‹ Œuvres de Victor CousinChapitre 69 sur 212 · L'ordre de la journée est comme il suit · texte numérisé non relu

L'ordre de la journée est comme il suit

Enhiver à cinq heures, en été à quatre heures etdemie, tous les élèves , sur un signal convenu , sont obligés de se lever, de faire aussitôt leurs liu et de s'habiller.

Une demi-henre après le lever, c'est-à-dire à cinq heures el demie en hiver, à cinq heures en été , tous les élèves doivent être réunis dans la salle. L'aide prononce d'abord la bénédiction du matin , et chacun ensuite s'occupe tranquillement jusqu'à six heures. S'il reste encore des répétitions à faire du jour précédent, on s'en occupe. Ensuite on déjeune.

i22 RAPPpRT SUR L*ÉTAT DE

En hiver et en élé les leçons commencent à six heures , et durent jusqu'à sept heures trois quarts. Alors lesélèvesse rendent avec leur maître dansPécole des enfants, annexée à Técole normale, où ils restent jusqu'à dix heures , soit pour écouter , soit pour aider à enseigner dans quelques petites divisions, ou bien ils s'occupent pour leur compte dans là maison.

A ces occupations succèdent une heure de récréation , puis une heure de leçon dans rétablissement.

A midi les élèves se rendent dans la chambre du maître , où ils trouvent en légumes , viandes , poissons, une nourriture saine, moyennant deux thalers par mois.

Le temps qui reste jusqu'à une heure peut être employé à des exercices de musique , au jardinage on à la promenade.

L'après-midi , d'une heure à trois , tandis que le maître enseigne dans l'école de la ville , les élèves l'accompagnent, et agissent comme le matin. De trois heures à cinq se donnent encore des leçons.

Les heures qui suivent, de cinq à sept, sont, suivant les saisons, employées en exercices corporels, ou dans la salle à des travaux tranquilles. A sept heures chacun fait un souper simple et froid.

De sept à huit heures ont lieu les exercices de chant et de violon ; puis on fait les répétitions ou des ouvrages silencieux jusqu'à dix heures , moment où tous doivent se coucher.

Deux après-midi de chaque semaine sont libres et destinées à de plus longues promenades. Les heures de quatre à six , ou de cinq à sept , sont destinées à des exercices de musique.

Les dimanches ou les fêtes tous les élèves doivent assister, le matin, au service divin dans l'église de la ville, et aider les chantres, l^e reste de ce saint jour, le matin ou le soir, chacun peut l'employer à sa guise; cependant il faut que , pendant celte même matinée , les élèves écrivent les principaux points do sermon (le texte, le sujet principal, la division), et qu'ils indiquent le soir <;omraent ils ont passé la journée.

Tous les soirs, ainsi que le matin des dimanches et fêles , une méditation est faite en commun.

Quelques dimanches après le commencement de l'hiver et après la Saint-Jean , les élèves s'approchent avec leurs mallres de la sainte table.

Chacun , dès son admission , doit s'engager, en serrant la main du maître et en signant son nom , à suivre celte règle de maison , que l'on peut résumer dans ces trois maximes principales :

i* Ordre dans la conduite et le travail, et la plus grande simplicité en tout , afin que les élèves , appartenant à la classe pauvre , et destinés à devenir instituteurs des pauvres, restent volontiers dans cet état, et n'apprennent pas à connaître des besoins qu'ils ne

L'INSTRUCTION PUBLIQUE

pourront ni ne devront satisfaire. C*est pourquoi ils doivent se servir eux-mêmes.

^ Quant à l'enseignement dans l'école , il faut toujours en faire faire la répétition par les élèves plus avancés ; il faut , autant que possible , que les élèves s'enseignent les uns aux autres ce qu'ils ont appris de leur maître, afm qu'ils se perfectionnent en enseignant.

3"* Que Tàme de leur communauté soit la piété et la crainte de Dieu ; mais une véritable piété chrétienne , une crainte de Dieu qui repose sur une connaissance éclairée, afin que les élèves rendent en tout honneur à Dieu , et mènent une vie simple et calme, résignée et contente dans la peine et le travail, suivant l'exhortai ion de l'Apêtre :

< Rendez ma joie parfaite, vous tenant tous unis ensemble, n'ayant tous qu'un même amour , les mêmes sentiments , afin que vous ne fassiez rien par esprit de contention ou de vaine gloire; mais que chacun, par humilité, croie les autres au-dessus de soi. » (Phîlipp. II, 5.)

c Je souhaite la paix et la miséricorde à tons ceux qui se conduiront selon cette règle. » (Gai. VI, 46.)

Je m'abstiens de toute remarque sur ces deux règlements qui semblent échappés à saint Vincent de Paule. La plupart des petites écoles normales de la Prusse sont fondées et conduites dans cet esprit. Toutes reposent sur la base sacrée du christianisme. Mais, dans leur humilité même , on y distingue un goût pour rinstruction , un sentiment de la nature et de la musique , qui ôtent toute grossièreté à ces modestes institutions, et leur donnent un caractère presque libéral. Tout cela sans doute découle du fond des mœurs nationales et du génie allemand ; mais la charité chrétienne pourrait en transporter une bonne partie dans notre France , et je serais heureux que les règlements de la petite école de Lastadie et de Pyritz tombassent entre les mains de quelque digne ecclésiastique , de quelque bon curé ou pasteur de village on de petite ville , qui entreprit un pareil apostolat.

Les grandes écoles normales présentent un caractère un peu différent. Elles forment des maîtres pour les deux degrés de l'instruction primaire , savoir : les écoles élémentaires et les écoles bourgeoises. La loi de i819 , qui les institue , remettait leur organisation à des ordonnances ultérieures , et on ne peut trop louer le zèle et la constance que le ministère de rinstruction publique et des cultes amis à perfectionner ces beaux établissements.

D'abord ils lui appartiennent. C'est la commune qui paye et entretient l'école communale ; ce sont les provinces et l'État qui concourent à l'entretien des écoles normales. L'Êiat organise , nomme les maîtres et le directeur; et Tautorité provinciale pour les écoles,

DANS QUELQUES PAYS DE L^ALLEMAGNE

UTOÎr , le Sekul'CoOêgium, est chargée de la surveillance. Ainsi , chaque école normale est départemenlale par sa destination , qui est de fournir des maîtres au département où elle est placée ; mais elle ne relève que de la province et de TÉtat; et on peut dire que c^esl TÊtat, le ministère de Finstruction publique et des cultes qui a eu la principale part dans les progrès que ces institutions ont faits en très-peu de temps, del8â5ài85i.

La première chose à faire était d'assurer les études des éeoles normales en soustrayant les élèves au service mîliuire. Déjà la loi du 27 mai i8i9 dispensait les maîtres d'école en fonction du service dans Tarmée active et même du premier ban de la landwehr , et les plaçait dans le second ban ; bien entendu que toutes ces dispenses ne pouvaient avoir lieu qu'en temps de paix. Une nouvelle décision , du 26 juin 1822, en rappelant aux autorités militaires la loi de i8i9, fixait toutes les conditions auxquelles le maître d'école était placé au second ban de la tandwehr. Une circulaire, que j'ai sous les yeox et que je vous transmets, du 4 septembre i 826, confirme toutes les décisions antérieures , et invite de nouveau tous les commandants à dispenser des exercices do premier ban tous les matires d'école.

Mais il ne suffisait pas de traiter ainsi les maîtres d^école en fonction, il fallait appliquer ces mêmes mesures aux élèves des écoles normales. C'est ce que fit Tordre de cabinet du 29 novembre 1827, confirmé et développé par une circulaire du 5 janvier 1829 dont je vais donner les principales dispositions.

i** Tant que les élèves sont à l'école normale primaire, ils ne peuvent être appelés ni dans l'armée active ni dans la landwehr , et il est en cela dérogé à rhisinietîon du 30 juin 1817, sur le recrulement, laquelle exige un service non interrompu jusqu'à vingtdeux ans accomplis dans l'armée active.

2* Les élèves des écoles normales tireront au sort comme les autres jeunes gens de vingt ans dans la classe appelée. Ils seront dispensés de tout service jusqu'à Vacbèvement de leur temps à l'école normale. Alors , que le sort les ait désignés pour la ligne ou pour la réserve , ils ont tenus à un service de six semaines pour se former anx exercices militaires.

3* Afin que les candidats pour les fonctions de maître d'école puissent , conformément à l'ordre du 29 novembre 1827, lorsqu'ils seront désignés pour la ligne ou pour la réserve, faire leurs six semaines d'exercice, les consistoires provinciaux s'arrangeront pour faire coïncider autant que possible la fin des cours des écoles normales avec Tépoqueà laquelle coramenccnl les exercices militaires, c'est-à-dire, vers le 1^' avril.

4* Les candidats ne pourront être placés comme maîtres d'école qu'après avoir satisfait à ces conditions de la loi sur le service militaire.

5^* Les candidats pour l'enseignement supérieur jouiront des mêmes avantages que ceux des écoles normales primaires , lorsqu'ils sortiront des écoles normales destinées aux carrières savantes. ( Seminaria iheologiea, philologica, etc.)

On a même été plus loin ; et un ordre de cabinet du 24 décembre 1829 , une circulaire du ministre de la guerre du 4 février 1 850, un nouvel ordre du cabinet du 20 février de la même année , suivi d'une circulaire ministérielle du 27, réduisent tous les exercices militaires , imposés antérieurement aux maîtres d'école et aux candidats sortis des écoles normales , à un mois de service dans l'armée active, à l'époque qu'ils choisissent eux-mêmes. Tel est l'état présent des choses ; il est aussi doux qu'il peut l'être dans une monarchie militaire comme la Prusse.

Les mesures précédentes protégeaient les écoles normales primaires contre les distractions fôcheuses du service militaire. En voici une autre qui assure aux candidats qui sortent des écoles normales un placement presque privilégié. Elle est du l«f juin 1826, c'est-à-dire , de l'époque où les écoles normales primaires étaient partout établies , complètement organisées et en pleine activité ; et elle ne pouvait être antérieure à cette époque , car c'eût été demander pour les écoles normales des privilèges avant qu'on fût certain qu'elles les méritaient.

Circulaire du i«^ juin 1*826.

1 . Dans toutes les nominations de maîtres d'école dépendantes du gouvernement royal , on aura particulièrement égard aux élèves sortis de l'école normale supérieure de la province et porteurs de certificats de capacité , et tant qu'il s'en trouvera, on ne prendra pas de sujets formés d'une autre manière aux fonctions d'instituteur.

2. Les communes qui ont droit d'élection ou de présentation aux places de maîtres d'école seront soumises à la même obligation.

3. Usera aussi recommandé aux fondateurs particuliers de choisir principalement des élèves de l'école normale; mais, dans tous les cas, ils ne pourront choisir que des sujets pourvus d'un certificat d'examen constatant leur capacité.

4. Le certificat d'examen constatant la capacité nécessaire pour être placé à la tête d'une école , doit chaque fois avoir été délivré par le directeur et les maîtres d'une école normale supérieure , et visé par le conseiller d'école du déparlemenl.

5. Les examens sur lesquels doivent se fonder les certificaU de capacité délivrés aux candidats qui n'ont pas été formés dans l'école normale supérieure , auront lieu à certaines époques annoncées dans les

feuilles du bailliage où se trouve Técole normale, ainsi que cela a été arrêté dans Tarticle iO de la circulaire adressée aujourd'hui avec la présente aux collèges d'école des consistoires provinciaux.

6. Les individus qui, sans avoir été préparés dans une école normale supérieure , désireront se faire examiner comme instituteurs , s'adresseront à cet effet à lautorité , et lui remettront :

A. Un certiticatdu médecin;

B. Un narré de leur vie composé par eux-mêmes ;

C. Les preuves et certificats nécessaires constatant qu'ils ont reçu de l'éducation et de Tinstruction en général , et qu'ils se sont particulièrement préparés aux fonctions d'instituteur;

D. Un certificat des autorités du lieu et du pasteur constatant que jusque-là ils ont eu une conduite irréprochable , et qu'ils ont la capacité morale et religieuse propre à l'enseignement.

7. L'administration royale est chargée d'examiner soigneusement ces certificats, de faire des recherches scrupuleuses , et de n'ordonner k l'école normale supérieure d'examiner l'aspirant qu'après avoir acquis la conviction parfaite qu'il n'y a rien à reprendre en lui tant au physique qu'au moral.

8. I^es élèves ainsi examinés, et jugés capables, doivent cependant, sans exception, être maîtres d'école provisoires pendant un , deux ou trois ans ; mais ce délai pourra être abrégé pour les élèves les plus distingués. A l'expiration de ce temps , ils ne pourront être placés définitivement qu'après avoir de nouveau prouvé leur capacité. Dans tous les cas, il appartiendra à l'administration royale de décider si un nouvel examen est nécessaire.

9. Tout candidat examiné et déclaré capable , qui ne serait pas placé de suite, doit prévenir l'administration royale du lieu où il compte résider, et celle-ci doit le soumettre à la surveillance spéciale du surintendant ou de l'inspecteur d'école , afin que celui-ci fasse des

i. rapports réguliers sur ses études et sur sa conduite.

i 0. L'élève renvoyé de l'école, ou qui l'aura quittée

^lontairement et sans certificat de départ , ne devra

en aucun cas être admis à l'examen et encore moins à

aucune place de maître d'école.

Le privilège de recruter, non pas exclusivement, mais de préférence, l'instruction primaire, assura l'avenir des écoles normales, et y amena constamment un grand nombre d'élèves ; c'est alors qu'étant bien sûr de ne pas manquer d'élèves , le ministère put soumettre ces élablissemenls à de fortes mesures intérieures, qui les élevèrent peu à peu et les rendirent de plus en plus dignes de leur haute mission , des bienfaits du gouvernoment et de la confiance publique.

La première mesure à prendre était une organisation sévère des examens de sortie qui confèrent la qualité de candidats à des places de maîtres d'école , le soin de n'accorder d'abord qu'une nomination provisoire , de renouveler l'examen avant la nomination définitive, et de rappeler de temps en temps ù l'école normale les candidats déjà placés, pour perfectionner leur instruction. La circulaire suivante est digne à cet égard de la plus grande attention. Sa date est celle de la circulaire précédente. Il éuit juste, le jour même où on réclamait un privilège , de faire en sorte qu'il fût mérité et ne dégénérât pas en un stérile monopole.

Seconde circulaire du i^ juin 1826.

i. A l'avenir, comme cela s'est pratiqué jusqu'ici la plupart du temps, toutes les grandes écoles normales primaires de la monarchie feront subir aux élèves sortants des examens rigoureux aux époques indiquées pour les départs.

2. Ces examens seront faits par les maîtres de l'école, sur toutes les connaissances enseignées dans l'établissement , en présence et sous la direction d'un ou de plusieurs commissaires envoyés par le collège pour les écoles. Il sera permis an surintendant , au premier pasteur, et en général à tous les ecclésiastiques, d'assister à ces examens, qui du reste ne seront pas publics.

3. Ces examens comprendront aussi une leçon d'épreuve pour juger la capacité des élèves sortants pour l'enseignement.

4. D'après le résulut de ces examens, et spécialement après avoir pris l'avis précis et consciencieux que le directeur et les maîtres de l'école doivent émettre sur les élèves examinés, chacun des élèves sortants recevra un certificat de départ (AbiiurienUn^Schein)^ donné par le directeur et les maîtres, et visé par les commissaires.

5. Ce certificat ne doit pas seulement faire mention des connaissances acquises dans toutes les branches de l'enseignement de l'école, mais en outre de l'habileté dans l'enseignement , de la capacité morale pour remplir les fonctions d'instituteur, de la conduite etdii caractère; et il doit indiquer ce qu'on a lieu d'espérer à l'avenir de l'élève examiné ; le tout exprimé consciencieusement, et résumé ensuite par ces mots : irètbien, 6ten, satisfaisant, et par ces nombres, 1, 2, 3.

6. Ce certificat ne donne à l'élève que la faculté d'être placé pendant trois ans , après lesquels il est obligé de se présenter à un nouvel examen dans l'école normale. Cependant celui qui a reçu en sortant le titre de irès^hien et le n® 1 , et qui est placé après sa sortie immédiatement comme instituteur dans une école publique , n'a pas besoin d'un nouvel examen ;

DANS QUELQUES PAYS DE L* ALLEMAGNE

toDS lestulres, aa coatiraire, ne peuvent être installés qne pro%'isoîrement.

7. Ce nouvel examen ne doit pas avoir lieu en même temps que les examens de déparl, maïs en présence, sous la direction et avec la participation des conseillers pour les écoles , à une époque fixe pour chaque école normale primaire.

8. Si le but spécial des eiamens de départ est de s'assurer si les élèves ont saisi complètement Finstruciiott reçue dans Técole, s'ils la possèdent, s'ils l'ont bien comprise, et s'ils ont appris à la communiquer, les examens nouveaux ne doivent plus aToir un rapport immédiat à l'enseignemenl reçu dans l'école , mais en général à la solidité des connaissances , à la direction et à l'indépendance des wes, et particulièrement k rhabileté et à la capacité pratique.

9. Un certificat sera aussi délivré sur Tissue de cet examen , et joint au certificat de départ ; on j dira en quoi les espérances qu'on avait conçues ont été justifiées, surpassées ou déçues, et cela d'une manière précise, et on indiquera quelle partie de l'enseignement peut être confiée au candidat.

10. En même temps auront lieu, suivant les mêmes principes, les examens des candidats à l'enseignement qoi n'ont pas été formés dans les écoles normales supérieures , et que l'administration royale adressera à cet effet à une école normale. A la suite de l'examen, ces candidats devront être pourvus, comme les autres, d*un certificat qui constate en particulier, et aussi exactement que possible , le degré de leurs connaissances, de leur habileté, et spécialement de leur capacité pratique.

ii. Hais, afin que l'influence bienfaisante de l'écoie normale s'étende aux maîtres d'école déjà placés, qui oui besoin d'aide, et dont la capacité et l'instruction ne font pas de progrès ou même diminuent , ces maitres seront , pour plus ou moins de temps, suivant qu'ils en auront besoin , rappelés dans l'école normale, soit pour faire un cours entier de méthodologie, soii pour s'exercer dans quelque partie spéciale , ou pour être soumis à la discipline morale de l'école , Undis qu'ils s'occuperont dans l'école d'exercice de réublissement. Quant à la manière d'exécuter cette mesure, le ministère attend les propositions du collège des écoles, après que celui-ci se sera entendu avec les autorités de ta province.

12. Soit dans le but ci-dessus énoncé, soit en général pour connaître exactement la nature et les besoins des écoles de leur département, les directeurs des écoles normales primaires devront tous les ans , pendant les vacances , visiter une partie du département ou de la province , pour lesquels des mattres sont formés dans leur établissement ; ils examineront,

à titre de commisssûres , les écoles de campagne ; ils rendront compte de leurs observations à l'autorité ministérielle, et une copie de leur rapport devra aussi être envoyée au collège des écoles , afin de prendre les mesures jugées nécessaires , et particulièrement celle d'appeler dans les écoles normales les maîtres d'école qui se trouveraient dans le cas de l'article i 1 . Les frais de ces voyages seront pris de préférence sur les fonds provinciaux destinés k l'amélioration de l'enseignement primaire. Ces mêmes fonds serviront aussi à défrayer les déplacements qu^exigérait le cours méthodologique pour les maîtres déjà placés.

13. Il est à propos que les vacances des écoles normales primaires soient réglées de manière que les maîtres puissent visiter d'autres établissements du même genre , et les voir dans toute leur activité. Mais il faut laisser aux collèges provinciaux pour les écoles à faire les communications nécessaires à ce sujet.

Le ministère compte recevoir en son temps le rapport circonstancié de ce qui aura été fait et décidé , conformément aux dispositions de cette circulaire, par le collège des écoles , de concert avec les autorités royales de la province.

Nous avons déjà dit que les élèves des écoles normales primaires , qui reçoivent des bourses de l'État ^ ou des provinces , sont tenus , après avoir subi l'examen de départ et été reçus candidats , de rester pendant trois ans à la disposition de l'Eut et d'accepter toutes les places qui leur sont otfertes. Cette obligation , juste rançon de tant de soins et de dépenses, est renfermée dans le rescrit ministériel suivant du 28 février 1825:

Les rapports des autorités do département annoncent que souvent des candidats sortis des écoles normales refusent les places de maîtres d'école qoi leur sont offertes, sous le prétexte qu'elles ne sont pas assez lucratives, et cherchent à gagner leur vie en donnant des leçons particulières, ou comme gouverneurs d'enfanU. Cette circonstance est tout à fait nuisible aux intérêts des écoles et des jeunes gens eux-mêmes, qui s'accoutument ainsi à des besoins que ne peut satisfaire plus tard la position de maître d'école de village, à laquelle ils sont bientôt réduiu de recourir pour la plupart. Et comme d'ailleurs les frais considérables de rÉiat pour l'entretien des écoles normales n'ont pas pour but de former des précepteurs particuliers pour les familles, il est ordonné ce qui suit :

1« Tout élève d'une école normale primaire, après sa sortie, sera pendant trois ans à la disposition de la régence dans la circonscription de laquelle se trouve

126 RAPPORT SUR L'ÉTAT DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

récole normale où il a été éleré, et sera tenu d'accepter la place de maître d*école qui lut sera assignée. Les engagements contraires qu'il aurait pris d'ailleurs ne pourront lui servir d'excuse.

2« Celui qui refusera de satisfaire à cette obligation, aussitôt qu'il en sera requis, sera tenu de rembourser à récole normale le prix de sa pension, savoir, iO rixdales pour chaque semestre de son séjour à l'école, plus les frais de nourriture et d'entretien.

Tous les élèves qui se trouvent aujourd'hui dans une école normale primaire devront déclarer, avec le consentement de leurs parents, qu'ils s'engagent à remplir les conditions du présent arrêté ou quitter immédiatement l'école.

J'ai sous les yeux un grand nombre de mesures générales prises par le ministère de l'instruction publique et des cultes, pour l'amélioration progressive des écoles normales, tantôt sous le rapport de la moralité, tantôt sous celui de l'enseignement. Je signale ici quelques-unes de ces mesures, pour faire connaître l'esprit qui préside à la surveillance et à la direction de ces importants établissements.

La discipline qui y règne est en général fort sévère. Ainsi la musique, si naturelle et si chère à l'Allemagne, est sans doute très-cultivée dans les écoles normales ; mais le gouvernement ne souiTre pas que cette instruction devienne pour les élèves un divertissement profane, et qu'ils se servent du talent musical acquis dans l'école pour prendre part au dehors à des concerts publics honnêtes mais frivoles. Il ne leur permet que la parlicipaiion à la musique d'église. Je trouve cette défense dans une circulaire ministérielle du 8 juin 1814.

Je trouve encore citée dans un compte rendu de l'école normale de Soest une mesure du ministre de l'instruction publique et des cultes, qui déclare que tout élève externe de toute école normale, qui serait vu dans un cabaret, serait immédiatement renvoyé de l'école. En effet, on conçoit que la conduite des élèves externes des écoles normales doit être soumise à une police particulière , et c'est ce qui a lieu partout.

Une des choses les plus utiles dans les écoles primaires et particulièrement dans les écoles primaires des villes, c'est la gymnastique. Il faut donc l'enseigner dans les écoles normales. Mais les souvenirs encore attachés aux exercices gymnastiques du célèbre Jahn n'étaient pas propres à encourager le gouvernement prussien. H eut pourtant le bon sens, en 18^7, de surmonter ses répugnances, et d'instituer , par la circulaire ci-jointe, des exercices gymnastiques réguliers dans toutes les écoles normales primaires de la monarchie.

Circulaire du ministère royal de rinslruelion publique el des affaires ecclésiastiques et médicales, à tous les collèges décote, concernant les exercices gymncutiques dans les écoles normales primaires.

Du 26 férricr 1827.

Ce n'a pu être l'intention du ministère d'introduire dans les écoles normales primaires, nommément dans celles où il n'y a point d'écoles annexes, des exercices gymnastiques réguliers qui soient classés parmi les autres objets d'instruction, enseignés'méthodiqnemeni à l'aide d'appareils spéciaux dans des salles ou des places particulières, et même avec un costume particulier, et qui pourrait donner lieu de croire au rétablissement des anciens exercices gymnastiques proprement dits. Cela serait tout à fait contraire à l'intention du ministère, au but des écoles normales primaires, à la destiuation de leurs élèves, à la position et au caractère de leurs directeurs et maîtres, ei à l'organisation de ces établissements, tant par rapport à l'enseignement qu'aux habitudes de vie des élèves.

Néanmoins il est convenable de prendre en considération et de soigner le développement physique des élèves.

i« D'abord pour la santé. L'expérience prouve que le changement dans leur manière de vivre, auquel les élèves en entrant à l'école doivent s'habituer, ne laisse pas d'être nuisible à leur santé. La pluprt, venant de la campagne, sont accoutumés à vivre en plein air, et n'ont pas été exercés à travailler assidâment de tête. Dans l'âge oii la croissance n'est point achevée, ils doivent s'accommoder d'une vie sédentaire, d'études longues et suivies, changer de nourriture, renoncer aux commodités de la maison paternelle. Ils se trouvent en outre exposés à des influences vraiment f^ cheuses. 11 faut qu'ils prennent sur leur sommeil, travaillent dix heures et plus par jour dans des classes et des salles pleines de monde, qu'ils dorment l'été d;ins des pièces extrêmement chaudes et l'hiver dans des chambres tout à fait froides ; qu'ils se remettent après les repas à l'ouvrage, et emploient même les heures de récréation à des occupations où l'esprit est encore tendu. Une telle vie doit être contraire à la santé, et déjà par cette raison il est nécessaire de songer à des exercices de corps qui empêchent l'épuisement, secondent le libre cours des humeurs, et conservent l'élasticité, la gs^eté et la fraîcheur de l'esprit. Rien d'ailleurs ne serait plus mauvais pour un maître d'école de campagne que de s'habituer à une vie trop sédentaire. D'abord le penchant pour ce genre de vie porterait un grand préjudice à l'école, où l'exemple d'une activité mâle et soutenue est de rigueur ; ensuite il favoriserait un air de grandeur incompatible avec la

DANS QUELQUES PAYS DE L'ALLEMAGNE

posiiion de maître d'école» ordinairement forcé, pour soutenir sa maison, de se livrer à des travaux de corps pénibles.

â<^ Pour le maitUien et la bonne tenue du corpe. Des manières embarrassées et gauches font naître avec raison des préventions défavorables, parce qu*elles indiquent d*ordinaire un homme groBsier et ignorant, ou du moins incertain sur remploi de ses facultés et de ses forces. Et de même que la présence d*esprit, le courage et la fermeté se manifesienl par l'adresse et lliabf leté physique, les bonnes mœurs par la décence, un caractère aimable et gracieux par la politesse et de bonnes manières ; de même la bonne tenue du corps réagit sur le moral et affermit les bonnes qualités de Tàme. De plus, Tadresse physique donne à tout homme de précieux avantages dans les circonstances inévitables delà vie, pour sa propre défense ou Tassistance des autres en cas de danger. Mais il est surtout urgent que le maître ait un extérieur décent et aimable, uni à la force physique, pour pouvoir gagner Testime et la confiance des parents et Tamitié des enfants.

5^ Aussi à cauee de son état. Le maître futur doit être familiarisé avec tout ce qui fait partie du développement physique et des exercices du corps. Comme instituteur, il est aussi chargé de veiller à Tadresse physique et à la santé de ses élèves : il doit donc savoir au moins quels sont les moyens propres à conserver leur santé, et comment les exercices du corps doivent être combinés avec les jeux et les occupations des enfants. On ne peut donc pas négliger les exercices du corps dans renseignement de la pédagogie.

Mais comment, d'après les trois points de vue indiqués; ces exercices doivent-ils être organisés pour remplir leur but ? voilà ce qui ne saurait être ûié d'une manière positive et générale. Il faudra s'en rapporter, à cet égard, soit au jugement du directeur et des maîtres, soit aux dispositions locales de chaque école en particulier.

Des établissements comme Bunziau, Jenkau, Neuzelle, auxquels sont annexées de petites institutions gratuites pour les enfants, se trouvent dans une position bien plus avantageuse. Là on peut former plus particulièrement et plus sévèrement les enfants aux exercices du corps, et habituer les élèves de Técole normale à surveiller ces exercices et à y prendre euxmêmes une part active. On peut même faire des exercices sur un pied militaire.

Mais dans les écoles normales primaires auxquelles ne sont pas jointes de pareilles institutions, on devra combiner davantage les exercices du corps avec les oompations ordinaires des élèves, avec leurs travaux dans le jardin et avec leurs excursions. Le soir, en revenant de se baigner et de nager, ils s'exerceront naturellement à courir et à sauter. En allant botaniser,

ainsi que dans toutes les occupations dont ils seront chargés à la maison, ils trouveront Toccasion d'augmenter l'adresse , la souplesse et la force de leur corps.

Mais tout dépendra de la manière dont les maîtres s'y prendront. S'ils savent faire en sorte que ces exercices, établis réellement pour l'utilité des élèves, leur paraissent en même temps un amusement favorable à leur santé ; s'ils évitent en outre une formalité pédantesque aussi bien qu'une indifférence dédaigneuse ; s'ils ontletalentd inspirer du goût pour ces exercices, tout en les subordonnant au but principal, l'éducation morale et intellectuelle ; enfin s'ils savent garder en cela une juste mesure, non-seulement il n'y a à craindre aucun danger, mais on en peut espérer plus d'un avantage, entre autres ce résultat, que les élèves, maintenus dans une certaine vigueur et agilité, soient préservés d'une gravité pesante et d'une mélancolie intempestive, dont il faut surtout garantir les hommes destinés à passer leur vie avec les enfants.

De cette manière on devra prendre partout dans les écoles normales primaires des dispositions qui ten* dent à favoriser le développement physique. 11 n'est pas à supposer qu'on puisse manquer de temps pour ces exercices y et si on en manquait réellement , d'après la distribution des études , il y aurait une raison suffisante de s'arranger pour s'en procurer.

D'après ces indications , le ministère laisse au collège des écoles le soin d'adresser aux directeurs des écoles normales primaires la résolution contenue dans cette circulaire, soit en la leur communiquant en entier ou par extrait , soit par le moyen de circulaires spéciales fondées sur la position particulière de chaque établissement, et de charger en même temps les directeurs de mentionner dorénavant dans les rapports annuels la manière dont se font chez eux les exercices du corps.

Une des pièces les plus intéressantes qui soient sons mes yeux , est la circulaire du 24 mars 1827, qui organise les cours que devront suivre les maîtres d'école appelés momentanément aux écoles normales primaires pour s'y perfectionner. La voici en abrégé :

La circulaire du i^' juin 1826 arrête que les maîtres d'école déjà en fonctions pourront être appelés à l'école normale pour s'y perfectionner lorsqu'il sera jugé nécessaire, et qu'ils y seront occupés à suivre un cours méthodologique (methodologischer Lehrcurêus) , ou à s'exercer sur des points particuliers de l'enseignement , ou enfin à se former à l'art de bien tenir une classe dans l'école pratique attachée à l'école normale.

D'après les observations que rexpérience a fournies et les propositions diverses qui ont été fahes à ce sujet par les autorités compétentes, le ministre ds

RAPPORT SCR L'ÉTAT DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

rinstracdoQ publique fait connaître que ces mesures ne doivent pas être appliquées dans toutes les écoles normales qui n'ont pas encore des cours complets et méthodiques sur toutes les branches principales de renseignement primaire. On ne peut en effet exiger des professeurs des écoles normales qu'ils répèlent , pour les maîtres appelés à se perfectionner, les cours qu'ils font annuellement ; et il ne serait pas d'une grande utilité de soumettre les maîtres d'école à la nécessité de suivre les cours ordinaires de l'école normale pendant le peu de temps qu'ils auraient à y passer. En conséquence il sera plus convenable de former de petites réunions de maîtres d'école pendant trois ou quatre semaines, pour qu'ils puissent repasser ensemble méthodiquement une partie spéciale de l'enseignement, telle que le calcul, le chant, la religion ou la langue allemande.

On aura l'avantage de réunir toujours des hommes d'égale force sur une seule matière , qui serait ainsi étudiée plus à fond , et de ne distraire pour présider à ce cours que celui des maîtres de l'école normale qui le fait habituellement, et qui pourra facilement se prêtera ce faible surcroît d'occupation pendant peu de semaines.

Après avoir ainsi repassé en quelques années toutes les parties de l'enseignement avec les mêmes individus qui auront été appelés k plusieurs reprises , on pourra organiser un cours général et plus étendu , qui aura sa place naturelle pendant les quatre semaines avant la clôture des travaux annuels des élèves de la classe supérieure, lorsque ceux-ci font la répétition générale des cours de didactique , de méihode et de pédagogie (i). Les maîtres d'école appelés du dehors pourront assister à ces répétitions , et leur présence même profitera aux élèves des écoles normales.

Au besoin on pourra, tous les trois ou quatre ans, consacrer k ce travail le temps des vacances.

Des indemnités pourront être accordées en pareil casaux maîtres les plus zélés des écoles normales, comme aussi aux plus nécessiteux des maîtres d'école qui seront appelés à ces exercices. Les surintendants et les inspecteurs veilleront de leur côté à pourvoir au remplacement provisoire des maîtres d'école , et une école dûtrelle même être fermée pendant un mois, ce qu'on évitera autant que possible, il en résulterait encore un avantage pour les enfants , par l'augmentation de connaissances et d'habileté que le maître acquerrait pendant son absence.

Le principal but de ces mesures est d'entretenir le zèle et i'émulation des maîtres d'école, de les maintenir tous en état de répandre uniformément Tinstruc-

(1) Didactik, Metbodik, Paedagogik.

(2) Le mercredi après midi est un jour de congé comme chez nous le jeudi.

lion et de participer aux progrès que le temps amène. , enfin de faire de l'école normale le centre de tout l'enseignement primaire. Cette excellente mesure m'en rappelle une autre du même genre qui , sans avoir lieu dans l'intérieur des écoles normales, a aussi pour objet le perfectionnement des maîtres déjà placés, je veux parler de ces conférences de maîtres d'école d'un même canton, dans lesquelles chacun d>nx communique à ses confrères ses méthodes et ses pratiques , et où tous s'éclairent par un échange réciproque de vues et d'idées. Ces conférences sont libres , il est vrai, mais le gonvemement les encourage, les conseille, et souvent les organise luinnême par l'intermédiaire des inspecteurs d'école. On pourra juger de l'importance de ces réunions périodiques des maîtres d'école d'un même canton par le règlement de l'une de ces conférences , que je vais traduire ici :

i^ Depuis le 4«' mai jusqu'à la fin d'août, on s'assemble tous les huit jours , le mercredi après midi , de deux à six heures (i) ; du i*^ septembre à la fin d'octobre, tous les quinze jours, de deux à cinq heures ; du i®' novembre à la fin de février, tous les mois, de deux à cinq heures , après le premier quartier de la lune ; enfin du i«' mars à la fin d'avril , tous les quinze jours (s).

On s'occupe spécialement dans ces réunions de b méthode. La meilleure est, il est vrai , tout entière dans la justesse d'esprit, le zèle et l'activité du mailr.\ qui seuls peuvent donner de l'intérêt et de la vie à son école. Néanmoins il serait utile que la même méthode fût, autant que possible, suivie dans tout un canton ; l'ordre et la régularité dans l'enseignement ne pourraient qu'y gagner. On examinera donc quelle est la meilleure méthode connue pour la lecture , le calcul et le chant ; quels sont les meilleurs livres élémentaires. On passera en revue tous les ouvrages nouveaux qui ont paru sur chacune des branches d'instruction , la méthode de lecture du docteur Harnisch , celle de Pestalozzi pour les éléments du calcul, ou celles de Kawerau, de Mucke, de Schelienberg. de Fischer, de Renschmidt et autres , ou l'excellente arithmétique de Scholz. La méthode de Rothweil et celle de Natorp pour le chant sont-elles suffisantes? Laquelle est préférable pour le chant, de la musique en chiffres ou de la musique notée? Quels sont les meilleurs morceaux à choisir?

Quel est le meilleur livre de lecture pour la seconde classe des écoles de campagne? et entre autres bons ouvrages faut-il préférer VAmi des enfants de Wilmsen au Second Livre de lecture de Harnisch?

(3) D'antres conférences ne s'assemblent jamais qu'une fois par mois.

DANS QUELQUES PATS DE L'ALLEMAGNE

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