‹ uvres de Victor HugoChapitre 187 sur 599 · DON CARLOS , DONA SOL , HERNANI · texte numérisé non relu

DON CARLOS , DONA SOL , HERNANI

HERNATn , surgissant tout à coup derrière lui. Vous en oubliez un.

Le roi se retourne , et voit Hernani immobile derrière lui ds l'ombre , les bras croisés sous le long manteau qui l'envelopi et le large bord de .son chapeau relevé. Dona Sol pousse un c court ;l lui et l'entoure de ses bras. HERNANI immobile , ses yeux étincelants fixés sur le roi. Ah ! le ciel m'est témoin Que volontiers je l'eusse été chercher plus loin ?

DONA SOL

Hernani, sauvez-moi de lui !

HERNANI

Soyez tranquille.

Monterey ! Que font donc mes amis par la ville ? Avoir laissé passer ce chef de Bohémiens !

Appelant.

Monterey !

HERNANI

Vos amis sont au pouvoir des miens.

Et ne réclamez pas leur épée impuissante : Pour trois qui vous viendraient, il m'en viendraitsoixant Soixante dont un seul vous vaut tous quatre. Ainsi , Vidons entre nous deux notre querelle ici. Quoi ! vous portiez la main sur celte noble fille ! C'était d'un imprudent , seigneur roi de Castille , Et d'un lâche.

DON CARLOS , souriant avec dédain.

Seigneur bandit, de vous à moi Pas de reproche !

HERNATVI.

Il raille! Oh ! je ne suis pas roi;

Mais quand un roi m'insulte et pour surcroît me raille , Ma colère va haut et me monte à sa taille ! Et prenez garde ! On craint, lorsqu'on me fait affront , Pins qu'un cimier de roi la rougeur de mon front ! Vous êtes insensé si quelque espoir vous leurre.

II lui saisit le bras.

Savez-vous quelle main vous étreint à cette heure ? Écoutez : votre père a fait mourir le mien , .levons hais. Vous avez pris mon titre et mon bien , Je vous hais. Nous aimons tous deux la même femme , Je vous hais , je vous hais ; oui , je te hais dans l'ame.

Monsieur !

HERNANI

Ce soir pourtant , toute haine avait fui ! Tout ce que je cherchais , c'est elle... Ah Dieu ! c'est lui! Don Carlos , le voilà pris à ton propre piège , Ni fuite ni secours ; je te tiens et t'assiège ! Seul , entouré partout d'ennemis acharnés , Que vas-tu faire ?

DON CARLOS, fièrement.

Allons ! vous me questionnez !

HERNANI

Va , va ! Je ne veux pas qu'un bras obscur te frappe , Il ne sied pas qu'ainsi ma vengeance m'échappe. Tu ne seras touché par un autre que moi. Défends-toi donc.

Il tire son épée.

Je suis votre seigneur le roi.

Frappez ; mais pas de duel.

HERNANI

Seigneur , qu'il te souvienne Qu'hier encor ta dague a rencontré la mienne.

Je le pouvais hier. J'ignorais votre nom ,

Vous ignoriez mon titre. Aujourd'hui , compagnon,

Vous savez qui je suis et je sais qui vous êtes.

HERNANI

Peut-être.

Pas de duel. Assassinez-moi : faites !

HERNANI

Crois-tu donc que pour nous il soit des noms sacrés ? Ça , te défendras-tu ?

Vous m'assassinerez.

Hernani recule. Don Carlos fixe des yeux d'aigle sur lui. Ah ! vous croyez , bandits , que vos brigades viles Pourront impunément s'èpandre dans mes villes ? One, teints de sang, chargés de meurtres, malheureux! Vous pourrez , après tout , faire les généreux ?

Et que nous daignerons , nous , victimes trompées , Anoblir vos poignards du choc de nos épées !... Non ! le crime vous tient ! partout vous le traînez : Nous , des duels avec vous ! arrière ! assassinez.

Hernani, sombre et pensif, tourmente quelques instants de la main la poignée de son ép6e , puis se retourne brusquement vers le roi , et brise la lame sur le pavé. HERNANI.

Va-t'en donc.

Le roi se retourne à demi vers lui , et le regarde avec dédain.

Nous aurons des rencontres meilleures.

Va-t'en.

DONA SOL

Mon Hernani !

C'est bien : dans quelques heures Je serai , moi le roi , dans le palais ducal. Mon premier soin sera de mander le lîscal ! A-t-on fait mettre à prix votre tête ?

HERNANI

Oui.

Maître , Je vous tiens de ce jour sujet rebelle et traître , Je vous en avertis. Partout je vous poursuis , Je vous fais mettre au ban du royaume.

HERNANI

J'y suis Déjà.

Bien !

HERNANI

Mais la France est auprès de l'Espagne , C'est un port.

Je vais être empereur d'Allemagne.

Je vous fais mettre au ban de l'empire.

HERNANI

A ton gré.

J'ai le reste du monde , où je te braverai. Il est plus d'un asile où ta puissance tombe.

Et quand j'aurai le monde ?

HERNANI

Alors j'aurai la tombe.

Je saurai déjouer vos complots insolents.

HERNANI

La vengeance est boiteuse j elle vient à pas lents , Mais elle vient.

DON CARLOS , riant avec dédain.

Toucher à la dame qu'adore Ce bandit !

HERNANI , dont les yeux s'aHument.

Songes-tu que je te tiens encore ?

Ne me rappelle pas , futur César romain ,

HERNANI

Que je l'ai là , chétif et petit dans ma main , Et ((lie si Je serrais cette main trop loyale , J'écraserais dans l'œuf ton aijjle impériale !

Faites.

HERNANI

Va-t'en , va-t'en j

Il ote son manteau et le jette sur les épaules du roi.

Fuis , et prends ce manteau :

Car, dans uos rangs, pour toi, je crains quelque couteau.

Le roi s'enveloppe du manteau.

Pars tranquille à présent ! ma vengeance altérée Poiu' tout autre que moi fait ta tète sacrée.

Monsieur , vous qui venez de me parler ainsi , Ne demandez un jour ni grAce , ni merci.

II sort.

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