‹ uvres de Victor HugoChapitre 102 sur 599 · Livre à l'exil le Conquérant · texte numérisé non relu

Livre à l'exil le Conquérant

Dieu voulait qu'il mourûl en France

Ce Roi , si grand dans la souffrance ,

Qui des douleurs portait le sceau ;

Pour que , viclime consolée ,

Du seuil noir de son mausolée ,

11 pût voir encor son berceau.

Oh ! qu'il s'endorme en paix dans la nuit funéraire ! N'a-t-il pas oublié ses maux pour nos malheurs? Se nous lègue-t-il pas à son généreux frère ,

Qui pleure en essuyant nos pleurs ?

N'a-t-il pas, dissipant nos rêves pohtiques,

De notre âge et des temps antiques ,

Proclamé l'illustre traité?

Loi sage , qui, domptant la fougue populaire , Donne aux sujets égaux un maître tutélaire ,

Esclave de leur liberté !

Sur nous un Roi Chevalier veille.

Qu'il conserve l'aspect des cieux ?

Que nul bruit de longtemps n'éveille

Ce sépulcre silencieux !

Hélas ! le démon régicide ,

Qui , du sang des Bourbons avide ,

Paya de meurtres leurs bienfaits ,

A comblé d'assez de victimes

Ces murs , dépeuplés par des crimes ,

Et repeuplés par des forfaits !

Qu'il sache que jamais la couronne ne tombe !

Ce haut sommet échappe à son fatal niveau.

Le supplice , où des rois le corps mortel succombe ,

N'est pour eux qu'un sacre nouveau.

Louis , chargé de fers par des mains déloyales ,

Dépouillé des pompes royales ,

Sans cour, sans guerriers , sans hérauts ; Sardant sa royauté devant la hache même , Jusque sur l'échafaud prouva son droit suprême ,

En faisant grâce à ses bourreaux !

De Saint-Denis , de Sainte-Hélène , Ainsi je méditais le sort j Sondant d'une vue incertaine Ces grands mystères de la mort.

Qui donc êtes-vous , Dieu superbe ?

Quel bras jette les tours sous l'herbe Change la pourpre en vil lambeau ?

D'où vient votre souffle terrible , Et quelle est la main invisible Qui garde les clefs du tombeau ?

Septembre 1824,

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