NOMBRE DES ÉLÈVES
Le nombre des élèves est fixé à cent; dans ce moment il y en a quatre-vingt-douze. L'élablissement a pour but de former des maîtres d'école pour les communes catholiques des quatre départements de Coblentz, Cologne, Aix-la-Chapelle et Dusseldorf. En principe, sa position à l'égard du gouvernement est de recevoir les élèves de ses mains , et de les lui rendre perfectionnés. Dans les autres écoles normales il est de règle que les aspirants soient examinés par les maîtres d'école , et déclarés par ceux-ci capables ou incapables d'être admis, proposés, ou reçus immédiatement ; mais ici il est d'usage que les aspirants soient examinés dans leur déparlement , sans aucune intervention de l'école, et ensuite , sur la lettre de nomination du gouvernement , admis par le directeur. En revanche, l'école est chargée, avec la condition d'un commissaire particulier, de l'examen de sortie. L'élève, déclaré propre à être choisi et nommé, n'a plus besoin d'être examiné par le gouvernement. De même, en vertu du règlement , l'école est non-seulement autorisée, mais obligée, à la fin de la première année, de renvoyer les élèves qu'elle prévoit ne devoir pas atteindre le degré de capacité indispensable. L'école a été obligée, lors de l'examen de sortie de l'année précédente, d'appliquer celte mesure à huit élèves, ce qui a réduit cette année leur nombre à quatre-vingtdouze.
ÉTAT SANITAniE DES ÉLÈVES.
La Santé des élèves en 1824 n'a pas été , en général, aussi bonne que l'année précédente; en comparant les comptes des médecins pour ces deux années, il en résulte un désavantage marqué pour la dernière.
Ces comptes portent , pour 1823, 66 rixd., et 177 pour 1824. Hais il ne faut pas oublier que le nombre des élèves en 1824, comparé à celui de 1825 , éuit comme de trois à deux. Il n'y a pas eu , il est vrai, de maladies contagieuses , et il s'en est peu montré qui eussent un caractère sérieux ; mais il y a eu de fré-
quentes fièvi^s inflammatoires et catarrhales, quelques fièvres Intermittentes et une fièvre nerveuse. Les ophthalmies inflammatoires , les maux de poitrine et les palpitations de cœur n'ont pas été rares. Le médecin n'a pas laissé les élèves manquer de soins ; je pourrais même dire que ces soins ont été trop grands, et je suis convenu avec le médecin qu'il n'ordonnerait plus de médicaments que dans le cas où la diète , le repos, la transpiration et les remèdes domestiques ne suffiraient pas. Afin d'empêcher les jeunes gens d'abuser de la facilité de recourir au médecin , j'ai arrêté que dorénavant personne ne pourrait s'adresser à ce dernier sans ma permission. On évite les maladies de peau nuisibles, en faisant visiter les élèves par le médecin dès leur entrée , et pour plus de sécurité , la visite est renouvelée au bout de huit jours. Si des soupçons fondés se présentent , la séparation de précaution a lieu ; si la visite donne la certitude d'une maladie d'espèce contagieuse, l'élève est renvoyé jusqu'à parfaite guérison. Depuis la fondation de l'établissement , deux élèves ont été attaqués de phthisie et sont morts dans leur famille : l'un , Jean Henri Schmitz, du département de Cologne, le 23 mai de l'année dernière ; l'autre , Joseph Waldnehl , du département de Dusseldorf, le 21 janvier. M. le docteur Scholl a fait , sur les maladies qui se sont présentées et leurs causes , un rapport succinct que je joins ici (suit le rapport, etc.).
ORDRE, DISCIPLINE, KORALITÉ.
Sans ordre , le moindre succès est impossible ; le plus petit ménage ne peut s'en passer ; mais dans une maison grande et nombreuse , l'ordre est tellement nécessaire , que sans ordre tout tomberait dans la confusion. Dans un établissement composé d'éléments divers, comme cette école normale, où des jeunes gens qui différent de langage, de mœurs et d'éducation , se trouvent réunis et vivent ensemble , il doit régner nne règle sévère. Cette règle , dans la vie de famille , c*est le chef lui-même ; et il est certain que dans un grand établissement, les administrateurs ont l'obligation étroite d'être l'exemple de tous. Ils sont ce ressort de la grande horloge , qui ne peut perdre son mouvement sans que tout ne s'arrête. Mais il n'en faut pas moins qu'un grand établissement ait ses règles précises , ses lois écrites. L'administration remplit, il est vrai , le vide de la loi et se met à sa place , lorsque celle-ci garde le silence ; mais tous , sans distinction , doivent savoir avec précision ce qu'ils doivent et ce qu'ils peuvent faire. C'est pourquoi le soussigné ne peut partager l'opinion de quelques instituteurs fort estimables, qui trouvent qu'il n'est ni nécessaire ni utile qu'il y ait des lois écrites pour un établissement comme l'école nf^*-
DANS QUELQUES PATS DE L'ALLEMAGNE
maie primaire , et même que les loU écrites peuvent èire daDgeremes, en ce qii*elle8 excitent è les enfreindre. Cette manière de Toir et ces inquiétudes ne pourraient aToir de fondement , selon moi , qu'autant que les lois auraient été faites arbitrairement. Mais les lois sortent comme d'elles-mêmes de la nature des choses. Qu'on réunisse une société de jeunes gens sans leur prescrire aucun règlement; eux-mêmes, s'ils sont doués d'ane raison saine, sentiront bientôt la nécessité de faire des lois sur leurs rapports entre eux , et de désigner l'un d'eux pour gardien on protecteur. Il est donc fort naturel , utile et conyenable, que les administrateurs et les maîtres fassent eux-mêmes des lois pour l'école qui leur est confiée. Mais acçprdons que les lois portent en elles l'attrait de les enfreindre , qu'en resnlte-l-il? Qu'elles sont inutiles. Alors, par la même raison , toutes les lois devraient aussi être supprimées, parce que notre nature dégénérée nous porte à les enfreindre. 11 faut , je crois , imiter le père et le grand instituteur de tous les hommes, qui ne s'est pas contenté d*écrire des lois dans le cœur de ses enfants , mais qui leur en a donné de positives dans le Nouveau comme dans l'Ancien Testament Des lois fixes donnent à une institution une marche ferme , protègent contre l'arbitraire , préviennent les erreurs , les précipitations , et, ce qui est important pour l'avenir, elles représentent clairement et d'une manière frappante la nécessité des lois de l^Ëtat, et préparent à une obéissance volontaire envers celles-ci. L'opinion que j'explique ici dérive en moi de la conviction de l'utilité des lois écrites et positives en général, et l'expérience m'y a de plus en plus affermi. Car^ dans les infractions à l'ordre et à la discipline sorvennes de temps à autre , je me suis boroé à punir cette faute , en lisant avec un calme sévère, soit en particulier, soit en assemblée, la loi enfreinte , et cette punition n'a jamais manqué son efiet.
Après cette digression (I )« qui m'a semblé à sa place, je reviens à l'ordre de la maison. Il est de notre devoir de profiter aussi longtemps que possible de la clarté du jour, afin d'avoir moins besoin de la lumière de la lampe, parce que celle du jour est plus saine, plus gaie, plos parfaite et ne coûte rien. 11 serait donc impardonnable à nous de faire du jour la nuit et de la nuit le jour. Mais nous sommes encore pour un autre motif d'accord avec le sage qui dit : Se coucher de bonne heure, se lever matin, rend sage, donne la santé, remplit la maison. Je tiens beaucoup à ce que les jeunes gens s'habituent à quitter leur lit de bonne heure, et à ce que le soir ils mettent de côté toute itiqaiétode et tout travail , pour jouir d'un sommeil qui les rafraîchisse. C'est pourquoi nous nous levons
(I) Elle est ici fort abrégée.
en été à quatre heures, et même un peu plus tôt dans les jours les plus longs , en hiver k six heures , au printemps et en autopine à cinq heures du matin. En revanche , je me couche, ainsi que les élèves , en été h neuf heures ou neuf heures et demie ; en hiver, au printemps, en automne à dix heures du soir. Les élèves sonnent alternativement le réveil ; un quart d'heure après le coup de cloche , sur un second avertissement, on se réunit dans la salle à manger, où la prière du matin se fait en commun ; ensuite tout le monde me suit à l'église , où je dis la sainte messe. L'un des élèves la sert , tous les autres y répondent en chœur ; cet acte religieux , pour lequel on se sert du livre de prières et du livre de cantiques de Mgr. l'évêque de Hommer, est quelquefois mêlé de chant , mais rare* ment , parce que chanter de très-matin est , dit-on , nuisible à la poitrine et à la voix. Tout est terminé dans une heure , et les élèves , après avoir consacré à Dieu le moment de l'aurore , font d'abord leurs lits, vont ensuite déjeuner, et se préparent aux leçons qui commencent à huit heures, ou, suivant la saison, à sept heures du matin. En établissant celte règle , j'eus la crainte, dans les commencements, que se lever matin et se rendre de suite , en hiver, dans une église froide , ne fût nuisible à la santé ; mais je précède moi-même les élèves et n'ai reçu , de leur part , aucune plainte à ce sujet. On pourrait bien m'objecter que je suis plus chaudement vêtu que ces jeunes gens : mais ils sont plus jeunes , ils ont un sang , un estomac plus chauds que le mien , et cela rétablit l'équilibre. De plus, ils ne peuvent que gagner à s'endurcir, et se nuire beaucoup au contraire par trop de délicatesse et de mollesse. Les dimanches et jours de fête consacrés , je dis l'office aux élèves à huit heures et demie du matin ; on chante une messe allemande à quatre voix , ou du plain- chant et des hymnes, et aux grandes solennités une messe en latin. Dans le courant de l'année , les élèves de la première classe ont plusieurs fois très-bien exécuté quelques messes en musique, très*>faciles ; mais en général je ne suis pas encore entièrement satisfait de notre musique d'église ; non pas que les maîtres et les élèves ne fassent de leur mieux, mais parce que nous manquons de morceaux de musique religieuse convenables. Le chant, dans les églises catholiques , est soumis à une condition particulière : il faut qu'il se lie aux actes , aux moments de la messe ; qu'il forme un tout séparé et cependant en harmonie avec la messe ; en outre , il faut qu'il exprime chacune des époques de l'année ecclésiastique. Or nous avons très-peu de musique religieuse faite pour le peuple ; ce qui peut en exister est entre les mains de quelques particuliers , qui ne sont pas disposés à s'en dessaisir. Il peut y avoir beaucoup de morceaux dans tous les genres de style religieux, mais seulement dans la
RAPPORT SUR L*£TÀT DE LINSTRUCTION PUBLIQUE
musique plii« relevée ; et à quoi bon pousser aussi loin les études des élèves, si cela ne leur est pas utile dans le cercle de leur activité? La musique de haut style ne peut et ne doit jamais devenir la propriété du peuple. La musique ne doit pas rester un simple objet de fantaisie , mais servir à ennoblir le cœur, k le cultiver, à le former moralement. Il importe peu de quelle manière on chante, mais bien ce qu'on chante. Dans les écoles normales primaires , la musique , non plus que la lecture, ne doit pas être à elle-même son but principal , mais il faudrait la considérer et la traiter comme un moyen pour atteindre un but élevé , qui est ici rédttcation et la culture morale, (^est donc avec raison que Ton demande aux écoles normales primaires de propager un chant religieux populaire plus noble et plus digne ; ce doit être là , en fait de musique, leur but principal. Un bon compositeur pourrait acquérir, en ce genre» une gloire immortelle. Il serait à désirer que les autorités supérieures, surtout les autorités ecclésiastiques , s^appdiquassent à encourager les compositeurs, qui auraient du génie pour la musique religieuse populaire, k remplir ce vide. Je n'ai en vue , il est vrai, que TÉglise catholique et ses offices ; il en est tout autrement de TÉglise évangélique. Elle possède un grand approvisionnement de psaumes ; il n'est besoin que d'en choisir d'analogues au sermon, et un tout se trouve ainsi formé. C'est pourquoi les écoles normales primaires protestantes ont , sous ce rapport» une tâche beaucoup plus facile. Dans le culte catholique, au contraire, le sermon n'est qu'une partie d'un tout plus élevé, avec lequel les chants doivent s'accorder en se conformant aux divers moments importants, et c'est pour cela qu'il y a si peu de plain-chant dont on puisse se servir. Pour atteindre le but proposé , nous aurions besoin non-seulement d'un bon organiste, mais aussi d'un habile compositeur, qu'il est peu facilede trouver. Je reviens à l'ordre de la journée.
Le jour commence par la prière et finit de même. Un quart d*heure ou une demi-heure avant de se mettre au lit , tous les élèves se réunissent au coup de la cloche pour la prière du soir. On fait une lecture rapide dans l'Écriture sainte ; et après m'étre étendu plus ou moins sur le texte et l'avoir recommandé à l'imiution, je termine par une prière. Pendant l'année qui s'est écoulée , je faisais le dimanche un discours d'homilétique sur le texte du jour avant la messe ; mais comme il me devient difficile de parler à jeun , j'ai remis ce discours au soir. H a été aussi décidé que , pour entretenir le sentiment religieux et moral , les élèves se confesseraient et communieraient une fois le mois , quand des raisons particulières ne feraient pas remettre cet acte à six semaines ou au plus tard k deux mois. Du reste , la journée est employée suivant l'indication
des leçons et dans l'ordre arrêté par le mioMire. Les élèves n'ont la liberté de sortir que raprès-midi de congé qui se trouve dans la semaine ; et cela suffit à leur santé , parce que dans toutes les heures de récréation ils peuvent prendre de l'exercice dans le grand jardin de deux acres , dépendant de rétaMiasement. Cependant quand les journées sont belles, je leur accorde des sorties extraordinaires dans les champs, lorsque je crois cet exercice favorable à leur aanié; et dans cette vue je mets la condition expresse que l'on n'emportera pas de pipe, étant persuadé que fumer est plus ou moins nuisible aux jeunes gens.
Il est beau de corriger les défauts, plus beau encore de les prévenir. On n'a pas manqué de raisons pour ériger en principe , qu'il faut absolument laisser faire aux enfants leur volonté, afin que leur volonté devienne forte , et ne chercher qu'au moment du développement de la raison et par celle-ci à lui donner une direction élevée. Mais cela s'appelle commencer par hiisser |Hrendre à la mauvaise herbe le dessus sur le bon grain, et vouloir l'arracher quand elle- est devenue forte : l'expérience prouve que la bonne semence lève mieui, croit et se fortifie , quand le sol a été purgé des nnuvaises herbes. La discipline ches les écoliers , comme la pudeur chez les enfants , devra donc à la fois précéder l'instruction et l'accompagner. Sans doute , la crainte et la retenue extérieure ne sont que le commencement de la sagesse : il faut amener l'homme à penser de lui-même et sans impulsion extérieure aux devoirs qui lui sont imposés , de manière qu'il soit disposé k accomplir tout ce qu'il aura reconnu être un devoir , à n'interroger que sa conscience et à se mettre au-dessus des louanges et du biftme des hommes. Gela est vrai et incontesté ; cependant la chair reste toujours faible , lors même que l'esprit est prompt; et il est peu de ces élus pour qui l'approbation ou le blâme, les remontrances ou les encouragements , 4'espérance et la crainte , ne sont pas d|îs ressorts nécessaires ; c'est pourquoi ces moyens subsistent en grand comme en petit , dans les maisons particulières comme dans les écoles, dans r%lise comme dans l'État; et ils ne cesseront jamais, s'ils sont convenablement employés, d'avoir un effet salutaire. Une contrainte et une discipline dure est aussi éloignée de mes goAts que de mes principes ; mais l'expérience réclame une sévère discipline dans de grandes écoles , surtout k leur début. Une fois qu'un ordre a été établi , que la volonté de chacun s'est pliée à l'unité de l'ensemble , alors la première sévérité peut s'adoucir ou même se changer en une douceur liienveillante. D'aussi loin que je puisse m'en souvenir, l'éducation des enfants m'a semblé meilleure dans les maisons où ce principe est suivi raisonnablement : laisser les enfants se pervertir et se corrompre dans leurs premières années par unedouceur
DANS QUELQUES PAYS DE L*ALLEIIAGNE
faible et me tendrene molle , paît les reprendre , les corriger, ke ponîr a^ec rigueur, est vn feux système.
Par ces moiilli, on commence toojonrs ici par la ieetare du règlement de la maison et des lois disciplinaires, afin qne les élèves sachent bien ce qu'ils ont à faire, et Ton veille sévèrement à Texécution stricte de teoies les dispositions du règlement. Les maîtres , de leur côté, mettent le plus grand soin à se montrer exacu dans tontes leurs obligations. On fait ensuite , soÎTant le besoin, des répétitions partielles de cette lecture ; ainsi la discipline s*affermit et devient de plus en plus facile. La principale punition est le renvoi, et Técole s^est vue forcée, pendant Tannée précédente, d'en faire nsage une couple de fois ; du reste , on cherche à proportionner le châtiment à la faute, parce qu'il a pour bot Tamélioraiion du coupable et le bien de tons. Par exemple, si un des élèves reste au lit par mollesse , on lui retranche à diner la portion de viande, et peudani quatre, huit ou quinxe jours de suite, il est obligé dedéclarer sa présence dans la réunion du matin. Ne pas sortir les joars de congé , sonner la cloche, porterde Tean, sont lesseules punitions corporelles pour les faotes de mollesse et les infractions à Tordre. Les astres fastes d1mpati«Bce ou d'élourderie , de patelinage ou de dureté , de grossièreté ou tonte autre malles Cautes contre la décence ou les bonnes i , sont punies par des notes au livre de Tinspectien que les coupables signent , et par Tespèee de publicité qui est ainsi donnée à des sentiments et à des déabrs qu'ils auraiest voulu dérober à tout le monde. Qaant à la conduite des élèves hors de la maison « les administrateurs et les bourgeois rendent unanimeflMiit témoignage qu'on ne s'aperçoit nullement de la présence de ces jeunes gens. Il n'est pas difficile de parler à leur cœur, et, par des représentations k leur portée , de les loucher jusqu'aux larmes.
Je pourrais en indiquer plusieurs exemples sans la oatnte de trop allonger ce rapport. Cependant j'en rapporterai un : L'année précédente les élèves de la elasse supérieure forent mécontents de l'économe, et ils présôitèrent une pétition signée d'un grand nombre, dans laquelle ils énuméraient leon griefs, et dcBMUidsicnt rni autre éeooome. Je remis la pétition à ce dernier pour qu'il pût y répondre, et après qu'il se fut défendu , je laissai parler les aocusateurs et Taccusé pendant une leçon dereli^n. Celui-ci n'était pan tnréprocbable , et sa faute même était évidente : la plainte , de son cété , était exagérée et odieuse , inexacte et inconsidérée; ear plusieurs avaient signé sans lire; d'autres avaient apposé leur signature parce que tel ou tel point leur semblait juste; d'autres enin s^étaient montrés très-aetilli k recueillir des signatures, et avaient fait des reproches à ceux qui avaient refusé de mettre leur nom. L'affaire étant une
Ibis clairement exposée , Téeonome eut sa part de réprimande et fondit en pleurs; les autres étaient émus jusqu'aux larmes , et les coupables , quand on leur eut développé ce que leur conduite avait d*in^ convenant, d'inconsidéré et même de criminel, reconnurent leur injustice et promirent de ne plus rien entreprendre de pareil.
L'ordre et la discipline , l'instruction et la prière sont donc regardés et employés comme autant de moyens généraux et particuliers pour cultiver la moralité des élèves , et le soussigné, pendant ce court espace de temps, a eu plus d'une fois la satisflietîon de voir plusieurs élèves, qui arrivai^i à Técole avec de fâcheuses habitudes, en sortir métamorphosés et renouvelés. La modestie remplaça Télourderie , Tesprit de tempérance le besoin des jouissances sensuelles , et ceux qui n'étaient venus chercher qu'un pain commun y prirent le goût d'un pain plus relevé. Il n'est guère possible parmi un grand nombre d'élèves qu'il ne se glisse pas quelque sujet vicieux, et Tannée dernière , parmi les nouveaux arrivés , se trouva un voleur habile et rusé , dont les vols remplirent Tétablissement de mécontentement et d'effroi, il éuit difficile de le découvrir; mais le mensonge et la perversité ne peuvent être de longue durée. De grands soupçons s'accumulèrent dans le cours de Tannée sur le coupable , et quoiqu'il n'y eût pas de preuves évidentes , le méchant ne put se dérober tellement aux regards de la vigilance, que la certitude morale ne fût acquise contre lui. On le renvoya à l'occasion de Texamen de Tannée précédente. Cependant , aucune preuve formelle ne pouvant être alléguée coiître lui , son nom ne fut pas stigmatisé par la publicité, et l'autorité supérieure me <Kspensera volontiers de le signaler , satisfaite de l'assurance que, depuis lors, aucun malheur de ce genre ne s'est présenté.
ERSEIGREKENT.
L*école normale primaire doit former de fViiurs maîtres d'école. Elle doit donc pourvoir les élèves de la somme de connaissances que l'État a reconnue nécessaire aux besoins intellectnels de la classe populaire, dont ils doivent être les instituteurs , et ensuite les rendre propres à remplir leur importante vocation avec zèle et avec une volonté sainte.
Ainsi qu'on ne peut recueillir des raisins sur des ronces, ni des ligues sur des chardons, de même on ne peut rien attendre de bon de maîtres d'école négligents pour la morale et la religion. C'est pourquoi l'enseignement religieux se place en tête de toutes les parties de l'instruction , et il a pour but de fonder dans les écoles normales une vie morale et religieuse telle qu'elle doit se trouver dans les écoles populaires, l^ marche de Tenseignement religieux , telle que je
RAPPORT SUR L'ÉTAT DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE
l'ai indiquée dans le rapport de Tannée précédente , n'a subi ^ à l'ouverture des cours de celte année, aucun changement, sinon que pour la partie biblique les diverses classes ont été réunies. Pendant cette année on se propose de traiter la concordance des évangiles, rbistoire des apôtres et quelques épitres. La marche adoptée est celle-ci : La suite de la concordance est établie et dictée par le maître'; les passages et les discours sont expliqués, et, suivant qu'on le juge à propos , appris par cœur par les élèves. Pour la catéchisaiion , ou renseignement religieux et moral proprement dit, les classes sont séparées. Le grand catéchisme d'Overberg est pris pour base ; et Ton traite d'abord la foi, puis la morale, de manière que la seconde se lie étroitement à la première, ou pour mieux dire que la morale découle de la foi comme de son principe. Le soussigné regarde la religion comme une disposition de Fàme , qui unit l'homme dans ses actions avec son Dieu , et celui-là seul est véritablement religieux qui possède cette disposition et met ses soins à l'entretenir. A ce degré toute morale devient religieuse, parce qu'elle élève l'homme à Dieu et lui apprend à vivre en Dieu. Je dois avouer que dans l'enseignement de la religion je ne m'astreins pas à une méthode particulière, mais que je m'efforce continuellement de méditer moi-même la chose clairement , et de la présenter ensuite d'une manière sensible* dans un langage convenable , avec gravité et calme , avec onction et chaleur, parce que je suis convaincu qu'une exposition claire oblige les élèves à méditer, et fait naître l'intérêt et la vie.
Pour l'histoire , j'ai fait choix d'une courte exposition de l'histoire de l'Église chrétienne , avec une introduction sur la constitution de l'Église juive. Je pense qu'il n'est guère possible d'apprendre l'histoire universelle en moins de cent leçons , si elle doit être instructive et utile pour les élèves de l'école. Il importe peu que le maître d'école connaisse l'Inde, la Chine et les Grecs ; mais il doit être précieux pour lui de savoir quelque chose de l'histoire de l'Église ; car cette connaissance est en maintes parties liée étroitement à celle de la religion. J'avoue encore que dans la mesure du temps qui est indiquée je ne saurais rendre trèsfertile pour les élèves l'histoire universelle, Undis qu'il en est autrement de l'histoire ecclésiastique.
J'introduis à la théorie de l'éducation et de l'enseignement par une psychologie expérimentale. Cette étude est infiniment utile à l'enseignement de la pédagogie et de la didactique , comme aussi à l'enseignement de la morale et de la religion ; mais je regarde l'école d'exercice , et la méthode qui y est suivie , comme le meilleur cours de pédagogie. En général, j'ai acquis la conviction qu'il faut indiquer aux élèves de l'école normale et aux jeunes maîtres une marche ferme et J
décidée, sauf à la modifier plus tard. Il en eat de eed comme d'un voyageur qui se rend vers un lieu où il n'a pas encore été ; il demande son chemin direct, afin de ne pas s'égarer, et ce n'est qu'après avoir fait une fois cette route qu'il est en eut d'essayer des chemins de traverse pour arriver au même but. Les maîtres de l'école partagent avec moi cette manière de voir , et s'efforcent de la réaliser. Voici , d'après leur propre indication, les différents genres d'enseignement qu'ils professent.