DON RUY GOMEZ , HERNANI , DONA SOL
Hernani , effaré, considère dona Sol avec des yeux ardents, sans
écouter le duc.
DOy RUY GOMEZ.
Voici ma Notre-Dame , à moi ; l'avoir priée Te portera bonheur.
Il va présenter la main à dona Sol , toujours p.1le et grave. Ma belle mariée, Venez. Quoi ! pas d'anneau ! pas de couronne encor !
IIERTf AM , d'une voix tonnante.
Qui veut {jagner ici mille carolus d'or ? Tous se retournent étonnés. Il déchire sa robe de pf-Ierin , la foule aux pieds et parait en costume de montagnard.
Je suis Hernani !
DOiVA SOL , à part avec joie.
Ciel ! vivant !
HERiVAm,aux valets.
Je suis cet homme Au duc.
Qu'on cherche. Vous vouliez savoir si je me nomme Perez ou Diego ? non ! je me nomme Hernani ! C'est un bien plus beau nom , c'est un nom de banni , C'est un nom de proscrit. — Vous voyez cette tête ? Elle vaut assez d'or pour payer votre fête !
Aux valets.
Je vous la donne à tous ! vous serez bien payés ! Prenez : liez mes mains , liez mes pieds , liez ! Mais , non : c'est inutile ; une chaîne me lie Que je ne romprai point.
DONA SOL , à part.
Malheureuse !
D0> RUY GOMEZ
Folie !
Çà , mon hôte est un fou !
HERIVASI.
Votre hôte est un bandit.
D0?ÎA SOL.
Oh! nerécoutez pas.
HERNAM.
J'ai dit ce que j'ai dit.
DOS RUY" GOMEZ
Mille carolus d'or, monsieur ! la somme est forte , Et je ne suis pas sûr de tous mes gens.
HERNA?(I.
Qu'importe ?
Livrez-moi !
DON RUY GOMEZ
Taisez-vous.
HERNANI , aux valets.
Hernani !
DONA SOL , d'une voix éteinte , à son oreille. Oh ! tais-toi.
HERNANI , se retournant à demi vers dona Sol. On se marie ici ! Je veux en être , moi.
Au duc.
Ma fiancée aussi m'attend. Elle est moins belle
Que la vôtre , seigneur ; mais n'est pas moins fidèle : —
La mort ! — Aucun de vous ne fait un pas encor ?
DONA SOL , bas.
Par pitié!...
HERNANI , aux valets.
Mes amis , mille carolus d'or !
DON RI Y GOMEZ
C'est le démon !
HERNANI , à un jeune valet.
Viens , loi ; tu gagneras la somme.
Riche alors , de valet tu redeviendras homme !
Aux valets.
Vous aussi vous tremblez ! ai-je assez de malheur !
DON RUY GOMEZ
Frère , à toucher ta tète ils risqueraient la leur.
Fusse.s-tu Hernani , fusses-tu cent fois pire,
Pour ta vie , au lieu d'or, offrît-on un empire ,
Mon hole , je te dois protéger en ce lieu ,
Même contre le roi , car je te tiens de Dieu !
S'il tombe un seul cheveu de ton front , que je meure !
A dona Sol.
Ma nièce , vous serez ma femme dans une heure.
Rentrez chez vous. Je vais faire armer le château ,
J'en vais fermer la porte.
Il sort.
HERNANI
Oh ! pas même un couteau !
Dona Sol , après que le duc a disparu , fait quelques pas comme pour suivre ses femmes , puis .s'arrête , et , dès qu'elles sont sorties , revient vers Hernani avec anxiété.
SCÈINE V.