PREMIÈRE LETTRE
Un joar A Fraiicfort-«ar-le-MelD. — itablissemeDd icleotiii|vet 6C liltérairet. ~- Intiruction populaire. — École noyeooe. ~ École modèle. — Gymnaie. Sa coattitulion latérieure. Plan des études. Tableau de la réparlilioo des leçons. — Conclusions pratiques.
Fraacfb«>t-Mr-l«-H«lB, 28 «ai It3], 10 beurM du soir.
Monsieur le xinistre ,
Pkrti de Paris le mardi ^4 mai, li six heures du soir, arrivé à Metz dans la nuit do âS au 26, j*en suis reparti immédiatement pour Francfort-sur-le-Mein , où je aôs arrivé le 27 au soir. J*y ai passé toute la journée da 38 à visiter les divers établissements d'instruction poMique. J'emploie cette nuit à vous écrire, el demain je prendrai la route de Berlin par Weimar et par Leipzig.
0e Metz à Francfort, j'ai traversé en quelques heures bien des États ; j'ai trouvé la Prusse à Saarhruck , la Bavière à Hombourg , Hesse-DarmsUdi à AIzej, Nassau une lieue au delà de Mayence, enfin la ville libre, la république de Francfort-sur-le-Mein. Yopgeant jour et nuit , sans avoir le temps dé visiter aucune école, j'ai pu cependant reconnaître, à des signes non équivoques, à quel point l'instruction popubire est florissante dans tous ces pays. Partout, dans les moindres villages, j'ai rencontré des bandes d'enfants de 1 âge le plus tendre , ki plupart appartenant
aux dernières classes du peuple, sans bas et sans sou-* liers, avec la blouse bleue et le ceinturon de cuir, et sous le bras une ardoise et un livre de lecture , Lue- Imeh. Plus d'une fois je suis descendu de voiture , et j'ai examiné , entre les mains de ces enfants , ce livre de lecture , qui m'a paru fort bien arrangé. 11 renferme un alphabet, puis des monosyllabes, puis des phrases monosyllabiques, puis des phrases où il entre déjà des mots de deux syllabes, puis de trois, puis de quatre ; enfin des phrases de toute espèce, mais fort simples et qui présentent des faits intéressants ou des pensées honnêtes. On y trouve aussi un choix de passages en prose et envers, appropriés à l'intelligence et aux besoins de cet âge. Aa lieu de ce Lesehvuih , les enfants un peu plus âgés ont pour livres de lecture et d'étude la Bible, traduction de Luther, le catéchisme et l'histoire biblique. La Bible n'est pas entière, comme vous le supposez bien , excepté le Nouveau Testament. Ces trois livres composent ici le fond de l'instruction populaire ; et tout homme sage s'en réjouira, car il n'y a de morale pour les trois quarts des hommes que dans la religion. Les grands monuments religieux des peuples sont leurs vrais livres de lecture ; et j'ai toujours regardé comme une calamité pour la France, qu'au xvi* siècle, ou au commencement du xvn*, quand la langue française était encore naïve, flexible et populaire, quelque grand écrivain , Amiot , par exemple , a'ait pas traduit les saintes Écritures. Ce serait un excellent livre à mettre entre les mains de la jeunesse, Undis que la traduction de Sacy, d ail-
RAPPORT SUR L'ÉTAT DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE
leura pleine de mérite, est diffuse et sans couleur. Celle de Luther, mâle et vive, répandue d'un bout à l'autre de TAllemagne, y a beaucoup fait pour le développement de Tesprit moral et religieux el Tcducation du peuple. Les saintes Écritures , avec lliistoire biblique qui les explique, et le catéchisme qui les résume, doivent faire labibliothèquederenfanceet des écoles primaires Mais je me liâte d'arriverà Francfort et aux renseignements et documents positifs que j'y ai recueillis sur Tétai de rinstruction populaire et de l'instruction secondaire.
En effet , la ville de Francfort n'a point d'enseignement supérieur , d'université ; rinstruction s'y arrête à notre second degré, celui des collèges , qu'en Allemagne on appelle des gymnases. On y compte, il est vrai , un certain nombre d'établissements scientifiques et littéraires , mais du genre de ceux qui en France ne font pas partie, je ne sais pourquoi , du ministère de l'instruction publique ; et comme d'ailleurs ces établissements n'ont rien de fort important , je me contenterai de vous les signaler brièvement ; ce sont :
La Société d'histoire naturelle {Naturforschende Geselischafl)^ fondée le 22 novembre 4817, avec un muséum d'histoire naturelle ;
L'Institut dliisioire naturelle et de médecine {Medicinisch'nalwrwissenschaflliehes Instilul)^ qui se rattache en partie à la société d'histoire naturelle ;
LTnstitut de dessin {Zeichnungs-Insliiut) , fondé en 1799 et organisé par un décret du sénat du 10 février 1829;
L'Institut d'arU {Kunst-InsUlut)^ fondé par un legsde J.-F. Stsedel, le 13 mars 1815;
La Société de physique (Physikalischer Verein) , fondée pour l'étude de la physique et de la chimie , le 24 octobre 1824, avec un cabinet de physique et des cours sur les découvertes les plus récentes :
Enfin, la Société pour la propagation des arts utiles et des sciences qui s'y rapportent (Gesellkhaft %ur Befôrderung nUUlieher Kiinste und deren Hilfiwiêsemchafîen) j fondée en 1816, et dirigée par un président et huit assistants. Cette société a institué , i^ une école des dimanches, pour les ouvriers (Sanntags$chule fur Handwerker)^ établie, depuis le 9 novembre 1818, dans le local de la société, et dont renseignement est gratuit ; 2* une école de métiers (Gewerbssehule)^ qui date seulement de 1828 et on le soir se donnent des leçons sur le dessin linéaire, l'écriture, le calcul, la géométrie, avec des exercices de style.
Les écoles populaires ( Volksschulen ) ont cela de particnlier à Francfort , que chacune d'elles ne renferme que des enfants de telle ou telle religion , tandis que le gymnase reçoit des élèves sans aucune distinction de culte. Ainsi , il y a une école israélite. (Sehulanitalt der israelUiscken Gemeinde), fondée et dirigée par des israclites ; quelques écoles catholiques , sous
la direction d'une commission pour les écoles et les églises catholiques : par exemple , une école de garçons auprès de l'église Notre-Dame, une autre auprès de la cathédrale, et deux écoles de filles, dont l'une est particulièrement destinée aux demoiselles anglaises ; enfin , trois écoles protestantes , pour chacune desquelles la ville dépense par an 1500 florins. Ces trois écoles renferment à peu près sept cenu enfants des deux sexes. Chaque enfant paye 10 florins, et les fondations de bienfaisance viennentau secours des enfants pauvres qui n'ont pas les moyens de payer eux-mêmes, de sorte que presque tous les enfants de la ville reçoivent quelque instruction. D'ailleurs il n'y a pas à Francfort , comme dans la plus grande partie de l'Allemagne , de loi formelle qui oblige les parents , sous des peines sévères, à envoyer les enfants à l'école.
Entre ces écoles populaires et le gymnase est une école appelée École moyenne (Miilelschule)^ pour les garçons et pour les filles, où rinstruction est un peu plus élevée que dans les écoles populaires, sans l'être beaucoup. C'est une grande école primaire , comme il en faut dans les villes pour les enfants qui ne doivent pas suivre une profession libérale, et qui pourtant ont besoin d'une culture plus étendue que celle des enfants de paysans ou des enfants pauvres. J^ai visité cette école , dirigée par un homme habile , M. Fresenius. Chaque garçon paye 20 florins par an , et 25 avec les leçons de français ; les filles payent 5 florins en sus , pour les petits travaux de leur sese. Cet établissement a le plus grand succès. Il est sous la surveillance d'un inspecteur spécial , qui rend compte à une commission, composée de deux membres du consistoire. Il y a de plus une commission économique, nommée par la ville el chargée du recouvrement de la rétribution des élèves et de tout ce qui se rapporte à la partie économique de l'établissement. Il gagne au delà de ses frais, et l'excédant est employé par la ville à défrayer les autres écoles. Dans le cas de déficit, la ville vient à son secours. La Miltelschule renferme deux cent cinquante garçons et deux cent cinquante filles , et elle est divisée en quatre classes pour chaque sexe.
Chaque classe ne peut recevoir qu'un certain nombre d^enfanls ; ce qui est très-sage et très-f;tvorable à la bonne discipline de l'école et à l'instruction de chaque enfant en particulier.
La quatrième classe , la classe inférieure , peut en avoir 90, la troisième 80, la seconde 70, la première 60.
On entre dans les différentes classes selon sa capacité et selon son âge.
La quatrième a des enfants de 6 à 8 ans ; ki troisième, de 8 à 10 ; la seconde, de 10 à 12 ; la première, de 12 à 14.
Le but de cette école est de donner aux enfants qui
DANS QUELQUES PAYS DE LALLEMAGNE
b fréquenteDt tonte la culture qui leur est oéceMaire, sans les (aire entrer dans le domaine des études classiques. On leur donne une culture morale par Tenseil^oement de la religion; une culture intellectuelle par la lecture, récriture, Thistoire naturelle, la géographie , rhiftoire, le calcul et la géométrie; enfin une culture esthétique , comme on dit en Allemagne, par le chant et par le dessin. On enseigne aussi la langue française ; mais ce cours, quoique généralement suivi , n'est pas obligé.
Voici la répartition de ces divers enseignements, dans chaque semaine, selon les diverses classes : chaque leçon est d'une heure, tant pour les garçons que pour les filles.
Quainèwu cloue: lecture, dix leçons; écriture, cinq; calcul, quatre; religion, deux; exercices de langue, trois ; dessin, deux.
Troisième cUuu : lecture, six leçons; écriture, quatre; calcul, quatre; langue allemande, quatre; histoire biblique, deux ; exercices d'esprit (Ftfr<<aiM^«- Uehungtn) , deux ; chant, deux ; dessin, deux. De plus, les garçons ont deux leçons surla géométrie élémentaire.
Seconde classe : lecture , quatre leçons ; écriture , quatre ; calcul , quatre ; langue allemande , quatre ; religion , deux ; chant , deux ; histoire naturelle , deux; géographie, deux; dessin, deux. De plus, pour les garçons, suite du cours de géométrie élémentaire, deux leçons.
Première classe : écriture , quatre leçons ; calcul , quatre ; langue allemande , quatre ; religion , deux ; cliaot , trois ; histoire naturelle, deux ; physique, une ; géographie, deux ; histoire , deux ; dessin , deux. De plus, pour les garçons, deux leçons de géométrie.
Le livre dont on se sert habituellement pour^ la religion est Thistoire biblique d'Hébel pour les classes inférieures (Hebel's biblisches Geschiehtshuch), Dans le calcul , on suit la méthode de Pestalozzi ; on exerce les enfants à calculer de tête. Pour Thistoire naturelle, on a le Manuel d'histoire naturelle de Schubert (Lehrbuch der Nalurgeschichle).
Sous le directeur Fresenius sont plusieurs maîtres, dont il a la surveillance. Ces maîtres se rassemblent mie fois par mois , sous la présidence du directeur, pour se concerter ensemble , se rendre compte réciproquement de ce qu'ils ont fait , et soumettre à un contrôle amical leurs vues et leur méthode. Vous trouverez , H. le ministre , beaucoup d'autres détails de ce genre dans trois brochures que je vous envoie sur cette école, et qui développent le plan général de renseignement. Tordre et la distribution des leçons (Lehrplan, Schulordnung, Lehrslunden),Je joins aussi sept petits écrits du directeur Fresenius, à Toccasion des exercices publics de cette école; car il n'y a pas d'école un pen importante en AUemagnesans exercices publics, ni d exercices publics sans que le directeur y produise
quelque preuve de sa capacité et de son zèle. Parmi ces écrits se trouvent une histoire de la Millelschule , bien que celte école n'ait pas plus de sept ans d'existence {Beitràye »ur Geschiehle der MiUelschfde) , une introduction à la connaissance de la Bible (Lnlfaden sur BihelkentUrnss) , et plusieurs petites dissertatious de pédagogie et d'bisloire.
Au-dessus de la Mittelschule est une école dite modèle (Musterschtde)^ placée comme l'autre sous la surveillance d'une commission de la ville, et où l'enseignement est déjà plus élevé ; chaque garçon paye 40 florins, diaque fille aO. Voici un petit écrit du directeur, M. Bagge , à l'occasion des examens publics de cette année ; cet écrit est intitulé : Un vwt à nos enfants (ein Wort an unsere Kinder)» A la fin e^ un compte rendu des résultats de tout genre de cette école , qui contient à peu près cinq cents enfants. Elle a six classes pour les filles et sept pour les garçons, c'est-àdire, deux ou trois déplus que la Millelschule, Je donne ici le tableau de la répartition des leçons de la semaine, telle qu'elle a été arrêtée pour l'année i83i ; en y jeumt les yeux , on reconnaît aisément les petites diflérences qui la distinguent de la Millelschule et rélèvent au-dessus d'elle.
CLASSES
Religion
Exercices d*esprit.
Lau(fue allemande
— française (obligatoire)
Géographie. .
Uisloirc ualurclle.
Physique
Histoire
Technologie. . . .
Calcul
Algèbre
Géométrie
Écriture
Dessin
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