‹ uvres de Victor HugoChapitre 122 sur 599 · L'ANTE-CHRIST · texte numérisé non relu

L'ANTE-CHRIST

Aprts (nie les mille ans seront accomplis, Sal<in sera délié; il sortira de sa prison, et il séduira les nations (|uisont aux quatre coins du momie, Gog et Magog.

Saint-Jkan. ApocaJj-pse.

Il viendra , — quand viendront les dernifres ténèbres;

Que la source des jours tarira ses torrents ;

Qu'on verra les soleils, au front des nuits funèbres ,

PAlir comme des yeux mourants; Quand l'abîme inquiet rendra des bruits dans l'ombre;

Que l'enfer comptera le nombre

De ses soldats audacieux ; Et qu'enlin le fardeau de la suprême voûte Fera , comme un vieux cliar tout poudreux de sa route,

Crier l'axe affaibli des cieux.

Il viendra , — quand la mère, au fond de ses entrailles , Sentira tressaillir son fruit épouvanté ; Quand nul ne suivra plus les saintes funérailles

Du juste , en sa tombe attristé ; Lorsqu'approcliant des mers sans lit et sans rivages , L'homme entendra gronder sous le vaisseau des âges ,

La vague de l'éternité.

Il viendra , — quand l'orgueil , et le crime et la haine ,

De l'antique Alliance auront enfreint le vœu;

Quand les peuples verront, craignant leur fin prochaine,

Du monde décrépit se détacher la chaîne ;

Les astres se heurter dans leurs chemins de feu ;

Et dans le ciel , — ainsi qu'en ses salles oisives ,

Un hôte se promène , attendant ses convives , —

Passer et repasser l'ombre immense de Dieu.

Parmi les nations il luira comme un signe.

Il viendra des captifs dissiper la rançon ;

Le Seigneur l'enverra pour dévaster la vigne ,

Et pour disperser la moisson.

Les peuples ne sauront , dans leur stupeur profonde ,

Si ses mains dans quelque autre inonde

Ont porté le sceptre ou les fers ; El dans leurs chants de deuil et leurs hymnes de fèJc , Ils se demanderont si les feux de sa tète

Sont des rayons ou des éclairs.

Tantôt ses traits au ciel emprunteront leurs charmes :

Tel qu'un ange, velu de radieuses armes ,

Tout son corps brillera de reflets éclatants ,

Et ses yeux souriront , baignés de douces larmes ,

Comme la jeune aurore au front du beau printemps.

Tantôt hideux amant de la nuit solitaire ,

Noir dragon , déployant l'aile aux ongles de fer,

Pâle , et s'épouvantant de son propre mystère ,

Du sein profané de la (erre Ses pas feront monter les vapeurs de l'enfer. La nature entendra sa voix miraculeuse.

Son souffle emportera les cités aux déserts ; Il guidera des vents la course nébuleuse ;

Il aura des chars dans les airs ;

Il domptera la flamme , il marchera sur Tonde ; On verra l'arène inféconde Sous ses pieds de fleurs s'émailler ;

Et les astres sur lui descendre en auréole ;

Et les morts tressaillir au bruit de sa parole , Comme s'ds allaient s'éveiller!

Fleuve aux flotJ débordés , volcan aux noires laves , Il n'aura point d'amis pour avoir plus d'esclaves ; Il pèsera sur tous de toute sa hauteur ; Le monde , où passera le funeste fantôme , Paraîtra sa conquête et non pas son royaume ; Il ne sera qu'un maître où Dieu fut un pasteur.

Il semblera , courbé sur la terre asservie, Porter un autre poids , vivre d'une autre vie. Il ne pourra vieillir , il ne pourra changer. Les fleurs que nous cueillons pour lui seront flétries; Sans tendresse et sans foi , dans toutes nos patries 11 sera comme un étranger.

Son attente jamais ne sera l'espérance ; Battu de ses désirs comme d'un flot des mers , Sa science en secret envîra l'ignorance,

Et n'aura que des fruits amers.

Il bravera l'arrêt suspendu sur sa tête ,

Calme comme avant la tempête ,

Et muet comme après la mort; Et son cœur ne sera qu'une arène insensible Où dans le noir combat d'un hymen impossible ,

Le Crime étreindra le Remord !

Du temps prêt à finir il saisira le reste. Son bras du dernier port éteindra le fanal ! Dieu, qui combla de maux son envoyé céleste , Accablera de biens le Messie infernal.

ODES

Couché sur ses plaisirs ainsi que sur des proies , Ses yeux n'exprimeront, durant son vain pouvoir, Que la honfe cachée au sein des fausses joies , El l'orgueil qui se lève au fond du désespoir.

De l'enfer aux mortels apportant les messages, Sa main , semant l'erpeur au champ de la raison , Mêlera dans sa coupe , où hoiront les faux sages , Les venins aux parfums et le miel au poison. Comme un funt'hre mur , entre le ciel et l'homme Il osera placer un cffroyahle adieu; Ses forfaits n'auront pas de langue qui les nomme, Et l'athée effrayé dira : Voilà mon Dieu !

Enfin , quand ce héraut du suprême mystère Aura de crime en crime usé ses noirs destins , Que la sainte vertu, que la foi salutaire ,

Trouveront tous les cœurs éteints ; Quand du signe du meurtre et du sceau des supplices

II aura marqué ses complices ;

Que son troupeau sera compté ; 11 quittera la vie ainsi qu'une demeure , Et son règne ici-bas n'aura pour dernière heure

Que l'heure de rÉternité.

((î>tfe Cn«atxrrfijcmf.

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