‹ uvres de Victor HugoChapitre 121 sur 599 · LE CHANT DU TOURNOL · texte numérisé non relu

LE CHANT DU TOURNOL

Servants d'amour, regardez douccmt Aux échafauds anges de paradis ; Lors jouterez fortet joyeusemeul.

Et vous serez honorés et chéris.

Ancienne ballade.

Largesse , ô chevaliers ! largesse aux suivants d'arme; Venez tous ! soit qu'au sein des jeux ou des alarmes ,

ODES

Voire écu de Milan porte le vert dragon ,

Le maïUeau noir d'Agra , semé d(î blanclies larmes ,

La fleur-de-lis de France ou la croix d'Aragon.

Déjù la lice est ouverte ; Les clercs en ont fait le tour ; La bannière bkinche et verte Flotte au front de chaque tour ; La foule éclate en paroles ; Les légères banderolles Se mêlent en voltigeant ; El le héraut du portique, Sur l'oi' de sa dalmatique Suspend le griffon d'argent.

Les maisons peuplent leur faîte ; Au loin gronde le beffroi ; Tout nous promet une fêle Digne des regards du Roi.

La Reine î» ce jour suprême A de son épargne même Consacré douze deniers , Et , pour l'embellir encore , Racheté des fers du 3Iaure Douze chrétiens prisonniers.

Or , comme la loi l'ordonne ,

Chevaliers au cœur loyal ,

Avant que le clairon sonne ,

Ecoutez l'édit royal !

Car, sans l'entendre en silence ,

Celui qui saisit la lance

N'a plus qu'un glaive maudit.

Croyez ces conseils prospères !

C'est ce qu'ont dit à nos pères

Ceux à qui Dieu l'avait dit !

D'abord , des saintes louanges Chantez les versets bénis , Chantez Jésus, les Archanges, Et monseigneur saint Denis !

Jurez sur les Évangiles Que , si vos bras sont fragiles , Rien ne ternit votre honneur ; Que vous pourrez , s'il se lève , Montrer au Roi votre glaive , Comme votre âme au Seigneur !

D'un saint touchez la dépouille !

Jurez , comtes et barons , Que nulle fange ne souille L'or pur de vos épeions !

Que de ses vassaux fidèles , Dans ses noires citadelles , Nul de vous n'est le bourreau !

Que , du sort bravant l'épreuve , Pour l'orphehn et la veuve Voire épée est sans fourreau !

Preux que l'honneur accompagne , N'oubliez pas les vertus Des vieux pairs de Charlemagne Des vieux chami)ions d'Artus!

Malheur au vainqueur sans gloire , Qui doit sa lâche victoire A de hideux nécromans !

Honte au guerrier sans vaillance Qui combat la noble lance Avec d'impurs talismans !

Un jour, sur les murs funestes De son infâme château , On voit pendre ses vils restes Aux bras d'un sanglant poteau ; Éternisant ses supplices , Les enchanteurs , ses complices , Dans les ombres déchaînés , Parmi d'affreux sortilèges, A leurs festins sacrilèges , Mêlent ses os déchai'nés !

Mais gloire au guerrier austère !

Gloire au pieux châtelain !

Chaque belle sans mystère Brode son nom sur le lin.

Le mélodieux trouvère , A son glaive , qu'on révère , Consacre un chant immortel.

Dans sa tombe est une fée ; Et l'on donne à son trophée Pour piédestal un autel.

Donc , en vos âmes courtoises , Gravez , pairs et damoisels , La loi des joutes gauloises , Et des galants carrousels !

Par les juges de l'épée , Par leur belle détrompée , Les félons seront honnis.

Leur opprobre est sans refuges :

Ceux .que condamnent les juges Par les dames sont punis !

Largesse , ô chevaliers ! largesse aux suivants d'armes ! Venez tous ! soit qu'au sein des jeux ou des alarmes , Votre écu de Milan porte le vert dragon , Le manteau noir d'Agra , semé de blanches larmes, La fleur-de-lis de France ou la croix d'Aragon.

Janvier 1824.

ODES

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