PS. LXXVI
La foule , au seuil d'un temple en priant est venue. Mères , enfants , vieillards , gémissent réunis ; Et l'airain qu'on balance ébranle dans la nue
Les hauts clochers de Saint-Denis.
Le sépulcre est troublé dans ses mornes ténèbres.
La mort et ses couches funèbres
Resserre les rangs incomplets.
Silence au noir séjour que le trépas protège ! — Le Roi Chrélien , suivi de son dernier cortège ,
Entre dans son dernier palais.
Un autre avait dit : « De ma race n Ce grand tombeau sera le porlj » Je veux , aux rois que je remplace , » Succéder jusque dans la mort.
» Ma dépouille ici doit descendre !
» C'est pour faire place à ma cendre
» Qu'on dépeupla ces noirs caveaux.
» Il faut un nouveau maître au monde ; » A ce sépulcre que je fonde , » Il faut des ossements nouveaux. "*
« Je promets ma poussière à ces voûtes funestes. » A cet insigne honneur ce temple a seul des droits ; ■> Car je veux que le ver qui rongera mes resles
» Ait déjà dévoré des rois.
'^ Et lorsque mes neveux, dans leur fortune alliëre ,
» Domineront l'Europe entière ,
» Du Kremlin à l'Escurial , » Ilsviendront tour à tour dormir dans ceslieux sombres, » Afin que je sommeille , escorté de leurs ombres ,
» Dans mon linceul impérial ! »
Celui qui disait ces paroles Croyait , soldat audacieux , Voir, en magnifiques symboles, Sa destinée écrite aux cieux.
Dans ses étreintes foudroyantes , Son aigle , aux serres flamboyantes , Eût étouffé l'aigle romain ; La Victoire était sa compagne ; Et le Globe de Charlemagne Était trop léger pour sa main.
Eh bien ! des potentats ce formidable maître Dans l'espoir de sa mort par le ciel fut trompé ! De ses ambitions c'est la seule peut-être
Dont le but lui soit échappé.
En vain tout secondait sa marche meurtrière ;
En vain sa gloire incendiaire ,
En tous lieux portait son flambeau ; Tout chargé de faisceaux , de sceptres , de couronnes , Ce vaste ravisseur d'empires et de trônes
Ne put usurper un tombeau !
Tombé sous la main qui châtie , L'Europe le fit prisonnier.
Premier roi de sa dynastie , II en fut aussi le dernier.
Une île oîi grondent les tempêtes Reçut ce géant des conquête , Tyran que nul n'osait juger, Vieux guerrier qui , dans sa misère , Dut l'obole de Bélisaire A la pitié de l'étranger !
Loin du sacré tombeau qu'il s'arrangeait naguère , C'est là que , dépouillé du royal appareil , Il dort enveloppé de son manteau de guerre ,
Sans compagnon de son sommeil.
Et tandis qu'il n'a plus de l'empire du monde
Qu'un noir rocher battu de l'onde ,
Qu'un vieux saule battu du vent , iU\ Roi longtemps banni , qui fit nos jours prospères ,
ODES
Descend au Ut de mort où reposaient ses pères Sous la garde du Dieu vivant.
C'est qu'au gré de l'humble qui prie ,
Le seigneur , qui donne et reprend ,
Rend à l'Exilé sa pairie ,