FIN
Ubi defuit orbis.
Ainsi d'un peuple entier je feuilletais l'histoire ! Livre fatal de deuil , de grandeur , de victoire. Et je sentais frémir mon luth contemporain , Chaque fois que passait un grand nom, un grand crime , Et que l'une sur l'autre , avec un bruit sublime , Retombaient les pages d'airain.
Fermons-le maintenant ce livre formidable. Cessons d'interroger ce sphinx inabordable Qui le garde en silence, à la fois monstre et dieu. L'énigme qu'il propose échappe à bien des lyres ; Il n'en écrit le mot, sur le front des empires , Qu'en lettres de sang et de feu.
Ne cherchons pas ce mot. — Alors , pourquoi , poëte, Ne l'endormais-tu pas sur ta lyre muette ? Pourquoi la mettre au jour et la prostituer? Pourquoi ton chant sinistre et ta voix insensée?... —
C'est qu'il fallait à ma pensée
Tout un grand peuple à remuer.
Des révolutions j'ouvrais le gouffre immonde ? C'est qu'il faut un chaos à qui veut faire un monde, C'est qu'une grande voix dans ma nuit m'a parlé , C'est qu'enfin je voulais , menant au but la foule ,
Avec le siècle qui s'écoule
Confronter le siècle écoulé.
Le Génie a besoin d'un peuple que sa flamme
Anime , éclaire , échauffe , embrase comme une âme ,
11 lui faut tout un monde à répir en tyran. Dès qu'il a pris son vol du haut de la falaise .
Pour que Tourafjan soit à l'aise ,
Il n'a pas trop de l'Océan !
C'est là qu'il peut ouvrir ses ailes ; là qu'il fîrondr Sur un abîme larRe et sur une eau profonde ;
ODES
C'est là qu'il peut bondir , f;éant capricieux , Et tournoyer, debout dans l'oraffe qui tombe D'un pied s'appuyanlsur la trombe , Et d'un bras soutenant les cieux !
Mai 1828.