D0:VA SOL
Qui sait ?
DON RUT GOMEZ
Mais va , crois-moi , ces cavaliers frivoles N'ont pas d'amour si grand qu'il ne s'use en paroles. Qu'inie fille aime et croie un de ces jouvenceaux, Elle en meurt; il en rit. Tous ces jeunes oiseaux, A l'aile vive et peinte, au langoureux ramage , Ont un amour qui mue ainsi que leur plumage. Les vieux , dont I âge éteint la voix et les couleurs, Ont l'aile plus tîdéle , et , moins beaux , sont meilleurs. Nous aimons bien. Nos pas sont lourds ? nos yeux arides? Nos fronts ridés? au cœur on n'a jamais de rides. Hélas ! quand un vieillard aime , il faut l'épargner; Le cœur est toujours jeune et peut toujours saigner. Ah ! je t'aime en époux , en père ! et puis encore De cent autres façons , comme on aime l'aurore , Comme on aime les fleurs, comme on aime les cieux ! De te voir tous les jours , toi , ton pas gracieux , Ton front pur, le beau feu de ta douce prunelle... Je ris , et j'ai dans l'ame une fête éternelle.
DO>"A SOL
Hélas !
D0> RLY GOMEZ.
Et puis , vois-tu , le monde trouve beau , Lorsqu'un homme s'éteint , et , lambeau par lambeau S'en va , lorsqu'il trébuche au marbre de la tombe , Qu'une femme , ange pur, innocente colombe , Veille sur lui , l'abrite , et daigne encor souffrir L'inutile vieillard qui n'est bon qu'à mourir. C'est une œuvie sacrée , et qu'à bon droit on loue , Que ce suprême effort d'un cœur qui se dévoue, Qui console un mourant jusqu'à la fin du jour. Et, sans aimer peut-être, a des semblants d'amour. Ah ! tu seras pour moi cet ange au cœur de femme, Qui du pauvre vieillard réjouit encor l'ame , Et de ses derniers ans lui porte la moitié , Fille par le respect et sœur par la pitié.
DOSA SOL
Loin de me précéder, vous pourrez bieiî me suivre , Monseigneur ! ce n'est pas une raison pour vivre Que d'être jeune. Hélas ! je vous le dis , souvent Les vieillards sont tardifs , les jeunes vont devant !
Et leurs yeux brusquement referment leur paupière , Comme un sépulcre ouvert dont retombe la pierre.
do:» RUV GOMEZ.
Oh ! les sombres discours ! Mais je vous gronderai , Enfant ! un pareil jour est joyeux et sacré. Comment à ce propos , quand l'heure nous appelle , N'ètes-vous pas encor prête pour la chapelle ? Mais, vite ! habillez-vous. —Je compte les instants. La parure de noce !
D0>A SOL
Usera toujours temps.
DON RIY GOHEZ.
Non pas.
Au page qui entre.
Que veut laquez?
LE PAGE
Monseigneur, à la porte , Un homme , un pèlerin , un mendiant , n'importe , Est là qui vous demande asile.
D05 RIY GOMEZ.
Quel qu'il soit, Le bonheur entre avec l'étranger qu'on reçoit , Qu'il vienne. — Du dehors a-t-on quelques nouvelles? Que dit-on de ce chef de bandits infidèles Qui remplit nos forêts de sa rébellion ?
LE PAGE
C'en est fait d'Hernani j c'en est fait du lion De la montagne.
D0:VA SOL , â part.
Dieu !
DO:» RUY GOMEZ , au page.
Quoi !
LE PAGE
La troupe est détruite. Le roi , dit-on , s'est mis lui-même à leur poursuite. La tête d'Hernani vaut mille écus du roi , Pour l'instant j mais on dit qu'il est mort.
DONA SOL , à paru
Ah ! sans moi , Hernani !...
D0> RLY GOMEZ.
Grâce au ciel ! il est mort , le rebelle ! On peut se réjouir maintenant , chère belle. Allez donc vous parer, mon amour, mon orgueil j Aujourd'hui , double fête.
DOSA SOL, à part.
Oh ! des habits de deuil.
Elle sort.
HERNANI