‹ uvres de Victor HugoChapitre 20 sur 599 · JUVÉNAL · texte numérisé non relu

JUVÉNAL

C'est une chose grande et que tout homme envie D'avoir un lustre en soi qu'on répand sur sa vie , D'être choisi d'un peuple à venger son affront , De ne point faire un pas qui n'ait trace en l'histoire , Ou de chanter, les yeux au ciel , et que la gloire Fasse avec un regard reluire votre front.

Il est beau de courir par la terre usurpée ,

Disciplinant les rois du plat de son épée ;

D'être Napoléon , l'empereur radieux;

D'être Dante , à son nom rendant les voix muettes.

Sans doute ils sont heureux les héros , les poètes ,

Ceux que le bras fait rois , ceux que l'esprit fait dieux !

Il est beau , conquérant , législateur, prophèle ,

De marcher dépassant les hommes de la tête ;

D'être en la nuit de tous un éclatant flambeau ;

Et que de vos vingt ans vingt siècles se souviennent !...

— Voih"> ce que je dis : puis des pitiés me viennent

Quand je pense à tous ceux qui sont dans le tombeau !

JuiUet 1829.

(Slttalxir^ifmjf.

Oh prîmavera ! giovenlù deli' anno ; Oh gioventù ! primavera délia vita.

0 mes lettres d'amour, de vertu , de jeunesse ,

C'est donc vous ? Je m'enivre encore à votre ivresse j

Je vous hs à genoux.

Souffrez que pour un jour je reprenne votre âge ! Laissez-moi me cacher, moi , l'heureux et le sage ,

Pour pleurer avec vous !

J'avais donc dix-huit ans ! j'étais donc plein de songes ! L'espérance en chantant me berçait de mensonges.

Un astre m'avait lui !

J'étais un dieu pour toi qu'en mon cœur seul je nomme ! J'étais donc cet enfant , hélas ! devant qui l'homme

Rougit presque aujourd'hui !

0 temps de rêverie , et de force , et de grâce ! Attendre tous les soirs une robe qui passe !

Baiser un gant jeté !

Vouloir tout de la vie , amour, puissance et gloire! Être pur , être fier , être sublime , et croire

A toute pureté !

A présent j'ai senti , j'ai vu , je sais. — Qu'importe ? Si moins d'illusions viennent ouvrir ma porte

Qui gémit en tournant!

Oh ! que cet âge ardent , qui me semblait si sombre , A côté du bonheur qui m'abrite à son ombre ,

Rayonne maintenant !

Que vous ai-je donc fait , ô mes jeunes années ! Pour m'avoir fui si vite et vous èlre éloignées ,

LES FEUILLES D'AUTOMNE

Me croyant satisfait?

Hélas ! pour revenir m'apparaître si belles , Quand vous ne pouvez plus me prendre sur vos ailes,

Que vous ai-je donc fait ?

Oh ! quand ce doux passé , quand cet âge sans (aclie Avec sa robe blanclie oîi notre amour s'attache ,

Revient dans nos cliemiiis , On s'y suspend , et puis que de larmes amères Sur les lambeaux fliHris de vos jeunes chimères

Qui vous restent aux mains !

Oublions ! oublions ! quand la jeunesse est morte , Laissons-nous emporter par le vent qui l'emporte

A riiorizon obscur.

Rien ne reste de nous ; notre œuvre est un problème. L'homme, fantôme errant , passe sans laisser même

Son ombre sur le mur !

Mai IS30.

CElutn^finjc.

Sinitc pamilos venire ad me.

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