JUVÉNAL
C'est une chose grande et que tout homme envie D'avoir un lustre en soi qu'on répand sur sa vie , D'être choisi d'un peuple à venger son affront , De ne point faire un pas qui n'ait trace en l'histoire , Ou de chanter, les yeux au ciel , et que la gloire Fasse avec un regard reluire votre front.
Il est beau de courir par la terre usurpée ,
Disciplinant les rois du plat de son épée ;
D'être Napoléon , l'empereur radieux;
D'être Dante , à son nom rendant les voix muettes.
Sans doute ils sont heureux les héros , les poètes ,
Ceux que le bras fait rois , ceux que l'esprit fait dieux !
Il est beau , conquérant , législateur, prophèle ,
De marcher dépassant les hommes de la tête ;
D'être en la nuit de tous un éclatant flambeau ;
Et que de vos vingt ans vingt siècles se souviennent !...
— Voih"> ce que je dis : puis des pitiés me viennent
Quand je pense à tous ceux qui sont dans le tombeau !
JuiUet 1829.
(Slttalxir^ifmjf.
Oh prîmavera ! giovenlù deli' anno ; Oh gioventù ! primavera délia vita.
0 mes lettres d'amour, de vertu , de jeunesse ,
C'est donc vous ? Je m'enivre encore à votre ivresse j
Je vous hs à genoux.
Souffrez que pour un jour je reprenne votre âge ! Laissez-moi me cacher, moi , l'heureux et le sage ,
Pour pleurer avec vous !
J'avais donc dix-huit ans ! j'étais donc plein de songes ! L'espérance en chantant me berçait de mensonges.
Un astre m'avait lui !
J'étais un dieu pour toi qu'en mon cœur seul je nomme ! J'étais donc cet enfant , hélas ! devant qui l'homme
Rougit presque aujourd'hui !
0 temps de rêverie , et de force , et de grâce ! Attendre tous les soirs une robe qui passe !
Baiser un gant jeté !
Vouloir tout de la vie , amour, puissance et gloire! Être pur , être fier , être sublime , et croire
A toute pureté !
A présent j'ai senti , j'ai vu , je sais. — Qu'importe ? Si moins d'illusions viennent ouvrir ma porte
Qui gémit en tournant!
Oh ! que cet âge ardent , qui me semblait si sombre , A côté du bonheur qui m'abrite à son ombre ,
Rayonne maintenant !
Que vous ai-je donc fait , ô mes jeunes années ! Pour m'avoir fui si vite et vous èlre éloignées ,
LES FEUILLES D'AUTOMNE
Me croyant satisfait?
Hélas ! pour revenir m'apparaître si belles , Quand vous ne pouvez plus me prendre sur vos ailes,
Que vous ai-je donc fait ?
Oh ! quand ce doux passé , quand cet âge sans (aclie Avec sa robe blanclie oîi notre amour s'attache ,
Revient dans nos cliemiiis , On s'y suspend , et puis que de larmes amères Sur les lambeaux fliHris de vos jeunes chimères
Qui vous restent aux mains !
Oublions ! oublions ! quand la jeunesse est morte , Laissons-nous emporter par le vent qui l'emporte
A riiorizon obscur.
Rien ne reste de nous ; notre œuvre est un problème. L'homme, fantôme errant , passe sans laisser même
Son ombre sur le mur !
Mai IS30.
CElutn^finjc.
Sinitc pamilos venire ad me.