‹ uvres de Victor HugoChapitre 109 sur 599 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

Ubi defuit orbis.

Ainsi d'un peuple entier je feuilletais l'histoire ! Livre fatal de deuil , de grandeur , de victoire. Et je sentais frémir mon luth contemporain , Chaque fois que passait un grand nom, un grand crime , Et que l'une sur l'autre , avec un bruit sublime , Retombaient les pages d'airain.

Fermons-le maintenant ce livre formidable. Cessons d'interroger ce sphinx inabordable Qui le garde en silence, à la fois monstre et dieu. L'énigme qu'il propose échappe à bien des lyres ; Il n'en écrit le mot, sur le front des empires , Qu'en lettres de sang et de feu.

Ne cherchons pas ce mot. — Alors , pourquoi , poëte, Ne l'endormais-tu pas sur ta lyre muette ? Pourquoi la mettre au jour et la prostituer? Pourquoi ton chant sinistre et ta voix insensée?... —

C'est qu'il fallait à ma pensée

Tout un grand peuple à remuer.

Des révolutions j'ouvrais le gouffre immonde ? C'est qu'il faut un chaos à qui veut faire un monde, C'est qu'une grande voix dans ma nuit m'a parlé , C'est qu'enfin je voulais , menant au but la foule ,

Avec le siècle qui s'écoule

Confronter le siècle écoulé.

Le Génie a besoin d'un peuple que sa flamme

Anime , éclaire , échauffe , embrase comme une âme ,

11 lui faut tout un monde à répir en tyran. Dès qu'il a pris son vol du haut de la falaise .

Pour que Tourafjan soit à l'aise ,

Il n'a pas trop de l'Océan !

C'est là qu'il peut ouvrir ses ailes ; là qu'il fîrondr Sur un abîme larRe et sur une eau profonde ;

ODES

C'est là qu'il peut bondir , f;éant capricieux , Et tournoyer, debout dans l'oraffe qui tombe D'un pied s'appuyanlsur la trombe , Et d'un bras soutenant les cieux !

Mai 1828.

Page 1