‹ uvres de Victor HugoChapitre 188 sur 599 · HERNANI , DON A SOL · texte numérisé non relu

HERNANI , DON A SOL

DONA SOL, saisissant la main d'Ilernani.

Maintenant , fuyons vile.

HERNANI , la repoussant avec une douceur grave. 11 vous sied , mon amie D'être dans mon malheur toujours plus raffermie, De n'y point renoncer , et de vouloir toujours Ju.s(prau fond , jiis(|u'au bout. accoini)agiH'r mes jours. C'osl un noble dessein , digne d'un cœur fidèle ! Mais, lu le vois , mon Dieu, pour tant accepter d'elle , Pour l'entraîner , sans iionle encore et sans regret , 11 n'est plus temps , je vois l'échafaud de trop près !

DONA SOL

Que dites-vous?

HERNANI

Ce roi que je bravais en face Va me punir d'avoir osé lui faire grâce. II fuit ; déjà peut-être il est dans son palais ; 11 appelle ses gens , ses gardes , ses valets , Ses seigneurs , ses bourreaux...

DONA SOL

Hernani! Dieu ! je tremble !

Eh bien ! hâtons-nous donc alors , fuyons ensemble !

HERNAM.

Ensemble ! non , non ; l'heure en est passée ! hélas ! Dona Sol , à mes yeux quand tu te révélas , Bonne , et daignant m'aimer d'un amour secourable , J'ai bien pu vous offrir, moi , pauvre misérable, Ma montagne , mon bois , mon torrent , — ta pitié M'enhardissait, — mon pain de proscrit , la moitié Du lit vert et touffu que la forêt me donne ; Mais l'offrir la moitié de l'échafaud ! pardonne , Dona Sol ! l'échafaud , — c'est à moi seul !

DONA SOL

Pourtant Vous me l'aviez promis !

HERNANI , tombant à ses genoux.

Ange ! Ah ! dans cet instant Où la mort vient peut-être , où s'approche dans l'ombre Un sombre dénoûment pour un destin bien sombre , Je le déclare ici , proscrit , Irainant au flanc Un souci profond, né dans un berceau sanglant , Si noir que soit le deuil qui s'épand sur ma vie , Je suis un homme heureux et je veux qu'on m'envie ! Car vous m'avez aimé ! car vous me l'avez dit ! Car vous avez tout bas béni mon front maudit.

DONA SOL

Souffre que je te suive.

HERNANI

Ah ! ce serait un crime Que d'arracher la fleur en tombant dans l'abîme ! Va : j'en ai respiré le parfum ! c'est assez ! Renoue à d'autres jours tes jours par moi froissés ! Épouse ce vieillard ! c'est moi (|ui le délie ; Je rentre dans la nuit. Toi, sois heureuse , oublie !

DONA SOL

Non , je le suis , je veux ma part de ton linceul ! Je m'attache à tes pas.

HERNANI

Oh ! laisse-moi fuir seul.

DONA SOL , au désespoir. Hernani sur le seuil de la porte.

Hernani ! tu me fuis. — Ainsi donc, insensée. Avoir donné sa vie et se voir repoussée ! Et n'avoir , après tant d'amour et tant d'ennui , Pas même le bonheur de mourir près de lui !

HEKNANI , hésitant.

Je suis banni , je suis proscrit ! je suis funeste !

DONA SOL

Ah! vous êtes ingrat !

HERNANI , revenant avec amour.

Eh bien ! non , non , je reste.

Tu le veux ; me voici. Viens ! oh ! viens dans mes bras ! Je reste et resterai tant que lu le voudras ! Oublions-les : restons. Sieds-toi sur cette pierre.

Il se place à ses pieds.

Des flammes de tes yeux inonde ma paupière : Parle-moi ! ravis-moi !... N'est-ce pas qu'il est doux D'aimer et de sentir qu'on vous aime à genoux? D'être deux ? d'être seids ? et que c'est douce chose De se parler d'amour , la nuit quand tout repose? Oh ! laisse-moi dormir et rêver sur ton sein , Dona Sol ! mon amour ! ... ma beauté î . . . Bruit de cloches au loin.

DONA SOL , se levant.

Le tocsin !

Entends-tu ? le tocsin !

HERNANI, toujours assis à ses genoux.

Eh ! non , c'est notre noce Qu'on sonne.

Le bruit des cloches augmente. Cris confus, flambeaux et lumières aux fenêtres , dans les rues , .sur les toits.

HERNANI

DONA sot

Lève-toi ! fuis ! grand Dieu , Saragosse

S'allume !

HERNAJÏI , se soulevant à demi.

Nous aurons une noce aux flambeaux!

DOiVA SOL.

C'est la noce des morts ! la noce des tombeaux !

Bruit d'épées , cris.

HERIVAM , se recouchant sur le banc de pierre. Viens dans mes bras.

CN MONTAGNARD , l'épée à la main , accourant.

Seigneur ! les sbires , les alcades Débouchent dans la place en longues cavalcades ! Alerte , monseigneur ! . . .

Hernani, se lève.

DONA SOL , pile.

Ah ! tu l'avais bien dit,

Page 1