ACTIONS DE GRACES
Ceux qui auront semé dans les larmes moissonneront dans l'allégresse.
Salomon. Ps. cxxv, V. 5.
Vous avez dans le port poussé ma voile errante ; Ma tige a refleuri de sève et de verdeur ; Seigneur , je vous bénis ! de ma lampe mourante Votre souffle vivant rallume la splendeur.
Surpris par l'ouragan comme un aiglon sans ailes , Qui tombe du grand chêne au pied de l'arbrisseau , Faible enfant , du malheur j'ai su les lois cruelles. L'orage m'assaillit voguant dans mon berceau.
Oui , la vie a pour moi commencé dès l'enfance , Quoique le ciel jamais n'ait foudroyé de fleurs , Et qu'il ne veuille pas qu'un être sans défense Mêle à ses premiers jours l'amertume des pleurs.
La jeunesse en riant m'apporta ses mensonges , Son avenir de gloire, et d'amour, et d'orgueil ; Mais quand mon cœur brûlant poursuivait ces beaux son- Ilélas ! je m'éveillai dans la nuit d'un cercueil. [ges,
Alors je m'exilai du milieu de mes frères. Calme , car ma douleur n'était pas le remords, J'accompagnais de loin les pompes funéraires : L'hymne de l'orphelin est écouté des morts.
L'œil tourné vers le ciel , je marchais dans l'abîme; Bien souvent , de mon sort bravant l'injuste affront , Les flammes ont jailli de ma pensée intime , Et la langue de feu descendit sur mon front.
Mon esprit de Patraos connut le saint délire , L'eff^roi qui le précède et l'effroi qui le suit ; Et mon âme était triste , et les chants de ma lyre Étaient comme ces voix qui pleurent dans la nuit.
J'ai vu sans murmurer la fuite de ma joie, Seigneur ; à l'abandon vous m'aviez condamné. J'ai , sans plainte , au désert (enté la triple voie; Et je n'ai pas maudit le jour oîi je suis né.
Voici la vérité qu'au monde je révèle :
Du ciel dans mon néant je me suis souvenu.
Louez Dieu! la brebis vient quand l'agneau l'appelle;
J'appelais le Seigneur, le Seigneur est venu.
Il m'a dit : « Va, mon fils , ma loi n'est pas pesante ! » Toi qui , dans la nuit même , as suivi mes chemins , » Tu ceindras des heureux la robe éblouissante ; » Parmi les innocents lu laveras les mains. »
Je ne veux plus de loin l'offrir ma vie obscure , Gloire , immortel reflet de l'éternel flambeau , Du génie en son cours trace éclatante et pure , Ou rayon merveilleux , émané d'un tombeau !
Un ange sur mon cœur ploie aujourd'hui ses ailes. Pour Elle un orphelin n'est pas un étranger ; Les heures de mes jours à ses côtés sont belles : Car son joug est aimable et son fardeau léger.
Vous avez dans le port poussé ma voile errante; Ma tige a refleuri de sève et de verdeur ; Seigneur, je vous bénis ! de ma lampe mourante Votre souffle vivant rallume la splendeur.
Août 1823.
ODES
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