‹ uvres de Victor HugoChapitre 195 sur 599 · HERNANI , DONA SOL · texte numérisé non relu

HERNANI , DONA SOL

Hernani , immobile , considère avec un regard froid l'écrin nuptial placé sur la table. Puis il boche la tète , et ses yeux s'allument.

HERNANI

Je vous fais compliment ! — Plus que je ne puis dire , La parure me charme et m'enchante , et j'admire !

Examinant le coffret.

Sans doute tout est vrai , tout est bon , tout est beau ! Il n'oserait tromper, lui , qui touche au tombeau.

Il prend Tune après l'autre toutes les pièces de Técrin. Rien n'y manque! colliers, brillants, pendants d'oreille, Couronne de duchesse, anneau d'or... — A merveille ! Grand merci de l'amour sûr, fidèle et profond ! Le précieux écrin !

DONA SOL va au coffret , y fouille et en tire un poignard. Vous n'allez pas au fond.

Hernani pousse un cri et tombe prosterné à ses pieds. C'est le poignard , qu'avec l'aide de ma patrone

HERNANI

Je pris au roi Carlos lorsqu'il m'offrit un trône , El que je refusai pour vous qui m'outragez !

HERNANI , toujours à genoux.

Oh ! laisse, qu'à genoux , dans tes yeux affligés J'efface tous ces pleurs amers et pleins de charmes, Et tu prendras après tout mon sang i)Our tes larmes !

DONA SOL, attendrie.

Hernani ! je vous aime et vous pardonne, et n'ai Que de l'amour pour vous.

HERNANI

Elle m'a pardonné , Et m'aime ! Oui pourra faire aussi que moi-même , Après ce que J'ai dit , je me pardonne et m'aime ?... Oh ! je voudrais savoir, ange au ciel réservé , Où vous avez marché , pour haiser le pavé !

DON A SOI

Croire que mon amour eût si peu de mémoire ? Que jamais ils pourraient, tous ces hommes sans gloire. Jusqu'à d'autres amours, plus nobles à leur gré, Rapetisser un cœur où son nom est entré !

HERNANI

Hélas ! j'ai blasphémé !... Si j'étais à fa place , Dona Sol , j'en aurais assez ; je serais lasse De ce fou furieux , de ce sombre insensé Qui ne sait caresser qu'après qu'il a blessé !

DONA SOL

Ah ! vous ne m'aimez plus !

HERNANI

Oh ! mon cœur et mon âme , C'est toi ! l'ardent foyer d'où me vient toute flamme , C'est toi! ne m'en veux pas de fuir, être adoré !...

DONA sot.

Je ne vous en veux pas , seulement j'en mourrai.

HERNANI

Mourir! grand Dieu ! pour moi se peut-il que tu meures ?

DONA SOL , pleurant et tombant dans un fauteuil. Pour qui , sinon pour vous ?

HERNANI , s'asseyant près d'elle.

Oh ! tu pleures ! tu pleures !

El c'est encor ma faute ! et qui me punira ? Car lu pardonneras encor ! Qui te dira Ce que je souffre au moins , lorsqu'une larme noie La flamme de tes yeux , dont l'éclair est ma joie ! Oii ! mes amis sont morts ! Oii ! je suis insensé ! Pardonne ! Je voudrais aimer, je ne le sai. Hélas ! j'aime pourtant d'une amour bien profonde ! Ne pleure pas ; mourons plutôt ! que n'ai-je un monde ! Je te le donnerais ! Je suis bien malheureux ! DONA SOL , se jetant à son cou.

Vous êtes mon seigneur, vaillant et généreux ! Je vous aime.

HERNANI

Ah ! l'amour serait un bien suprême Si l'on pouvait mourir de trop aimer !

DONA SOL

Je t'aime !

Hernani ! je vous aime , et je suis tout à vous. Hernani laisse tomber sa tête sur son épaule.

HERNANI

Oh ! qu'un coup de poignard de toi me serait doux !

DONA SOL, suppliante.

Quoi ! ne craignez-vous pas que le ciel vous punisse De parler de la sorte ?

HERNANI

Eh bien ! qu'il nous unisse,

Tu le veux !... qu'il en soit ainsi! j'ai résisté !

Tous deux dans les bras l'un de Taulre se regardent avec extase, sans voir, sans entendre, et comme absorbés dans leurs regards. Don Ruy Gomez entre , et s'arrête comme pétrifié sur le seuil.

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