DON CARLOS , DON SANCHEZ , DON MATIAS , DON RICARDO
lis arrivent tous quatre, don Carlos en tête. Ils sont enveloppés de longs manteaux dont leurs épées soulèvent le bord inférieur.
DON CARLOS , examinant le balcon.
Voilà bien le balcon , la porte... Mon sang bout.
Montrant la fenêtre qui n'est pas éclairée. Pas de lumière encor... Des lumières partout Oi^i je n'en voudrais pas , hors à cette fenêtre Où j'en voudrais.
DON SANCHEZ
Seigneur, reparlons de ce traître.
Et VOUS l'avez laissé partir!...
Comme tu dis.
DON MATIAS.
Et peut-être c'était le major des bandits !
Qu'il en soit le major ou bien le capitaine , Jamais roi couronné n'eut mine plus hautaine.
DON SANCHEZ
Son nom , seigneur ?
DON CARLOS , les yeux sur la fenêtre.
Munoz..., Fernan..., un nom en i
DON SANCHEZ
Hernani , peut-être ?
Oui.
DON SANCHEZ
C'est lui.
DON «ATIAS.
C'est Hernani ?
Le chef!
DON SANCHEZ, au roi.
De ses propos vous reste-t-il mémoire ? DON CARLOS , sans quitter la fenêtre des yeux. Hé ! je n'entendais rien dans leur maudite armoire !
DON SANCHEZ
Mais pourquoi le lâcher lorsque vous le tenez ?
Don Carlos se détourne gravement et le regarde en face. DON CARLOS.
Comte de Monterey, vous me questionnez !
Les seigneurs reculent et se taisent.
Et d'ailleurs ce n'est point le souci qui m'arrête. J'en veux à sa maîtresse et non point à sa tête. Rien de plus.
DON RICARDO
Pourquoi pas à toutes deux, seigneur ^
Comte , un digne conseil, et qui vous fait honneur ! Vous allez droit au but ! vous avez la main prompte !
DON RICARDO, s'inclinant.
Sous quel titre plaît-il au roi que je sois comte.
DON SANCHEZ
C'est méprise.
DON RICARDO, à Sanchez.
Le roi m'a nommé comte.
Assez !
A Ricardo.
Bien ! j'ai laissé tomber ce titre... Ramassez.
DON RICARDO, s'inclinant.
Merci , seigneur.
DON SANCHEZ, à don Hlatias.
Beau comte ! un comte de surprise !
Don Carlos se promène au fond du théâtre, examinant avec impatience les fenêtres éclairées.
HERNANI
DON MATTAS, à don Sanchez, sur le devant du théâtre, kfais que fera le roi, la belle une fois prise ?
DON SANCHEZ, regardant Ricardo de travers. 1 la fera comtesse, et puis dame d'honneur j >uis, qu'il en ait un fils, il sera roi.
DON MATIAS.
Seigneur , liions donc ! un bâtard ! comte , fût-on altesse , )n ne saurait tirer un roi d'une comtesse !
DON SANCHEZ
1 la fera marquise , alors , mon cher marquis.
DON MATIAS.
»n garde les bâtards pour les pays conquis. >n les fait vice-rois. C'est à cela qu'ils servent.
on Carlos revient et regarde avec colère toutes les fenêtres
éclairées.
►irait-on pas des yeux jaloux qui nous observent?...
Deux fenêtres s'éteignent.
Infîn, en voilà deux qui s'éteignent !... allons ! lessieurs, que les instants de l'attente sont longs ! lui fera marcher l'heure avec plus de vitesse?
DON SANCHEZ
l'est ce que nous disons souvent chez votre altesse.
nON CARLOS.
Cependant que chez vous mon peuple le redit, la dernière fenêtre éclairée s'éteint.
la dernière est éteinte !
Tourné vers le balcon de dona Sol, toujours noir. 0 vitrage maudit !
•uand t'allumeras-tu ? Cette nuit est bien sombre, •ona Sol ! viens briller comme un astre dans l'ombre ! st-il minuit?
DON RICARDO
Minuit bientôt.
Il faut finir 'ourlant ! A tout moment l'autre peut survenir.
a fenêtre de dona Sol s'éclaire, on voit son ombre se dessiner sur les vitraux lumineux.
les amis ! un flambeau?... son ombre à la fenêtre!... amais jour ne me fut plus charmant avoir naître, làtons-nous ! faisons-lui le signal qu'elle attend : 1 faut frapper des mains trois fois. Dans un instant, les amis ! vous allez la voir ! Mais notre nombre l'a l'effrayer peut-être... Allez tous trois dans l'ombre ..à-bas , épier l'autre. Amis , partageons-nous ..es deux amans : tenez, à moi la dame, à vous iC brigand.
DON RICARDO
Grand merci.
S'il vient, de l'embuscade iortez vite, et poussez au drôle une estocade ! *endant qu'il reprendra ses esprits sur le grès,
J'emporterai la belle et nous rirons après.
N'allez pas cependant le tuer ! C'est un brave
Après tout 5 et la mort d'un homme est chose grave !
Les seigneurs s'inclinent et sortent. Don Carlos les Ials.se s'éloigner, puis frappe des mains à trois reprises ; à la troisième la fenêtre s'ouvre, et dona Sol paraît sur le balcon.