LIVRE CINQUIEME
Prend-moy tel que je suy.
Devise des Ely.
f^tit l^ttmxitt.
PREMIER SOUPIR
C'est que j'ai rencontré des regards dont la flamme Semble avec mes regards ou briller ou mourir,
Et cette Ame , sœur de mon âme , Hélas! que j'attendais pour aimer et souffrir.
EMILE DESCIIAMPS.
Sois heureuse , ô ma douce amie , Salue en paix la vie et jouis des beaux jours j Sur le fleuve du temps mollement endormie ,
Laisse les flots suivre leur cours !
Va , le sort te sourit encore , Le ciel ne peut vouloir, dissipe tout effroi , Qu'un jour triste succède à ta joyeuse aurore. Le ciel doit m'écouter quand pour toi je l'implore. Notre avenir commun ne pèse que sur moi !
Bientôt lu peux m'être ravie :
Peut-être , loin de loi , demain j'irai languir. Quoi , déjà tout est sombre et fatal dans ma vie !
J'ai dû t'aimer, je dois te fuir !
Puis , — hélas ! sur mon front que le malheur retombe 11 faudra qu'à l'absence , à de nouveaux désirs ,
Un sentiment bien doux succombe :
Tu m'oublîras dans les plaisiis ,
Je me souviendrai dans la tombe.
Oui , je mourrai : déjà ma lyre en esl en deuil. Jeune , je m'éteindiai , laissant peu do mémoire ,
Sans peur ; puisque de front j'ai contemplé la gloire ,
Je puis voir de près le cercueil.
L'Elysée immortel est près des noirs royaumes , Et la gloire et la mort ne sont que deux fantômes ,
En habit de fêle ou de deuil !
Vis heureuse , ô ma jeune amie , Jouis en paix de tes beaux jours !
Sur le fleuve du temps mollement endormie , Laisse les flots suivre leur cours !
Décembre 1819.
^ÎTje l^tviixtmi.