‹ uvres de Victor HugoChapitre 128 sur 599 · LIVRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIEME

Prend-moy tel que je suy.

Devise des Ely.

f^tit l^ttmxitt.

PREMIER SOUPIR

C'est que j'ai rencontré des regards dont la flamme Semble avec mes regards ou briller ou mourir,

Et cette Ame , sœur de mon âme , Hélas! que j'attendais pour aimer et souffrir.

EMILE DESCIIAMPS.

Sois heureuse , ô ma douce amie , Salue en paix la vie et jouis des beaux jours j Sur le fleuve du temps mollement endormie ,

Laisse les flots suivre leur cours !

Va , le sort te sourit encore , Le ciel ne peut vouloir, dissipe tout effroi , Qu'un jour triste succède à ta joyeuse aurore. Le ciel doit m'écouter quand pour toi je l'implore. Notre avenir commun ne pèse que sur moi !

Bientôt lu peux m'être ravie :

Peut-être , loin de loi , demain j'irai languir. Quoi , déjà tout est sombre et fatal dans ma vie !

J'ai dû t'aimer, je dois te fuir !

Puis , — hélas ! sur mon front que le malheur retombe 11 faudra qu'à l'absence , à de nouveaux désirs ,

Un sentiment bien doux succombe :

Tu m'oublîras dans les plaisiis ,

Je me souviendrai dans la tombe.

Oui , je mourrai : déjà ma lyre en esl en deuil. Jeune , je m'éteindiai , laissant peu do mémoire ,

Sans peur ; puisque de front j'ai contemplé la gloire ,

Je puis voir de près le cercueil.

L'Elysée immortel est près des noirs royaumes , Et la gloire et la mort ne sont que deux fantômes ,

En habit de fêle ou de deuil !

Vis heureuse , ô ma jeune amie , Jouis en paix de tes beaux jours !

Sur le fleuve du temps mollement endormie , Laisse les flots suivre leur cours !

Décembre 1819.

^ÎTje l^tviixtmi.

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