‹ uvres de Victor HugoChapitre 220 sur 599 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

tES MÊMES ; DONA SOL.

no^x SOL.

Je n'ai pu le Irouver, ce coffret !

HERNANI, à part.

Dieu ! c'est elle !

Dans quel moment !

Ou'a-t-il ? je l'efFraic, il chancelle A ma voix !— Que tiens-tu dans ta main ? quel soupçon ! Que licns-lu dans ta main ? réponds.

Le domino se dOmasque. Elle pousse lui cri ; et roconn.iil don Ruy.

—C'est du poison !

HERNANI

Grand Dieu !

DONA SOL, à Uernani.

Que t'ai-je fait ? quel horrible mystère !... Vous me trompiez , don Juan !...

HERNANI

Ah ! j'ai dû te le taire.

J'ai promis de mourir au duc qui me sauva. Arapondoit payer cette dette à Silva.

DONA SOL

Vous n'êtes pas à lui . mais à moi. Que m'importe Tous vos autres serments.

A don Ruy Gomcz.

Duc , l'amour me rend forte.

Contre vous , contre tous , duc , je le défendrai.

DON RUY GOMEZ, immobile.

Défends-le , si tu peux, contre un serment juré !

DONA SOL

Quel serment ?

J'ai juré.

DONA SOL

Non , non : rien ne te lie j Cela ne se peut pas ! crime , attentat , folie !

DON RUY GOMEZ

Allons, duc !

Ilernani fait un geste pour obéir. Dona Sol cherche à l'arrêter. HERNANI.

Laissez-moi , dona Sol , il le faut.

Le duc a ma parole , et mon père est là haut !

DONA SOL, A don Ruy.

11 vaudrait mieux pour vous aller aux tigres même Arracher leurs petits , qu'à moi celui que j'aime. Savez-vous ce que c'est que dona Sol ? Longtemps, Par pitié p)our votre âge et pour vos soixante ans. J'ai fait la fille douce , innocente et timide; Mais voyez-vous cet œil de pleurs, de rage humide ? Elle tire un poignard de son .sein.

Voyez-vous ce poignard ? Ah ! vieillard insensé. Craignez-vous pas le fer, quand l'œil a menacé? Prenez garde , don Ruy ! — Je suis de la famille. Mon oncle ! écoutez-moi, fussé-je votre fille. Malheur si vous jiortez la main sur mon époux !...

Elle jette le poignard et tombe à genoux devant le duc. Ah ! je tombe à vos pieds ! Ayez pitié de nous ! Grâce ! hélas ! monseigneur, je ne suis qu'une femme Je suis faible , ma force avorte dans mon âme ,

Je me brise aisément Je tombe à vos genoux !

Ah ! je vous en supplie , ayez pitié de nous !

DON RUY GOHEZ.

DONA SOL

Pardonnez!.... Nous autres Espagnoles , Notre douleur s'emporte à de vives paroles ; Vous le savez. Hélas ! vous n'étiez pas méchant ! Pitié ! vous me tuez, mon oncle , en le touchant ! Pitié ! je l'aime tant !

DON RCY GOMEZ, sombre.

Vous l'aimez trop!

HERNANI

Tu pleures

DONA SOL

Non , non , je ne veux pas , mon amour, que tu meures

A don Ruy.

Non , je ne le veux pas. Faites grâce aujourd'hui ; Je vous aimerai bien aussi , vous.

DON RUY GOMEZ

Après lui !

Allons.

Hernani approche la flole de ses lèvres. Dona Sol se jette sur sor

bras,

DONA SOL

Oh ! pas encor ! Daignez tous deux m'entendre

DON RUY GOMEZ

Le sépulcre est ouvert , et je ne puis attendre.

Un instant, monseigneur ! . . . mon don Juan! Ah ! tous deux Vous êtes bien cruels ? — Qu'est-ce que je veux d'eux? Un instant ! voilà tout... tout ce que je réclame !... Enfin on laisse dire à cette pauvre femme

Ce qu'elle a dans le cœur! Oh ! laissez-moi parler

DON RUY GOMEZ, à Hernani.

J'ai hâte.

DONA SOL

Messeigneurs ! vous me faites trembler ! Que vous ai-je donc fait?

HERNANI

IlERNANI.

Ah ! son cri me décliire.

«ONA SOL , lui retenant toujours le bras.

Vous voyez bien que j'ai mille choses à dire.

DO?i RCY GOMEZ, à llcrnani.

Il faut mourir.

DONA SOL, toujours pendue au bras d'Hernani. Don Juan , lorsque j'aurai parlé , Tout ce que tu voudras, lu le feras.

Elle lui arrache la flolo.

Je l'ai.

Elle Olôve la fiole aux yeux d'Hernani et du vieillard élonnO. DON RUY GOMEZ.

l'uisque Je n'ai céans affaire qu'à deux femmes, Don Juan , il faut qu'ailleurs j'aille chercher des âmes. ïu fais de beaux serments par le sang dont tu sors , Et je vais à ton père en parler chez les morts ! — Adieu !...

H fait quelques pas pour sortir. Hernani le retient. HERNANI.

Duc , arrêtez.

A dona Sol.

Hélas ! je t'en conjure , Veux-tu me voir faussaire , et félon , et parjure ? Veux-tu que partout j'aille avec la Iraliison Écrite sur le front? Par pitié , ce poison. Rends-le-moi ! Par l'amour, par notre âme immortelle ! DONA SOL, sombre.

Tu veux ?'

Elle boit.

Tiens maintenant.

DON RIY GOMEZ.

Ah ! c'était donc pour elle !

DONA SOL, rendant à Hernani la fiole à demi vidOe. Prends, te dis-je.

HERNANI, à don Ruy.

Vois-tu, misérable vieillard?

DONA SOL

Ne te plains pas de moi , je t'ai gardé ta part.

HERNANI , prenant la fiole.

Dieu i

DONA SOL

Tu ne m'aurais pas ainsi laissé la mienne, Toi !... tu n'as pas le cœur d'une épouse chrétienne ; Tu ne sais pas aimer comme aime une Silva. Mais j'ai bu la première et suis tranquille. — Va ! Bois si lu veux !

HERNANI

Hélas ! qu'as-tu fait , malheureuse?

DONA SOL

C'est toi qui l'as voulu.

HERNANI

C'est une mort affreuse !...

DONA SOL

Non. — Pourquoi donc?

HERNANI

Ce philtre au sépulcre conduit.

DONA SOL

Devions-nous pas dormir ensemble cette nuit? Qu'importe dans quel lit !

HERNANI

Mon père , lu te ven{;cs Sur moi qui t'oublias !

Il porte la fiole A .sa bouche.

DONA SOL , se jetant sur lui.

Ciel ! des douleurs étranges !

Ah ! jette loin de toi ce philtre !... ma raison S'égare. — Arrête ! hélas ! mon don Juan ! ce poison Est vivant , ce poison dans le cœur fait éclore Une hydre à mille dents qui ronge et qui dévore ! Oh ! je ne savais pas qu'on souffrît à ce point ! Qu'est-ce donc que cela ? c'est du feu ! ne bois point ! Oh ! tu souffrirais trop !

HERNANI, à don Ruy.

Ah ! ton âme est cruelle !

Pouvais-tu pas choisir d'autre poison pour elle ? 11 boit et jette la fiole DONA SOL.

Que fais-tu ?

HERNANI

Qu'as-tu fait ?

DONA SOL

Viens, ô mon jeune amant, Dans mes bras.

Ils s'asseyent l'un près de l'antre.

Est ce pas qu'on souffre horriblement?

HERNANI

Non!

DONA SOL

Voilà notre nuit de noce commencée !

Je suis bien pâle , dis , pour une fiancée ?

HERNANI

Ah

DON RUY GOMEZ

La fatalité s'accomplit.

HERNANI

Désespoir !

0 tourment ! Dona Sol souffrir, et moi le voir !

Calme-toi. Je suis mieux. — Vers des clartés nouvelles Nous allons tout à l'heure ensemble ouvrir nos ailes. Partons d'un vol égal vers un monde meilleur. Un baiser seulement, un baiser !

Ils s'embrassent.

DON RUY GOMEZ

G douleur !

HERNANI, d'une voix affaiblie.

Oh ! béni soit le ciel qui m'a l'ait une vie

irKRNANI.

D'ahlmcs entourée el de fipecfrcs suivie.

Mais qui permet que , las d'un si rude chemin,

Je puisse m'cndoruiir, ma bouclie sur la main !

1)0^ ni'Y GOJIEZ.

ils sont encore lieureux!

IIERWAiNI , U'iine voix de plus en plus faible.

Doua Sol , tout est sombre....

SoufFre8-tu !

noNA SOL, d'une voix ('g-ilcmcnl C'telnto. Rien , itlus rien.

IIERNAÎII.

Vois-tu des feux dans l'ombre?

DONA .SOL

Pas (.ncor

HERTïAîVI, avec un soupir.

Voici...

U (on>l!0.

DO!V RVY COMEZ, soulevant sa tôto riu i retombe. Mort!

DOSA SOL

ÉchcvclOe et «e dressant \ demi sur son sOant.

Morl ! non pas !... nous dormons.

11 dort ! c'est mon époux, vois-tu, nous nous aimons. Nous sommes couchés là. C'est notre nuit de noces...

D'une voix qui s'Oteint.

Ne le réveillez pas , seigneur duc de Mendoce ! Il est las...

Elle rclourne I.n flgïire d'Hernanl.

Mou amour, tiens-loi vers moi tourné...

Plus près... plus près encor...

Elle retombe.

noy RUV GOMEZ.

Morte ! ... Oh ! je suis damné.

Il se tue.

o..f!iiiiil|11/-;

xMARION DE LORME,

rame.

REPRÉSENTÉ Al' THÉÂTRE DE I\ TORTE S\I^'T-MARTI!V , LE 11 AOIT 1831.

PREFACE

Celte i»iècc, représentée dix-huit mois après leniani, fut faite trois mois auparavant. Les leux drames ont été composés en 1829 : Marion le Lorme en juin, Hernani en septembre. A cela )rès de quelques changements de détail qui ne nodifient en rien ni la donnée fondamentale de 'ouvrage, ni la nature des caractères, ni la valeur •cspective des passions, ni la marche des événenents, ni même la distribution des scènes ou l'inl'ention des épisodes, l'auteur donne au public, lu mois d'août 1831 , sa pièce telle qu'elle fut icrite au mois de juin 1829. Aucun remaniement H'ofond, aucune mutilation, aucune soudure faite iprès coup dans l'intérieur du drame, aucune nain-d'œuvre nouvelle, si ce n'est ce travail d'austcment qu'exige toujours la représentation. L'aueur s'est borné à cela, c'est-à-dire à faire sur les )ords extrêmes de son œuvre ces quelques rognures sans lesquelles le drame ne pourrait s'encadrer solidement dans le théâtre.

Cette pièce est donc restée éloignée deux ans du théâtre. Quant aux motifs de cette suspension , de juillet 1829 à juillet 1830, le public les connaît : elle a été forcée ; l'auteur a été empêché. Il y a eu, L't l'auteur écrira peut-être un jour cette petite histoire demi-politique, demi-littéraire, il y a eu t'e/odela censure, prohibition successive des deux ministères Martignac et Polignac, volonté formelle du roi Charles X. (Et si l'auteur vient de prononcer ici ce moi àa ce?isui'e sans y joindre d'épithète, c'est qu'il l'a combattue assez publiquement et assez longtemps pendant qu'elle régnait, pour être en droit de ne pas l'insulter maintenant qu'elle est au rang des puissances tombées. Si jamais on osait la relever , nous verrions. )

Pour la deuxième année, de l8ô0 à 1831 , h\

suspension de Marion de Lorme a été volontaire. L'auteur s'est abstenu. Et, depuis cette époque, plusieurs personnes qu'il n'a pas l'honneur de connaître lui ayant écrit pour lui demander s'il existait encore quelques nouveaux obstacles à la représentation de cet ouvrage, l'auteur, en les remerciant d'avoir bien voulu s'intéresser à une chose si peu importante, leur doit une explication ; la voici :

Après l'admirable révolution de 1830 , le théâtre ayant conquis sa liberté dans la liberté générale , les pièces que la censure de la restauration avait inhumées toutes vives br^isèi^ent du crâne, comme dit Job, la pierre de leur tombeau, et s'éparpillèrent en foule et à grand bruit sur les théâtres de Paris, où le public vint les applaudir, encore toutes haletantes de joie et de colère. C'était justice. Ce dégorgement des cartons de la censure dura plusieurs semaines, à la grande satisfaction de tous. La Comédie-Française songea à Marion de Lorme. Quelques personnes influentes de ce théâtre vinrent trouver l'auteur ; elles le pressèrent de laisser jouer son ouvrage, relevé comme les autres de l'interdit.

Dans ce moment de malédiction contre Charles X, le (pialrième acte, défondu par Charles X, leur semblait promis à un succès de réaction politique. L'auteur doitle dire ici franchement, comme il le déclara alors dans l'intimité aux personnes qui faisaient cette démarche près de lui, notamment à la grande actrice qui avait jeté tant d'éclat sur le rôle de dona Sol; ce fut précisément cette raison , la prohahilitê d'un succès de réaction politique , qui le détermina à garder, pour (pielque temps encore , son ouvrage en portefeuille. 11 sentit qu'il était, lui, dans un cas particulier. Quoique placé depuis plusieurs années dans les

PREFACE

rangs, sinon les'plus illustres, du moins les plus laborieux de l'opposition ; quoique dévoué et acquis, depuis qu'il avait âge d'homme, à toutes les idées de progrès, d'amélioration , de liberté; quoi- (jue leur ayant donné peut-être queiques gages , et entre autres , précisément une année auparavant, à propos de cette même Marion de Lorme ; il se souvint que, jeté à seize ans dans le monde littéraire par des passions politiques, ses premières opinions, c'est-à-dire ses premières illusions, avaient été royalistes et vendéennes; il se souvint qu'il avait écrit une Ode du sac7'e à une époque , il est vrai, où Charles X, roi populaire, disait aux acclamations de tous : Plus de censure! plus de hallebardes ! Il ne voulut pas qu'un jour on put lui reprocher ce passé, passé d'erreur sans doute, mais aussi de conviction, de conscience, de désintéressement, comme sera, il l'espère, toute sa vie. 11 comprit qu'ini succès politiipic à propos de Charles X tombé, permis à tout autre, lui était défendu à lui ; qu'il ne lui convenait pas d'être un des soupiraux par où s'échapperait la colère publique; qu'en présence de cette enivrante révolution de juillet, sa voix pouvait se mêler à celles qui applaudissaient le peuple , non à celles qui maudissaient le roi. 11 lit son devoir. Il fit ce que tout homme de cœur eût fait à sa place. Il refusa d'autoriser la représentation de sa pièce. D'ailleurs les succès de scandale cherché et d'allusions politiques ne lui sourient guère , il l'avoue. Ces succès valent peu et durent peu. C'est T.ouis XIII qu'il avait vo'.du peindre dans sa bonne foi d'artiste , et non tel de ses descendants. Et puis c'est précisément quand il n'y a plus de censure qu'il faut que les auteurs se censurent eux-mêmes, honnêtement, consciencieusement, sévèrement. C'est ainsi (lu'ils placeront haut la dignité de l'art. Quand on a toute liberté , il sied de garder toute mesure.

Aujourd'hui que trois cent soixante-cinq jours, c'est-à-dire, parle temps où nous vivons, trois cent soixante-cinq événements, nous séparent du roi tombé ; aujourd'hui que le flot des indignations populaires a cessé de battre les dernières années croulantes de la restauration , comme la mer qui se retire d'une grève déserte ; aujourdluii (pie CharlesX est plus oublié que LouisXlll, l'auteur a donné sa pièce au public elle public l'a prise comme l'auteur la lui a donnée, naïvement, sans arrière-pensée, comme chose d'art, bonne ou mauvaise, mais voilà tout.

L'auteur s'en félicite et en félicite le imblic. C'est quelque chose, c'est beaucoup , c'est tout pour les

hommes d'art , dans ce moment de préoccupation politiques, qu'une affaire littéraire soit prise littc rairement.

Pour en finir sur cette pièce, l'auteur fera rc

marquer ici que sous la branche ainée des Bour

bons, elle eût été absolument et éterncllemcn

exclue du théâtre. Sans la révolution de juillet, ell

n'eût jamais été jouée. Si cet ouvrage avait une plu

haute valeur, on pourrait soumettre cette observa

tion aux personnes qui affirment cpie la révolulioi

de juillet a été nuisible à l'art. 11 serait facile d

démontrer que cette grande secousse d'affranchi*

sèment et d'émancipation n'a pas été nuisible

l'art, mais qu'elle lui a été utile ; qu'elle ne lui

pas été utile , mais qu'elle lui a été nécessaire. E

en effet, dans les dernières années de la restaura

lion, l'esprit nouveau du dix-neuvième siècle avai

pénétré tout, réformé tout , recommencé tout, hia

loirc, poésie, philosophie, tout, excepté le tliéd

tre. Et à ce phénomène , il y avait une raison bie

simple : la censure murait le théâtre. Aucun moye

de traduire naïvement, grandement, loyalemer

sur la scène, avec l'impartialité , mais aussi avec 1

sévérité de l'artiste, un roi, un prêtre, un seigneui

le moyen âge, l'histoire , le passé. La censure éta

là , indulgente pour les ouvrages d'école et de cor

vention, (jui fardent tout, et par conséquent d(

guisent tout; impitoyable pour l'art vrai, conscici

cieux , sincère. A peine y a-t-il eu quelqu<

exceptions ; à peine trois ou quatre œuvres vra

ment historiques et dramatiques ont-elles pu j

glisser sur la scène dans les rares moments où 1

police, occupée ailleurs, en laissait la porte eutr

baillée. Ainsi la censure tenait l'art en échec devai

le théâtre. Yidocq bloquait Corneille. Or la cei

sure faisait partie intégrante de la restauration

l'une ne pouvait disparaître sans l'autre. Il falla

donc que la révolution sociale se complétât , poi

([ue la révolution de l'art pût s'achever. Un joui

juillet 1830 ne sera pas moins une date littéraii

qu'une date politique.

Maintenant l'art est libre : c'est à lui de rester dign

Ajoutons-le en terminant. Le public, cela devs

être et cela est , n'a jamais été meilleur, n'a jama

été plus éclairé et plus grave qu'en ce momen

Les révolutions ont cela de bon qu'elles mûrisse

vile , et à la fois , et de tous les côtés , tous les e

prits. Dans un temps comme le nôtre, en deux an

l'instinct des masses devient goût. Les misérabl

mots à querelle , classique et romantiqiie , so

tombés dans l'abîme de 1830, comme ff lue /lisle

picciniste dans le gouffre de 1789. L'art seul (

PRÉFACE

slé. Pour l'arlisle qui cludie le public, et il faut ■ludier sans cesse, c'est un grand encouragement ! sentir se développer chaque jour au fond des asses une intelligence de plus en plus sérieuse et ofonde de ce qui convient à ce siècle , en littérare non moins qu'en politicpie. C'est un beau speccle de voir ce public , harcelé par tant d'intérêts atériels qui le pressent et le tiraillent sans relaie, accourir en foule aux premières transformajns de l'art qui se renouvelle , lors même qu'elles int aussi incomplètes et aussi défectueuses que llc-cl. On le sent attentif, sympathique, plein de »n vouloir, soit qu'on lui fasse , dans une scène histoire, la leçon du passé; soit qu'on lui fasse , ins un drame de passion , la leçon de tous les mps. Certes, selon nous, jamais moment n'a été us propice au drame. Ce serait l'heure, pour lui à qui Dieu en aurait donné le génie , de créer ut un théâtre, un théâtre vaste et simple, un et irié, national par l'histoire , populaire par la vété, humain , naturel, universel, par la passion, jetés dramatiques, à l'œuvre! elle est belle, elle t haute. Vous avez affaire à un grand peuple ibituéaux grandes choses. lien a vu et il en a fait.

Des siècles passés au siècle présent , le pas est tiniense. Le thécitre , maintenant, peut ébranler les lulliludesetles remuer dans leurs dernières proindeurs. Autrefois, le peuple, c'était une épaisse luraille sur laquelle l'art ne peignait qu'une fresque.

11 y a des esprits , et dans le nombre de fort

élevés, qui disent que la poésie est morte , que l'art est impossible. Pourquoi ? tout est toujours possible à tous les moments donnés, et jamais plus de choses ne furent possibles qu'au temps où nous vivons. Certes , on peut tout attendre de ces générations nouvelles qu'appelle un si magnifique avenir, que vivifie une pensée si haute, que soutient une foi si légitime en elles-mêmes. L'auteur de ce drame, qui est bien fier de leur appartenir, qui est bien glorieux d'avoir vu quelquefois son nom dans leuibouche , quoiqu'il soit le moindre d'entre eux , l'auteur de ce drame espère tout de ses jeunes contemporains , même un grand poêle. Que ce génie , caché encore , s'il existe , ne se laisse pas décourager par ceux qui crient à l'aridité , à la sécheresse, au prosaïsme des temps. Une époque trop avancée? pas de génie primitif possible?... — Laisse-les parler, jeune homme ! Si quelqu'un eût dit à la fin du dix-huitième siècle, après le régent, après Voltaire, après Beaumarchais, après Louis XV, après Cagliostro , après Marat , que les Charlemagnes , les Charlemagnes grandioses, poétiques et presque fabuleux, étaient encore possibles, tous les sceptiques d'alors , c'est-à-dire la société tout entière , eussent haussé les épaules et ri. Hé bien ! au commencement du dix-neuvième siècle, on a eu l'empire et l'empereur. Pourquoi maintenant ne viendrait-il pas un poète qui serait à Shakspeare ce que Napoléon est à Charlemagne?

AoiH 1831.

MARION DE LORME

PERSONNAGES

PERSONNAGES

ACTEURS

Qui onl

rrpic'soiilt'la

pièce 011 1831.

MARION DE LORME

M""" DoBVAl.

M. Bocage.

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