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TROISIÈME LETTRE

Retour sur INnstruction |irimaire. -* luttructioD secondaire. Le gymnase de Weimar. — Le séminaire philologique. — Université d^léaa. — Budget. — Conclusions.

Weimar, 1er juin.

MO.XSIECR LE lANISTRE ,

Malgré tous les détails que contient ma lettre d'hier sur l'état de l'instruction primaire dans le grand-duché de Saxe-Weimar, je crois devoir vous signaler encore un certain nombre d'établissements qui chez nous ne relèvent point du ministère de l'instruction publique, mais qui pourtant se rapportent à l'éducation du peuple.

i*^ Tous les États de l'Allemagne ont des maisons d'orphelins ( Waisenhduser). Le duché de Saxe-Weimar avait depuis longtemps un établissement de ce genre, qui coûtait plus qu'il n'était utile. La direction de l'établissement s'est avisée d'un moyen qui lui a parfaitement réussi : au lieu d'instruire les orphelins dans une seule et grande maison , elle les donne à élever à des tuteurs particuliers {Privalpftege)^ c'està-dire qu'elle les met en pension dans des familles qui, ayant un plus petit nombre de pupilles, les surveillent mieux et les nourrissent à meilleur marché. C'est une manière de secourir beaucoup de familles honnêies dont ces petites pensions améliorent le ménage, et de procurer aux orphelins l'éducation modeste qui convient à leur avenir. Dans ce moment il y a à peu près quatre cent quatre-vingt-quinze orphelins ainsi élevés. La surveillance de leur éducation est extrêmement sévère.

^ Depuis quelques années il y a un institut de sourds et muets, et d'aveugles, sur le modèle de celui de Berlin ; c'est un essai qui se perfectionne peu à peu.

3<^ Il y a aussi un institut gratuit de dessin (freie Zeichnenr Institut)^ dont les inspecteurs sont le célèbre Gœthe, Kraus et Mayer. A propos de Goethe , j'avais oublié de vous dire que l'école normale primaire de Weimar, créée en 4784, doit son organisation à Herder, alors super-intendant général et président du consistoire.

À"* On vient de fonder, dans le local de l'institut de

DANS QUELQUES PAYS DE L'ALLEMAGNE

I , iiiie école qai en est le développement et le oonTOimeineni , une école gratuite pour les ouvriers (freie Gewerbtchult)^ dont je vous envoie les règlements. Le but de cette école est le perfectionnement de la technologie (Teehnik). On y enseigne le dessin linéaire appliqué à la perspective , su dessin des machines, etc., Tartde prendre des esquisses, d'ombrer, de colorer, de modeler; les mathématiques, savoir, arithmétique, géométrie, statique et mécanique, et les éléments d'architecture. Les leçons se donnent les dimanches et les jours de fête. On n*est admis à cette école qu'après un examen ; c'est i la fois un honneur et un avantage.

5" Madame la grandenluchesse vient d'établir à Wei mar une école spéciale pour les filles pauvres, où on leur ai^prend à devenir de bonnes ménagères. Cette école est une pépinière d'excellents sujets, que Ton suit jusque dans les familles où ils sont placés, pour leur donner de sages avis et de modestes récompenses.

6* Non-seulement tous les enfants vont à l'école depuis Tige de sept ans, mais on a formé dans chaque village une école particulière pour les petits enfants qui n'ont pas encore atteint l'âge d'aller ù l'école, et qui restent comme abandonnés pendant que leurs parents sont occupés dans les champs ou à leur ouvrage. Ces pauvres enfants , ainsi livrés à eux-mêmes, contractent de bonne heure des habitudes de paresse et de vagabonda^, qu'il est très-difficile de déraciner plus tard. On leur a donc ouvert un oiile, où les parents les envoient le matin et les vont chercher le soir. Là ils sont nourris et soignés. On leur apprend à lire et à prier Dieu. Il n'y a pas aujourd'hui un seul village du grand-duché qui n'ait son éeoU dasile. Cette institution commence k se répandre en Allemagne , et l'on pourraii aisément la transporter eu France.

Je me reprocherais aussi, M. le ministre, de ne pas appeler quelques insunts votre attention sur les livres qui sont employés dans les écoles populaires de diverse importance en Saxe-Weimar. Rien n'est plus difficile k bien faire que de pareils livres, et le défaut d'ouvrages convenables en ce genre est une des grandes plaies de l'instruction populaire en France. En voici quatre que le consistoire a adoptés, que j'ai déjà cités dans les programmes des leçons de la grande école primaire de Weimar, et sur lesquels je vous demande la permission d'ajouter quelques mots.

Je vous parlerai d'abord de celui de ces écrits qui est destiné auxenfanu les plus jeunes. 11 est intitulé : dêr ersU Leseunieniehl in einernaiurgefnœsêigen Slufenfolge. Premières leçons de leelwe dans une gradation naimreUe. L auteur est M. Gerbing, l'un des maîtres de l'école bourgeoise de Weimar. Il contient sept parties distinctes : 1® l'alphabet ; ^ la composition des syllabes ; 5« les points d'interpunction ; 4'' la dislinc-

tion des syllabes en radicales, additionnelles, etc.; 5<* des historiettes ; 6<* des sentences ou proverbes, d'abord d'un seul vers, puis de deux, puis de plusieurs strophes; 7« diverses pièces. L'art de ce petit livre, comme son titre l'indique, est de conduire l'esprit de l'enfant, par un ordre naturel et facile, des plus faibles éléments à toutes les notions morales nécessaires. La partie des sentences m'a surtout frappé. Sous les formes les plus agréables et qui s'impriment facilement dans la mémoire, ces sentences renferment les meilleures choses que l'auteur , dans une table bien conçue, classe lui-même sous des titres systématiques, tels que devoirs envers nous-mêmes, devoirs envers les autres hommes; Dieu, ses attributs et nos devoirs envers lui. £'est au maître à développer chaque sentence dans cet esprit.

Le second ouvrage est der Schtdfreund, VAmi des écoles , livre de lecture à l'usage des enfants de huit à dix ans, par M. Schweitzer , directeur de l'école bourgeoise et inspecteur de l'école normale primaire de Weimar» Ce livre suppose que les enfants ont déjà été deux ans à l'école dans la classe inférieure. Ce ne sont plus seulement des historiettes amusantes ; l'auteur s'attache aux connaissances d'une utilité générale. 11 part de cette idée que la connaissance des facultés de l'ftme doit précéder tout enseignement un peu appro* fondi de la religion , et il s'applique à composer une psychologie à la portée des enfants. L'ouvrage est divisé en trois parties , sous la forme d'entretiens entre un père et ses enfanU : il traite , dans la première partie, de l'homme et de ses qualités physiques ; la seconde partie est consacrée à la connaissance de l'âme et de ses facultés , avec quelques notions sur la perfectibilité et rimmortalité ; la troisième contient les premiers et les plus simples éléments d'histoire naturelle, de botanique , de minéralogie , de cosmologie et de physique. Enfin l'auteur termine son livre par une suite de petites histoires , et par un certain nombre de chants propres à être appris par cœur par les ejdfants , et composés sur des airs et sous la forme de chants d'église.

Le troisième Ilirre, Lese-und Lehrbuch, Livre de lecture et d! enseignement , à l'usage des écoles populaires, par M. le docteur J.-F.-A. Schwabe , membre du consistoire et prédicateur à Weimar, est un manuel complet et une espèce d'encyclopédie de tout ce qu'il peut être nécessaire au peuple de savoir, à l'exception de l'enseignement religieux et de l'arithmétique. Une introduction , en forme de dialogues ou de récits entremêlés de vers qui résument en sentences le sujet de chaque chapitre, démontre l'avantage de l'étude et de l'éducation. La premièie partie, divisée en deux chapitres, a pour but de résoudre ces questions : Qui suis-je ? Que puis-je ? Que dois- je ? C'est une psychologie facile.

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Le caractère commnn de ces quatre ouvrages est,

une logique, et même une critique delà raison, appropriée aux écoles populaires. Le chapitre premier traite de la connaissance de i*boinme sensible et des idées qui se rattachent aux divers sens de Thomme ; de rame animale, ou de Tinslinct dans les animaux comme dans rhomrae ; de Tesprit ou de Tâme raisonnable dans rhomme. L'auteur suit , dans le développement des facultés humaines, Tidée de la Bible , qui distingue dans l'homme le corps , l'àme et l'esprit , et il cherche à rendre intelligibles aux enfants, par des images claires et simples , les idées abstraites les plus nécessaires à connaître. Le second chapitre renferme des morceaux choisis pour exercer les facultés de l'esprit , tels que des chants à apprendre par cœur, des énigmes, des fables , des proverbes et sentences. l.a seconde partie , également divisée en deux chapitres , est destinée aux connaissances d'utilité générale. Le premier chapitre contient , avec les éléments d'histoire naturelle dans toutes ses subdivisions , des notions de géographie ; de droit naturel , de droit civil , enfin quelques leçons d'histoire générale , ancienne et moderne. Le second traite des moyens de communiquer à d'autres les diverses connaissances : ce sont des leçons de grammaire , d'orthographe et de style. Cet ouvrage , qui a 2i6 pages, coûte 4 gros (i2 sous). On y joint un appendice très-bien fait , qui contient la géographie et l'histoire spéciale de Saxe-Weimar.

Le quatrième ouvrage , qui s'adresse , comme celui de Schvabe, aux écoliers les plus avancés, est der deutsche Kinderfreund ^ rAmidei enfants pour V Allemagne , par M. Wilmsen , prédicateur à Berlin. C'est encore une véritable encyclopédie des connaissances que tout le monde doit avoir. Comme son titre l'indique , il n'est pas fait seulement pour le duché de Saxe-Wetmar , mais pour l'Allemagne tout entière ; aussi y est-il très-répandu. L'exemplaire que j'ai sous les yeux est de 4830 , et porte l'indication de la cent septième édition ; en outre , il a été stéréotypé en plusieurs endroits. 11 contient 234 pages et ne coûte que quatre gros et demi (13 sous ). Il ressemble au Manuel de Schwabe ; mais il est un peu plus étendu sur plusieurs points. Par exemple , il y a une hygiène populaire qui manque au Manuel de Schwabe, et que l'auteur a judicieusement empruntée au Catéchisme d*kygiène de Faust. Je remarque aussi le chapitre qui traite des droits et des devoirs des sujets dans les Etats bien gouvernés, d'après l'écrit estimé de Tittmann , intitulé allgemeiner Unterricht uberdie Rechteund VerbindlicKkeitender Vntertkanen ; Leipzig , 1800. Tout ce que M. Wilmsen emprunte, il l'approprie à son but par d'heureuses simplifications. Un excellent morceau qui lui appartient en propre, est l'introduction, destinée à éveiller l'attention et la réflexion par Tutililé et la variété des objets qu'elle renferme.

à des degrés différents , la solidité que le talent consciencieux des Allemands porte partout , avec une certaine gravité intérieure qui accompagne toujours le sincère amour de la chose sur laquelle on écrit. Il faut sans doute éviter la pédanterie , et je ne voudrais pas affirmer que le Manuel de Schwabe fût tout à fait irréprochable à cet égard ; mais ce qu'il faut éviter bien plus encore, c'est la prétention de rendre tout si facile, que, pour cela , souvent on fausse tout et qu'on n'apprend rien aux enfants qu'ils ne doivent plus tard désapprendre. S'il est nécessaire de ne demander à cet âge que l'attention dont il est capable , il ne l'est pas moins d'en exiger toute celle dont il est capable. Il faut bien se garder de lui faire croire qu'il sait ce qu'il ne sait pas , ni qu'on peut vraiment rien apprendre sans se donner quelque peine : c'est le plus mauvais service qu'on puisse rendre aux enfants. Voilà pour le côté scientifique ; quant à la partie morale , le grand défaut de ces sortes de livres, défaut qui tient beaucoup à celui que je viens de signaler , c'est cette fade sentimentalité qui pense faire merveille de s'adresser beaucoup plus à ce qu'on appelle le cœur et à l'imagination qu'à la raison et à l'esprit. Cette molle instruction n'inculque point de principes véritables , sans lesquels il n'y a point de moralité. Loin de là, je pense, avec Kant, que les enfants sont plus susceptibles qu'on ne le croit de comprendre les principes de la morale dans toute leur vérité, c'est-à-dire, dans toute leur gravité, quand on sait les leur bien exposer. Il y a même là une grandeur très-capable de frapper leur âme, en l'élevant. Ce sont déjà des êtres moraux auxquels il faut parler un langage moral. Je ne voudrais pas être trop sévère, M. le ministre ; mais je crains bien que la plupart des livres qu'on met chez nous entre les mains de l'enfance , à force d'être superficiels et fades , soient plus dangereux qu'utiles. Berquin ne s'adresse qu'aux enfants bien nés et à la bonne compagnie ; il est ingé-' nieux , mais maniéré , et sa morale est d'une élégance que la vraie morale ne comporte point. Comme si l'austérité n'était pas précisément ce qui caractérise la morale ! comme si , l'austérité et l'obligation inflexible écartées , il restait quelque chose qui fût de la vraie vertu ! Effort et sacrifice , voilà les conditions pour savoir quelque chose et pour être honnête : déguiser à l'enfance ces conditions , c'est la tromper sur la vie humaine. Je préfère donc à la légèreté et à la sentimentalité de nos livres populaires , la solidité et la gravité de ceux de l'Allemagne. Du moins ils sont instructifs ; ils parlent avec autorité ; ils contiennent une foule de choses utiles; et le peuple, au sortir des écoles, peut les lire et les relire sans cesse avec profit. Je vous rappelle que MM. Schweitzer, Schwabe et Wilmsen sont des ecclésiastiques ; M. Schwabe est même un

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membre dtt «antistoire de Saxe-Weimar. On est digne d'èlre à la léle de rinstruction populaire , quand on iravaille ainsi pour elle.

Les quatre ouvrages sur lesquels je viens d'arrêter un instant votre attention, sont officiellement employés dans toutes les écoles populaires du grand-duché; et remploi uniforme de ces manuels concourt , avec le plan uniforme des leçons , à répandre partout dans le peuple cette égalité de connaissances , cette unité morale i laquelle j'attache un si haut prix. Le consistoire recherche tellement cette uniformité , qu'il Ta portée jusque dans la construction des maisons d'écoles: il a fait faire deux plans de construction , l'un pour les communes les plus petites , l'autre pour les communes plus considérables. Je vous envoie ces deux pbns lithographies ; chacun des deux représente : i"* la maison d^école vue de face ; ^^ le plan des fondations ; 5* le plan du rez-de-chaussée ; A*" le plan do premier, qui est en mansardes ; 5^ la coupe de toute la maison.

Le b&timent de la plus petite école est de trentecîoq pieds de large sur trente-sept pieds de profondeur. Le rez-de-chaussée, élevé de trois marches audessus du sol, est composé d*un vestibule ou couloir de cinq pieds de large , qui conduit i la pièce où se fait la classe. Cette pièce , éclairée par quatre fenêtres , a quinze pieds de large sur vingt pieds de long ; elle a une estrade pour le maître, ud certain nombre de bancs pour quarante à quarante«cinq écoliers , avec des tables-pupitres, et un poêle que l'on chauffe en dehors, selon l'usage allemand. Outre cette pièce, il y a une espèce de salon ( Wohnslt^e) pour le maître , de seize pieds de long sur douze pieds de large , et vis-à-vis une chambre à coucher de douze pieds sur dix ; enfin , un cabinet , une cuisine , et l'escalier Toutes les pièces sont planchéiées en sapin ; les lieux d'aisance sont pbcés sous un hangar de dix-huit pieds de k>Dg sur cinq de brge, attenant à la maison, autant que possible du côté du nord, et entretenus avec une propreté remarquable. La cave est au-dessous delà classe.

Le plan de la maison pour les communes plus considérables , est le même sur des proportions on peu plus grandes. La pièce destinée à la classe est faite pour cinquante à cinquante-six enfants; elle est éclairée par cinq fenêtres ; elle a vingt-deux pieds sur dixsept , et peut , au besoin, être encore allongée de sept pieds par la suppression d'un cabinet.

I>es seuls reproches qu'on puisse faire k cette construction me paraissent le trop peu d'élévation du rez-de-chaussée, qui n'a que dix pieds à l'intérieur, et surtout la petitesse des fenêtres , qui ont cinq pieds de hautsur trois de lai^e, et s'ouvrent en quatre parties, de sorte que l'air ne circule point assez dans la classe.

L'avantage de ces plans uniformes est de ne rien

laisser à l'arbitraire de la commune, qui, par une économie mal entendue ou le peu d'habileté de son architecte , pourrait compromettre la 8anté des élèves et les justes convenances du maître.

INSTROCTlOIf 8BC0NDAIRE.

Après ce retour nécessaire sur l'instruction primaire en Saxe-Weimar , je me hâte de passer à celle du second degré. D'abord je crois devoir vous dire un mot de ces établissements particuliers qu'on appelle chez nous pensions ou institutions , et pour lesquels il s'agit de savoir si on laissera subsister la nécessité du brevet, l'inspection et la rétribution universitaire. Toute, rétribution semblable à celle que nous appelous universitaire, tout droit de patente , sont ignorés en Saxe ; mais nulle pension ne peut être établie sans une autorisation , et cette autorisation ne peut être obtenue que sur un examen dont les matières correspondent à peu près à celles de notre baccalauréat es lettres. L'examen même ne suffit pas ; il faut donner le plan de la pension qu'on veut établir, produire les règlements de tout genre , les conditions , etc. Enfin , le droit d'inspection est en vigueur , et l'on en use même avec beaucoup de sévérités Vous voyez qu'excepté la rétribution universitaire, c'est à peu près le même régime qu'en France , parce que ce régime est fondé sur la nature même des choses.

Il y a deux gymnases dans le grand-duché de Saxe- Weimar, celui d'Eisenach et celui de Weimar. Ils ont les mêmes règlements , et ils ne diffèrent l'on de l'autre que par le nombre des élèves et la force de l'enseignement. Le gymnase de Weimar est très-supérieur à celui d'Eisenach ; je lai visité en détail , et je vais essayer de vous le faiie connaître comme celui de Francfort.

D'abord ce gymnase n'a point de pensionnaires ; comme celui de Francfort , il est composé d'externes qui viennent de chez leurs parents ou des pensions de la ville.

Le recteur, qui s'appelle ici directeur, direelor, est professeur, et il est toujours , comme à Francfort, chargé de la classe la plus élevée.

11 n'y a ni eonreelar, ni proreclor^ c'est-à-dire, rien qui ressemble à notre censeur.

Le rang des professeurs est fondé sur l'ancienneté, comme à Francfort; mais leur traitement est divers , selon les classes, comme en France. 11 n'y a que quatre classes , au lieu des six du gymnase de Francfort; chacune a plusieurs divisions, ordinairement trois.

Le traitement du professeur directeur , chargé de la première classe , est de 1,600 thalers (6,000 francs environ). Les professeurs ont, selon l'ordre des clas-

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ses , 900, 700, 600, 500 thalere ; le» matlres auxiliaires , qui sont les maîtres de dessin , de langues vivantes , de musique , etc., ont 200 thalers. Ce traitement est unique et fixe, sans aucune éventualité. Autrefois il y avait deux traitements, comme chez nous , Tun fixe et Taulre éventuel et divers, qui provenait des élèves, des examens, des certificats , etc. Il n'y a plus qu'un seul traitement* C'est donc la même chose qu'à Francfort , avec cette seule différence qu'à Francfort les traitements de tous les professeurs sont à peu près de la même force , d'après le principe de l'égalité relative de tous les professeurs.

Les professeurs tiennent leurs traitements de l'État. La rétribution des élèves ( Schulgeld) est perçue par un administrateur semblable à notre économe.

Le Schulgeld se paye par trimestre ; il est par an de 6 tlialcrs pour la 4® classe , de 8 pour la 3®, de là pour la 2®, et de i6 pour la 1^'. Et je trouve cette augmentation progressive dans la rétribution des élèves fort raisonnable , puisqu'elle est aussi dans les traitements des professeurs.

Il y a deux cent cinquante élèves dans tout le gymnase.

Les trois divisions dont se compose chaque classe sont graduées entre elles, et il n'est permis de psser de l'une à l'autre qu'après un examen , comme on ne passe d'une classe inférieure à une classe supérieure qu'après un examen. Ces examens sont fort sévères; ils ont lieu tous les six mois.

Chaque élève parcourt plus ou moins vite les trois divisions de chaque classe et les quatre classes du gymnase , selon ses progrès et sa capacité. En général , chaque classe , avec ses trois divisions , dure dix-huit mois ou deux ans , ce qui fait à peu près huit ans pour le gymnase entier.

On peut quitter le gymnase avant de l'avoir entièrement achevé ; mais alors celte circonstance est marquée dans le certificat. '

Pour passer du gymnase à l'université , il faut subir un examen général de lous les professeurs du gymnase, de vive voix et par écrit (Ahilurienten-PrUfungen, examens de départ); c'est à peu près notre baccalauréat es leltres, qui résume l'enseignement du collège, et qui est nécessaire pour prendre des inscriptions dans les facultés.

L'enseignement est simultané , comme à Francfort et dans toute l'Allemagne ; on mène toutes les connaissances de front, à l'opposé de l'ancienne pratique des lycées de l'empire, de commencer par les lettres et de finir par les sciences. L'ordre de progression ou de simultanéité des études dans les collèges est une question plus difficile qu'elle ne le semble au premier coup d'oeil. En France, depuis 1815, l'enseignement est simultané. L'inconvénient est qu'on possède

moins bien chacune des matières d'^enseignement; l'avantage , qa^on en parcourt un plus grand nombre : l'instruction est plus superficielle , mais plus étendue , et telle doit être l'instruction secondaire. Pour la culture spéciale de chaque branche , on a plus tard l'université avec ses diverses facultés.

L'attestation qu'on a suivi tous les cours du gymnase est très-importante ; car, sans elle , on ne peut obtenir aucun emploi civil. Les pages du grandduc sont seuls dispensés de suivre certains court, étrangers à leur carrière.

Je ne crois pas devoir, M. le ministre, vous donner ici le tableau des leçons du gymnase deWeimar, comme je l'ai fait pour celui de Francfort ; il y a trop peu de différence. Je me contenterai de vous dire qu'il y a un très-grand nombre de cours, et très-peu de professeurs. Chacun d'eux donne des leçons dans plusieurs classes, ce qui ne permettrait pas de les distinguer par le rang des classes dont ils sont chargés , puisque tous, à peu près, professent dans toutes les classes ; de là vient que leur rang est emprunté à leur ancienneté.

Chaque professeur est beaucoup plus occupé que nos professeurs, de collèges. Le directeur est tenu de faire deux fois par an deux dissertations latines, les examens du gymnase ayant lieu deux fois par an. Chaque professeur, en entrant en fonctions , est tenu d'écrire un ^o^amma. C'est ta même coutume qu'à Francfort, et elle me parait excellente.

Le gymnase de Weimar, qui se perfectionne sans cesse , a eu tour à tour pour directeurs Heinze , Bœtlinger et Lenz , le prédécesseur du directeur actuel. Musœus, Schwabe, Koestner, Passow, Yoss, Schulzc, Riemer, etc., y ont été professeurs. Aujourd'hui les professeurs les plus connus, au moins dans les lettres, sont, avec le directeur M. Gernhardt, MM. Vent, Weber et Schneider. Je vous envoie un certain nombre de dissertations que ces messieurs ont faites dans les diverses solennités du gymnase. Voici, de M. Vent, une dissertation latine de Ueêliiê humants anliquo maxime lempore immolaiis, 1826 ; de M. Webcr, de Poelarum romanorum Recilalionibus , 1838; de M. Gottl. Cari. Will. Schneider, de Epiphihegmalicit versibus JEschyli, 1829. M. Gernhardt a plus fait que tous les autres , en sa qualité de directeur ; voici de lui deux dissertations : l'une. Ad recognoscenda ea qum Cicero in iibro de Amicitià disputatii, i 823 ; l'autre , où Philologiœ et Philosophiœ sludium ad religionis chrisliana doclrinam accuratè cognoscendam necessarium commendalur, 1850. Voici de plus une collection de douze dissertations de M. Gernhardt sur les points les plus importants et les plus controversés de la grammaire latine , dissertations qui ont mérité à leur auteur la réputation d'un philologue distingué.

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J*aî fah une vîtîte au gymnase , et j'ai assisté à une leçon entière de la première classe , que faisait le directeur M. Gemhardt. Il y avait i peu près soîjuinte élèves, et il ne peut pas y en avoir davantage dans chaque division, i^le qui me parait essentielle. J u entendu deux explications , Tune de latin, sur un morceau de Tite-Live, Pautre de grec, sur un passage de /a République de Platon. Les élèves désignés pour expliquer traduisent le latin en allemand , le grec en btin ; dans Texplication du latin on ne parle qu'allemand ; dans l'explication du grec , on ne parle que btin , âèves et professeurs. Toutes ces explications ont été faites , de la part du professeur, avec netteté et solidité : il n'affectait pas de montrer une érudition archéologique ou philologique au-dessus d'un gymnase ; il se contentait de faire bien saisir le sens et Tespril de chaque phrase et sa liaison avec les précédentes et les suivantes , et il ne quittait un passage qu'après l'avoir bien éclairci, et s'être assuré que les élèves Tentendaient parfaitement. Pour cela , il leur faisait développer la pensée de l'auteur. Les élèves parlaient latin sans beaucoup d'élégance , mais avec ebrté et facifité, et le professeur avec justesse et avec force. Excellent enseignement de collège , sans faux écbt et sans déclamation ; nulle trace de ce qu'on appelle chez nous la rhétorique. On s'attache à l'exactitude , à la cbrté et à la pureté du bngage, sans demander rien de plus ; car le reste ne peut pas être enseigné el ne doit être ni demandé ni recherché ; il est donné par surcroît à certaines natures.

Mais si tout ce qui regarde b littérature est trèsconvenablement enseigné dans le gymnase de Weimar, il n'en est peut-ébre pas ainsi des autres branches. Il n'y a qu'un seul professeur de mathématiques : il est chargé de l'enseignement de cette science dans toutes les closes, et suit les élèves de degré en degré, ce que je ne bbme pas ; mais il ne les mène pas assez loin : il est en même temps chargé de l'enseignement de la physique, qui se réduit à très-peu de chose. Gomme à Francfort, il n'y a pas de cours spécial de philosophie ; seulement on dit que le professeur de littérature grecque traite occasionnellement de la philosophie ancienne. En général , même résultat qu'à Francfort. Les études cbssiques et littéraires y étouffent un peu trop les autres études. G'est précisément le contraire de ce que certaines personnes voudraient faire chez BOUS. Je ne puis approuver ni l'une ni l'autre de ces deux tendances extrêmes. Sans doute, et M. Villemain et moi l'avons souvent rappelé au conseil , les études cbsôqnes , les humanités, sludia humaniara, doivent faire le fond de l'enseignement des collèges ; mais il y aurait aussi de l'injustice à leur sacrifier entièrement les sciences qui ont pour objet la connaissance de la nature ; les mathématiques, qui exercent si puissam-

ment l'esprit, et la philosophie, qui doit couronner toutes les études.

Il faut maintenant, M. le ministre, vous faire connaître le mode de nomination des professeurs , et les garanties dont ils jouissent.

G'est le consistoire qui propose au ministre la nomination des professeurs; ses propositions sont de véri- Ubles nominations ; il se décide d'après les renseignements de toute espèce qu'il a soin de recueillir. Tout candidatest soumis à l'épreuve d'une leçon qu'il fait pardevant le consistoire : cette épreuve est de rigueur, aucune répuUtion n'en peut dispenser. Les étrangers sont admis aussi bien que les nationaux : l'unité de l'Allemagne est vraiment réalisée dans l'instruction publique .

Gomme le consistoire propose, de même il surveille les professeurs. G'est un membre du consistoire qui est spécialement chargé de l'inspection du gymnase à Weimar.

Les professeurs une fois nommés sont inamovibles, et ne peuvent être révoqués que par une sentence du tribunal civil.

Les professeurs ont droit à une pension dont les conditions ne sont pas déterminées d'une manière fixe. Il n'y a pas de retenues sur les traitements des professeurs pour les pensions.

Si les dépenses pour l'instruction primaire sont essentiellement communales dans le duché de Saxe- Weiroar, celles des gymnases sont considérées comme des dépenses d'État ; c'est l'État qui paye le traitement des professeurs et leurs pensions, et leurs veuves participent au bienfait de la loi générale, par laquelle les veuves de tous les fonctionnaires publics ont le cinquième de leur traitement, ainsi que leurs enfants orphelins jusqu'à l'âge de dix-huit ans.

Gomme il y a en Saxe-Weimar une école normale primaire pour former des maîtres d école, il y a ausfti une école normale pour former des professeurs de gymnase; on l'appelle Seminarium philologicum. Ce titre indique assez la nature des matières qu'on y enseigne , et il est tout simple que le séminaire pour les gymnases reproduise en grand les défauts que je vous ai signalés dans les gymnases : ceux-ci sont trop philologiques, parce que celui-là l'est exclusivement. Il ne forme ni professeurs de mathématiques, ni professeurs de physique et d'histoire naturelle , ni professeurs de philosophie. On est donc obligé , pour ces enseignements , de prendre des candidats qui n'ont passé par aucune école normale, et qui souvent ne donnent pas les garanties nécessaires ; de sorte que ces places, ou sont assez médiocrement remplies , ou ne le sont pas du tout. Si l'on veut relever l'instruction mathématique et philosophique des gymnases, il faut établir des séminaires pour la philosophie et pour les mathématiques, à l'instar du séminaire philologique , ou plutêt il faut

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les fondre tous ensemble dans un séminaire complet, destiné à former des professeurs pour toutes les parties de renseignement des gymnases, c'est-à-dire, créer une école normale semblable à la n6tre (i). Du moins, si le séminaire pour les professeurs de gymnase est, en Saxe-Weimar, exclusivement consacré aux études philologiques , on peut dire que , dans ces limites , il a rendu les plus grands services et qu'il a formé un grand nombre de philologues distingués. Le séminaire est, à léna, auprès de l'université. Son organisation est extrêmement si mple. 11 n'y a pas de pensionnat ; les élèves reçoivent de l'Élat une petite somme qui, ajoutée à leurs ressources propres , suffit à leur très-modeste existence; ils suivent les cours de l'université, et leurs conférences se tiennent, à ceruins jours, dans un des auditoires ordinaires, de sorte que cette excellente institution coûte très-peu de chose.

Je ne suis point allé cette fois à léna pour examiner moi-même le séminaire philologique, un établissement semblable et plus célèbre encore se trouvant sur ma roule à Leipzig ; je me contente de vous envoyer un extrait de ses règlements imprimés, que je trouve dans les Annales acadenUœ Jenensis, de M. Eichstaedt, vol. i*', p. 479, sous ce titre : Plan pour le séminaire philologiqtie et léna ^ Plan xum philologis* chen Seminarium bei der Universilât lena.

IjC séminaire philologique est un développement de la célèbre société latine d'Iéna, fondée en d754, réorganisée en 1800, et dont les mémoires anciens et nouveaux (Aela soeielalis latinœ lenensis) sont connus dans toute l'Europe. C'est assez récemment, dans l'année 1818 , que le séminaire a été institué. Il se compose de huit jeunes gens qui doivent avoir déjà passé une année entière à l'université et témoigné de leurs progrès en philologie dans une dissertation écrite (Probesehrifi)^ et qui , dès qu'ils sont reçus, ont droit à une indemnité, pendant les deux autres années qu'ils passent à l'université et au séminaire philologique , exclusivement occupés de l'étude des lettres anciennes, et avec l'espérance d'obtenir plus tard un emploi dans l'instruction publique. Outre ces huit membres ordinaires , il y en a huit autres qu'on appelle extraordinaires , destinés à remplacer successivement les premiers, mais qui ne reçoivent rien : ce sont des surnuméraires en philologie. Enfln , on admet aux exercices du séminaire ceux des étudiants qui donnent des espérances. Il y a deux sortes d'exercices , les uns oii l'on instruit à écrire en latin , les autres dont la matière est l'interprétation des auteurs anciens; et il y a deux directeurs pour ces deux genres de travaux.

Le séminaire philologique coûte en tout 300 iha-

(i) Voyez dans le Moniteur, octobre; 1830, les nouveaux règlements de celte école.

1ers par an , sur lesquels 280 forment le stipendium ou Yhonorarium des membres ordinaires ; les 20 1^ tants sont consacrés aux autres frais de l'établissement. L'ancien règlement voulait que les deux plus anciens séminaristes touchassent chacun 50 thalers par an , et chacun des six plus jeunes , 50 ; mais le règlement de 18S1 a substitué aux deux plus âgés les deux plai capables, au choix du directeur. Ces honoraires sont payés par semestre. Chaque membre ordinaire paye une fois pour toutes 1 thaler 8 gros pour droit d'entrée; chaque membre extraordinaire, 16 gros.

Les obligations d'un séminariste sont un zèle constant, l'exactitude à assister aux leçons, et une moralité exemplaire. I^e moindre dérangement est un motif d'exclusion.

Il y a trois conférences par semaine , deux pour rinterfirétation et la critique des auteurs anciens, grecs et latins, et la troisième pour hi composition.

Toutes ces conférences se font en latin , la seule langue permise dans le séminaire.

Un des directeurs préside à Finterpréution des auteurs , l'autre à la correction des dissertations ; iis changent de rûle de semestre en semestre. Les conférences d'interprétation ont toujours pour sujet deux auteurs, l'un grec , l'autre latin. Chaque membre fait tour à tour les frais d'une conférence entière. Celui qui est chargé de la conférence explique ; les antres émettent leurs doutes ou leur opinion , et le directeur décide. Voici les règles de la conférence pour la €o^ rection des compositions : 1** Les membres ordinaires seuls prennent part aux compositions. Le choix do sujet est libre, sauf la permission du directeur. 3® ta composition est apportée trois semaines avant la conférence de correction. Chaque membre a deux jours pour en prendre connaissance ; après quoi , elle est remise au directeur. 3» 11 y a deux opposants (opponenles ) qui peuvent garder la composition pendant quatre jours, et qui sont tenus d'en faire la critiqa<^' l..es autres membres sont libres de faire ou de ne pas faire leurs réflexions. 4<> A chaque conférence, Tobjei de la suivante est indiqué, afin que les membres extraordinaires puissent se préparer. 5® Quand, poif des motifs graves, il n'y a pas eu de composition dan^^ une semaine , la leçon est consacrée à des questions sur les difficultés que chaque membre a pu rencontrer dans ses éludes. 6® Chaque membre donne une des dissertations qu'il a composées et qui a été soumise à la critique de la conférence et du directeur , pour les actes de l'établissement , acta seminariû Ces actes sont les procès-verbaux de diaque conférence do séminaire, que rédige le premier des membres ordinaires.

Les travaux les plus distingués que font les candidats ponr prouver leur capacité et être admis dans le

DANS QUELQUES PATS DE L*ALLEMAGNE

i {Fnbu^fifiêH)^ sont imprimés, el rétablis^ •emem Goneoart aai frais de l'impression , sur les vingt tbalers restants.

Léo directeurs admettent on rejettent les candidats ponr être membres extraordinaires et ensuite membres ordinaires du séminaire. Ils rendent compte, chaque semestre , à Tautorité supérieure , des travaux du séminaîre , de la réception et do départ des diflërents membres, de leur lèle et de leur conduite. Ces directeurs sont toujours des professeurs célèbres de TuniTcrsité, qui ont un simple précipot, comme direcieurt, et qui , en cette qualité, sont tenus de diriger et de coordonner leurs leçons publiques et priTées par rapport an séminaire , et de manière que diacnn de ses membres ait parcouru , dans un espace de deux ou trois ans, le cercle entier des leçons philologiques qui est nécessaire à sa carrière.

On dit que le séminaire philologique dléna se ressent de son origine ; il est plus célèbre pour le latin que pour le grec. Je ne sais s'il publie ses actes ; le règleoaent que j*ai sous les yeux n'en dit rien, et les antres séminaires philologiques de TAUemagne ne publient pas de mémoires. Il n'y a que celui de Bavière « à l'université de Munich , dont le directeur est M. Thiersch, qui publie Aclaphilologorum Manacenmm. L'école polytechnique avait autrefois, et elle a , jecroM , encore son journal. 11 y a longtemps que j ai ridée d^une pareille publication pour les travaux des élèves et des maîtres de notre école normale de Paris ; à mon retour, je vous soumettrai mes vues à cet ^rd.

Les directeurs du séminaire philologique d'Iéna ont loujovrsété des philologues distingués ; par exemple, Sdiôtz, Véàttearé'EâchyU^ et maintenant le célèbre latiniste Eiehstsedt , auquel est adjoint M. Hand , éditeur de Stoe^.

DE l'uhiversité n'iénA.

Le séjoor que j'ai fait en I8i7 à l'université d'féna, etles statuts imprimés de cette université que je me sois procurés à Weimar , m'ont dispensé de me délonmer de ma route pour la visiter de nouveau. Vous trouverez , M. le ministre , dans ces statuts imprimés , les détails les plus étendus et les plus précis sur cette unirersîté célèbre, sur son administration intérieure, sur les direrses facultés dont elle se compose , le traitement des professeurs, la rétribution des étudiants, etc . Elle ressemble d'ailleurs à toutes les universités allemandes. Au lieu donc de vous écrire un volume de remarques, je me contente de vous envoyer quatre choses qui vous donneront une idée exacte et complète de cette université : i** ses statuts imprimés avec les cbangemenu les plus récenu (I8i9); 3* les lois pour les

COUSIN. TOSIE m.

étndiantsde 1851 ; 3^ la conection des programmes de toutes les leçons pendant les dix dernières années ; 4« un certain nombre de thèses soutenues dans les diverses facultés. Ces documents, j'espère, ne vous laisseront rien à désirer. Il ne me reste qu'à y joindre quelques explications.

L'université d'Iéna date du milieu du seizième siècle; elle a été fondée, à l'imitalion des universités de Leipzig et de Wittenbérg , par ces princes de Saxe qui ont tant fait en Allemagne pour les lettres et pour la cause de l'esprit humain. Inaugurée avec tous les privilèges d'une université , le â février i 558, elle n'a cessé de réunir dans son sein un grand nombre de profes* seurs estimables , dont plusieurs même ont laissé une réputation durable. En 4772, M. K. Schmidt recueil* lit les divers statuts qui composent sa constitution (Zuverlasnger Unterrieht von der Verfa$$ung dér Herzoglich SaeJuisehenGetammi-Academiê xu Jena^ auêAetenundandem Urkundengezogen, Jena, 1772). En 1816, le professeur Gûldenapfel lui consacra le premier volume du Muséum littéraire du grandKluché de Saxe {Lilerariêehei Muséum fur diê Grùêsherxog* lieh Saehsisûhen Lande, in-i^^, Jena, 1816). Depuis, l'université voulut avoir un recueil régulier de ses actes, et elle se donna un historiographe, M. Eichstaedt, qui, en 1823, publia les Annale$ Aeademiœ lenensis, vulwmenprimum , eontinens hisloriam inslawralionis A cademiœ , vitas doctorum, aciaque et scripta , anno 1 821 . Le second volume n'a pas encore paru.

La constitution de l'université d'Iéna a subi bien des modifications depuis 1558. Pour ne parler que des dernières, il y eut en 1817 une révision sévère de tous les statuts antérieurs; il y en eut une autre en 1824 ; et tout récemment, en 1829 et en 1831 , les lois de l'université et celles des étudiants ont éprouvé de nouveaux changements. De toute part en Allemagne, en rendant justice à ces grands établissements scientifiques , presque tous conçus et fondés au moyen âge , on essaye de les mettre en harmonie avec l'esprit du temps , le droit commun et les nouveaux besoins des gouvernements. Voici une esquisse de la constitution de l'université d'Iéna.

Cette université, comme toutes celles de l'Aile^ magne, est la réunion des diverses facultés, qui chez nous sont isolées, dans un corps unique, se gouvernant lui-même d'après les lois qui lui sont propres. Ces diverses facultés sont : 1® la faculté de théologie; 2^ la faculté de droit; 3^ la faculté de médecine; 4^ une faculté qui, sous le nom de faculté de philosophie , embrasse une foule d'objets qui , chez nous, ont été sagement distribués dans deux facultés , celle des sciences et celle des lettres. En eiïet , dans l'état actuel des connaissances humaines , les sciences et les lettres ont pris des développements

RAPPORT SUR L'ÉTAT DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

tion supportable. Le titre de doeior lêgmt se perd,

distincU trop considérables pour ne pas exiger deui facultés différentes ; et s'il est digne des efforts du philosophe d'embrasser les unes et les autres dans ses études, c'est une prétention qu'il ne faut pas consacrer ofiiciellement , en donnant le nom de philo- Sophie à la réunion de deux ordres de connaissances qui ont entre elles bien plus de différences que de ressemblances.

Chaque faculté nomme son doyen pour un semestre à tour de rôle. Il y a un recteur perpétuel et purement honorifique , qui est un prince ou un grand personnage dont le nom parait à peine dans les actes. Le vrai recteur est le prorecteur {proreclor)^ qui n'est nullement subordonné au recteur , mais qui seul est chargé de toute Tadministralion universitaire. Il y a de plus un ex-prorecteur, c'est-à-dire, un professeur qui supplée le prorecteur en cas de besoin.

Le prorecteur de l'université , comme les doyens de chaque faculté , sont des professeurs qui font toujours leurs cours, et qui touchent de plus un préciput, comme indemnité du temps quMls consacrent à leur emploi. Cet emploi, se renouvelant deux fois par année, comme le décanat , n'est pas un fardeau trop lourd et est un avantage pécuniaire. Le prorecieur est élu , dans chaque faculté , à tour de rôle. Il forme avec les doyens le petit conseil de l'université , qui suffit au courant des affaires. L'assemblée des professeurs forme le grand conseil , le sénat , senatu$ CLcademieus, devant lequel sont portées les affaires de quelque importance.

11 y a trois classes de professeurs : i« les profes seurs ordinaires {ordenUiche)^ qui sont nos professeurs titulaires; St9 les professeurs extraordinaires (atuserordentliehé)^ qui sont nos professeurs adjoints ; 5® des doclares legenteê où Prival-Docenlen, qui ressemblent fort à nos agrégés de médecine. Ces doclores legenles «ont la pépinière, la force et la vie de Tuniversitc. Ce sont des docteurs qui , pourvus de ce grade, se présentent auprès d'une faculté pour en pbtenir la permission de faire un cours sur tel ou tel des objets qu'elle embrasse; pour obtenir cette permission, il y a deux conditions : la première, que le candidat écrive «ne dissertation latine^ comme spécimen sut, sur un sujet à son ^é^ qui se rapporte à l'enseignement qu'il veut faire, pro veniâ legendi ou docendi: la seconde, qu'il fasse une leçon publique devant le sénat. La permission d'enseigner donne le droit de faire des cours dans les salles de la faculté. Le PrivahDoeenl n'a d'autre salaire que celui qu'il reçoit des étudiants; mais comme ces cours comptent aux étudiants, aussi bien que ceux des autres professeurs, pour être admis à prendre des grades, il n'y a pas <ie raison pour que le Privai-Doeenl n'ait autant d'élèves qu'un professeur même ordinaire et ne se crée une posi<

si, après l'avoir obtenu, on ne s'en montre pas digne. Quatre semestres passés sans faire de leçons, le détruisent. Le do€(ar legens est aussi c^ligé, pour la forme, de soumettre ses cahiers au doyen de la faculté, qui autorise le cours en mettant au bas de l'annonce : Vidi.

Quand un docteur a enseigné de cette manière pendant quelques années, et quand il s'est distingué ou par ses leçons ou par ses écrits , il obtient le titre de pro^ fesseur extraordinaire, c'est-à-dire qu'outre le droit de faire des leçons, il a un certain traitement fixe, qui améliore sa position.

Les professeurs ordinaires sont seuls membres d*«ne faculté ; et comme tels, ils participent seuls à tous les actes de cette faculté et composent le sénat. Leur traitement est beaucoup plus considérable que celui des professeurs extraordinaires. C'est le gouvernement qui les nomme ; mais le sénat a le droit de préseoler plusieurs candidats : cette présenution s'appelle Dénomination, Les candidau naturels sont les professeurs extraordinaires ; mais ils ne sont pas candidats exclusifs, et le sénat peut présenter, s'il lui platt, tel homme célèbre, étranger à Ui faculté et même au payi. Le nombre des professeurs ordinaires, dans chaque faculté, est très-restreint ; celui des professeurs extraordinaires est plus étendu ; celui des doctores legenlei plus considérable encore. Tous ces divers professeurs se souUennent, s'animent les uns les autres. Le professeur titulaire ne veut pas avoir moins d'auditeurs que le professeur extraordinaire, qui ne veut pas en avoir moins que le doelar legens, lequel fait eflbrt pour s'élever jusqu'à eux et même pour les surpasser dans l'opinion des étudiants. Voilà comment, sans concours et sans intrigue, se recrutent les professeurs dans une université d'Allemagne. La facilité d'arriver à être doctor legens représente à peu près la liberté de l'enseignement. Cette facilité n'est pas excessive , et il ne faut pas qu'elle le soit ; partager l'auditoire d'une faculté, faire des leçons qui comptent pour les grades, est un honneur et un avantage qu'il ne faut pas prodiguer.

Le nombre des professeurs ordinaires, à léna, est fixe. Nul ne peut occuper deux chaires à la fois. Le nombre des professeurs extraordinaires est indéterminé, ainsi que celui des Privai-Dooenten. Je ne parle pas ici de ce qu'on appelle les lecteurs, lecêores, savoir, les maîtres de langues vivantes, de musique, d'armes, d'équitation, etc.

Voici la liste des professeurs ordinaires de l'université d'Jéna , dans l'ordre de leur ancienneté , pour le dernier semestre de 1831 :

Théologie. MM. Schott, Danz, Otto , Baumgarten- Crusius, Hoffmann, Schwartz.

DAN8 QUELQUES PAYS DE L*ALLEMAGNE

Droit. MM. Sehnîd , Konoptk , Walch, Schrœtter, Fnnékit , HeMBèach. Il est aussi accordé sitx membres de la Gomr d*appel dléna de faire des leçons de droit à Tooiversiié , comme professeurs honoraires. MM. Mar^ lin, Eicbmaii, Oriloff, professent k ce litre.

Médecine. MM. Stark, Succow, Kieser, Voîgt, Huschke.

PkikMophie.MM. Eicbstœdt, Loden , Lenz, Backmann y Fries , Hand , Dobereiner , Ern. Reinhold , Scholie, Gcettling.

1^ théologie a trois professeurs extraordinaires , et pas de Privai' Doeent; le droit, un professeur extraordinaire , et pas de Prival-Docent ; la médecine , six professeurs extraordinaires et un seul Prival-Doceni; la philosophie , sept professeurs extraordinaires et cinq Prhmi-DoeenUn,

Chaque professenr ordinaire ou extraordinaire, ou Privaê-Docenlt fait , sur la matière qu'il a choisie, un cuon qui ne doit presque jamais durer plus d'un semestre. Donner un cours s'appelle lire un collège {laen ràt CcUegium). Ce collège a au moins trois leçons par semaine et presque toujours davantage ; et encore chaque professeur lit plus d*un collège, toujours deux et quelquefois trois ; de sorte qu'il n'y a pas de professeur qui n'ait à faire par semaine dix ou douze leçons. Les professeurs sont donc , comme on voit, très-occupés; mais aussi ils gagnent beaucoup d'argent ; car les étudiants payent pour chaque collège séparément. Le droit de fréquenter un collège est presque partout d'un louis par semestre. Un professeur distingué peut avoir au moins une centaine d'auditeurs par collège, ce qui lui fait, pour trois collèges, trois cents louis par semestre et six cenis par an , outre son traitement fixe. Il faut ajotater qu'à léna, par suite de privilèges aniiques, les professeurs sont exempts d'une foule de droits et de contributions qa'il est inutile d'énumérer, et qu'ils ont certains avantages, souvent assez considérables, que L'unlvenilé liur fait sur ses propres biens.

Telle est à peu près la constitution de l'oniveisité dlèna, sauf les détails, qui sont infinis. Je vais maintenant , M. le ministre , vous entretenir des étudiants , et des règlements qui les concernent.

Pour faire partie de l'université ^ y obtenir le droit de bourgeoisie et jouir des avantages attachés à ce droit, tout étudiant doit être immatriculé.

L^immalâoulaftion est l'inscription d'un étudiant, avee ses noms , prénoms et lieu de naissance, dans Talbum de runiversité. L'étudiant s'engage , entre les mains du prorecleor , à obéir aux lois de l'université , et il reçoit un acte d'immatriculation.

La demande d'immatriculation doit avoir lieu dans les trois premiers jours de l'arrivée d'un étudiant à léna . Il doit présenter en même temps les certificau né-

cessaires, sous peine de perdre le droit d'inuuntriculation pendant le semestre courant, et d'être obligé de quitter immédiatement la ville , à moins qu'il n'y soit né.

Les certificats à produire sont un certificat de bonne conduite { teêliwiômum morum)^ et , si l'étudiant anrive d'une autre université, l'acte d'immatriculation à cette université. Les enfants du pays devront, en outre, produire les certificats d'examen délivres en sortant du gymnase (Dimifnoni-êcheine).

Les frais d'immatriculation sont payés en même temps qu'on se préseote. En sont dispensés ceux qui ont reçu antérieurement cette immatriculation honoris eauêà.

Ces frais sont, pour un novice , de six thalers ; pour un vétéran , de quatre thalers.

Le droit de bourgeoisie universitaire se compose :

Du droit de se mettre sous la protection de l'université dans la ville d'Iéna ;

Du droit de profiter d'une juridiction privilégiée;

Du droit d'assister aux leçons , de se servir de la bibliothèque et des autres collections ou musées de l'universilè , de prendre des grades , de jouir, enfin ,. de tous les avantages accordés aux étudiants.

Pour tous les cas qui ne sont pas expressémenS réservés , l'étudiant est justiciable des lois du grandduché.

La juridiction universitaire a. plusieurs degrés: i** le prorecteur; ^ le petit conseil, ou l'assemblée des doyens ; 5** le sénat ou l'assemblée des professeun ordinaires.

Il y a un bailliage universitaire (Univenitmls-AnU). C'est le bailli qui instruit et juge en première instance les affaires purement civiles. En appel, c'est le conseil qoi décide. Les affaires de police ou de discipline sont instruites par le bailli et jugées par le con&eiL ou. par le sénat; les affaires criminelles sont,, aprèa la première instruction du bailli , renvoyées par le sénat au tribunal criminel du pays*.

Outre la juridiction privilégiée de l'université, l'étudiant peut avoir recours à la juridiction ordinaire de la ville ou du pays environnant , dans un rayon de deux milles autour d'Iéna.

Chaque étudiant doit avoir un domicile fixe dans la. ville. IH)ur habiter dans un faubourg, il faut une permission particulière du bailli , et indiquer la maison qu'on vent habiter, à moins que l'étudiani n'y demeure ches ses parents.

Les leçons commencent chaque semestre au jour iodiqué au tableau. On paye Thonoraire annoncé par le professeur , avant l'ouverture du cours , entre les mains du questeur académique , qui fuit inscrire l'étudiant et lui délivre une carte d'admission. On ne peut , sous aucuu prétexte , réclamer l'honoraire une

56 RAPPORT SUR L'ÉTAT DE

fwgpayé. L'uMge élabli jusqu'ici d'aisister, k iiire d'hospitalité, aux premières leçons (doê Hoipiùres ) , est aboli , et aucun étudiant n*est admis dans un cours sans une carte d'admission.

Ne peuvent être exemptés , en totalité ou en partie, du payement des honoraires du cours (Co^^e^t^nAonorar) , que les étudiants du pays qui obtiennent un cerli6cat de pauvreté.

Pour obtenir un certificat de pauvreté, l'étudiant présente lui-même au prorecteur .un certificat d'une autorité supérieure de sa ville natale , et donne en même temps la liste des cours qu'il veut suivre. Tous les six mois , le certificat de pauvreté doit être renouvelé et sollicité de nouveau auprès du prorecteur; le renouvellement peut être refusé pour cause de négligence à suivre les cours , pour une conduite irrégulière , ou pour avoir encouru une peine disciplinaire.

L'étudiant présente au professeur son certificat de pauvreté, avec la prière de l'exempter des honoraires à payer; car il ne peut être exempté que sur un permis du professeur. Il remet oe permis au questeur, qui loi délivre alors une carte d'admission , moyennant six gros , si l'exemption est entière, et trois gros , si elle n'est que de la moitié des honoraires.

Pour les leçons que le professeur fait à la demande d'un certain nombre d'étudiants , on n'a point égard aux certificats de pauvreté.

Les punitions universitaires sont la réprimande, l'amende , la prison ( Careerarresl ) , l'inscription sur le livre des punitions, le renvoi de l'université, soit par le coiuUium abeundi, prière de s'en aller , ou par la reUgttUon ; enfin , dans les cas extraordinaires , l'envoi dans une forteresse.

C'est ordinairement le prorecteur qui adresse les léprimandes ; elles sont considérées comme plus sévères venant du conseil ou du sénat.

Tontes les amendes prononcées contre les étudiants sont versées dans la caisse de la bibliothèque deTuni- ▼ersité , et doivent être payées au plus tard un mois après le jugement, sous peine d'exécution forcée ou de mesures plus rigoureuses.

La prison peut être simple ou rigoureuse : dans le premier cas , le maaeimum est d'un mois ; dans le second 9 de trois semaines. Après trois fois vingtquatre heures d'arrêts simples, on peut autoriser l'étudiant k assister aux cours qu'il suit ordinairement , à condition qu'il rentre en prison immédiatement après. Les arrêts rigoureux se distinguent par le local de la prison ou par le refus de l'autorisation ci-dessus mentionnée. Le refus de subir la prison expose au renvoi de runiversîté.

Le bailli de l'université a la surveillapee de la prh son , sous la direction du prorecteur.

L'INSTRUCTION PUBLIQUE

Nul ne peut sortir de la prison sans payer les frais, qui sont de six gros pour chacun des trois premiers jours , et d'un gros par jour pour le reste ds temps.

L'inscription sur le livre des punitions (Strafhuch) entraîne, pour tous les délits à venir , la punition la plus sévère. C'est une sorte de liste de suspects. Celte inscription peut être prononcée en outre de toutes les peines déjà indiquées.

Tous les relégués ou simplement renvoyés des autres universités sont nécessairement inscrits au livre des punitions, quand on leur permet d'entrer à l'université d'Iéna.

Le eofuilium abeundi est le renvoi de Tuniversité le moins dur. Il prive temporairement du droit de bourgeoisie universitaire. On en donne ordinairement avis à toutes les universités amies. La durée du connliwm abeundi ne peut être moindre de six mois, ni outrepasser deux ans. Il faut alors se faire immatriculer de nouveau , et l'autorité universiuire décide s'il y a lieu de permettre l'immatricuhition. Le cofwt/tum abeundi est plus rigoureux quand on en donne avis aux parents ou tuteurs de l'étudiant ou aux autorités de son pays.

La relégation est la manière la plus sévère de renvoyer de l'université et de retirer le droit de boor* geoisie : elle est toujours rendue publique par uoe affiche insérée au tableau à léna, et par l'avis qui en est donné aux universités amies. La relégation est prononcée pour deux ans, ou pour quatre ans, ou pour toujours ; elle peut être rendue plus dure par l'avis donné aux autorités du pays du condamné , ou plus encore par la publication dans les journaux, avec ou sans renonciation du délit.

Les étudiants renvoyés ou relégués perdent l'appui et la protection de l'université. Ils doivent aussitôt , et avant le coucher du soleil, quitter la ville, dont ils ne peuvent s'approcher à une distance de plus de deux milles, tant que dore leur condamnation.

Dans les cas extraordinaires, l'envoi dans une forteresse est prononcé, sur l'avis du sénat, par le gouvernement.

Les arrêts dans la maison ou dans la ville ne sont pas considérés comme punition, mais comme mesure de précaution. La violation de ces arrêts entraîne le renvoi de l'université.

Le mépris des ordonnances de l'autorité, la lacération des affiches publiques , les propos inconvenants contre des membres de l'université , la fréqnenUtion des cafés, auberges et billards pendant l'heure do service divin , les dimanches et fêtes , le port d'armes cachées, les dégàu commis dans les propriétés particulières ou publiques , les assemblées secrèlcs et non autorisées, qu'elles soient connues ssns le nom d'or-

MHS QUELQUES PAYS DE L^ALLEMAGNB.

dres , d'assemblées provineiâles ou autres, sont punis des peines de la réprinande, du e&milium abeundi, ou même de la relégaliou , suivant la gravité des faitt.

Un étadiani qui veut imprimer, faire graver on liihographier quelque chose, ou tenir un discours public, doit en prévenir le prorecteur et obtenir préalablement la permission. Le seul soupçon, diaprés une dénonciation spécieuse , d'avoir participé à des associations défendues , peut avoir pour suite Téloignement de Tuniversité. En tout cas, ce soupçon entraîne la perte des certificats de pauvreté et antres avantages.

Toutes particularités dans le costume qui se rencontreraient à la fois dans plusieurs étudiants, seraient regardées comme signes de ralliement et de participation à des associations défendues.

Tons les jeux de hasard sont défendus, et la banque serait confisquée au profit de la bibliothèque.

Les excès de boisson sont punis de la prison , et , la troisième fois, du consiUum abeundi,

La haute police de Weimar peut seule accorder la permission de faire des cortèges au flambeau.

Casser les vitres peut entraîner la relégation.

Les duels sont sévèrement interdits et punis. Le règlement entre , à cet égard , dans des distinctions et des égards qui attestent assez les habitudes des étudiants de TAllemagne.

U est inutile de vous citer ici , M. le ministre , les mille détails des règlements pour les étudiants , d'autant plus que bien des rigueurs que ces règlements contiennent y ont été introduites depuis Tépoque fameuse de ces menées démagogiques qui malheureusement étaient réelles en certains endroits et surtout à léna, ou Sand et autres avaient étudié. Il y avait eu à léna des extravagances qui ont amené une réaction et des précautions excessives; de sorte qu'il reste aujunrd'btti bien peu de traces de Tancienne liberté universiuire que j'ai vue encore à léna en 1817 : elle a péri dans ses propres fautes.

Tout ceb a un peu nui h l'université d'iéna. Cependant elle n'a pas cessé d'avoir un assez grand nombre d'élèves dans les diverses facultés. Pendant le premier semestre de cette année 1851 , elle comptait cinq cent quatre-vingt-quatre étudiants immatriculés, sur lesquels deux cent cinquante -six théologiens, cent quatre-vingt-douze juristes , soixante*neuf médecins , soixante-sept philosophes ; la moitié au moins est composée d'étrangers. La supériorité du nombre des étudiants en théologie atteste la prédominance des études théologiqnes à cette université. Il est impossible , en effet , de tnmver réunis plus de secours pour ce genre d'étades« H y a un séminaire théologique , sous la direciioD de M. Baumgarten-Orusius ; un séminaire

particttUer pour rhmniléiiqae , l'art de la prédication, que dirige M. Scholt ; un autre pour l'art de catéchiser et d'enseigner la religion , sous M. Danz; enfin , une société exégétique que préside M. Hoffmann. Cependant , malgré ces savants hommes , la perte de Gabier sera longtemps ressentie à léna. Vous verrez , par les thèses de théologie que je vous envoie , à quel point les études sont fortes en cette faculté. Les antres branches des connaissances humaines sont aussi cultivées avec soin. Et même, de peur que les étudiants se bornent k suivre le cours de la faculté spéciale à laquelle ils sont attachés , ce qui rendrait leur instruction exclusive et incomplète, une ordonnance du grand-duc, en date du 8 avril dernier, a décidé qu'à l'avenir tout étudiant qui se présentera, après avoir fait son temps d'université, aux examens de candidature {Candidaten-Eœamen) , pour obtenir quelque emploi, comme théologien, comme juriste ou comme médecin , devra , pour être admis à ces examens, présenter des certificats constatant qu'outre les cours de la faculté à laquelle il apparu tient, il a, pendant chaque semestre de ses trois années d'université, suivi exactement un cours de philosophie ou d'histoire ou de mathématiques ou de philologie. La logique et la métaphysique, la psychologie, l'histoire de la philosophie, et pour les juristes une encyclopédie des sciences politiques et administratives (SlaaU'und Kameralwistenêekaflen)^ sont des cours indispensables. Trois années d'études à l'universilé seront désormais légalement suffisantes pour que Ton puisse se présenter aux examens de la candidature. Mais en raison des connaissances étendues que l'état actuel de la civilisation exige, on engage les étudiants à prolonger leurs études une quatrième année, ou du moins, si des obstacles les en empêchent , il leur est expressément recommandé desuppléerau temps qui leur manquerait, par des efforts redoublés et par une distribution bien en* tendue de leurs travaux.

L'université dléna a plusieurs musées, des jardins botaniques, un observatoire, une école vétérinaire, une école d'économie rurale, une riche bibliothèque , que l'on prend soin d'augmenter depuis un siècle par des mesures dont quelques-unes sont un peu singulières. Une partie du droit d'immatriculation de tout étudiant est affectée à la bibliothèque ; et tout professeur ordinaire, en prenant possession de sa chaire, est tenu de donner à la bibliothèque un ouvrage qui lui manque , de la valeur de quatre thalers.

Une des meilleures pratiques de l'université d'iéna, qui d'ailleurs est commune à toutes les universités allemandes , c'est l'institution d'un prix annuel, dans chaque faculté, pour la meilleure dissertation sur une question donnée par cette faculté. U est sorti de là

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des dîssertalioiw très-remarquables qui ont déterminé plus d'une vocation ; je crois que le beau travail de M. Ottfried Mûller, sur les Doriens, était d'abord une dissertation couronnée à l'université de Berlin. Le concours a lieu seulement entre les étudiants de Tuniversité. Voici deux dissertations de ce genre couronnées à léna en 1826 et en 1827 : Tune sur le Maire du paUUt ches les France , de Francwum majore domûs^ par un membre du séminaire philologique ; l'autre sur la Doctrine dogmatique et morale dAbélard, Commentatio theologico-^tica de Pétri Abelardi doctrine dogmatieà et morali. Il est assez curieux que des étudiants d'Iéna gagnent des prix sur les points les plus intéressants de notre propre histoire politique et philosophique. Ce sont ordinairement ces lauréats qui deviennent Privat-Docenten, en faisant une leçon publique devant le sénat et une dissertation pro venià docendi, comme celle-ci que vient de donner, il y a quelques mois, un jeune docteur de la faculté de philosophie : Sur le caractère et Vorigine de la partie religieuse des Niebelungen. De Niebelungorum fabuld eœ antiques religionis decretis illtistrandâ, dissertatio quam» . . consensu et aucloritate ordinis philosophorwn amplissimi in Acad. Jenensi, pro venu dogbmdi, rite adipiscendd 19 Martii iSôi ^publicè defendet auclor Ludovicus Ettmullerus. Tout professeur extraordinaire et même ordinaire est tenu, en prenant possession de sa chaire, de lire aussi une dissertation latine sur un point à son choix, dissertation qu'il doit ensuite faire imprimer. Le prorecteur lui-même est obligé, aux diverses solennités , à Pâques et à la Pentecôte , de faire et de publier des discours académiques, qui sont toujours des dissertations sérieuses. Enfin, l'université rédige un journal critique très-célèbre : Jenaische Litteratur-Zdtung .

Je termine , Bf . le ministre , en vous adressant le budget de l'instruction publique en Saxe-Weimar, que je dois à l'obligeance du ministre des finances, M. le baron de Gersdorf.

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