‹ uvres de Victor HugoChapitre 219 sur 599 · HERNANI , LE MASQUE · texte numérisé non relu

HERNANI , LE MASQUE

LE MASQUE, d'une voix sépulcrale.

— « Ouoi qu'il puisse advenir, » Quand tu voudras, vieillard, quel que soit lelieu, l'heure, » S'il te passe à l'esprit qu'il est temps que je meure , » Viens , sonne de ce cor , et ne prends d'autres soins ! » Tout sera fait. » — Ce pacte eut les morts pour témoins : Hé bien ! tout est-il fait?

HERNANI , à voix basse.

C'est lui !

LE MASQUE

Dans ta demeure Je viens , et je te dis qu'il est temps. C'est mon heure. Je te trouve en retard.

HERNANI

Bien. Quel est ton plaisir?

Qwç^ feras-tu de moi? Parle.

LE MASQUE

Tu peux choisir Du fer ou du poison. Ce qu'il faut , je l'apporte. Kous partirons tous deux.

HERNANI

Soit,

LE MASQUE

Prions-nous ?

HERNANI

Qu'importe !

LE MASQUE

Que prends-tu ?

HERNANI

Le poison.

LE MASQUE

Bien ! donne-moi ta main.

Il présente une fiole à Hernani qui la reçoit en pâlissant. Bois , pour que je finisse.

Hernani approche la fiole de ses lèvres, puis recule.

Oh ! par pitié ! demain ! ~ Oh ! s'il te reste un cœur, duc, ou du moins une âme ; Si tu n'es pas un spectre échappé de la flamme j Un mort damné , fantôme ou démon désormais ; Si Dieu n'a point encor mis sur ton front : « Jamais ! >» Si lu sais ce que c'est que ce bonheur suprême D'aimer , d'avoir vingt ans , d'épouser quand on aime ; Si jamais femme aimée a tremblé dans tes bras , Attends jusqu'à demain. — Demain tu reviendras !

LE MASQUE

Simple qui parle ainsi ! demain ! demain ! — tu railles ! Ta cloche a ce matin sonné tes funérailles ! Et que ferais-je , moi , cette nuit? J'en mourrais. Et qui viendrait te prendre et t'emporter après ? Seul descendre au tombeau ! Jeune homme , il faut me HERNANI. [suivre !

Eh bien , non ! et de toi , démon , je me délivre ! Je n'obéirai pas.

LE MASQUE

Je m'en doutais. — Fort bien.

Sur quoi donc m'as-tu fait ce serment? Ah , sur rien. Peu de chose après tout ! La tète de ton père. Cela peut s'oublier , la jeunesse est légère.

HERNANI

Mon père! — Mon père!... Ah! j'en perdrai la raison !..,

LE MASQUE

Non , ce n'est qu'un parjure et qu'une trahison.

HERNANI

Duc!,..

LE MASQUE

Puisque les aînés des maisons espagnoles Se font jeu maintenant de fausser leurs paroles , Adieu !...

Il fait un pas pour sortir.

HERNANI

Ne t'en vas pas.

LE MASQUE

Alors...

HERNANI

HERrrANi.

Vieillard cruel !

Il prend la fiolc.

Revenir sur mes pas à la porte du ciel !...

Rentre dona Sol, sans voir lo masque qui est debout près de la rampe au fond du théâtre.

Page 1