‹ Œuvres de Victor CousinChapitre 30 sur 212 · PREMIÈRE SECTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SECTION

ORGANISATION GÉNÉRALE DE l'iNSTRUCTION PUBLIQUE.

A mesure que l'État s'agrandit, les ressorts de Tinstmction publique se compliquent, et l'administration centrale devient plus importante. Je vous ai déjà signalé l'accroissemerit de cette administration depuis la république de Francfort jusqu'au royaume de Saxe, où, au-dessus des dilTérenta consistoires particuliers, e$t un consistoire central que préside un haut fonctionnaire qui a déjà le titre de ministre, mais seulement celui de ministre de conférences. En Prusse, l'instruction publique a un ministre qui a le même rang et la méine autorité que tons les autres ministres ; il a aussi, comme dieai nous, les cultes dans son département; et comme les écoles secondaires de médecine, et tous les établissements relatifs à la santé publique, appartiennent à ce ministère, il a la dénomination ' officielle de ministère dimêruetion publique, descuUei et des affaires médicales (Ministerium des o/ferUliehen Unterrichls, dw geisUiehm und MedieinalAngelegenheilen).

Eo Prusse aussi, l'instruction publique fit longtemps partie du ministère de l'intérieur. C'est en iSiO seulement qu'elle obtint un ministère spécial, sous M. le baron d'Altenstein, et je regarde ce changement eonune une amélioration de la phis haute importance. D'abord le service se fait beaucoup mieux, le centre auquel tout aboutit étant plus un ; l'autorité, plus puissante, est mieux obéic. Ensuite le haut rang du chef de Tinslruction publique montre l'estime que Ton fait de tout ce qui se rapporte à linstruction, et par là la science prend dans TÈtat la place qni lui appartient.

L'INSTRUCTION PUBLIQUE

La civilisation, la partie intellectuelle et morale de la société, a aussi son ministère.

Ce ministère embrasse tout ce qui se rapporte à la science, par conséquent les académies, les bibliothèques, et toutes les institutions analogues, comme les jardins botaniques, les musées, les cabinets, les écoles inférieures de chirurgie et de médecine, les instituts de musique, etc. Il est, en effet, bien naturel que le ministre auquel appartiennent les facultés de médecine, dirige également toutes les écoles et institutions inférieures relatives à la médecine ; que le ministre qui a dans sa main les facultés des lettres et des sciences, y ait aussi les académies scientifiques et littéraires ; qu'enfin le ministre qui préside à l'enseignement ait dans ses attributions les grandes collections et les bibliothèques, sans lesquelles il n'y a pas d'enseignement possible. Sans doute, il y a toujours quelque chose d'arbitraire dans toute espèce de classification ; il y a donc des établissements à Berlin et dans les provinces que le ministère de l'intérieur et celui de l'instruction publique se disputent : mais en général la ligne de démarcation qui sépare leurs attributions est nettement tracée. Le ministère de l'intérieur comprend en principe les institutions qui se rapporteot aux applications, à l'industrie, au commerce, aux travaux publics, lors même qu'il y a quelque enseignement dans ces institutions. Le ministère de l'instruction publique comprend tout ce qui a un caractère intellectuel et moral. Tous les établissements de ce genre, depuis le plus élevé jusqu'au plus humble, lors même qu'ils touchent par plusieurs points au ministère de l'intérieur, appartiennent ^ celui de l'instruction publique, et relèvent directement ou indirectement de ce ministère. Je sais, M. le ministre, qu'il n'en est point ainsi cheznous. La plus grande partiedes établissegienls d'arts, de sciences et de littérature, ne sont pas dans vos attributions ; et je le regrette vivement, non dans Tintérét de l'accroissement de votre pouvoir, mais dans l'intérêt évident des arts, des lettres et des sciences, comme dans celui de l'instruction publique , qui se trouve ainsi presque sans base, et privée des instruments dont elle a besoin. Mon opinion sur ce point vous est bien connue ; elle est fondée sur des raisons que je vous ai souvent développées. Je les supprime ici ; mais je devais vous faire connaître toutes les attributions légales du ministère de Tinstruction publique en Prusse.

Le, comme chez nous, les cultes sont réunis à l'instruction publique. Cette réunion est fondée sur la nature même des choses, et sur les rapports des deux services, qui se touchent par tous les points, et souvent se confondent dans les mêmes personnes, beaucoup de savants ecclésiastiques étant d'utiles professeurs, et les facultés de théologie, qui font partie intégrante de Tinstrnction publique, relevant en même temps de l'auto-

DANS QUELQUES PAYS DE L'ALLEMAGNE, riié roGgwuae. Grâce k Dîeo, les collée ne «ont plut en

France reléguée* conaielee art», entre les fabriques ei les haras; ils ont trouvé kur véritable place avec les sdencM et avec les lettres. Le ministère de M. d'Altensieio en Prusse est exactement , à cet égard , votre ministère de rinstmction publique et des cuites.

Mais il manque k M. d' Altenstein un titre qui vods reste encore, et que je vous verrais perdre sans beaucoup de regret, je Tavoue, celui de grand maître de runiveraîté. D'abord, qu'est-ce que Tuniversité de France, en général? Je conçois, je connais des univeraitéa particulières, c'est-à-dire, des réunions des facultés de théologie, de droit, de médecine, de leiires et de sciences. 11 n*y a pas de^pays en Europe qui n'ait ainsi ses universités. En Allemagne, il y en a une quiniaine. En Prusse, il y en a six ou sept, qui toates dépendent du ministère de Tinstruction publique. Dans la vieille France, il y en avait plusieurs; au moyen âge, celle de Paris était la première et la phtt eélèl»re de tontes les universités de l'Europe. Donner le nom d'université de France à tous les établissements d'instruction publique des degrés les plus divers, c'est imposer une signification nouvelle et bixarre à un mot dont le sens était parfaitement déterminé et tout différent ; c'est changer et corrompre à plaisir l'usage et les habitudes de la langue. Mais ce u*es4 point ici une dispute de mots ; et quand il s'agira de Porgaoïsation de l'enseignement supérieur, vous vo'rex quelles funestes conséquences ce mot d'iimv«rsUé, appliqué à l'ensemble de l'instruction publique, a eu chez nous sur la coustilution des facultés, qui ont été séparées les unes des autres, et dispersées comme des écoles spéciales, sans lien, sans esprit commun et sans vie. Je vous demande aussi ce que c'est de nos jours qu'un grand maître, et ce que signifie cette expressîon empruntée à des ordres militaires du moyen ^e, quand ou la transporte à ce qu'il y a de moins militaire au monde, à ce qu^il y a de plus moderne et de plus libéral, savoir, l'instruction publique ? Napoléon, qui s'était fait empereur et non pas roi, qui aimait les dénominations militaires et tout ce qui rappelait l'empire de Charlemagne, fut séduit par ce titre de grand maître. C'est ce titre, à la fois féodal, militaire et monacal de grand maître de l'université, qui a retenu vos attributions dans leurs anciennes et trop étroites limites ; c'est lui qui fait que, bien que ministre, vous êtes à la tète d'un corps, non d'un ministère, et d'un corps enseignant plulét que savant. Le titre de ministre de l'instruction publique et des cultes esr à la fois plus vrai, plus étendu et plus élevé : M. d'Àltenstein n'en a pas d'autre.

Reate à savoir comment le ministère de l'instruction publique et des cultes est organisé en Prusse dans son centre d'action à Berlin.

Cette organisation est celle que j*ai trouvée partout depuis mon entrée en Allemagne. Partout , sous un président , un directeur ou un ministre , selon la gran* denr du pays, j'ai trouvé un conseil plus ou moins nom^ breux. En effet, comme jel'ai ditaîlleur8(i), cette institution dérive de la nature même des choses et des besoins du service. Dans les ministères où Tadministration est plus matérielle en quelque sorte, on conçoit que le ministre puisse se passer d'un conseil : mais quand il s'agît d'un ministère essentiellement moral , comme celui de Tinstraclion publique , qui n'exige pas seulement le respect des lois et des règlements , mais une foule de connaissances rares, diverses, profondes, ou les affaires se résolvent presque toujours en questions scientifiques , il faut évidemment , auprès du ministre, des conseillers , pour maintenir les traditions et l'esprit du ministère , qu'un maître unique et changeant pourrait bouleverser sans cesse ; pour faire des règlements nouveaux ou pour modifier les anciens; pour éclairer la religion du ministre sur tel établissement à fonder ou à supprimer , surtout pour le guider dan* l'appréciation et le choix des hommes , et lui servir de rempart contre les sollicitations de l'intrigue et de la faveur. Supposons le ministre le mieux intentionné : qu'il s'agisse de donner des règlements è une faculté de théologie , de droit , de médecine, de lettres onde sciences , ou de faire choix d'un professeur pour quelqu'une de ces facultés; supposons qu'il s'agisse de décider en ce genre quelque question de choses ou de personnes, à qui voulez-vous que le ministre s'adresse? A la faculté elle-même? Mais c'est éteindre tout progrès ; c'est constituer des corporations immobiles , parce qu'elles sont juges dans leur propre cause ; c'est nourrir l'esprit de corps , si funeste à la science ; c'est abdiquer le gouvernement et le droit de juger par soimême. S'adressera-l-il à quelque individu célèbre? Mais ce personnage, dépouillé de responsabilité, pourra bien obéir à ses vues particulières, aux préjugés de son propre système ou de son propre talent. On peut affirmer qu'au bout du compte , c'est la sollicitation , l'importunité , l'insistance qui l'emportera. On fera agir mille ressorts secrets auprès du ministre : tantôt des recommandations d'en haut , tantôt des intrigues d'en bas, toujoura des influences irresponsables et étrangères l'entoureront et l'entraîneront. Ainsi , en France , je l'ai déjà dit et je le répète avec une pleine conviction , il n'y a que la médiocrité intrigante qui , désespérant de tromper un conseil composé d'hommes versés dans toutes les parties du service , réclame l'arbitraire ministériel. Sans doute il importe de donner è ce conseil une organisation qui réponde à son but ; et cette organisation est très-simple ; elle consiste h

(i) Lettre V, page 47.

RAPPORT SUR L'ÉTAT DE UNSTROCTION PUBLIQUE

meUre, au conseil , à la lète de chaque branche importante du service , c'est-à-dire des sciences qui sont enseignées à tous les degrés de Finstruction publique , un homme connu par ses iravaux , un long et célèbre enseignement. Ce conseiller y qui devrait, selon moi , rester en même temps professeur et n'avoir comme conseiller qu'un préciput plus ou moins considérable, serait chargé de faire le rapport de toutes les affaires réelles et personnelles relatives à son déparlement. Il fait ce rapport devant tous les autres conseillers ; l'affaire est discutée ; les lumières de tous les membres du conseil éclairent et modifient les conclusions du rapporteur, que des préjugés systématiques et une tendance exclusive pourraient égarer. La discussion épuisée , le conseil donne un avis ; et le ministre , qui a entendu le rapport et la discussion , décide comme il lui piatt, puisqu'il est responsable : mais il a été averti. Cette organisation du conseil se trouve dans un rapport que j'ai eu Thonneur d'adresser à M. le duc de Broglie, dans les premiers jours de son court et honorable ministère , et qui est aujourd'hui plus ou moins pratiquée. En Prusse , la force des choses a produit à peu près la môme institution ; il y a autour du ministre un conseil nombreux , trop nombreux peut-être, divisé en trois sections , qui répondent aux trois objets du ministère ; savoir : une section des cultes, composée d'un certain nombre de conseillers , la plupart ecclésiastiques et quelques-uns laïques , sous la présidence d'un directeur ; une section d'instruction publique , également composée d'un certain nombre de conseillers, presque tous laïques, avec un directeur; enfin une section de médecine, qui a aussi ses conseillers et son directeur.

Le nombre des membres de chacune de ces sections est indéterminé. On peut appartenir à deux sections, mais on n'a jamais qu'un traitement. Aujourd'hui la section de l'instruction publique a douze conseillers diversement rétribués. L'un, le directeur, a cinq mille thalers (19,000 francs) ; quatre ont trois mille thalers ( i i ,500) ; sept, de deux mille à deux mille six cents. La section ecclésiastique a treize conseillers, parmi lesquels il y a un membre catholique : neuf de ces conseillers sont déjà dans la section de l'instruction publique ; les trois autres ont chacun trois mille thalers. La seetion de médecine a huit conseillers , dont quelques-uns appartiennent aux deux premières sections ; les autres ont ensemble environ dix mille thalers.

La section d'instruction publique, qui m'est plus particulièrement connue, se réunit, comme notre conseil , deux fois par semaine , et chaque conseiller rapporte différentes affaires devant toute la section, réunie sous la présidence du directeur, qui est notre vice-président. Dans certains cas , le ministre se fait faire à lui-même dos rapports particuliers par quelqu'un des conseillers,

A chacone de ces sections est attaché un bureau correspondant; il y a de plus ime chaneellene et le secrétariat particulier du ministre. Toute celle administration centrale coûte en tout quatre-vingt mille six cent dix tlialers (302,300 francs), y compns les traitements des conseillers et celui du ministre.

L'institution des inspecteurs généraux, inconnoe dans toute l'Allemagne, n'existe pas non pkis en Prusse, où l'instruction publique est sur une si grande écheUe. Mais, sans aucune place fixe et permanente d'inspecteurs généraux , qui inspectent assez rarement , il y a des inspections spéciales qui ne coûtent que des frais de tournée, et qui produisent des résultai positifs, parce qu'elles sont imprévues , toujours déterminées par an besoin réel , et confiées à des hommes spéciaux. Ia ministre est-il averti par la correspondance que les choses ne vont pas bien dans quelque établissement , il envoie l'inspecteur qui convient le mieux dans le cas particulier. S'agit-il d'une faculté de droit , il prend un jurisconsulte ; d'une faculté de sciences , il prend un savant, et de même pour toutes les autres facultés. S'agit-il d'un gymnase, il prend un professeur de gymnase. Ordinairement il choisit un des membres de l'une des trois sections du conseil : ce conseiller , choisi pour la circonstance particulière , se porte rapidement sur les lieux où sa présence est réclamée , fait une inspection d'autant plus approfondie qu'elle est plus spéciale, revient à Berlin, fait immédiatement son rapport , et une décision prompte et efficace s'ensuit Ceci n'a lieu que dans les grandes occasions , extrêmement rares. Pour les circonstances ordinaires et le courant des affaires , la correspondance et l'intervention des autorités provinciales qui relèvent du ministère de l'instruction publique , suffisent.

Je dois maintenant vous faire connaître comment le ministre , avec son conseil , gouverne toutes les parties de l'instruction publique dans toute l'étendue de la monarchie. Pour cela , il faut bien comprendre la division du royaume et la hiérarchie administrative.

La Prusse est divisée en dix provinces , savoir : Prusse orientale , Prusse occidentale , Posen , Poméranie , Brandebourg , Silésie , - Saxe , Westphalie , Clèves, Bas-Rhin.

Chacune de ces provinces est subdivisée en départements, appelés Reperungsbexirke y qnï comprennent un cercle territorial plus ou moins étendu.

Chacun de ces départements est lui-même subdivisé en différents cercles , plus petits que nos arrondissements et plus grands que nos cantons , appelés Kreit; et chacun de ces cercles est divisé en communes , Gemeinde,

Chaque département à une espèce de conseil de préfecture appelé régence , Regierutig , qui a son président , lequel est à peu près notre préfet , avec cette

DANS QUELQUES PAYS DE L*ALLEB1AGNE.

MèKÊce qne le |iréttdeDt d^aae régence pnuaieiine peuibeaaeoap moînssur ton coneeîl qne notre préfet nr le sien ; car , en Prime , tooiee les affaires aboatisteot à b régence , et la majorité des voix y enchaîne le président. Gomme chaque département a son président, de même chaque province a le sien, qui s'appelle OUrfTàiidinit président suprême de la province.

Tous les degrés de TinstruGiion publique sont adaptés aax divers d^p^ de cette hiérarchie administrative. Chaque province a presque son université. La Prusse orientale, occidentale , et le duché de Posen , qui se toocheot, ont Tuniversité de Kœnigsbei^; la Poméranie a Tuniversité de Greifswalde ; la Silésie , celle deBreslau; la Saxe , celle de Halle; le Brandebourg, eellede Berlin; la Westpbalie, Timparfaile université qn'on appelle académie de Munster ; les provinces du Rhin, eellede Bonn. Chacune de ces universités a ses astorités qu'elle nomme elle-même , sous la surveillance d'un commissaire royal nommé par le ministre de rinstruction publique , et qui correspond directement avec lui ; c'est le curateur des vieilles universités alleoiandes. Cette fonction est toujours confiée à un personnage important dans la province , en grande partie ad honores; mais on y attache toujours aussi on certain traitement ; et en général , c'est l'esprit du goaTemement prussien qu il y ait dans la monarchie très-peu d'emplois non rétribués. Il est dans la nature des gouvernements aristocratiques d'avoir beaucoup de fonctions grttaites , comme on le voit en Angleterre; mais le» goavemements à la fois popukires et nH>oar« hiques , comme la Prusse et la France, ne comportent pas un pareil système; et si on le poussait trop loin dans l'un ou l'autre pays , on n'irait pas à moins qu'à changer peu à peu la forme du gouvernement. En effet , on essayerait en vain de confier des fonctions gratuites à tous les citoyens qui en seraient capables par leur mérite ; les petites fortunes s'en lasttnieni bientôt, et il faudrait finir par les remettre dm les mains de la grande propriété, qui peu à peu gouvernerait seule. En PruiMC, tous les fonctionnaires MDt salariés ; et comme ils n'arrivent à aucune fonction qu'après des examens sévères , tous sont éclairés; et comme de plus iU sont pris dans toutes les classes, ii* portent dans l'exercice de leurs emplois l'esprit gé* Déral du pays , en même temps qu'ils y contractent lliabiiude du gouvernement. C'était aussi là le système du gouvernement impérial parmi nous ; c'est celui de toute monarchie populaire. Un commissaire rojal a des devoirs qu'il est obligé de remplir : quelque important qu'il soit d'ailleurs , c'est un officier roinis- ^el qui est tenu de rendre compte au ministre. Les commissaires royaux sont les seuls intermédiaires des uniTersités et du ministère. Les universités relèvent donc presque immédiatement du ministère. Nulle au-

torité provinciale , civile ou eccléaiastique • n'a le droit de se mêler de leurs affaires ; elles n'appartiennent qu'il l'État : c'est là leur privilège et leur garantie. Je vous parlerai ailleurs en détail de leur organisation intérieure ; il me suffit de vous marquer ici leur rapport avec l'administration centrale dans l'économie générale.

Si les universités n'appartiennent qu'à l'État, il n'en est pas ainsi de l'instruction secondaire. En Prusse elle est considérée en grande partie comme provinciale. Dans toute province île la monarchie , sous la présidence du président suprême de la province, est une institution qui relève du ministère de l'instruction publique et des cultes, et qui en est Timage, en quelque sorte , par son organisation intérieure ; cette institution est ce qu'on appelle les consistoires prorinciaux (Provineialeonsiilarien). Comme le ministère se divise en trois sections , de même le consistoire provincial a trois sections : la première , pour les affaires ecclésiastiques , ou comisloire proprement dit ( Canr iistarium ) : la seconde , pour l'instruction publique ; on l'appelle collège pour iee écoles ( SchulcoUegium) : la troisième , pour les affaires relatives à la salubrité ^ publique ; on l'appelle coUége médicinal ( Medidnal" coUegium), Ce consistoire provincial est salarié : tous ses membres sont nommés directement par le ministre de l'instruction publique et des cultes, mais il est présidé , dans son ensemble et dans chacane de ses sections , par le président suprême de la province , lequel est seul chargé de la correspondance , et correspond avec le ministre de l'instruction publique et des cultes, qui pourtant n'est pas son ministre naturel ; mais en sa qualité de président suprême de la prj^vince, il correspond avec plusieurs ministres sur toutes les affaires relatives à sa province, quoique lui-même ne relève directement que du ministre de l'intérieur. Cette correspondance officielle do président de la province avec le ministre de l'instruction publique , n'est là que pour la forme et dans l'intérêt de la concentration de l'administration provinciale; au fond, toute l'autorité est entre les mains du consistoire , dont chaque section délibère séparément , et décide , à la majorité des voix, sur toutes les affaires. Je ne m'occuperai ici que de la section du consistoire provincial qni regarde l'instruction publique, savoir, le SchulcoUegium.

D'abord , M. le ministre , remarquez une différence essentielle entre le caractère de Tinstroction publique en Prusse et celui qu'elle a dans les autres États de l'Allemagne que je viens de parcourir. Partout ailleurs, au centre , sons un directeur ou sons un ministre , est un consistoire en grande partie ecclésiastique; ici, auprès du ministre, an lieu d'un consistoire, est un conseil divisé en trois parties , dont une seule est ecclé^ siastiqiie, tandis que les deux autres sont laïques et

RAPPORT SUR L'ÉTAT DE

tciehtifiqtte8. Ce conseil n'a donc pli» aucun caracière ecclésiastique : Tesprit de sacerdoce y est remplacé par Tesprit de gouvernement ; c'est l'idée de rÉtat qui domine ici toutes les autres. De même, dans chaque province, si l'expression de consistoire provincial est encore trop ecclésiastique, la division de ce consistoire en trois sections , à l'instar du ministère central de Berlin , ne laisse à cette institution d'ecclésiastique que le nom. Sans doute, les intimes rapports du SchulcoUegium avec le Contislorium, et ses devoirs propres, le rendent profondément religieux ; mais il est en grande partie laïque et lout à fait libre dans son action.

Son domaine est particulièrement l'instruction secondaire , les gymnases , et ces établissements intermédiaires entre l'instruction primaire et l'instruction secondaire qu'on appelle progymnaseê ei hautes écoles bourgeoises ( Progymnasien , hùhere Biirgerschulen) , Il importe de remarquer que les séminaires pour former les maîtres d'école primaire (Seminarien fur Schullêhrer) j nos écoles normales primaires, sont aussi de son ressort, et qu'il intervient dans toutes les ^ questions élevées de l'instruction primaire.

Auprès du Sehulcollegium est une commission d'ens^men (wissensehaflliehe Prufungscotnmission) , composée ordinairement de professeurs de l'université de la province. Cette commission a deux objets : i^ examiner les élèves de gymnase qui veulent passer à l'université , ou reviser l'examen ad hoc que ces jeunes gens subissent quelquefois au gymnase même (Abilurienien-Eœamen), en revenant sur les procès-verbaux et les pièces justificatives de cet examen ; c'est notre examen du baccalauréat es lettres, sans lequel on ne peut prendre aucune inscription dans les facultés; 3« examiner ceux qui se présentent pour enseigner dans les gymnases ; et il y a divers examens pour les divers degrés de l'enseignement , un pour les maîtres des classes inférieures (Lehrer), un autre pour les maîtres des classes supérieures (Oberlehrer), un autre, enfin , pour les recteurs , c'est-à-dire nos proviseurs , qui sont toujours chargés de l'enseignement le plus important. Le premier examen pour les simples maîtres (Lehrer) est l'examen fondamental. La wissenschafUiche PrUfungseommission est le lien qui rattache TinstruGlion secondaire à Tinstruction supérieure , comme le SchulcoUegium rattache l'instruction publique , dans les provinces, au ministère central de Berlin.

Voici maintenant, en quelques mots , le mécanisme de l'administration de l'instruction populaire.

Si les universités appartiennent à l'État seul et l'instruction secondaire aux provinces , l'instruction primaire appartient en très-grande partie au département et k la commune.

Toute commufie doit avoir, par la loi même de

L'INSTRUCTION PUBLIQUE

l'État, une école, et le pasteur ou curé du lieu est l'inspecteur né de cette école, avec un comité communal d'administration et de surveillance, composé de quelques notables et appelé Schulvorstand.

Dans les communes urbaines où il y a plusieurs écoles et des établissements d'instruction primaire plus élevés que les écoles de campagne , les magistrats fo^ ment , au-dessus des comités particuliers de chaque école , un comité supérieur, qui surveille toutes cet écoles et eu compose un système liarmonique. Ce comité est nommé Schuldeputaiion ou Sehfdcomms' sion,

11 y a , de plus , au chef-lieu du canton ou de l'arrondissement (Kreis)^ un autre inspecteur, dont l'inspection comprend toutes les écoles de ce cercle , et qui correspond avec les inspecteurs et les comités locaux. Ce nouvel inspecteur, dont la juridiction est plus étendue , est presque toujours aussi un ecclésiastique. Chez les catholiques , c'est le doyen. H a le tiut d'inspecteur d'arrondissement pour les écoles (ITretisehulinspector).

Ainsi les deux premiers degrés d'autorité dans Tinstruction primaire sont ecclésiastiques , en Prnste comme dans toute l'Allemagne ; mais, au-dessus de ces deux degrés inférieurs , l'influence ecclésiastique finit entièremeut, et commence l'intervention administrative. Le Schulinêpector de chaque Kreis correspond avec la régence de chaque département , par l'intermédiaire du président de cette régence , notre préfet. Or, cette régence, notre conseil de préfecture, a dans son sein divers conseillers, Regterungtrûthe , chargés de divers objets , et entre autres un conseiller spécial pour les écoles primaires, appelé Schulrath^ fonctionnaire salarié comme tous ses collègues, qui fait le lien de l'instruction publique et de l'administration départementale ordinaire., en ce que, d'ooe part , il est nommé sur la présentation du ministre de l'instruction publique, et que, de l'autre, aussitôt qu'il est nommé, il fait partie, en sa qualité de SchulraOi, du conseil de régence, et entre parla en relation avec le ministre de l'intérieur. Le Schulraih fait des rapports au conseil , qui décide à la majorité. Il inspecte aussi les écoles , anime et entretient le zèle des Schidinspectoren, des Schulvorstândet et des maîtres d'école; toute la correspondance des inspecteurs communaux et des inspecteurs supérieurs aboutit k lui ; et c'est lui qui fait la correspondance relative aux écoles , au nom de la régence et par l'intermédiaire du président , avec les consistoires provinciaux et le SchulcoUegium, ainsi qu'avec le ministère de l'instruction publique : en un mot , le Sehulrath est le vrai directeur de Tinstruction primaire dans chaque régence.

Je n'entre ici dans aucun détail ; je n'ai voulu ,

DANS QUELQUES PAYS DE L* ALLEMAGNE

M. le minÎAlre, que vous faire saisir le mécaninne toial de Unstmction pubKqae en Prusse. En résumé» rinsiniciîon primaire est communale et départementale , el en même lemps elle relève du ministre de Finslmction publique : double caractère qui dérive ici, selon moi, de la nature même des choses, laquelle réclame également Tintervention des pouvoirs locaux et celle d'une main supérieure qui vivifie et anime tout. Ce dauble caractère est représenté par le Sehul'ralhy qai fait partie du conseil de département, et appartient k la fois au ministre de Tintérieur et à celui de rinsimetimi publique. D'un autre côté, toute Tinitruction secondaire se rapporte au Schulcolle^um, qui fail partie du consistoire de la province , et qui est Dommé par le ministre de Tinstruction publique. Toute l^instractjon supérieure, celle des universités , aboutit au commissaire royal , qui agit sous Tautorité immédiate do ministre. Rien donc n'échappe à Faction oiimstérîelle ; et en même temps , chacune des sphères de rinstmction publique a en elle-même une liberté suffisante. Les universités élisent leurs autorités. Le SchnlcoUégmm propose et surveille les professeurs des gvmnaaet, et connaît de tous les points élevés de rînslniciion primaire. Le Sehdrath, avec le conseil de régnée, ou plutôt le conseil de régence , sur le np^ori do Sekulrath et d'après la correspondance des inspecteurs et des comités , décide la plus grande partie des affaires de Tinstniction inférieure. Le ministre, sans s'immiscer dans les détails infinis de nnstroctîon populaire, s'enquiert des résultats, et dirige tout par des instructions émanées du centre , qui tendent à répandre partout l'unité nationale. Il ne se nèle pas sans cesse des choses de l'instruction secondaire ; mais rien ne se fait sans sa confirmation , et il s^appuie toujours sur des rapports exacts et complets. Il en est de même des universités; elles se goavenient elles-mêmes , mais d'après les lois qui leur sont données. Les professeurs élisent leurs doyens et leors recteurs ; mais eux-mêmes ils sont nommés par le ministre. En dernière analyse , le but de l'organisation entière de l'instruction publique en Prusse est de laisser les détails aux localités, et de réserver au ministre et à son conseil la direction de l'ensemble et rimpulsion générale.

Maintenant il s'agit, M. le ministre , de vous faire connaître , dans le plus grand détail , chacune des parties de rinstmction publique dont j'ai essayé de vous montrer les relations et les ressorts.

Je commencerai par l'instruction primaire.

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