‹ uvres de Victor HugoChapitre 155 sur 599 · LA FIANCÉE DU TIMBALIER · texte numérisé non relu

LA FIANCÉE DU TIMBALIER

Douce est la mort qui vient en bien aimant ! DESPORTES. Sonnet.

» Monseigneur le duc de Bretagne » A , pour les combats meurtriers , » Convoqué de Nante à Mortagne , » Dans la plaine et sur la montagne , » L'arrière-ban de ses guerriers.

» Ce sont des barons dont les armes » Ornent des forts ceints d'un fossé;

BALLADES

« Des preux vieillis dans les alarmes , « Des écuyers , des liommes-d'armes.

» L'un d'entre eux est mon fiancé !

« Il est parti pour l'Aquitaine M Comme timbalier, et pourtant « On le prend pour un capitaine , » Rien qu'à voir sa mine hautaine , « Et son pourpoint , d'or éclatant !

" Depuis ce jour , l'effroi m'agite.

» J'ai dit , joignant son sort au mien : « Ma patrone , sainte Brigitte , » Pour que jamais il ne le quitte , « Surveillez son ange gardien !

» J'ai dit à notre abbé : Messire , w Priez bien pour tous nos soldats !

« Et, comme on sait qu'il le désire , " J'ai brûlé trois cierges de cire ' Sur la châsse de saint Gildas.

n A Notre-Dame de Lorelte

" J'ai promis , dans mon noir chagrin ,

« D'atlacher sur ma gorgerette,

» Fermée à la vue indiscrète,

» Les coquilles du pèlerin.

» 11 n'a pu , par d'amoureux gages , « Absent , consoler mes foyers ; « Pour porter les tendres messages , « La vassale n'a point de pages , >' Le vassal n'a pas d'écuyers!

» Il doit aujourd'hui de la guerre " Revenir avec monseigneur :

" Ce n'est plus un amant vulgaire; » Je lève uu front baissé naguère, >: Et mon orgueil est du bonheur!

» Le duc triomphant nous rapporte » Son drapeau dans les camps froissé ; » Venez tous sous la vieille porte » Voir passer la brillante escorte , « Et le prince , et mon fiancé !

» Venez voir pour ce jour de fête « Son cheval caparaçonné , « Qui , sous son poids hennit , s'arrête , « Et marche en secouant la tête, « De plumes rouges couronné !

» Mes sœurs, à vous parer si lentes , >• Venez voir près de mon vainqueur •> Ces timbales élincelantes " Qui , sous sa main toujours tremblantes > Sonnent et font bondir le cœur !

» Venez surtout le voir lui-même " Sous le manteau que j'ai brodé.

» Qu'il sera beau ! c'est lui que j'aime ! » Il porte comme un diadème » Son casque de crins inondé !

» L'Égyptienne sacrilège ,

n M'allirant derrière un pilier ,

» M'a dit hier ( Dieu nous protège ! )

B Qu'à la fanfare du cortège

0 11 manquerait un timbalier.

0 Mais j'ai tant prié, que j'espère !

n Quoique , me montrant de la main 0 Un sépulcre , son noir repaire , » La vieille aux regards de vipère » M'ait dit : Je t'attends là demain !

0 Volons ! plus de noires pensées ! — » Ce sont les tambours que j'entends, n Voici les dames enlassées , » Les tentes de pourpre dressées, n Les fleurs et les drapeaux floltanls !

» Sur deux rangs le cortège ondoie :

» D'abord , les piquiers aux pas lourds , » Puis , sous l'étendard qu'on déploie, » Les barons en robes de soie , « Avec leurs toques de velours.

B Voici les chasubles des prêtres ; » Les hérauts sur un blanc coursier.

» Tous , en souvenir des ancêtres , » Portent l'écusson de leurs maîtres » Peint sur leur corselet d'acier.

» Admirez l'armure persane «> Des Templiers craints de l'enfer; » Et , sous la longue pertuisane , » Les archers venus de Lausanne , » Vêtus de buffle , armés de fer.

» Le duc n'est pas loin : ses bannières » Flottent parmi les chevaliers ; » Quelques enseignes prisonnières , » Honteuses, passent les dernières.... — » Mes sœurs ! Voici les timbaliers !... »

Elle dit, et sa vue errante Plonge , hélas ! dans les rangs pressés ; Puis , dans la foule indifférente , Elle tomba , froide et mourante....

— Les timbaliers étaient passés.

Octobre 1825.

BALLADES

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