‹ uvres de Victor HugoChapitre 19 sur 599 · A LORD BYRON, EN · texte numérisé non relu

A LORD BYRON, EN

yo contra todos y todos contrayo.

Romance del Viejo Arias.

Qui peut savoir combien de jalouses pensées , De haines , par l'envie en tous lieux ramassées , De sourds ressentiments , d'inimitiés sans frein , D'orages à courber les i)lus sublimes têtes ,

LES FEUILLES D'AUTOMNE

Combien de passions , de fureurs , de tempêtes , Grondent autour de toi , jeune homme au front serein ! Tu ne le sais pas , toi ! — Car tandis qu'à ta base La gueule des serpents s'élargit et s'écrase , Tandis que ces rivaux , que tu croyais meilleurs , Vont l'assiégeant en foule , ou dans la nuit secrète Creusent maint piège infâme à ta marche distraite , Pensif, tu regardes ailleurs!

Ou si parfois leurs cris montent jusqu'à ton âme , Si ta colère , ouvrant ses deux ailes de flamme , Veut foudroyer leur foule acharnée à ton nom , Avant que le volcan n'ait trouvé son issue , Avant que tu n'aîs mis la main à ta massue, Tu te prends à sourire et tu dis : A quoi bon ?

Puis voilà <iue revient ta chère rêverie , Famille , enfance , amour , Dieu , liberté , patrie : La lyre à réveiller ; la scène à rajeunir ; Napoléon , ce dieu dont lu seras le prêtre ; Les grands hommes , mépris du temps qui les voit naître, Religion de l'avenir !

Allez donc! ennemis de son nom! foule vaine! Autour de son génie épuisez votre haleine ! llecommencez toujours ! ni trêve , ni remord. Allez , recommencez , veillez , et sans relâche Roulez voire rocher, refaites votre tâche , llnvieux !... - Lui podte, il chante , il rêve , il dort.

Voire voix, qui s'aiguise et vibre comme un glaive , iN'est qu'une voix de plus dans le bruit qu'il soulève. La gloire est un concert de mille échos épars , Chœurs de démons, accords divins, chants angéliques, Pareils au bruit que font dans les places publiques Une multitude de chars.

11 ne vous connaît pas. — Il dit par intervalles Ou'il faut aux jours d'été l'aigre cri des cigales , L'épine à mainte fleur ; que c'est le sort commun; Que ce serait pitié d'écraser la cigale ; Que le trop bien est mal ; que la rose au Bengale Pour être sans épine est aussi sans parfum.

Et puis , qu'importe ! amis , ennemis , tout s'écoule ; C'est au même tombeau que va toute la foule. Uien ne touche un esprit que Dieu même a saisi. Trônes , sceptres , lauriers , temples , chars de victoire , On ferait à des rois des couronnes de gloire De tout ce qu'il dédaigne ici !

Que lui font donc ces cris où votre voix s'enroue ? Oue sert au flot amer d'écumer sur la proue ? Il ignore vos noms , il n'en a point souci, Et quand pour ébranler l'édifice qu'il fonde ,

La sueur de vos fronts ruisselle et vous inonde , Il ne sait même pas qui vous fatigue ainsi !

Puis , quand il le voudra , scribes, docteurs , poêles , Il sait qu'il peut , d'un souffle, en vos bouches muettes

Éteindre vos clameurs , Et qu'il emportera toutes vos voix ensemble Comme le vent de mer emporte où bon lui semble

La chanson des rameurs !

En vain vos légions l'environnent sans nombre , Il n'a qu'à se lever pour couvrir de son ombre

A la fois tous vos fronts ; Il n'a «pi'à dire un mol pour couvrir vos voix grêles, Comme un char en i)assant couvre le bruit des ailes

De nulle moucherons !

Quind il veut . vos flambeaux , sublimes auréoles Dont vous illuminez vos temples , vos idoles ,

Vos dieux , votre foyer, Phares éblouissants , clartés universelles, Pâlissent à l'éclat des moindres étincelles

Du pied de son coursier !

HJtfttficnu.

In God is ail.

DËV15K DES SALTOUN.

0 toi qui si longtemps vis luire à mon côté Le jour égal et pur de la prospérité ; Toi qui , lorsque mon âm£ allait de doute en doute Et comme un voyageur te demandait sa route , Endormis sur ton sein mes rêves ténébreux , Et pour toute raison disais : Soyons heureux ! Hélas ! ô mon amie , hélas ! voici que l'ombre Envahit notre ciel , et que la vie est sombre ; Voici que le malheur s'épanche lenlemenl Sur l'azur radieux de notre firmament; Voici qu'à nos regards s'obscurcit et recule Notre horizon , perdu dans un noir crépuscule ;

Or, dans ce ciel , où va la nuit se propageant , Comme un œil lumineux , vivant , intelligent , Vois-tu briller là-bas cette profonde étoile?

LES FEUILLES D'AUTOMNE

Des mille vérités que le bonlieiir nous voile ,

C'est une qui paraît ! c'est la première encor

Qui nous ait éblouis de sa lumière d'or !

Notre ciel, que déjà la sombre nuit réclame,

N'a plus assez d'éclat pour cacher cette flamme ,

Et du sud , du couchant , ou du septentrion ,

Chaque ombre qui survient donne à l'astre un rayon.

Et plus viendra la nuit, et plus , à plis funèbres ,

S'épaissiront sur nous son deuil et ses ténèbres ,

Plus dans ce ciel sublime , à nos yeux enchantés

En foule apparaîtront de splendides clartés !

Plus nous verrons dans l'ombre, où leur loi les rassemble ,

Toutes les vérités élinceler ensemble ,

Et graviter autour d'un centre impérieux ,

El rompre et renouer leur chœur mystérieux !

Cette fatale nuit , que le malheur amène ,

Fait voir plus clairement la destinée humaine ,

Et montre à ses deux bouts écrits en traits de feu ,

Ces mois : Ame immortelle ! éternité de Dieu !

Car tant que luit le jour de son soleil de flamme Il accable nos yeux , il aveugle notre âme , Et nous nous reposons dans un doute serein Sans savoirs! le ciel est d'azur ou d'airain. Mais la nuit rend aux cieux leurs étoiles , leurs gloires , Candélabres que Dieu pend à leurs voûtes noires. L'œil dans leurs profondeurs découvre à chaque pas Mille mondes nouveaux qu'il ne soupçonnait pas , Soleils plus flamboyants, plus chevelus dans l'ombre , Qu'en l'abîme sans fin il voit luire sans nombre !

Août 1829.

©m^tfïttje.

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