‹ Œuvres de Victor CousinChapitre 19 sur 212 · CLASSE INFÉRIEURE · texte numérisé non relu

CLASSE INFÉRIEURE

LUKOI.

7 heures du matin. Exercices de style et d'esprit [Dent- und Styl-Vehungen) : M. Hergt.

8 heures. Explication de l'évangile du dimanche : M. le docteur Bœhme.

9 heures. Géographie : M. le docteur Bœhme.

i heure après midi. Catéchisation : H. le docteur Horn.

2 heures. Calcul : M. Hergt.

«Aani.

7 heures. Langue et orthographe : M. Hergt.

8 heores. Lecture de la Bible, avec l'histoire biblique et la géographie de la Palestine : M. le docteur Bœhme*

9 heures. Géographie : M. le docteur Bœhme. 40 heures. Théorie musicale : M. Tœpfer.

HBaCBEOI.

7 heures. Calcul : M. Hergt.

8 heures. Comme le mardi , à pareille heure.

9 heures. Latin : M. le docteur Bœhme. il heures. Chant : M. Schlick.

i heure après midi. Calligraphie : M. Schnittel.

2 heures. Musique instrumentale : M. Agthe. 5 heures. Devoirs (Aufsatze) : M. Hergt.

JBDDI.

7 heures. Exercice de style et d'esprit : M. Hergt.

8 heures. Histoire : M. le docteur Bœhme.

9 heures. Devoirs : M. Hergt.

i i heures. Catéchisation : M. Horn.

1 heure après midi. Connaissances d'utilité générale : M. le docteur Bœhme.

2 heures. Religion : M. Schweitzer.

VBNDaSDI.

7 heures. Langue et orthographe : M. Hergt.

8 heures. Latin : M. le docteur Bœhme.

9 heures. Théorie musicale : M. Tœpfer. iO heures. Religion : M. Schweitzer.

ii heures. Catéchisation : M. Horn.

SAMEDI

7 heures. Calcul : M. Hei^.

8 heures. Revue des travaux de la semaine et exercice de lecture : M. le docteur Bœhme.

9 heures. Devoirs : M. Bœhme.

il heures. Chant : H. Schlick.

I heure après midi. Calligraphie : M. Schnittel. S heures. Musique instrumentale : M. Agthe.

CLASSE SUPËRIEURE.

LURDI.

7 heures. Anthropologie : M. le docteur Bœhme.

8 heures. Religion : M. Schweitzer.

î heure après midi. Catéchisation : M. le docteur Horn.

■àBDI.

7 heures. Anthropologie : M le docteur Bœhme.

8 heures. Religion : M. Schweitzer.

9 heures. Théorie musicale : M. Tœpfer. il heures. Chant : M. Hxser.

i heure après midi. Devoirs : M. le docteur Bœhme.

HBBCRBDI.

7 heures du matin. Histoire : M. le docteur Bœhme.

8 heures. Calcul : M. Hergt.

i heure après midi. Méthodique, ou art d'enseigner : M. Schweitzer.

S heures. Musique instrumenule : M. Agthe.

JEUDI

7 heures. Histoire : M. le docteur Bœhme.

8 heures. Religion : M. Schweitzer.

9 heures. Géographie : M. le docteur Bœhme. il heures. Catéchisation : M. le docteur Horn.

RAPPORT SUR L*ÉTAT DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

7 heures. Physique : M. le docteur Bœhme.

8 heures. Histoire de la religion : M. Schweitzer.

9 heures. Géographie : M. le docteur Bœhme. 44 heures. Catéchisation : M. le docteur Horn. 4 heure après midi. Devoirs : M. Haeser.

SAMEDI

7 heures du matin. Histoire naturelle : M. le docteur Bœhme.

8 heures. Calcul : M. Hei^.

9 heures. Latin : M. le docteur Bœhme.

44 heures. Répétition de la musique d'église du dimanche : M. Haeser.

4 heure après midi. Méthodique : H. Schweitzer. 3 heures. Musique instrumentale : M. Âgthe.

Vous Toyez par ce tableau quel est le fardeau de M. Schweitzer. Il dirige Técole primaire et Técole normale primaire de Weimar , et il fait dans Tune et dans Tautre les leçons les plus importantes. Il se donne beaucoup de peine; et il en doit être ainsi» puisqu'il sert de modèle à la classe laborieuse des maîtres d'école. L'enseignement de Técole normale est profondément moral et religieux. Il est curieux d'y Yoir un cours d'anthropologie à o6lé d'un cours de religion . La géographie, l'histoire, la physique, et ce qu'on appelle en Allemagne les connaiêsanees d'une uliliU générale {gemeinnutxige Kennlniêse)^ sont cultivées avec soin. J'approuve aussi le cours de latin, qui mettrait nos maîtres d'école à même de comprendre le service divin et d'assister au besoin le curé du village. Mais il faut remarquer surtout l'enseignement musical. C'est là que se révèle le génie musical et religieux de l'Allemagne. La musique qu'on enseigne dans l'école normale primaire de Weimar , avec des méthodes qui passent pour excellentes , est la musique religieuse. On enseigne aussi à toucher de l'oi^ue : j'ai entendu plusieurs de ces jeunes gens toucher de l'orgue avec un vrai talent , et j'ai assisté à des chœurs parfaitement exécutés. Les maîtres d'école ainsi formés deviennent les organistes de l'église du village, ce qui les lie plus étroitement avec le pasteur, et ajoute un peu à leur revenu; ils sont aussi en état d'introduire dans leur enseignement , outre le chant d'église , qui est obligé , quelque peu de munque vocale et instrumentale, élément de culture populaire qui n'est pas à mépriser.

En recueillant mes souvenirs et mes notes de la journée , je n'y trouve plus rien , M. le ministre , qui mérite de vous être communiqué, relativement à l'état de l'instruction populaire dans le duché de Saxe- Weimar. Je me suis un peu étendu sur ce point, d'abord parce qu'il touche aux plus chers intérêts de

l'homanilé, ensuite parce qu'il mesenUe qà*k la session prochaine, c'est surtout l'instruction primaire qui devra occuper le gouvernement et lea chambres. Là matière est assez importante et assez vaste pour faire le sujet d'une loi distincte , et j'espère qu'il n'y aura pas un article de celle loi sur lequel ma mission ne voot fournisse quelque lumière. Voulez-vous bien me permettre de vous indiquer ici et de résumer rapidemenl les vues générales que me suggère ce que je viens de voir et de vous rac<mter dans le grand-duché de Saxe- Weimar?

40 U me semble que l'instruction primaire doit être communale le plus possible , et que par conséquent la loi sur l'instruction primaire présuppoae celle surlec attributions des conseils de municipalité et de déparlement. En général, loin de craindre de donner de trop larges attributions aux pouvoirs provinciaux , je voudrais , sur tout ce qui n'est pas politique , leur abandonner mille choses que l'on fait mal au centre, parce qu'elles ne tiennent point à la vraie centralisation , qui doit être essentiellement politique; et puis les hommes ne s'intéressent qu'aux choses où ils ont de l'influence , et l'on ne prend de la peine qu'à la condition d'avoir en retour quelque autorité. Enfin, je considère les conseils provinciaux avec de fortes attributions , comme d'utiles pépinières de députés, comme des fabriques d'hommes d'État , et les hommes politiques ne se forment que dans le maniement d'affaires un peu importantes. Selon moi , l'instruction primaire doit être en grande partie confiée à ces conseils. Comment d'ailleurs l'instruction populaire ne seraitrcUe pas dans les attributions du pouvoir le plus populaire de l'État , nommé presque directement par le peuple et en communication perpétuelle avec lui? J'approuve l'institution de nos comités cantonaux pour l'instruction primaire : mais je trouve à leur organisation actuelle trois vices essentiels: l*' ils sont cantonaux au lieu d'être communaux, ce qui serait bien préférable pour la facilité et la permanence de la surveillance ; ^ ils sont nommés par en haut et non par en bas, à rencontre de ce qui devrait être, ce qui énerve leur autorité ; 5<> leurs attributions sont trop mesquines, et j'ai plusieurs de mes amis, passionnés d'ailleurs pour l'instruction primaire , qui se sont peu à peu dégoûtés et retirés de leurs comités cantonaux , parce qu'ils avaient trop peu de chose à y faire. Je n'hésiterais pas à faire tirer chaque comité communal d'instruction primaire du sein du conseil municipal par ce conseil municipal lui-même, qui choisirait , pour faire partie de ce comité , ceux de ses membres qui auraient le plus de goût et d'aptitude pour ces fonctions , le plus de loisir et de fortune ; ce serait à peu près le Sehulvar$tand de clmque école communale de Saxe- Weimar . Un comité ainsi composé aurait de l'autorité dans la commune. 11 devrait être ù

DANS QUELQUES PAYS DE L'ALLEMAGNE

peu prêt permanent, et je mettrait du prix ^ lui laisser, sur certains points, une décision souveraine; pour certains autres, il relèverait du conseil de département, c^esl-ànlire d'un comité émané de ce conseil , ce qui iieraii utilement ces deux pouvoirs, et je réserverais an trèa-petit nombre de points où Tintervention du rectear, c'est-è-dire du ministre, serait nécessaire. J^indine ^ penser, M. le ministre, qu'il faut aller juaqn^à faire dire par la loi que tous les parents sont obligés d'envoyer leurs enfants à Técole , ou du moins que toute commune doit faire la dépense d'une maison et d^on traitement pour le maître d'école , comme cela est dans Saxe-Weimar et dans toute l'Allemagne ; mais si j^impose cette charge à la localité, c'est, par un juste retour, aux pouvoirs locaux que je veux livrer en trè»>grande partie la gestion d'une dépense si pénible.

^ Il ne s'agit point de transporter dans la France du xix* siècle l'influence que les protestants eux-mêmes accordent au clergé dans l'instruction primaire; mais bannir complètement le clergé de l'instruction primaire est aussi à mes yeux une mauvaise entreprise. Grice à Dieu , le fanatisme de l'absiraclion et de la désorganisation ne va point encore jusqu'à vouloir bannir toute instruction morale et religieuse des écoles du peuple. Or il est absurde de faire donner , dans ces éeoies , une instruction morale et religieuse , et de vouloir que le curé soit entièrement étranger à cette instmclion ; il est absurde aussi, dans un pays où les croyances chrétiennes vivent encore dans tant de familles , de décrier auprès de ces familles l'instruction populaire, en lui étant toute garantie religieuse. En principe , je regarde le maire et le curé comme les inspectears naturels, chacun dans leur sphère, de l'école de leor village , et comme les correspondants et les agents nécessaires du comité communal.

3^ Il faut que les enfants payent une contribution , si petite fùt-elle , à moins que les parents ne fassent preuve d'absolue indigence ; car on profite bien mieux de ce qui coâte quelque chose , et souvent on néglige ou même on repousse les purs bienfaits comme une inutâitéou comme une tyrannie.

4« Imiter de Saxe-Weimar le noble usage de faire percevoir la rétribution des enfants, non par le maître , qui aurait l'air de tendre la main , mais par le percepteur même de l'endroit, comme une contribution ordinaire.

5^ Comme toute commune doit avoir son école primaire , de même tout département doit avoir son école normale primaire ; et cette école normale doit être en grande partie dans les attributions du conseil de déparlement, c'est-à-dire d'un comité qui en émane, comme les écoles primaires sont en grande partie dans les attributions du comité de la commune. Il faut ordinairement établir une pareîUe école dans une école pri-

maire déjà existante et florissante , comme une récompense capable d'exciter le zèle et l'émulation de toutes les écoles du département , et encore pour ces deux motifs directs : l» que les élèves maîtres ont ainsi sous la main des moyens d'instruction pratique, et se forment perpétuellement à leurs fonctions futures; ^ qu'il y a à cela une grande économie, le mallre de l'école primaire préexistante pouvant être chargé de la direction de l'école normale annexée à cette école « avec un léger préciput , et les élèves pouvant très-bien servir, à tour de rôle, de sous-maltres dans l'école primaire. Il ne faut accorder que très-rarement des bourses entières à chacun de ces jeunes gens , et ne leur donner que des moitiés ou des trois quarts de bourse , dans leur propre intérêt , pour les attacher à leur profession , d'autant plus qu'il n'y a presque personne qui , pour s'assurer un bon état , ne puisse et ne veuille donner cent ou deux cents francs par an , ce qui ne représente pas même la dépense alimentaire qu'on aurait été d'ailleurs obligé de faire.

6® Quant à la nomination des instituteurs primaires , j'adopterais volontiers le principe suivi en Saxe- Weimar. Nul ne pourrait être instituteur communal, qui ne sortirait d'une école normale primaire après les examens nécessaires : c'est a\ùn seulement qu'il obtiendrait son brevet , lequel serait signé par le ministre lui-même , et ne pourrait jamais être révoqué définitivement que par le ministre , comme en Saxe- Weimar , et delà manière suivante. Dans tous les cas qui ne tombent pas sous les tribunaux ordinaires , le comité communal aurait le droit de réprimande et de suspension momentanée; en cas de délit grave, il aurait le droit de faire un procès particulier, «te» generis, une sorte de procès d'école par-devant le comité de département , plus impartial et plus éclairé. Celui-ci pourrait prononcer toutes les peines , excepté la perte du brevet , qui doit appartenir aux tribunaux seuls. Il faut même que le maître d'école condamné par le comité départemental puisse s'adresser en dernier recours au ministre lui-même t assisté du conseil royal. Ainsi l'instruction primaire est toujours, comme elle doit l'être , sous la main du ministre de l'instruction publique, et en même temps elle vit, elle marche par les pouvoirs provinciaux. L'art de fonder une institution, c'est de la rattacher à quelque institution existante, entourée du respect public. En Saxe-Weimar cette institution est le clergé protestant , libérateur et bienfaiteur du pays. En France , à défaut du clergé « qui n'a pas voulu de ce noble rôle , vous n'avez d'autre pouvoir respecté et populaire que le pouvoir électif des municipalités et des conseils de département. C'est sur ce pouvoir qu'il faut édifier ; c'est par ce pouvoir qu'il faut agir, car étant respecté et puissant, il communiquera à l'instruction primaire la puissance et le respect

COtJSIN.

TOXF. 111.

RAPPORT SUR L'ÉTAT DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

qu'il possède loî-mème. On est trop heureux , H. le minisire , d Voir un pareil instrument, le négliger me paratirait une faute irréparable; car, à la place de celuilà , il n'y en a pas, il ne peut y en avoir d'autre. Vouloir y substituer la machine universitaire , si yivement attaquée, et qui peut avoir ailleurs un emploi nécessaire et incontesté , c'est , dans mon humble opinion , une illusion déplorable: c'est méconnaître l'esprit du temps, c'est ne ps savoir ce qui se peut et ne se peut pas ; c'est demander la vie à qui n'en a pas ; c'est s^appuyer sur un roseau , quand on a un chêne sons sa main.

7» Mais quoi, M. le ministre , je ne vous ai pas parlé de la liberté de l'enseignement dans son application à rinstruction primaire ! Je ne vous en ai pas parlé , parce que je ne l'ai pas encore rencontrée. En principe, cen'esi pas moi assurément qui consentirai jamais à regarder rinstruction primaire comme une indostrie ; mais dans la pratique , il faut songer que cette industrie , ne rapportant pas grand'chose , tentera bien peu de personnes , et que, parmi ces personnes , il pourra y avoir d'excellents maîtres , trop âgés pour retourner dans nos écoles normales , et dont il serait injuste et fl^cbeux de priver l'instruction primaire. Imposez-leur ou ne leur imposez pas un brevet de moralité , je n'y attache aucune importance ; je serais même d'avis de négliger cette condition illusoire , dont les partis religieux on politiques de toutes les couleurs peuvent tant abuser ; et je m'en tiendrais au brevet de capacité qui, ,dans l'instruction primaire, n'est pas plus contraire à hi liberté de l'industrie que le diplôme de licencié ou de liocteur dans la médecine et au barreau. Le plus important est le droit spécial de surveillance, sans lequel le plus mauvais maître d'école peut échapper longtemps à h police ordinaire la plus vigilante. Or, ce droit , qui pourra le refuser aux chefs de famille les plus respectés d'une commune , à une autorité élective et populaire , qui ne peut avoir aucun intérêt à nuire à une industrie utile , mais qui a aussi tout intérêt, tout droit et tout pouvoir d'empêcher tout ce qui pourrait nuire aux bonnes mœurs, à la paix, aux vraies lumières et à la civilisation de leur pays?

Je ne vous donne ici , M. le ministre, que les bases les plus générales d'une organisation de rinstruction primaire, que j'emprîmle en grande partie à ce que je viens de voir en Saxe-Weimar. Je désire vivement que l'expérience que je viens de faire , les faits que j'ai recueillis et les réflexions qu'ils me suggèrent, puissent ne pas vous être tout à fait inutiles pour l'élaboration du projet de loi que la France attend impatiemment de vos lumières et dé votre patriotisme.

J'ai consacr,é toute cette journée du 31 mai à l'instruction primaire ; demain, je m'occuperai et je vous entretiendrai de l'instruction secondaire et de l'instruc-

tion supérieure ou universitaire dans le grand-duché de Saxe-Weimar.

Agrées, M. le ministre , etc.

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