathématiques

sont un peu plus cultivées , mais sans jouir d'une

graade eonsidération. Tout l'intérêt est pour les études

clnaui<|«ea. l'incline donc à penser que l'école latine

d*U&reelii mérite son nom ; et bien qu'elle admette

déjii une instruction plus étendue que l'ancienne école

laiiiBe boUandaise, elle n'est encore ni un gymnase

aileamund, ni même un collège français.

C*€Ul du moins une excellente école latîae. J'y ai eiLaminé la plus basse classe , la troisième , la secoade es la première. Oa y soigne , avec beaucoup de raison, reoneignement des éléments , et les classes sont par- Inisesmenl graduées entre elles. J'ai fait moi-même explk|o^ en troisième un morceau de Plutarque, dont

COUSI!!. — TOUS iri.

les élèves se sont bien tirés. La premièie classe n'est composée que d'une douzaine d'élèves , et ce nombre me paraît suffisant J'ai prié quelques-uns de ces jeunes gens de mettre en latin, sur-le-champ , devant moi , on morceau de VHécuhe d'Euripide. Je les ai interrogés en latin sur la partie grammaticale de ce morceau , et ils m'ont répondu , toujours en latin , d'une manière satisfaisante. Je leur ai fait scander un morceau de Y Enéide , et leur aï fait rendre compte de la force des expressions. J'étais bien certain que tout cela était improvisé , puisque c'était moi-même qui faisais les interrogations.

En somme , cette école est bonne , et j'en ai été content ; mais quoiqu'on y enseigne principalement le grec et le latin , je déclare en conscience que le grec et le latin n'y sont pas mieux enseignés , ni poussés même aussi loin que dans les gymnases de l'Allemagne, où pourtant on enseigne encore beaucoup d'autres choses. L'école latine d'Utrecht ne vaut pas mieux , comme école latine , qu'aucun des gymnases que j'ai vus ; et en même temps elle renferme un plan d'études moins varié et moins riche. Les écoles latines de Hollande ont donc beaucoup gagné depuis M. Cuvier ; mais il leur reste quelque chose à f»re pour arriver au point où elles rempliront toute leur destination , et prépareront véritablement è l'université.

J'ai dit tout cela à M. van Heaade , professeur de littérature grecque et de plûloaophie è l'université d'Utrecht , un des curateurs de l'école latine, qui avait bien voulu m'en faire les honneurs ; je lui ai dit tout cela , mais sans l'ébranler. M. van Heuade est tout à fait dans les principes de M. Thiersch : il est humaniste et exdusivement humaniste en foit de collège. Pour mm , après avoir vu et comparé la France , l'Allemagne et la HoUaade, je demeure convaincu que * dans l'instruction secondaire, les études classiques, les lettres grecques et latines dmvent être le principal ; car c'est là qu'est la vraie culture de l'esprit eH de l'ime ; mai» qu'en même temps il faut joindre aux bonnes lettres , aux humanités , l'étude des sciences exactes , sans lesquelles il n'y a plus aujourd'hui de vraies la« mières , ainsi que l'étude des langues vivantes , sans lesquelles on n'appartient pas à la grande famille civilisée. Lorsqu'on prétend que cetteKimultanéité d'études est une chimère , et tourne au détriment de chaque branche en particulier, je réponds hautement par l'exemple des gymnases de Berlin que j'ai inspectés moi-même , et je soutiens qu'à Paris , quand on voudra être un peu sévère sur l'ensemble des connaissances au baccalauréat es lettres, on oSUendra le même ensemble dans les études de nos collèges. D'ailleurs ce n'est pas tant hi force spéciale de telles ou telles études qu'il faut rechercher dans un collège ; c'est bien plutôt l'harmonie des diverses connaissances; car c'est pré-

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cisément celte harmonie qui constitue la bonne éducation. Ensuite les diverses facultés de Tuniversité , et plus tard les écoles spéciales, impriment à Tesprit une direction spéciale et cultivent fortement telle ou telle branche des connaissances humaines. Au fond , ai-je dit à M. van Heusde , savez-vous quel est Tidéal de votre école latine? un collège de jouîtes. A Texception du grec , qui était négligé dans les collèges de la Société , les lettres latines y étaient très-cultivées , et à peu près exclusivement cultivées. Qu*est-il sorti de ces collèges tant vantés? une génération de beaux esprits superficiels.

Je ne puis pas non plus approuver sans réserve un autre point essentiel de Torganisation de Técole latine d'Ulrecht ; je veux parler des maîtres attachés à telle ou telle branche d'enseignement , et la suivant dans toutes les classes , au lieu d'enseigner dans une seule les diverses branches de connaissances que cette classe comprend. J'accorde cela pour les mathématiques , pour les sciences physiques , pour les langues modernes , pour rhistoire même , comme nous Tavons fait ches nous , peutrètre avec plus d'inconvénients que d'avantages. Mais, pour tout le reste , je n'admets pas qu'on doive confier à un maître la poésie latine , à un autre la prose , à un autre le grec , etc. Mon objection radicale contre ce système est le défaut d'une autorité unique , permanente , continue dans nne classe. Ensuite , comment abandonner un élève , depuis la sixième jusqu'à la première , pour une branche importante d^études , à un seul et même professeur , qui , s'il est mal choisi, ou s'il se néglige , ou s'il se fatigue, ruine cette branche d'études depuis le commencement jusqu'à la fin , et pendant les cinq ou six ans de l'école I Cette pratique est encore imitée des collèges des jésuites, où le professeur de sixième montait, d'année en année, dans les classes supérieures , de manière à suivre ses élèves dans toutes les classes et dans tout le cours de leurs études. J'ai rappelé à M. van Heusde , contre ce système , que nmis appelions en badinant le système circulatoire de l'école latine d'Utrecht, toutes les objections de détail que j'avais présentées à M. Wynbeek et àM. Bax à La Haye. Elles n'ont pas eu le même succès auprès de mon savant interlocuteur.

Son grand argument était celui-ci : Un homme ne peut pas posséder également toutes les branchés de connaissances qu'on doit enseigner dans une classe. Réponse : Tout au contraire , je soutiens qu'à part les exceptions ci-dessus mentionnées , tout bon professeur de sixième, par exemple , doit savoir le grec , tout le latin, toute l'histoire même et toute la géographie dont ses élèves ont besoin. Je ne puis comprendre un professeur de sixième qui ferait expliquer les Fables de Phèdre sans être en état de citer les Fables d'Ésope, et sans faire , devant ses élèves , la comparaison in-

structive de l'original et de la copie. Séparer le grée et le latin est nécessaire dans une faculté de l'université , mais non pas dans un collège. Si j'osais , j'en dirais presque autant de la géographie et de lliittoire ancienne , et je ne verrais aucun inconvénient à ce que les professeurs de grec et de latin enseignassent l'histoire grecque et l'histoire romaine. Ils l'enseigneraient au moins sur des textes positifs; ils mettraient par là beaucoup de faits dans la tète des jeunes gens, et on ne verrait plus de cours d'histoire de collège , appartenant beaucoup plus à la philosophie de l'histoire qu'à l'histoire proprement dite.

Second argument : A la longue , un professeur s'eonuie de rester toujours dans la même classe. Réponse : Mais , à la longue, un professeur peut s'ennuyer aussi de n'enseigner jamais que les mêmes choses. Le remède unique à cet inconvénient est dans une bonne administration des collèges, qui , surveillant avec soin chaque professeur , tout en le maintenant longtemps dans une classe pour qu'il la possède bien , saisit le moment où la fatigue commence , pour le faire monter dans une classe supérieure, relevant ainn et variant ses occupations.

Troisième argument : Les hommes chargés d'une branche spéciale la professent mieux. Réponse : L'argument est vrai , mais il ne porte pas , parce que la question n'est pas de savoir si un professeur spécial ne professera pas mieux une branche spéciale , mais si un seul et même professeur n'est pas en eut de professer très-convenablément plusieurs branches à la fois, et si le résultat dernier que l'on se propose , à savoir, la bonne insiruction générale des élèves , n'est pas mieux atteint dans un système que dans l'autre. Ces maîtres spéciaux tirent chacun de leur côté; et comme ils ne peuvent pas être tous de la même force ni également intéressants, l'équilibre de la classe , ce point si essentiel , est rompu, et le grec est sacrifié au latin ou le latin au grec. Il peut arriver aussi que les branches les moins importantes , si elles sont mieux enseignées et peut^tre avec plus de zèle et de chaleur que de véritable talent, nuisent à d'autres branches plus importantes et plus austères.

c Mais vous , disais-je à M. van Heusde , qui aimez tant les maîtres spéciaux pour chaque branche de connaissances, comment n'avez-vous pas un professeur de philosophie? Je ne vois point d'enseignement philosophique dans l'école latine d'Utrecht. — Il n'y a point d'enseignement philosophique proprement dit dans aucune de nos écoles latines, me répondit M. van Heusde , parce qu'à cet âge nous ne croyons pas les jeunes gens capables d'études aussi difficiles; mais les professeurs de littérature grecque et de littérature latine rencontrent et développent beaucoup de maximes philosophiques dans l'explication de certains écrits de

CieéniD et de plmeor» dialogues de Platon. Nos jeunes élèTes se familiarisent ainsi atec la philosophie ancienne , et sont préparés à renseignement philosophique des nnitersités. » Il faul eonfennr qn'il en est il peu près de même dans les gymnases de rÂlIemagne. lus j'appris à M. Ysn Heusde qu'il n'en était plus tout à fait ainsi dans les gymnases de la Prusse , et que dans la première classe il y avait un enseignement philosophique élémentaire (4). Cette pratique me parait excellente en elle*méme et nécessaire. Sans doute, il sort une bonne instruction philosophique do de OffieHs , du Crium, de VÀlbieiade et des dialogues socratiques; mais il faut coordonner ces maximes et en faire un ensemble, pour que cet ensemble s*imprime dans Tesprit et dans rime. Et puis , il convient d'inculquer de bonne heure le sentiment de la dignité de b philosophie, et ceci est un point très-important. Ensuite, si le gymnase est une préparation à l'université, il doit préparer au cours de philosophie de la faculté des lettres. Il ne faut pas alléguer Tàge de ces jeunes gens, car s'ils sont capables de comprendre VAkibiade de Platon et les idées qui s'y rencontrent , ils peuvent bien comprendre ces mêmes idées arrangées dans un certain ordre. Enfin , en ne plaçant pas dans les collèges un enseignement philosophique élémentaire, on condamne les universités à se charger de cet enseignement, et on absisse alors, on réduit à une nullité presque absolue la philosophie dans les univei^ sites.

Je remarquai aussi qu'il n'y avait aucun enseignement moral et religieux dans l'école latine d'Utrecht. C'est le même système que dans l'enseignement pri maire , et M. van Heusde me répéta pour Técole latine absolument ce que tous les inspecteurs primaires ra'avnient dit pour leurs écoles : Tous les maîtres ici s'a]>pliqueot en toute occasion à rappeler les principes de l'Évangile et à inculquer l'esprit de moralité et de piété ; mais nous n'avons pas d'enseignement spécial à cet égard ; un pareil enseignement n'a lieu qu'en dehors de l'école latine, dans le temple ou dans l'église. Et M. van Heusde me donnait de cette coutume les m^es raisons qu'on m'en avait déjà données , la nécessité de maintenir la tolérance, surtout la nécessité de ne point effaroucher les ministres des différents cultes » l'impossibilité de se passer d'eux pour un tel enseignement, et en même temps l'inconvénient de le confier à l'un d'eux en particulier. — Mais pourquoi ne confieriez- vous pas l'enseignement religieux des différents cultes à des ministres de ces cultes? Nul n aurait à se plaindre, et l'école y gagnerait. — C'est

(i) Mémoire sur rinstruction necondaire en Prusse. Pour cet enseignement on se sert de l'excellent Manuel de phUoêopMe d'Aug. Mstthiae.

EN HOLLANDE. M7

ce qui se fait, me diwil, mais hors de l'école, --p- A la bonne heure , si cela se fait , mais cela se fait-il réellement? Remarquez que dans les classes supérieures des écoles latines , les enfants ont fait leur première oommunion , et qu'il n'y a plus pour eux , en dehois de l'école , d'eiercices religieux obligés ; or, en toute chose , je ne me fie qu'à l'obligé. Si vous m'assurez que, sans cette obligation , l'esprit de piété est tel en Hollande que vos jeunes gens ne manquent pas de suivre le sermonou le prêche et des exercices religieui, je m'incline et me tais ; mais en Allemagne , il y a au moins autant de piété que chez vous , et pourtant je n'y ai pas vu un gymnase où il n'y ait un enseignement religieux. En Allemagne cet enseignement est quelquefois si général, qu'il convient aux enfante de toutes les communions, excepté aux juifs qui naturellement n'assistent point à ces cours. Cet enseignement, habilement réparti dans toutes les classes , est regardé comme le fondement du gymnase. 11 est même poussé si loin , bien entendu sans discussions tbéologiques, dans la classe supérieure, que longtemps il a dispensé et qu'encore aujourd'hui il dispense quelquefois de l'enseignement philosophique. En effet , le christianisme peut être considéré comme la philosophie de la jeunesse. Mais vous, dans vos écoles latines, vous n'avez ni enseignement philosophique ni enseignement religieux. Votre enseignement scientifique n'est pas très-développé. Vous n'enseignez réellement aucune langue vivante. C'est qu'au fond vous ne voulez dans vos écoles latines que do grec et du latin , conformément à leur titre. Pour moi, je veux dans tout collège un enseignement moral et religieux , parce que je ne crois pas que les pratiques eitérieures du culte , fussent-elles même régulièrement suivies, suffisent à réducaiion morale et religieuse de la jeunesse , et que' ces exercices, sans un enseignement qui les soutienne et les explique, sont plus dangereux qu'utiles dans un certain développement de l'esprit. Je veux un enseignement moral et religieux très-général et sans acception d'aucune communion dans les écolea primaires , comme base commune de l'enseignement religieux posiiif que les différente cultes donneront dans l'église, le temple on la synagogue. De même, dans le collège, je réclame un enseignement religieux, donné dans les murs mêmes du collège aux jeunes gens des différents cultes par les ministces de ces cultes , un enseignement chrétien qui suive les jeunes gens depuis leur entrée jusqu'à leur sortie du collège , qui les pénètre d'un respect éclairé et durable pour les grands monuments du. chnstianisme, pour les grandes vérités qu'il a mises dans le monde , et pour la sublime morale de rÉvangile. Maintenant vous me dites qu'un pareil enseignement est difficile à maintenir dans les limites de la tolérance et de la raison. J'en conviens a;^cc

DE L INSTRUCTiœt PUBLIQUE

voM ; je ceiiTieM cMcre ^a*!! vanl nûem que cel ea- «eignemeai n'ait pas lieo , que s'il élaii faii dans iia «•prît de foaaiisaie ott de prosélylîsme^ on de dévo* Uon mesquiae et supersiiiiease ; maïs je vous douM ma parole que j'ai assislé en Allemagne à des leçens de religion , dans les écoles du peuple et dans les gjmnases , qui m'ont pénétré d'admiration , et ce qui vaut encore mieux , qui m'ont donné à moî-néme, an moins pendant cette heure fugitive, tous les sentimenis que je voudrais voir s'enraciner dans le cœur de mes semblables.

Noos avons aussi agité la grande question de Texteraat et du pensionnat dans l'inslruction secondaire. Ici tout le monde est unanime contre le pensionnat, et M. van Heusde m'a parlé comme M. Bax. L'école laline d'Utrecht est un externat comme celle de La Haye (i), et il n'y a pas en Hollande une seule école latine, un seul gymnase à pensionnat. J'ai demandé quel moyen on avait alors de connaître profondément chaque élève, et d'influer sur ses sentiments; en un mol, de mêler l'éducation à l'instruction. Voici ce qui m'a été répandu : c i<> Le directeur et les professeurs, délivrés des soins qn'entralne le pensionnat , correspondent habituellement avec les pères et les mères de famille. La famille et l'école s'entr'aident. Les mères, en particulier , ont un sèle admirable. 2^ Chaque maître s'efibrce de cultiver l'Ame de ses élèves en ramenant sans cesse dans ses leçons de bonnes maximes, et en saisissant toutes les occasions de se tivrer à des réflexions morales. > Ces deux excellentes pratiques existent aussi en Allemagne, où le plus grand nombre des gymnases sont , comme en Hollande , des externats. Et à ce propos, je ne puis m'empécher de faire ronarquer que les deux peuples où l'éducation joue le plus grand rôle dans l'instruction, sont précisément les deux peuples qui préfèrent l'externat au pensionnat , tandis qu'en France, où l'internat prévaut, sur le principe que Tintemat seul peut donner l'éducation , l'éducation est presque nulle ou beaucoup plus faible que dans les deux autres pays. J'ai moi-même exposé ailleurs les difficultés de toute espèce et les graves dangers du collège à pensionnat (s). D'un autre cété , un pareil collège bien dirigé serait une chose si admirable et si utile, ce serait une leçon si efficace et si vive d'ordre , de hiérarchie et de justice , que je ne voudrais pas désarmer la société d'un tel moyen de culture morale et politique. Et puis, en France , la vie domestique est malheureusement si faible, que si nos collèges cessaient d'être des pensioonau, les établissements privés s'enrichiraient seuls de leurs dépouilles , il y aurait autant d'enfanu enlevés à leurs familles, avec cette seule difie-

(1) Voyez La Haye, pag. 250.

(2) Rapport, etc.

rence, qu'au lieo de tomber i de l'État, ils seraient abandoimés à des spéenltttioiia particulières bien moins eapaUns encoie que le gonvemementde succéder aux droits el aux deveirt de la fanûUe. En résumé, je ne croîs pas qu'on pusse résoudre le problème d'une manièro absolue. Tout dépend des moBurs du pays , du pkw ou moins de force de la vie de famille , et de bôiueeup d'autres choses qu'il faut prendre en eonsidéralkm pour fonder à propos un collée de pensionnaires ou d'extenies. La seule chose que je n'aie vue réussir nulle part, c'est an pensionnat trop considérable.

Je termine cet examen de l'école dlJtreelii par quelques mots sur sa constitution intérieure et sur le mode de nomination des professeurs. Pour une centaine d'élèves, il y a sept professeurs, indépendamment des maîtres de français et d'allemand. Parmi les professeurs , deux senties supérieurs officiels des autres, ei portent les titres de reclar et eonredctf comme en Allemagne, c'estrà-dire notro provissnr etnotro censeur. L'école est sous la sorveillance d'un collège de curateurs , comme l'athénée d'Amsterdam. Cette oommissionala plus grande confiance dans un de sesmesabres, M. van Heusde , le prepier homme de Tuniversité et du pays, qui gouverne à pen près l'éeoAe latine et la dirige dans l'esprit que nous avons signalé. C'est le collège des curateurs qui propose les candidats pour les places de professeurs au cons^ municipal d'Utrecht; ce conseil nomme les professeurs et il les paye. L'État n'intervient ni dans la nomination , ni dans le traite» ment des professeurs ; et il en est ainsi dans toute la Hollande (s). L'instruction secondairo ne coAte donc presque rien à l'État ; mais aussi l'État n'exerce presque aucune influence sur elle, excepté par la surveillanee de l'inspecteur des écoles latines, M. Wynbeek, qoi réside à 1^ Haye, et fait de temps en temps quelques tournées. En réalité, l'instruction secondaire est ici toute municipale , et plus municipale même que Tinstruction primaire; car celle-ci est presque tout entière entro les mains des inspecteurs qui la surveillent, composent les coounissions d'examen de capacité générale , et président les concours pour les nominations spéciales ; et ces inspecteurs sont nommés et payés par l'État. Il y a même des places de maîtres d'école de ville et de village , dont l'État fait ou complète le traitement, quand la commune et le département n'y suffisent pas. A l'auUre extrémité de l'instroction publique, dans les universités, TÉlat intervient encore, et il intervient seul : il paye les professeurs et il les nomme. Mais toute l'instruction secondairo est abandonnée aux municipalités , éclairées et dirigées, il est

(3) Voyez La fiaye, pag. 230; et Amsterdam, pag. iS3.

EN HOLLANDE

, par ^««Qiiéget de tanÊwn. Pimt deyenirreetear cm prafeMear, il ii*y a pat d'attirés coadilions <|ae eellet decertai» grades unîrenîtaîrea ; le raeleur deit être dedear èaleltns ,6l laot profeaseur an noîog candidat ; mais ootre les grades , il s'y a pas d*exaflieiis apédanx qai coRStaient la capacité spéciale d'enseigner en telle on tidie classe ; et il n*y a point de mode régvlier de préparer k renseignement , comme en Allemagne et chez nous (i). Une ordonnance royale a bien insiîiaé des cours de pédagogie dans les trois nniTeraités du royanme , pour les jeunes gens qui se destinent à renseignement ; mais ces cours de pédagogie aomi presqne entièrement tliéoriqnes. A Utrecht, c^esl M. Tan Gondoever , le professeur de littérature latine , qm est chargé dn cours de pédagogie. Or , on ▼mt par le programme des leçons de l'université , que ceie»-là ii*ODt lieu q«e deux fois par semaine ; chacune est d^one heure senieraent ( et M . Bake , qui est chargé de ce même eonrs à Leyde , n'y emploie pas pins de tempe). €*eat déjà quelque chose que l'institution de ces eonrs ; elle trahit au moins le sentiment d'un besoin réel ; mais il y a loin de là aux écoles normales de k Proaae et à notre école normale de Paris. En généra , t organisation de rinstruction secondaire en Hdlukde jsi, à mon gré , Tenfance de Tart, et l'ordonoan ^ de 1845 demande une réTÎsîon sérieuse où Ton r«Me à l*Êtat une part bien plus forte dans le gouTcrnement de l'instruction secondaire. Hais encore une Ibis , il ne faut pas oublier que la Hollande est une mille répttbiiqae où il règne encore beaucoup d'esprit républicain , j'entends dans le bon sens du mot. Pour bien appréeier les institutions de ce pays , il ne faut jamais perdre de vue les deux choses qui y dominent, Pesprit municipal et l'esprit de famille. C'est cet esprit qui a produit et qui maintient les collèges d'externes exchiaiTement municipaux. En France , l'esprit contraire a produit et soutient nos collèges royaux à pensionnat. Mais il est temps de passer de l'iostmction secondaire à l'instruction supérieure , de l'école latine à l'aniversité d'Utrecht.

Qni connaît l'ordonnance de 4815 sur les universités, connaît l'unÎTersité d'Utrecht ; car en Hollande , les lois sont exécutées , et les règlements ne vont pas d'un côté et les fatu de l'autre. Une université bolbndaise est d'ailleurs presque entièrement une univers site allemande (t). Tandis que les écoles latines sont excknîvement entretenues par les villes , comme nos collèges communaux , les universités sont entretenues par l'État et ne relèvent que de l'État. Auprès de chaque université est un collège de curateurs « encore

(I) Mémoire sur rinstruction secondaire en Prusse. Pour

la France» voy. le recueil intitulé : École normale, etc.

(i) Rapport, etc. Université deléna.Universitéde Leipzig.

comme en Allemagne. L>nriversiaé est goufemée , pour le train ordinaire des affiiires , par le sénat aea« démiqne, l'assemblée de tous les professeurs ordinai* res , et par le recteur élu par cette assemblée et nommé par le roi poor me année , à to«r de rMe, dans cha-* qoe faculté. Il n'y a pas senlement ici quatre facultés, comme en Allemagne; mais, ce qui vaut mieux, et ce qui est un reste du r^me français, il y a cinq facultés. UordofkdosophieuêiB l'All^nagne (s) est id divisé en deux , comme chez nous : les lettres et les sciences. En revanche, je désirerais que la Hollande, ainsi que la France , eussent dans chaque ^facolté , outre des professeurs ordinaires et des adjoints , avec des rangs et des traitements différents , de jennes docteurs admis, à certaines conditions , à faire des com dans l'auditoire de ^aque faculté. Voilà six ans qne je demande à tous les ministres qui se succèdent an ministère de l'instruction pnblique , d'appliquer à toutes les facultés la bdte institution des agr^^ de la faculté de médecine. Les lecteurs des universités hollandaises ne sont que l'ombre de cette institution; car ces lecteurs ne font des cours qoe sur des matières de peu d'importance , tandis que nos agrégés de lécole de médecine , les Pritwl'doeeniên des universités allemandes, font précisément des cours sur les points les plus intéressants que négligent quelquefois les'pro» fesseurs ordinaires et les adjoints , et par là soutiennent et animent l'enseignement, et complètent , presque sans aucuns ft'ais , l'encyclopédie scientifique qne toute université doit présenter. Mais , j'ai ailleurs («) assez développé mes idées à cet égard , pour qu'il soit superflu d'y insister davantage.

Ici , comme en Allemagne , personne ne comprend des professeurs ordinaires de l'université , qui doivent être des hommes depuis longtemps connns et entourés d'une certaine renommée , concourant comme d'obscurs maîtres d'école ou ciNnme des jeunes gens , et subissant des épreuves très-hasardeuses , devant des juges qui , à dire vrai , sont et doivent être incapables de les apprécier. En effet , que dans une faculté des sciences, par exemple, le professeur unique de ma-< thématiques vienne à mourir, voilà les professeurs d'histoire naturelle , de physique , de chimie , etc. , qui se trouvent juges d'un concours pour une chaire de mathématiques, lorsqu'ils ne sont pas ou peuvent ne pas être mathématiciens, et quand celui qui se présente doit leur être infiniment supérieur à tous dans cette branche spéciale de connaissances* Je suppose qu'à notre faculté des lettres , le professeur de géographie savante vienne à nous manquer; comment

(3) Rapport, etc. Université de léna. Université de Leipzig.

(4) md.

DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

veot-on que moi , pmfeiMttr de Thistoire de la philo- «ophîe, je «ois uu juge compétent d*un concoure de géographie? Je refuserais assurément de traduire à ma barre U. Letronne ou H. Walkenaer. Je suis à peine en état d'être leur écolier, loin de pouvoir être leur juge ; naais j'aurais assez de lumières pour me trouver honoré qu'on me les donnât pour collègues. J'ai encore, il y a longtemps , exprimé mon opinion tout entière k cet égard (i) , et, grâce à Dieu , l'opinion publique , un moment égarée ou plutôt étourdie par la clameur de la médiocrité remuante , commence à reconnaître que le concoure appliqué aux chaires d'univeraité est une véritable dérision. En Hollande, le collège des curateure propose, et le roi, c'est-à-<lire le ministre nomme. Il en est à peu près de même en Allemagne, où le ministre prend peut-être un peu plus d'initiative du choix. Je sais bien tout ce qu'on peut dire contre ce mode de nomination ; mais tout a ses inconvénients, et les plus grands sont du cùié du concours. Au reste , voulez-vous une preuve de fait? Pour les chaires de première inMitutionen France, le droit dénomination directe appartient au ministre. Il a été ainsi nommé , depuis 1850 , un bon nombre de professeure , par des ministres très-différents, dans toutes les facultés. Examinez ces choix ministériels, et comparez-les avec les résultau des concoure dans ces mêmes facultés.

Mais voici le point vital de la constitution des univereités en Hollande et en Allemagne. Le professeur a un traitement fixe convenable , mais il reçoit aussi une rétribution des élèves qui fréquentent ses coure. Je l'ai dit ailleure {i) , et je le répète , c'est là l'unique moyen d'avoir des professeure zélés et des auditeure assidus. Nulle invention ne peut remplacer cette condition fondamentale. Par exemple, l'appel qui se fait ou qui devrait se faire dans nos facultés de droit en France, est une pratique puérile, tyrannique et vaine. Qui oserait proposer de la transporter dans les facultés des sciences et des lettres ? La vraie discipline d'un coure, la vraie garantie de l'assiduité est dans la rétribution des élèves. C'est aussi là qu'il faut chercher la garantie d'un auditoire sérieux, qui réagit à son tour ^vlt l'enseignement. Alore plus de coure de luxe , plus de déclamations , de divagations , d'excureions perpétuelles bore du sujet. Tout cela , loin de repousser la jeunesse , l'attire naturellement , lorsqu'elle peut venir écouter tout cela pour rien et uniquement pour ses plaisire ; mais si , pour son argent , on ne lui donne

(1) Rapport, etc. Univereité de léna. Université de l>e]pzig.

(2) Ibid.

(3) C'était aussi Tavis de M. Cuvler. Il s'exprime plusieun fois à cet égard de la manière la plus catégorique, c Reste à parler des rétributions des élèves. C'est, comme

que des phrases, les plus belles ,.8i elles sont vides , ne suffiront plus. Le professeur qui voudra un nmiibreux auditoire, dans le double intérêt de sa renomméeetde sa bourse, fera eff<^ pour être solide , substantiel, instructif, comme aujourd'hui je sais des professeure capables de donner un très-bon enseignement , et qui se tourmentent l'esprit pour faire, contre nature, un enseignement léger, à la portée de leure bénévoles auditeure.

Je sais parfaitement que je prêche dans le désert , et que je ne serei point écouté. Cependant je ne cesserai d'opposer à un usage qui n'a pas trente ans en France, et qui, depuis trente ans , a toujours été un abus manifeste , la règle et la pratique de tontes les univenités du monde et la voix de l'expérience universelle (s).

Je mettais une grande importance à juger par moimême de la force des études littéraires à l'université d'Utrecht , et , pour cela , je désirais assister à l'examen de candidat es lettres. En Hollande, comme chez nous , le grade de candidat ou de bachelier es lettres est indispensable pour prendre des grades dans toutes les autres facultés ; mais il n'est pas la condition de Timmatriculation même : on peut ne prendre le grade de candidat es lettres qu'au bout de deux ans ; en fait on ne le prend guère avant un an ou dix-huit mois , et il suppose qu'on a suivi plusieure coure à Tunivereité dans la faculté des lettres. L'immatriculation s'accorde à peu près à quiconque la demande, et l'examen d'immatriculation n'est guère qu'une formalité, à ce que m'ont dit la plupart des professeure. La nécessité d*un examen sérieux pour la candidature es lettres est donc d'autant plus grande. Je demandai à M. van Heusde de me faire assister à un examen de ce genre, et comme il devait y en avoir uu le lendemain , je n'ai pas manqué de m'y trouver, et j'en puis parler en parfaite connaissance de cause.

Avant d'entrer dans le détail de cet examen , je dois dire qu'en Hollande le programme de la candidature es lettres est différent , selon que le candidat se destine à la médecine , ou à la jurisprudence , ou à la théologie, ou aux sciences, ou aux lettres. Mais si les programmes d'examen sont différents, ce doit être précisément pour qu'il soit apporté à chaque examen une sévérité convenable. Cependant M. van Heusde m'a avoué , comme le fit quelques joure après M. Bake à Leyde, que s'il s'agit de candidats pour les sciences, pour la médecine , et même pour la jurisprudence ,

nous TavoQS dit, un mobile si puissant et si utile pour rémulation des professeurs et pour attacher les élèves à leurs études , que si nous élions appelés à proposer des améliorations dans noire système de l'intérieur, nous n'hésiterions pas îk proposer qu'on rétablit ces rétributions partout. >

EN HOLLANDE

Texamen eti très-facile el d*uoe extrême indulgence. Ces! uo grand mal, qui aggrave celui de la nullité de lexamen d^immatriculalion ; et ces deux abus méritent ao plus haut degré Taltention du gouvernement. Mais M. van Heusde prétend qu*on est plus sévère lorsqu'il est question de candidats en théologie et surtout en litiéralure* Le candidat qui se présentait à Texamen auquel j'*ai assisté se destinait à la ihéologie. Voici comment s'est passé cet examen :

Le jeune homme fréquentait les cours de l'université depuis une année. Il savait qu'il serait interrogé sur la littérature moderne , sur le Banquet de Platon pour la littérature grecquOf sur le de Officiù et sur un poète latiD poar la littérature latine, enfin sur Thébreu. Les juges étaient les quatre professeurs ordinaires de la faculté des lettres, M. Groenewoud, professeur de littérature hébraïque et orientale, M.- Visscher, professeur de littérature nationale , M. van Goudoeve'r, professeur de littérature latine, et M. van Heusde, professeur de littérature et de philosophie grecque. II. Yisscher a interrogé en hollandais. J'ai compris qu'il était question de déterminer les auteurs et Tépoque de difiérents écrits du moyen âge , par exemple VlmitoHcn de Jésui-Chrùl , que le candidat et le juge ODt attribuée, sans hésiter, à notre Gerspn. Les trois autres juges ont interrogé en latin , et le candidat a répondu dans la même kmgue. H. van Heusde lui donna à expliquer un morceau du Banquet. Le jeune homme était préparé , car il avait apporté une édition de ce dialogue. Il traduisit en latin le passage indiqué, et rendit compte des diverses difficultés grammaticales, y s'exprimait médiocrement, mais correctement, et ses réponses étaient assez exactes^M. Van Heusde lui fit , dans son exquise latinité et avec une aisance incroyable , des questions sur l'époque probable où le Banquet avait été composé, sur le but du dialogue, le caractère des différents discours et la vraie pensée de Platon. Les réponses du candidat , en général trèsbrèves, prouvaient qu'il avait sérieusement étudié l'ouvrage sur lequel on Tinterrogeait. M. van Goudoever présenta successivement k l'élève une page de Cicéron et un morceau de poésie latine; et à propos du de Officiiez le savant professeur ne manqua pas d'interroger le candidat sur les sources de ce traité , sur Psuuetius et sur les stoïciens , si chers et si familiers à l'érudition hollandaise. Le candidat s'en tira assez bien. Le professeur d'hébreu prit le dernier la parole et tint le candidat sur la sellette plus longtemps que les autres , vraisemblablement parce que ce candidat se destinait à la théologie. L'examen sur l'hébreu et sur Texégèse sacrée était le point principal de la séance Ce dernier juge poussa le jeune homme assez vivement.

(1) Mémoire sur rinsirucUon secondaire en Prusse.

Celui-ci ne répoadit pas trop mal , au moins quant au latin. Tout à coup la porte s'ouvrit, et l'huissier vint dire à haute voix : ffora, l'heure est écoulée. Les assistants, qui étaient douze ou quinze et qui semblaient des étudiants comme le candidat , se retirèrent ainsi que moi ; quelque temps après on fit rentier le candidat, et il fut déclaré admis.

Dans mon opinion , ce candidat es lettres répondit à peu près comme répondrait un bon candidat à notre licence es lettres dans la partie orale des épreuves ; et l'examen auquel j'ai assisté h Utrecht est plus fort que celui de notre baccalauréat, non pas précisément par la difficulté des auteurs à expliquer , mais par la durée de l'épreuve et par la nécessité de répondre en latin. Le candidat d'Utrecht était un peu plus 4gé que les nôtres, et paraissait plus mûr dans ses études. Mais je ne sais s'il aurait pu répondre d'une manière satisfaisante sur tout le programme de notre baccalauréat es lettres, encore moins sur le programme de YÂbilurienten-eieamen de la Prusse, dernier programme qui est infiniment plus fort que le nôtre, par cela seul qu'il contient des épreuves écrites (i). Il est absolument indispensable de reviser notre baccalauréat es lettres. Si l'on veut qu'il résume fidèlement les études du collège dans leur ensembW, comme on y a mis des mathématiques et de la physique, il faudrait y mettre pour la littérature , outre des explications d'auteurs grecs et latins, une composition, un thème grec, ou du moins une version latine, ou , ce qui serait plus sûr, un thème hitin (s).

Je demandai à M. van Heusde si l'examen de ce candidat es lettres durait quelquefois moins d'une heure, t Jamais; cela ne se peut pas; c'est l'huissier et l'horioge qui règlent, d'après h loi, la durée de Texamen. — Le candidat , reçu aujourd'hui , représente-t-il la moyenne ou l'élite de vos candidats ? — Un peu plus que h moyenne. Sans être très-remarquable, nous le trouvons tout à fait bon. — Lui avaiton communiqué d'avance les questions? — Non ; mais il savait , comme vous le saviez vous-même, les auteurs sur lesquels il serait interrogé. — Les examens de candidature es lettres, pour ceux qui se destinent à la littérature proprement dite, sont-ils plus difficiles que celui-là ? — Oui ; car pour le grec, il faut expliquer deux auteurs , un prosateur et un poète ; et de plus , on doit répondre sur la logique et sur la métaphysique. I

Je puis représenter l'examen auquel j'ai assisté , comme représentant la candidature es lettres à peu près dans sa force moyenne, et je déclare qu'un pareil examen ne peut être taxé de faiblesse , et qu'on ne peut le soutenir, comme l'a fait devant moi le candida^

(â) Mémoire sur Tinstruction secondaire en Prusse.

DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

d'Utraeht , sans avoir fini de Upèt-biOMS éludes grecques el lalioes. Si doMoneiifesii un pareil eumea , bien eiitenda , saaf rbébreu, pour l*îfaiBatrieiibtîon , avec qaelques éléaients de sctences eiactes, d'histoire et de géographie , il n'y anrait rien à désirer, et la Hollande anrait notre exeelienle insiitntion du haccalauréat es lettres ; ses écoles latînea y gagneraient ; son insimctâon secondaire privée serait bien forcée de se ■Mllre a« nWeau des écoles btines o« de renoncer absolument à préparer k Vaniveraité, et les cows de Tuniversité en première umée pourraient être plus élevés. Mais, dans ce cas, il faudrait mettre, pour ceux ^i se destinent à la littérature, une éprewe îMetmédiaire entre Timmatriculation el le dodorai es lettres, e'esi-à-dire quelque examen qui répondit à notre licence.

J'ai vu aussi à Utiechlles bâtiments de Tuniversilé. Us ne sont pas fort conaîdérables , la plupart des professeurs ayant , selon Tusage allemand , leurs audifoires cbex eux. Il y a pourtani un certain nombre de saHes publiques, mai» dont la plus grande ne peut contenir plus de cent à cent cinquante ^ves, et c'est un auditoire bien suflisant si les cours sont ce qu'ils doivent être, sérieux et substantiels. La bibliothèque de l'université n'est pas dans le même bâtiment que les salles des cours ; elle occupe , ainsi qu'à Leyde et la plupart du temps en Allemagne, à Bfunich et â BerKn, un bâtiment séparé, parfaiteaMuC disposé, et oâ toutes les matières sont rangéesdans le plus bel ordre. M Aan Heusde est le directeur de cette bibliothèque. Dans toulbâtimeatd'université en Hollande, comme en Allemagne, est une belle salle pour le sénat académique , et une salle plus belle encore pour ce qu'on appelle les promotions, nos examena pour le doctorat. La salle des promotions, â Utrecht, est vraiment imposante , et il est ridicule qu'à la Sorbonne nous n*en ayons pas une semMabie pour les focukés des lettres et des sciences. Dans la salle du sénat académique sont suspendus à la muraille les portraits de tous les professeurs de Funiversité d'Utrecbt, dans lee différentes facultés, depuis sa fondation jusqu'à nos jours. Excelleute et noble coutuBM de conserver k« images des hommes qui ont bien mérité de l'université, et qui me rappelle une autre coutume, ou plutôt une règle de chaque nnivenité bottandaise, de publier chaque année ses annales, qui contiennent les divers actes des cinq facultés, les programmes des cours, et les sujets de prix donnés par l'université, avec les disserutions qui ont remporté les prix. Par là , le monde savant peut juger si une université remplit on non sa mission. Ces annales deviennent ainsi , dans un pays , les annales

mêmes de la science. Certainement, on peut dire que les annales des trob universités de Grsningue » de Leyde et d'Utrecht ( i) forment , avec les n^moires de l'Institut royal, à Amsterdam, un corps complet de l'histoire littéraiie et scientifique de la Hottande. Chez nous, VEitlùireder Vnwinilé d$ Furis, de Dubonlay, n'esl-elle pas l'histoire même de la philosopbie et de laacience à Paris, au moyen âge? 11 semblerait donc très-convenable que les cinq fiieafcés de Funiversiié de Paris, quand il y aura à Paris une université vérit^e, missent parmi les devoirs de leur recteur, de faire paraître l'histoire de l'université pendant le cours de son rectorat , à l'aide des notes et des pièces que le doyen de chaque faculté lui remettrait. Ok ! quaiMl nos cinq fecubés formeront^les un corps ? quand auront-elles des délibérations en commun ? quand chaque faculté élira-Mile son doyen ? quand les facultés remues éliront-elles leur recteur ? Déjà M. Royer-Gollard, quand il était président de la commission de rinstractîon publique, a demandé, en 1816, à lafeenltédeslettties, de désigner des candidats pour le décanat. Le savant géographe, M. Barbier du Bocage, fut ainsi nommé , ayant été désigné par ses pairs. A-t-on vu que ce mode de nomination ait bouleversé la fhcullé det lettres? L'Institut de France nomme ses secrétaires, et c'est dans cetto électioi^ que ces secrétmres puisent leur pacifique autorité, le fais donc des voeux, en plutôt je les renouvelle <^ car je les ai nûHe fois exprimés, pour que sur certains points de la France, à Rennes, pour la presqu^le bretonne , à €aen pour fe Normandie*, à Dijon pour la Bom^fogne , à Lyon et à Toulouse pour le Midi , à Douai pour le Nord , à Strasbourg pour la Lomône et FAlsace, on établiase successîveinent et peu à peu nos cinq facultés, liées les unes aux autres, nommant leurs doyens et leurs recteurs , ayant des assemblées en commun , et fermant de grands centres scientifiques, rattachées, d'ailleurs, comme le sont aujourd'hui nos fecuHés spéciales , an gouvernement central de rinstruction publique, au conseil royal et au ministre.

En parcourant les portraitsdes professeurs de l'université d'Utrecht , j'ai rencontré parmi eux des po^ sonnages de méconnaissance, ce Regius, ce Schooten , qui introduisirent la philosophie de Descartes dans runiversité naissante d*Utredit , et ce Voet , qui la combattit avec tant d'acharnement et de méchanceté , et qui essaya de persécuter Descartes en Hollande comme catholique, tandis que , plus tard, la catholique et jésuitique faculté de Louvain lecondamna comme hétérodoxe, et qu'un moment, arrêtée par l'arrêt burlesque de Despréaux , Fautorité en France ,

(!) Je dois à la mnniflcence de l'université d'Utrecht une rencontré plus d'une disserution précieuse pour Thistoire collection complète de ses jémnoUê depuis tStô, où j'ai de la philosophie ancienne.

EN HOLLANDE

après quelques hésitations , sur les înslances des jésoiies , finit par proscrire officiellemeut le cartésianisme. Vains efforts ! malgré Voet et les siens ( car il y a trois ou quatre portraits de différents membres de la famille Voet dans la salle do sénat académique d'Utreclit ), c'est en Hollande que s'éleva le plus intré- (tide disciple de Descartes, Spinosa, que le Voet du synode de Dordrecht ne put accuser de catholicisme , mais que les Voet du judaïsme persécutèrent à leur tour. J*ai trouvé à Paris, à la bibliothèque du roi , et f ai entre les mains Tavis motivé , probablement d'un conseiller d'Étal du roi Louis Xi V, pour qu'on ne proscrive pas la philosophie de Descartes; et cet homme grave , dont j'ignore le nom, en donne des raisons excellentes (i). J'ai trouvé également à la bibliothèque royale un arrêt du conseil , contre-signe Phelipeaux , rendu vraisembhiblement sur les suggestions de quelque père Letellier y lequel arrêt interdit renseignement de la philosophie cartésienne dans tous les collèges de l'Oratoire ; et c'est précisément d'un collée de rOratoire qu'est sorti cet autre disciple de Descaries , le Spinosa chrétien , le Platon de la philosophie moderne , le divin Mallebranche ! 0 vanité des persécuiions en philosophie ! IjC génie sans doute a ses erreurs , ses excès , ses périls ; mais il n'y a qu'un seul remède à tout cela ; ce remède est l'intervention d'un autre génie qui corrige son devancier, k condition d'être à son tour corrigé lui-mêine par celui qui le suivra. Toutes les tracasseries n'empêchèrent point Descaries de faire son œuvre , car cette oeuvre était nécessaire et bonne. Malgré les Voet et les Letellier, il produisit Spinosa et Mallebranche, qui , en tirant des principes de leur maître des conséquences nouvelles, I»t»longèrent et agrandirent son influence , en dépit de tous les obstacles , même dans ce qu'elle avait de vicieux , jusqu'à ce que parut le grand Leibnitz , qui , sans intrigue de cour et sans ordre de cabinet , qooiqn^il fût le conseiller de deux ou trois monarques, arrêta le mouvement cartésien , et brisa le règne exclusif de Descartes avec les armes mêmes de Descartes, c'est-à-dire le raisonnement, la démonstration. Un argomeni, un argument, voilà qui vaut mieux que mille arrêts; mais Tai^ument de Leibnitz contre Descartes n^était pas à l'usage du jésuite Letellier et du calviniste Voet.

Voet et Descartes me ramènent à Utrecht. J'y ai trouvé surabondamment les traces du premier ; mais celles du dernier sont effacées. On ne sait pas bien où il logeait à Utrecht : on conjecture qu'il demeura quelque temps dans une petite maison située sur la promenade appelée aujourd'hui le Mail (Maliehaan), îa bibliothèque ne contient pas une seule lettre de lui;

(I ) Fond Saint-Germain , no 399.

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