‹ uvres de Victor HugoChapitre 113 sur 599 · LA LYRE · texte numérisé non relu

LA LYRE

Jouis ! c'est au fleuve des ombres

Que va le fleuve des vivants.

Le sage , s'il a des jours sombres ,

Les laisse aux dieux, les jette aux vents.

Enfin , comme un pâle convive ,

Quand la mort imprévue arrive ,

De sa couche il lui tend la main ;

Et , riant de ce qu'il ignore , S'endort dans la nuit sans aurore , En rêvant un doux lendemain !

LA HARPE

Soutiens ton frère qui chancelle, Pleure si tu le vois souffrir ; Veille avec soin , prie avec zèle , Vis en songeant qu'il faut mourir.

Le pécheur croit , lorsqu'il succombe , Que le néant est dans la tombe , Comme il est dans la volupté ; Mais quand l'ange impur le réclame , Il s'épouvante d'être une âme , Et frémit de l'Éternité !

Le poëte écoutait , à peine à son aurore , Ces deux lointaines voix qui descendaient du ciel ; Et plus tard il osa parfois, bien faible encore , Dire à l'écho du Pinde un hymne du Carmel !

^ïr^e ^tomème.

moïse sur le NIL.

En ce môme temps , la fille de Pharaon vint au fleuve pour se baigner, accompagnée de ses filles qui marchaient le long du bord de l'eau.

Ex.

« Mes sœui's, l'onde est plus fraîche aux premiers feux du » Venez ; le moissonneur repose en son séjour ; [ jour !

» La rive est solitaire encore ; >^ Memphis élève à peine un murmure confus ; « Et nos chastes plaisirs , sous ces bosquets touffus ,

» N'ont d'autre témoin que l'aurore.

« Au palais de mon père on voit briller les arts;

n Mais ces bords pleins de fleurs charment plus mes re-

» Qu'un bassin d'or ou de porphyre ; [gaids

» Ces chants aériens sont mes concerts chéris ; » Je préfère aux parfums qu'on brîile en nos lambris

» Le souffle embaumé du zéphyre !

>' Venez ; l'onde est si calme et le ciel est si pur î » Laissez sur ces buissons flotter les plis d'azur

ODES

» De vos coiiiluies li'ans|»;irenles ; « Détacliez ma couronne et ces voiles jaloux ; » Car je veux aujourd'luii folâtrer avec vous ,

» Au sein des vagues murmurantes.

» Hàlons-nous... Mais parmi les I)roiiillar(ls du malin , » Que vois-je ? — Regardez à l'horizon lointain...

» Ne craignez rien, filles timides !

« C'est sans doute , par l'onde entraîné vers les mers , >• Le tronc d'un vieux palmier (jui , du fond des déserts ,

» Vient visiter les Pyramides.

n QuK dis-je ! si j'en crois mes regards indécis, » C'est la barcjne d'IFermès ou la con<ine d'Isis ,

« Que pousse une brise légère.

» Mais non : c'est un esquif où , dans un doux repos , » J'aperçois un enfant qui dort au sein des Uols ,

» Comme on dori au sein de sa mère !

» il sommeille ; et , de loin , à voir son lit flultant , » On croirait voir voguer sur le Heuve inconstant

» Le nid d'une l)lan(lie colombe.

« Dans sa couche enfantine il eire au gré du veni ; » L'eau le balance , il dort, et le gouffre mouvant

» Semble le bercer dans sa tombe !

» Il s'éveille : accourez , ô vierges de Mempbis ! " Il crie... Ah ! quelle mère a pu livrer son fils

» Au caprice des Ilots mobiles ?

« Il tend les bras; les eaux i;rondent de toute part. » Hélas! contre la morl il n'a d'aulre rempart

« Qu'un berceau de roseaux fragiles !

« Sauvons-le... — C'est peut-être un enfant d'Israël. « Mon père les proscrit : mon père est bien cruel

« De proscrire ainsi l'innocence !

" Faible enfant ! ses malheurs ont ému mon amour, » Je veux être sa mère : il me devra le jour,

'> S'il ne me doit jtas la naissance. "

Ainsi parlait Ipiiis , res|>oir d'un Roi puissant , Alors qu'aux bords du Nil son cortège innocent

Suivait sa course vagabonde ; Et ces jeunes beautés qu'elle effaçait encor, Quand la Fille des Rois quittait ses voiles d'or,

Croyaient voir la Fille de l'Onde.

Sous ses pieds délicats déjà le dot frémit. Tremblante , la pitié vers l'enfant qui gémit

La guide en sa marche craintive ; Elle a saisi l'esquif ! fière de ce doux poids , L'orgueil sur son beau front , pour la première fois ,

Se mêle à la pudeur naïve.

Bientôt divisant l'onde el brisant les roseaux , Elle apporte à pas lents l'enfant sauvé des eaux Sur les bords de l'arène humide ;

El ses sœurs tour ù tour , au front du nouveau-né , Offrant leur doux sourire à son œil étonné, Déposaient un baiser timide !

Accours , toi qui , de loin , dans un doute cruel , Suivais des yeux ton fils sur qui veillait le ciel ;

Viens ici comme une étrangère ; Ne crains rien : en pressant Moïse entre (es bras , Tes pleurs et tes transports ne le trahiront pas ,

Car IpIiis n'est pas encor mère !

Alors, tandis qu'heureuse el d'un pas triomphant, La vierge au roi farouche amenait l'humble enfant .

Baigné des larmes maternelles , On entendait en chœur, dans les cieux étoiles , Des anges , devant Dieu de leurs ailes voilés ,

Chanler les lyres éternelles.

« Ne gémis |)lus , Jacob , sur la lerre d'exil ;

« Ne mêle i)lus tes pleurs aux flots impurs du Nil :

n Le Jourdain va l'ouvrir ses rives.

» Le jour enfin ap|)rochc où vers les cham|)s promis >> Gessen verra s'enfuir , malgré leurs ennemis ,

» Les tribus si longtemps captives.

» Sous les traits d'un enfant délaissé dans les flots , 0 C'est l'élu du Sina , c'est le roi des Fléaux ,

« Qu'une vierge sauve de londe.

« Mortels , vous dont l'orgueil méconnaît l'Éternel , >' Fléchissez : un berceau va sauver Israël,

" Un berceau doil sauver le monde ! »

FCvricr 1820.

^ïifje CîluatriMf.

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