‹ uvres de Victor HugoChapitre 110 sur 599 · LAMARTINE · texte numérisé non relu

LAMARTINE

Qu'il passe en paix , au sein d'un monde qui l'ignore , L'auguste infortuné que son âme dévore!

Respectez ses nobles mallieurs ; Fuyez, ô plaisirs vains , son existence austère ; Sa palme qui grandit, jalouse et solitaire,

Ne peut croître parmi vos fïeurs.

Il souffre assez de maux , sans y joindre vos joies ! Chaque pas qui l'enfonce en de sublimes voies

Par une douleur est compté.

Il pleure sa jeunesse avant l'âge envolée , Sa vie , humble roseau , qui se courbe accablée

Du poids de l'immortalité.

Il pleure, ô belle enfance, et la grâce et les charmes , El ton rire innocent et tes naïves larmes ,

Ton bonheur doux et turbulent , Et , loin des vastes cieux, l'aile que tu reposes , Et , dans les jeux bruyants , la couronne de roses

Que llétrirail son front bri"dant!

Il accuse et son siècle , et ses chants , et sa lyre. Et la coupe enivrante où , trompant son délire ,

La gloire verse tant de lîel, Et ses vœux , poursuivant des promesses funestes , Et son cœur , et la Muse, et tous ces dons célestes ,

Hélas! qui ne sont pas le ciel!

Ah! si du moins , couché sur le char de la vie , L'hymne de son triomphe et les cris de l'envie

Passaient, sans troubler son sommeil!

S'il pouvait dans l'oubli préparer sa mémoire ! Ou , vodé de rayons , se cacher dans sa gloire ,

Comme un ange dans le soleil !

Mais sans cesse il faut suivre , en la commune arène , Le flot qui le repousse et le flot qui l'entraîne !

Les hommes troublent son chemin !

Sa voix grave se perd dans leurs vaines paroles , El leur fol orgueil mêle à leurs jouets frivoles

Le sceptre qui p&se à sa main !

Pourquoi traîner ce roi si loin de ses royaumes? Qu'importe à ce géant un cortège d'atomes ?

Fils du monde , c'est vous qu'il fuit. Que fait â l'immortel votre éphémère empire ? Sans les chants de sa voix , sans les sons de sa lyre ,

N'avez-vous point assez de bruit ?

Laissez-le dans son ombre où descend la lumière. — Savez-vous qu'une Muse , épurant sa poussière ,

Y charme en secret ses ennuis.

Et que , laissant pour lui les éternelles fêtes , La colombe du Christ et l'aigle des Prophètes

Souvent y visitent ses nuits ?

ODES

Sa veille redoulable , en ses visions saintes , Voit les soleils naissants et les sphères éteintes

Passer en foule a» fond du ciel; Et, suivant dans l'espace un chœur brûlant d'archanges, Cherche, aux mondes lointains, (|ue!les formes étranges

Y revêt l'Être universel.

Savez-vous que ses yeux ont des regards de flamme ? Savez-vous que le voile étendu sur son âme

Ne se lève jamais en vain ?

De lumière dorée et de flammes rougie , Son aile , en un instant, de l'infernale orgie

Peut monter au banquet divin.

Laissez donc loin de vous , ô mortels téméraires , Celui que le Seigneur marqua , parmi ses frères ,

De ce signe funeste et beau , Et dont l'œil entrevoit plus de mystères sombres One les morts effrayés n'en lisent dans les ombres ,

Sous la pierre de leur tombeau !

Un jour vient dans sa vie , oCi la Muse ( He-méme , D'un sacerdoce auguste armant son lulh suprême,

L'envoie au monde ivre de sang , Afin que , nous sauvant de notre propre audace , Il apporte d'en haut à l'homme <iui menace

La prière du Tout-Puissant.

Un formidable esprit descend dans sa pensée. Il paraît ; et soudain , en éclairs élancée ,

Sa parole luit comme un feu.

Les peuples prosternés en foule l'environnent ; Sina mystérieux , les foudres le couronnent ,

Et son front porte tout un Dieu!

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