‹ uvres de Victor HugoChapitre 153 sur 599 · A TRILBY, LE LUTIN D'ARGAIL · texte numérisé non relu

A TRILBY, LE LUTIN D'ARGAIL

A VOUS , ombre légère , Qui d'aile passagère Par le monde volez , Et d'un sifflant murmure L'ombrageuse verdure Doucement esbranlez ;

J'offre ces violettes , Ces lys et ces fleurettes , Et ces roses ici , Ces vermeillettes roses, Tout fraischement escloses, Et ces œillets aussi !

Vieille chanson.

C'est toi , Lutin ! — Qui t'amène?

Sur ce rayon du couchant Es-tu venu ? ton haleine Me caresse en me touchant !

A mes yeux tu te révèles ;

BALLADES

Tu m'inondes d'étincelles !

El les frémissantes ailes

Ont un bruit doux comme un clianl.

Ta voix, de soupirs mêlée, M'apporte un accent connu.

Dans ma cellule isolée , Beau Trilby, sois bien venu !

Ma demeure hospitalière N'a point d'iuimble batelière Dont ta bouche familière Baise le sein demi-nu !

Viens-lu , dans l'àlre perfide , Cliercher mon Follet qui fuit , Et ma Fée et ma Sylphide , Qui me visitent sans bruit, El m'apportent , empressées , Sur leurs ailes nuancées , Le jour, de douces pensées , Et de doux rêves, la nuit!

Viens-lu pas voir mes Ondines Ceintes d'algue et de glayeul ?

Mes Nains , dont les voix badines N'osent parler qu';"! moi seul ?

Viens-lu réveiller mes Gnomes , Poursuivre en l'air les atomes , El luliner mes Fantômes En jouant dans leur linceul ?

Hélas ! fuis ! — Ces lieux que j'aime N'ont plus ces hôtes chéris !

Des cruels fi l'anathème Onl livré tous mes Esprits !

Mon Ondine est étouffée j El comme un double trophée , Leurs mains ont cloué ma Fée Près de ma Chauve-Souris !

Mes Spectres , mes Nains si frêles , Quand leur courroux gronde encor, N'osent plus sur les tourelles S'appeler au son du cor; Ma cour magique , en alarmes , A fui leurs pesantes armes ; Ils ont de mon Sylphe en larmes Arraché les ailes d'or !

Toi-même , crains leur tonnerre , Crains un combat inégal , Plus que la voix centenaire Qui jadis vengea Dougal , Dont la cabane fumeuse Voit , durant la nuit brumeuse , Sur une roche écumeuse , S'asseoir l'ombre de Fingal !

Celui qui de la montagne T'a rapporté dans nos champs, Eut comme loi pour compagne L'Espérance aux vœux louchants.

Longtemps la France . sa mère , Vil fuir sa jeunesse amère Dans l'exil , où , comme Homère , Il n'emportait que ses chants!

A la fois triste et sublime , Grave en son vol gracieux , Le poëte aime l'abîme Où fuit l'aigle audacieux , Le parfum des fleurs mourantes, L'or des comètes errantes , El les cloches murmurantes Qui se plaignent dans les cieux !

Il aime un désert sauvage Où rien ne borne ses pas ; Son cœur, pour fuir l'esclavage , Vit plus loin que le trépas.

Quand l'opprimé le réclame , Des peuples il devient l'àme ; Il est pour eux une flamme Que le tyran n'éteint pas !

Tel est Nodier , le poète ! — Va , dis à ce noble ami Que ma tendresse inquiète De les périls a frémi ; Dis-lui bien qu'il le surveille ; De les jeux charme sa veille , Enfant ! Et lorsqu'il sommeille , Dors sur son front endormi !

N'erre pas à l'aventure !

Car on en veut aux Trilbys.

Crains les maux et la torture Que mon doux Sylphe a subis.

S'ils le prenaient , quelle gloire !

Ils souilleraient d'encre noire , Hélas ! ton manteau de moire , Ton aigrette de rubis !

Ou , pour danser avec Faune , Contraignant tes pas tremblants, Leurs Satyres au pied jaune , Leurs vieux Sylvains pétulants, Joindraient les mains enchaînées Aux vieilles mains décharnées De leurs Naïades fanées , Mortes depuis deux mille ans !

Avril 1825.

BALLADES

jSaUttJ&f Cinquième.

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