I. Histoire Uhde
lia. 1
llb. {Lecture Uhde.
L Histoire Koch.
IL Géographie Schon.
lit Basse fondamentale. • • Koch»
DANS QUELQUES PAYS DE L ALLEMAGNE
de la jeanene et de nullres noureaax. J*ai assisté à pJnsiears de ces leçons, qui éiaient très-bien faites. Vn malire de Técole normale assiste fréquemment à Tune de ces classes, et la leçon finie, avertit les jeunes maîtres el leur donne des leçons pratiques, dont ceuxci peuTeot profiter immédiatement.
Ginune on le voit par le programme , renseigneraenl de la musique est poussé très-loin . Il y a très-peu d'élèTCs qui n'aient leur violon , et il sort de là des pianistes et des organistes fort capables. Le chant est particolîèrement cultivé. L'enseignement embrasse non-seulement un peu de botanique , de minéralogie, de physique , d'histoire naturelle et de zoologie, mais des exercices de psychologie et de logique , qui donnent en quelque sorte aux jeunes gens la philosophie de reoseignement primaire dont ils sont chargés. J'ai assisté à plusieurs leçons , entre autres à une leçon d'histoire et de chronologie, où , par courtoisie , on a interrogé devant moi les élèves sur l'histoire de France, sur répoquede Charles IX, de Henri III et de Henri IV, époque dans laquelle le protestantisme joue un r6le împortaiit, et ces jeunes gens ont très-bien répondu ; ils étaient fort au courant des dates et des grands faits. Je ne parle point ici des exercices gymnastiques , la Prusse étant le pays classique de ces exercices.
Ce qui m'a le plus frappé, ce sont les cours que Ton appelle en Allemagne cours de méthodique et de éiÔMtùqae {Meihodikund Didactih) ,^imï que ceux qn on désigne par le nom de pédagogie {Pœdagogik) ; les premiers, destinés à l'enseignement de l'art d'ensesgner, les seconds à celui de l'art plus difficile de rédocaiion morale. Ces cours sont particulièrement destinés aux maîtres qui viennent se perfectionner à l'éeole normale ; voilà pourquoi ils ne sont pas mar^ qaés dans le programme ci-dessus , qui donne seulement l'enseignement ordinaire de l'école. C'est presque loujoors le directeur qui est chargé de ces cours ; il est également chargé , en grande partie , de l'enseignement de la religion , qui est ici à sa place , c'estr à-dire, à la première. Il ne manque pas d'ailleurs d'exemples en Allemagne de laïques qui enseignent la religion. Comme tous les maîtres d'école, qui nécessairement sont presque tous laïques, sont chargés dans leur école de l'instruction morale et religieuse, il est tout simple que dans l'école normale primaire on puisse coseigner l'art de donner cette instruction sans être ecclésiastique. Cependant personne ne peut mieux qu'no ecclésiastique donner des leçons de cet art avec Paatorité convenable ; aussi la plupart des directeurs d'école normale sont-ils ou des curés catholiques ou des pasteurs protestants, ou des personnes qui, après avoir étadié en théologie, se consacrent à l'instruction publique. M. Striez est un ministre du saint Évangile, prédicateur , homme grave et éclairé , qui m'a rap-
COOSI!!. — TOHEIII.
pelé M. Schweitzer de l'école normale primaire de Weimar (i). Je dois dire encore que tous les élèves de cette école avaient l'air contents , et que leurs ma* nières étaient trè»-convenables : s'ils avaient apporté quelque rusticité à l'école , ils l'avaient entièrement perdue. Je suis sorti de cet établissement trèssatisfait des élèves , plein d'estiftie pour leur directeur, et de respect pour le pays où l'instruction populaire est arrivée à ce haut point de prospérité.
J'espère, M. le ministre, que cette masse de documents sur les écoles normales primaires de b Pmsse ne vous sera point inutile pour la meilleure organisation des nôtres. J'ai accumulé à dessein les pièces offi* cielles, dans la persuasion qu'on ne peut rassembler trop de lumières sur un point duquel dépend l'instruction primaire tout entière. En effet, aussitôt que la loi aura imposé à toute commune une école primaire, en supposant cette loi exécutée , il ne restera plus qu'à fournir aux communes de bons maîtres. Or les écoles normales de Prusse prouvent qu'il est possible, en très-peu d'années , de porter ces établissements à un degré de perfection remarquable; la plupart sont postérieures à la loi de 4819, quelques-unes sont de 1825, et trois ou quatre années ont suffi pour les asseoir sur des bases solides et les mettre en état de rendre les plus grands services. Pour cela, il ne faut guère , de la part du ministre, qu'une main ferme et la volonté d'être obéi : le succès dépend d'un très-petit nombre de règles, dans lesquelles il faut persister inébranlablement.
Je l'ai déjà dit , M. le ministre, comme toute commune doit avoir son école primaire, ainsi tout département doit avoir son école normale primaire. Si la loi qui imposera la première charge aux communes , imposait la seconde aux départements , tout serait bien avancé ; si la loi ne va pas jusque-là, il faut à tout prix obtenir le même résultat par voie administrative , en demandant à chaque conseil général de département , par l'intermédiaire des préfets, de voter des fonds pour l'établissement d'une école normale primaire , sous la condition d'entrer vous-même dans la dépense totale pour une somme plus ou moins considérable, et de vous charger, 1<* du traitement annuel du directeur, que vous nommeriez; 2<^ des livres, cartes et instruments nécessaires aux études. La dépense à laquelle vous vous engageriez par là est digne à tous égards du ministre de l'instruction publique : elle vous assure la direction morale et littéraire de l'école. Quant aux dépenses pour le matériel que vous laissez à la chaige du déparlement, si elles sont faites avec intelligence, elles ne seront pas d'abord très-considérables. En principe , il faut que chaque départe-
(1) Première parlie du Rapport.
RAPPORT SUR L'ÉTAT DE
mentait son école normale primaire ; maU cette école doit être proportionnée à retendue et à la richeaae du département, et elle peut être, avec une égale convenance, petite dans tel département, grande dans tel autre. J'ai déjà exposé (t) et je prends la liberté de développer ici de nouveau la manière très-simple et très^onomique d'oi^niser d'abord une école normale primaire.
Choisissez dans tout le département Técole primaire qui va le mieux , celle dont le maître est le plus habile et inspire le plus de confiance. Annexes à cette école une classe dite normale, où ce même maître enseignera Tart qu'il possède à un certain nombre déjeunes gens du département qui voudront venir s'y former au métier de maître d'école. Le nombre d'élèves à recevoir pour cette classe normale est très-aisé k déterminer; il dépend du nombre de maîtres nouveaux dont le département a besoin année moyenne. Ce principe est fondamental. Il est absurde d'entasser au hasard dans une école normale une foale d'élèves auxquels on ne peut pas d'avance assurer leur placement, ce qui, en bonne justice, ôterait le droit de leur imposer rengagement de se consacrer an certain nombre d^années ii Tinstruction primaire. Il faut donc commencer par bien asseoir au commencement de chaque année le nombre de maîtres dont on suppose que le département aura besoin, et fixer sur cette base le nombre d'élèves que Ton peut admettre k i'éoole normale. On ne doit y être admis qu'après un examen fait par une commission nommée par vous.
C'est k cette commission à vous envoyer les résultats làe son travail , et il serait bon qae la nomination des élèves k l'école normale primaire fût signée par vous , comme cela se pratique pour la nomination des élèves k la grande école normale pour Tinstraclîon du second degré.
Cette petite école nonnale ne doit jamais être placée dans nne trèaf;rande ville , afin qu'on poisse ÎDcnlquer pins aisément aux élèves req[>rit de pauvreté, d^homîlité et de paix qui leur est si nécessaire. Il n'y a pas d'incon^nient k ce que les élèves admis soient externes, pourvu qa'on les soumette d'ailleurs à un règlement spécial de police extérieure. Il n^est pas non plus nécessaire qa^on leur donne k tous des bourses , encore moins des bourses entières. En tout cas » dans une petite ville , il y a des pensions qui ne coûtent guère ph» de trois eenu francs, de sorte que pour une eomme de trois mille francs, sagement répartie en bourses, demi-bourses et quarts de bourse, ott dMrnyerait aisément une quîniame d'élèves. Donnez au naître le titre de directeur d'école normale , titre
( I ) Première partie 4u iUipporU
L'INSTRUCTION PUBLIQUE
qui , en augmentant sa considération , sera déjà pour lui un gain véritable ; et pour ce surcroît de peise que vous lui imposes, donne»4oi un préciput de t^pt ou huit cents francs. Ajoutez, par année, qiutre oa cinq cents francs pour un fonds de livres, de cartel ei autres objeU d'enseignement , et voilé, pour cinq mille francs au plus, une petite école normale qui sera bien utile au département. Il devra être permis aai élèrei de n'y rester, s'ils le veulent , qu'une année, ponryn qu'ils soient en état de subir convenablement les examens de sortie k la suite desquels se donne le brem d'instituteur primaire. Oui , M. le ministre, il dépend de vous, atec une circulaire écrite dans ce sens à tons les préfets du royaume, d'avoir, d'ici à quelques mois, quatre-vingt-quatre petites écoles normales primaires en France. Ces quatre-vingt-quatre petites écoles coûteraient toutes , k cinq mille francs chacune , nn peu plus de quatre cent mille francs, dont vous pou^ riez fournir une partie sur les fonds qui vous sont confiés par la chambre pour la propagation de l'instruction primaire. En s'y prenant ainsi , je le répèle, vous pouvez avoir dans chaque département, snnt six mois, une excellente petite école normale, que d'année en année vous perfectionnerez, étendrez, agrandirez. Mais vouloir commencer par la fin, fonder d'abord des écoles normales qui coûtent cinquante à soixante mille francs chacune, avec aotant de maîtres qu'il en faudrait pour soixante élèves, lorsqu'on ignore les besoins annuels du département , et pousser dans ces voies de luxe des conseils de départements pleins de dévouement , mais sans expérience, c'est s'exposer, M. le ministre , à de graves désappoinlements , c'est écraser le présent au profit d'un avenir irès-doaten. Le plan que je vous propose ne compromet pas raveair, et couvre d'abord la France d'écoles normales qoi suffiront partout aux premiers besoins. C'est au temps, au zèle , aux lumières, à la persévérance à faire le reste. H y aura toujours nécessairement une ti'èsgrande différence entre les différentes écoles normales de nos quatre-vingt-quatre départemenU; mais le mieux est de ne perfectionner que successivement et k mesure que l'expérience vous éclairera. Cette sage lenteur demande à peine trois ou quatre années poor que toutes ces petites écoles normales soient améliorées , et qu'un grand nombre deviennent de grandes écoles normales véritables. Qu'est-ce maintenant qu'une grande éofAt normale ?
La différence d'une grande et d'une petite école normale consiste en ceci : qu'une petite école nonnale n'est qu^une annexe d'une école primaire, tandis qu'une grande école normale est un établissement subsistant par lui-même , auquel une école primaire ei, s'il est possible, une école élémentaire à la fois el une école moyenne sont annexées. Cette différence est la mesure
DANS QUELQUES PAYS DE L'ALLEMAGNE
sensible de tootes les autres. Duos la pethe école Doroiale il n^y a que des externes on k peine quelques pensionnaires. Dans la grande , il peut y aToir un bon nombre de pensionnaires. Dans Tune , le cours nornat peut n'èlre que d'une seule année ; dans Pautre, le cours normal pourrait être de deux années , comme k Brûlil , et même ayec le temps , selon les ressources des départements et le développement de rînsiruetion populaire , il pourrait embrasser trois années, comme dans les plus grandes écoles normales de la Prusse , et par exemple, dans celle de Potsdam. C'est aux dépariemenls à consulter k la fois leurs ressources et leurs besoins. Un déparlement qui a besoin par année de vingt maîtres d'école, et qui, outre plusieurs écoles élémentaires, possède un certain nombre d'écoles moyennes, peut irès*bien recevoir vingt élèves par année , ee qui , en supposant le cours normal de deux ou trois ans , fait quarante ou soixante élèves dans celte école. Alors il faut un pensionnat , un bâtiment considérable , un plus grand nombre de maîtres , plus de bourses, plus de dépenses. Avec les fonds dont TOUS disposez , M. le minisire , vous entrerez vousmême dans une partie des dépenses que ces nouveaux développements réclameront; mais auparavant , vous jogeres de Tutifité de ces développements, et vous coordonnerez le perfectionnementscientifique et moral des écoles normales avec leur agrandissement extérieur ; car ce dernier n'est bon que pour servir le pre^ nier. Mais , je ne puis trop le répéter , les perfectionnements , pour être vrais , doivent se fonder sur rexpérience. Il faut tendre sans cesse à de grands résultats , mais il faut bien savoir qu'on ne les obtient dTeclivemeni qu'à force de persévérance , et qae rien de vraiment grand ne vient en serre cbaude.
Aussitôt que nous aurons de grandes écoles normales primaires, et nous en avons déjà quelques-unes, j appelle TOtre attention sur les maximes suivantes , qui résultent de Texpérience générale et de tous les documents que j'ai ici accumulés.
I. Dans le commencement, donner plutôt des inttruciions que des règlemenu ; dans ces instructions n'étabfa'r qu'un certain nombre de points essentiels et abandonner le reste au comité départemental; discuter et délibérer en conseil royal ce petit nombre de points; ne pas les multiplier, mais en exiger inflexâilement l'exécution. Moins ces points seront nombreux , i^QS ils seront d'une exécution facile , et ils s appliqueront d'autant mieux k toutes les écoles normales de France; de sorte qu'il y aurait dans toutes nn fond commun , une unité qui , passant des écoles normales dans toute rinstruction populaire , fortifierait utilement Tunité nationale. En même temps, cette sniié ne nuirait point aux diversités locales; car le
comité départemental serait chargé dVippliqner, selon les moeurs et les usages particuliers du département, ' votre instruction générale, et c'est de la combinaison de cette instruaion, partout la même, avec les arrangements partout divers que la prudence et les lumières du comité et l'expérience de chaque année auraient conseillés, que peu k peu sortirait pour chaque école normale de département un règlement plus ou moins définitif, et qui alors pourrait être rendu public. Le plan d'éludés de la grande école normale de Paris pour le recrutement des collèges royaux et communaux est le fruit de plus de quinze ans d'expérience. Fondée en 1840, cette école n'a eu de règle^ment écrit qu'en 4815. Nous avons gravement modifié ce règlement en 1830, k la révolution de juillet; et c^est alors seulement que nous avons cru devoir l'imprimer, comme un résumé k peu près définitif ou du moins assez longtemps durable de toutes les pratiques successivement tent^. Imitons ici cette circonspection, et commençons par une simple instraction ministérielle. Le règlement pour les études et pour la discipline se formera peu à peu. Chaque année le modifiera. L'important est d'exiger un compte vendu de l'année et de ses résultats, fait par le directeur, et transmis, avec toutes les pièces justificatives nécessaires, par le comité départemental et le préfet, qm donneront leur avis. Alors, mais seulement alors, vous interviendrez, M. le ministre, avec le conseil royal qui, chaque année aux vacances, revisera ce compte rendu, et prononcera sur les perfectionnements à introduire.
II. S'attacher avant tout ou choix du directeur. C'est un principe général, en Pmsse, qu'autant vaut le directeur d'une école normale, autant vaut l'école normale elle-même, comme une simple école primaire est tout entière dans le maire. Ce qui fait une école normale, ce n'est point la beauté des bâtiments ; il n'est pas mal au contraire qu'on ne soit pas trop bien ; ce n'est pas même la bonté du règlement, qui, sans une exécution fidèle et intelligente,^ n'est qu'un morceau de papier inutile ; une école normale, c'est son directeur. Il en est l'àme et la vie ; s'il est habile, il tirera parti des moins bons éléments ; s'il ne vaut rien, les meilleofs éléments resteront stériles. Gardonsnous,. M. le ministre, de faire ici des proviseurs au petit pied. Un directeur doit être chargé de l'enseignement le plus important, et donner l'exemple aux autres maîtres. Il faut qu'il ait été longtemps maître, d'abord de différentes classes dans le cours normal, pour qu'il ait une connaissance générale de l'ensemble ; ensuite dans diverses écoles normales, pour qu'il ait rexpérience de difficultés de plus d'un genre; enfin, il ne faudrait l'appeler k la direction d'une grande école nor-
RAPPORT SUR L*ÉTAT DE LiNSTROCTION PUBLIQUE
ina1« qu^aprèt Ptyoïr ftil pasuer ptr la direction d'éeoles normales inférieores, afin de graduer l'aYanoemenl tvr le mérite, et d*entretenir une honorable émulation. C'est un principe que j'ai cent fois exposé au conseil, de vous charger vous-même du traitement du directeur, ainsi que du mobilier littéraire de Técole, afin de gouverner par là plus sûrement Técole etde tenir dans vos mains les rênes de Tinstruction populaire.
III. Une excellente pratique de T Allemagne est, à la sortie de Técole normale, de placer d'abord les candidats comme adjoints d*un maître d'école, dans une école qui peut avoir deux maîtres. Les jeunes candidats font ainsi au moins une année d'apprentissage, un noviciat utile ; ils prennent de l'âge et de Texpérience, et leur placement ultérieur dépend de la manière dont ils se sont conduits comme adjoints. En Hollande, c'est par ces adjonctions des meilleurs élèves aux maîtres et sans écoles normales, que se forment presque exclusivement les maîtres d'école. Je suis loin de regarder ce mode de recrutement comme suffisant et comme assurant assez réguHèrement un aussi important service; mais je regarde toute gradation comme utile sous tous les rapports, et je pense qu'on pourrait heureusement introduire une petite hiérarchie dans l'instruction primaire. 1** Élève de l'école normale à la suite d'un concours, pouvant avoir des rangs plus ou moins élevés sur les listes d'examen de chaque fin d'année, et sortant de l'école avec tel ou tel numéro ; 2® l'adjonction ; 5^ maître d'école successivement dans diverses écoles plus imporuntes et mieux rétribuées les unes que les autres ; A^ après des services distingués, maître dans une école normale primaire; &> enfin directeur d'une pareille école avec la perspective d'arriver peu à peu à la direction d une école normale nombreuse et riche* qui donnerait une assez belle existence, égale à celle de professeur d'un collège royal. L'âme humaine vit d'avenir; elle est ambitieuse, parce qu elle est infinie. Ouvrons-lui donc, M. le ministre, une carrière progressive, même dans les plus modestes emplois.
lY . On ne saurait trop se pénétrer de cette vérité que l'instruction payée est mieux suivie que l'instruction gratuite. Il faudrait que la pension entière d'une école normale fût très-modérée pour que les jeunes gens les plus pauvres pussent la payer. 11 ne faut donner que des demi-bourse et même des quarts de bourses , et, sur les quinze élèves admis chaque année au concours , je ne voudrais donner que deux ou trois bourses entières pour les deux ou trois premiers de la liste d'admission, et encore cette bourse entière ne leur serait maintenue la seconde année qu'au Unt qu'ils se maintiendraient eux-mêmes dans une conduite irré-
prochable et n'auraient point démérité. Ainsi Técole normale coûterait moins et on y travaillerait davantage, n serait peut-être bien que vous vous chargeassiei toujours de la bourse du premier admis, comme vous vous chargez du mobilier littéraire et du traitement du directeur.
De même l'école élémentaire annexée k l'école normale ne doit pas être entièrement gratuite, et elle ne doit pas avoir d'autres maîtres que les élèves de l'école normale les plus avancés , sous la direction de leurs propres maîtres. Les bénéfices que donnerait l'école élémentaire d'exercice diminueraient d'autant la dépense totale de l'école normale. Pour Técole moyenne d'exercice, il serait contre le principe même de toute école moyenne qu'elle fût gratuite. Voilà donc une nouvelle source de profits qui , bien ménagée et exploitée, devrait indemniser le département d'une partie de ses dépenses.
V. Diviser les études de toutes les écoles normales en deux parties : la première , où l'on considère les élèves comme de purs élèves dont on veut affermir , étendre et régulariser les connaissances ; b seconde , où on les considère comme des maîtres auxquels on enseigne théoriquement et pratiquement l'art d'enseigner. Si le cours normal est d'une année « cette dernière partie devra au moins occuper six mois; si le cours normal est de deux ans , elle devra occuper un an ; si de trois ans , elle n'occuperait encore qu'une année. Les élèves de cette dernière année donneraient des leçons dans l'école élémentaire et dans l'école moyenne annexées à l'école normale.
VI. n faut être plus sévère sur l'examen de sortie que sur celui d'entrée. L'important est d^avoir des jeunes gens qui aient de l'inlelligence, alors même qu'ils sauraient d'abord peu de chose ; car ils apprendront vite, tandis que des jeunes gens qui, dès Tentrée, ne manqueraient pas d'un certain acquis, mais seraient d'un esprit lourd ou même faux, ne feront jamaia avec le temps que des matires très-médiocres. Il ne faut laisser aucune latitude à la commission d'examen pour la sortie ; ici l'intelligence doit se prouver par des connaissances positives , car elle a eu le temps de les acquérir; la négligence seule s'y serait opposée, et celte négligence serait le plus grand de tous les défauts : l'examen de sortie doit porter sur la capacité acquise , non sur les dispositions. Mais dans lexamen d'entrée, je voudrais que la commission jugeât surtout les dispositions et l'aptitude, et particulièrement le caractère et la moralité. Un peu d'arbitraire devrait lui être laisHé. Ceci s'applique surtout aux écoles normales dont le cours est de deux ou trois ans. Trois ans d'études ne donneront pas d'intelligence, mais ils
dooneroni abondanmieit
DANS QUELQUES PAYS DE L'ALLEMAGNE, toalet les
oonnaiMances
Vil. Je désire TÎyement, M. le ministre « qu*il se forme entre les maîtres d'école de chaque canton des conférences comme ceUes dont je vons ai donné le règlement; je le désire, mais je Fespère peu, au moinsdana le commencement. De pareilles conférences supposent à la fois un trop grand amour de sa profes* sion et une trop grande intelligence de Tesprit d'association. Ce qui est beaucoup plus aisé k obtenir, c'est que , pendant les Tscances des écoles primaires , un certain nombre de maîtres viennent se perfectionner à réeole normale du déparlement , dans telle ou telle branche particulière , et y reçoivent des leçons appro- |»îées i leurs besoins, comme cela se fait en Prusse. Ce serait un temps très-utilement et môme trèfr-agréablement employé; car les jeunes maîtres retrouveraient là leurs anciens maîtres et d'anciens liens qu'il devrait leur être doux de resserrer. Ce serait chaque année , pour eux, une perspective intéressante. Il ne faudrait pas hésiler à leur accorder pour cet objet quelques frais de route et de séjour. A cet effet, je voudrais que les vacances des écoles primaires, qui doivent être coordonnées avec l'époque de certains travaux de la campagne , fussent toujours antérieures à celles des écoles normales primaires , afin que les maîtres des premières pussent venir profiter des leçons de celles-ci, et assister aux examens desortie des élèves de la iroitième année, ce qui serait déjà pour les assistants un excellent exercice, commeil n'y a rien de plus utile pour les régenta de nos collèges communaux que de venir a^ter à Paris aux épreuves du concours de l'agrégation.
Je crois toujours à l'utilité d'avoir un inspecteur d'écoles primaires pour chaque département , lequel passerait la plus grande partie de l'année à parcourir les écoles, à exciter le zèle des maîtres , à diriger celui des comités communaux, et à entretenir partout une utile harmonie entre les maires et les curés au profit de rinsiruction populaire. Je n'ai pas besoin de dire que cet inspecteur devrait toujours être quelque ancien niaitre d^école normale d'un talent et surtout d'un caractère éprouvés. Mats si cette institution, qui existe partool en Allemagne , n'était pas goûtée chez nous , on pourrait arriver à peu près au même résultat , en autorisant le directeur, ou, à son défaut, quelques maîtres de l'école normale, pendant les vacances de cette école , à ^rcourir chaque année une partie des écoles du département, et à faire partout ce que ferait l'inspecteur dont j'ai parlé. Ils y trouveraient de grandes Êicilités, puisque la plupart des maîtres qu'ils visiteraient leur seraient déjà connus et qu'ils pourraient exereer sur eux une autorité paternelle. D'un autre
cété , ils gagneraient eux-mêmes à ces visîCes et y acquerraient une expérience toujours croissante qui tournerait à l'avantage de l'école normale En Prusse, vons avez vu qu'outre les visites de Hnspecteur de cercle , les directeurs des écoles normales font aussi de pareilles tournées plus ou moins étendues , pour lesquelles ils ont de modiques indemnités ; car ce sont de petits voyages où l'agrément est aussi pour eux à côté de l'utilité publique.
VIII. Dans l'enseignement , s^attacher plutôt à la solidité qu'à l'étendue. Il faut que les jeunes maîtres sachent à fond certaines choses plutôt que beaucoup de choses superficiellement. Une instruction vague et superficielle est un mal qu*il faut empêcher à tout pris. \je travail sérieux qn^il faut faire pour bien savoir quoi que ce soit, forme admirablement l'esprit; et puis, rien n'est fécond comme ce que l'on sait bien : c*est un point de départ excellent pour mille autres choses. Aux examens de sortie, il faut insister sur les éléments, aller an fond ,^ viser au solide.
IX. Éviter les méthodes ambitieuses, systématiques, exclusives ; s'occuper surtout des résultats, c'est^hdire des connaissances solides , et pour y arriver, consulter l'expérience. Des explications claires sur chaque point, de la liaison et de la suite dans les leçons, avec le goût de la chose, valent mieux que toutes les méthodes générales.
X. Un enseignement commun à toutes les écoles doit être l'enseignement de la langue française, la prononciation juste des mots, et la pureté du langage sous tous les rapports. C'est un moyen de substituer partout peu à peu à des patois informes , la langue nationale. Dans les écoles normales des départements où la langue allemande serait encore celle du peuple , il faudrait à la fois enseigner et la langue allemande et la langue française , pour ne pas froisser les mœurs locales et en même temps pour y implanter l'esprit de nationalité.
XI. Tout en faisan taux connaissances scientifiques et industrielles, comme la géométrie, la physique, l'histoire naturelle, une part convenable, il faut s'attacher surtout aux connaissances morales qui importent davantage, puisque c'est surtout Tâme et Tesprit des enfants qu'un véritable maître doit former. Ce sont les bases de la vie morale qu'il faut asseoir dans l'àme de nos jeunes maîtres, et pour cela, il faut mettre au premier rang dans l'enseignement des écoles normales l'instruction religieuse, c'est-à-dire, pour parler nettement, l'instruction chrétienne. En laissant au curé ou au pasteur du lien le soin d'insister sur les particu-
RAPPORT SUR L*ÉTAT DE L'INSTRUCTION PURLIQUE
lârilét de chaque confetaioii, 3 favt faire de renseignement de la religion un enseignement spécial qui ait sa place dans chacune des années du cours normal, de sorte qu*à la fin du cours entier les jeunes maîtres, sans être le moins du monde des théologiens, aient une connaissance claire et précise du christianisme, de son histoire, de ses dogmes et surtout de sa morale. Sans cela les élèves, derenus maîtres d*école, ne pourraient donner aucune autre instruction religiense que la récitation matérielle du catéchisme, ce qui serait tout à fait insuIBsant. J'insiste sur ce point. If. le ministre, qui est le plus important et le plus délicat de tous. Pour savoir ce que doit être une vraie école normale primaire, il faut savoir ce que doit être une simple école élémentaire, celle d'un pauvre village. Les écoles populaires d'une nation doivent être pénétrées de Tesprit religieux de cette nation. Mantenant le christianisme, sans distinguer ses différentes confessions, est-il ou n'estil pas la religion du peuple en France? 11 faut bien Taccorder. Or je demande si on veut respecter la religion du peuple ou la détruire. Si on entreprend de détruire le christianisme, alors, j*en conviens, il faut se garder de le faire enseigner dans les écoles du peuple. Mais si on se propose un tout autre but, il faut bien enseigner aux enfants la religion qui a civilisé leurs pères, et dont Tesprit libéral a préparé et peut seul soutenir toutes nos grandes institutions modernes ; il faut bien aussi permettre au clergé de remplir son premier devoir, celui de surveiller renseignement de la religion. Mais pour subir honorablement répreuve de cette surveillance, le maître d'école doit être en état de donner Tinstniction religieuse convenable ; autrement les pères de famille, pour être sors que leurs enfants reçoivent une bonne éducation religieuse, nous demanderont des ecclésiastiques pour maîtres d'école, ce qui certes vaudrait bien mieux que des maîtres d'école impies, mais aurait aufisi des inconvénients graves de plus d'un genre. Moins donc nos écoles doivent être ecclésiastiques, M. le ministre, plus elles doivent être chrétiennes. Dans ce cas il faut bien qu'il y ait dans nos écoles normales un enseignement religieux spécial, l^a religion est, à mes yeux , la base la meilleure, et peut-être même la base unique de l'instruction populaire. Je connais un peu l'Europe, et nulle part je n ai vu de bonnes écoles de peuple où manquait la charité chrétienne. Linstruction primaire fleurit dans trois pays, la Hollande, l'Ecosse et l'Allemagne: or, là elle est profondément religieuse. On dit qu'il en est de même en Amérique. Le peu que j'ai rencontré d'instruction en Italie s'y donne par la main des prêtres. En France, à quelques exceptions près, nos meilleures écoles pour les pauvres sont celles des frères de la doctrine chrétienne. Voilà ce qu'il faut répéter sans cesse à quelques personnes. Qu'elles
entrent dans des écoles de pauvres, et qu'elles apprennent ce qu'il faut de patience et de- résignation pour persister dans ce rude métier. A-t-on pu trouver de meilleures infirmières que ces bonnes religieuses qui chérissent la pauvreté comme nous aimons la richesse ? Il est des choses dans les sociétés humaines, M. le ministre , pour lesquelles il faut de la vertu , c'est-àdire, quand il s'agit du grand nombre, de h rel^on. Les écoles moyennes pourront être un objet d'industrie; mais les écoles de campagne, les misérables petites écoles du Midi, de l'Ouest, de le Bretagne, des montagnes d'Auvergne, et, sans aller si loin, les basses écoles de nos grandes villes, de Paris, par exemple, n'offriront jamais à l'industrie qu'un bien faible aliment. Il y aura sans doute quelques philanthropes , quelques saint Vincent de Paule philosophes, qui, sans esprit religieux, se dévoueront à ces austères fonctions ; mais il ne s'agit pas ici d'avoir quelques maîtres; nous avons à desservir plus de quarante mille écoles , et pour cela il est sage d*appeler la religion an secours de l'insuffisance de nos moyens, ne fAt-ce que pour le soulagement du budget. Ou prodiguez les trésors de l'État et les revenus des communes pour fs^ire des traitements considérables et même des pensions à ce nouveau genre d'industriels appelés maîtres d'école, ou ne croyez pas pouvoir vous passer de la charité chrétie&ne, et de l'esprit de pauvreté , d'huniHité , de résignation courageuse et de dignité modeste que le christianisme bien entendu et bien enseigné peut seul donner à des instituteurs du peuple. Plus je pense à tout cela, M. le ministre, plus je regarde ici les écoles, plus je cause avec les directeurs d'école normale et les conseillers du ministère, plus je me persuade qu'il faut à tout prix nous entendre avec le clergé pour l'instruction du peuple, et faire de l'enseignement religieux une branche spéciale et très-soignée d'instruction dans nos écoles normales primaires.
Je n'ignore pas , M. le ministre , que ces conseils sonneront mal aux oreilles de plus d'une personne, et qu'à Paris on me trouvera bien dévot. C'est fioartant de Berlin , ce n'est pas de Rome que je vous écris. Celui qui vous parle ainsi est un philosophe, autrefois mal vu et même persécuté par le sacerdoce ; mais ce philosophe a le cœur au-dessus de ses propres insultes, et il connaît trop l'humanité et l'histoire pour ne pas regarder la religion comme une puissance indestructible, le christianisme bien enseigné comme un moyen de cirilisatîon pour le peuple, et un soutien nécessaire pour les individus auxquels la société impose de fiénîblés et humbles fonctions sans aucun avenir de fortune, sans aucune consolation d'amour-propre.
Je termine ici ce long rapport, M. le ministre. Puisse-t-il vous servir dans le travail important qui vous occupe! Déjà mon illustre collègue, M. Cuvier,
UANS QUELQUES PAYS DE L*ALLEHAGNE.
a fui coDBallre à la France rorganitation de Tiiistrao-
lioo prÎBiaire en Hollande. L'expérience de TAIlemagne , et particulièrement de la PruasCt ne doit pas être perdue pour nous. Les rivalités et les suseeptibiliiés nationales seraient ici très-déplacées. La vraie grandeur d^un peuple ne consiste pas à ne rieo imiter dans les autres, mais à emprunter partout ce qui est bien et à le perfectionner en se Tappropriant. Je repousse autant que personne les imitations artificielles; mais n y aurait aussi trop de pusillanimité k rejeter vne chose uniquement parce qu'elle a été trouvée bonne par d'autres. Avec la prompiilude et la justesse de rintelligence française, et rindestructible unité de notre caractère national, nous pouvons nous assimiler ce qu'il y a de bon cbez les autres peuples, sans craindre de cesser jan»is d'être nous-mêmes. Placée au centre de FEurope , ayant tous les climats , touchant à tons les peuples civilisés et en commerce perpétuel avec eux, la France est essentiellement cosmopolite, et c^est de là même que part sa haute influence. D^ailleurs l^urope civilisée ne forme aujourd'hui qu'une même famille. Nous imitons beaucoup l'Angleterre dans tout ce qui tient à la vie extérieure , aux aris industriels et mécaniques; pourquoi donc rougirions-nous d'emprunter quelque chose à la bonne, à rhonoèle, à la pieuse, à la savante Allemagne pour ce qai regarde la vie intérieure et la culture de l'âme ?
Pour moi, M. le ministre > je ne me défends point d me liaale estime et d'une affection particulière pour b nation ailemande ; et je suis heureux que ma mission lui ait appris que la révolution de juillet, cette révolution aussi nécessaire et aussi juste dans son principe que le droit de légitime défense, cette révolution née de la résistance unanime d'un grand peuple à une agression capricieuse , à la violation ouverte, non pas de droits hypothétiques, mais de libertés légales » de lois écrites et jurées, n'est pas, comme le disent ses ennemis, un retour à l'impiété, à la licence et à la corruption d'une époque fatale , mais le signal au contraire d'un perfectionnement général dans Topinioo et dans les mœurs, puisqu'un des premiers actes de cette révolution a été la sainte entreprise de Faroélioration de Tinstruction publique , dont l'instruction populaire est le fondement.
Taurai Ffionneur de vous adresser plus tard deux autres rapports spéciaux et également étendus sur Tétat de rinstruction secondaire et de l'instruction supérieure en Prusse, lis compléteront le rapport général que je vous dois.
A^réex, M. le ministre, etc.