‹ uvres de Victor HugoChapitre 186 sur 599 · DON CARLOS, DONA SOL · texte numérisé non relu

DON CARLOS, DONA SOL

DONA SOL, au balcon.

Est-ce vous , Hernani ?

DON CARLOS, à part.

Diable ! ne parlons pas Il frappe de nouveau des mains.

Je descends.

Elle referme la fenêtre , dont la lumière disparait. Un moment après la petite porte .s'ouvre ; dona Sol sort une lampe à la main , elle dit, entr'ouvTant la porte :

Carlos rabat son ch.ipeau et s'avance précipitamment vers elle. Dona Sol laisse tomber sa lampe.

Dieu ! ce n'est point son pas !

Elle veut rentrer.

DON CARLOS , courant à elle et la retenant par le bras. Dona Sol !

DONA SOL

Ce n'est point sa voix ! Ah ! malheureuse !

Eh ! quelle voix veux-tu qui soit plus amoureuse ? C'est toujours un amant , et c'est un amant roi !

DONA SOL

Le roi !

Souhaite , ordonne. Un royaume est à toi ! Car celui dont tu veux briser la douce entrave C'est le roi ton seigneur, c'est Carlos ton esclave ! DONA SOL , cherchant à se dégager de ses bras. Au secours , Hernani...

Le juste et digne efïroi !

Ce n'est pas ton bandit qui te tient ; c'est le roi !

DONA SOL

Non ! le bandit , c'est vous ! n'avez-vous pas de honte ?

Ah ! pour vous au visage une rougeur me monte !

Sont-ce là des exploits dont le roi fera bruit ?

Venir ravir de force une femme , la nuit !

Ah ! qu'Hernani vaut mieux cent fois! Roi , je proclame

Que si l'homme naissait oîi le place son ame ,

Si le cœur seul faisait le brigand et le roi,

A lui serait le sceptre et le poignard à toi.

DON CARLOS , essayant de l'attirer.

Madame!,..

HERNANI

DONA 80L

Oubliez-vous que mon père était comte ?

Je vous ferai duchesse.

DONA SOL , le repoussant.

Allez , c'est une honte !

Elle recule de quelques pas.

11 ne peut être rien entre nous , don Carlo.s. Mon vieux père a pour vous versé son saufç h flots. Moi , je suis fille noble , «t . de ce sang jalouse , Trop pour la favorite et trop peu pour l'épouse !

Hé bien !... partage donc et mon trône et mon nom ! Venez. — Vous serez reine, impératrice...

DO>A SOL

C'est un piège. Et d'ailleurs, altesse , avec franchise , S'agit-il pas de vous ? S'il faut cpic jle le dise , J'aime mieux avec lui , mon llernani , mon roi , Vivre errante , en dehors du monde et de la loi , Ayant faim , ayant soif , fuyant toute l'année , Partageant jour ;1 jour sa pauvre destinée , Abandon , guerre , exil . deuil , misère et terreur, Que d'être impératrice avec un eujpereur.

Que cet homme est heureux !

nos s. SOL.

Quoi ! pauvre , proscrit même !

D0\ CARIOS,

Qu'il fait bien d'être pauvre et proscrit, puisqu'on l'aime! Moi je suis seul !... Un ange accompagne ses pas ! Donc vous me haïssez ?

DONA SOL

Je ne vous aime pas, DON CARLOS , la saisissant avec violence. Hé bien ! qu'importe ?

DONA SOL

0 ciel ! quoi ! vous êtes altesse , Vous êtes roi ! Duchesse , ou marquise , ou comtesse , Vous n'avez qu'à choisir. Les femmes de la cour Ont toujours un amour tout prêt pour votre amour ; Mais mon proscrit ! qu'a-t-il reçu du ciel avare ? Ah ! vous avez Castille , Aragon et Navarre , Et Murcie et Léon , dix royaumes encor. Et les Flamands , et l'Inde avec les mines d'or ! Vous avez un empire auquel nul roi ne touche , Si vaste que jamais le soleil ne s'y couche ! Et quand vous avez tout , voudrez-A ous , vous , le roi ! Me prendre , pauvre fille , à lui qui n'a que moi ?... Elle se jette à ses genoux ; il cherche à l'entraîner.

Viens , je n'écoute rien , viens ! si tu m'accompagnes , Je te donne... choisis... quatre de mes Espagnes : Dis , lesquelles veux-tu ? choisis !

Elle se débat dans ses bras.

DONA SOL

Pour mon honneur.

Je ne veux rien de vous , que ce poignard , seigneur ! Elle lui arrache le poignard de sa ceinture. Il la lâche et recule Avancez maintenant , faites un pas.

La belle !

Je ne m'étonne plus si l'on aime un rebelle.

Il veut faire un pas. Dona Sol lève le poignard. DONA SOL.

Pour un pas je vous lue et me tue...

Il recule. Elle se détourne et crie :

Hernani !...

Hernani !...

DON C.VRLOS.

Taisez-vous.

DONA SOL , le poign.ird levé.

Un |)as , tout est fini.

Madame . h cet excès ma douceur est réduite ! J'ai là pour vous forcer trois hommes de ma suite.

SCtoE III.

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