‹ uvres de Victor HugoChapitre 225 sur 599 · M.\RI · texte numérisé non relu

M.\RI

Pauvre Didier !

DIDIER

Marie !...

MARIOX.

Eh bien ! oui, je vous aime.

Oui, je VOUS aime!... autant que vous m'aimez vous-même. Plus peut-être !... C'est moi qui suivis tous vos pas, Et je suis toute à vous.

DIDIER tombante genoux.

Oh ! ne me trom|)ez pas.

A mon amour si pur que votre amour réponde , Et mon bonheur pourra faire la dot d'un monde , Et mes jours ne seront . prosternés à vos pieds , Qu'amour, délice et joie... — Oh ! si vous me trompiez

Pour croire à mon amour que vous faul-il ? J'écoute.

DIDIER

l ne preuve.

M.KRIO^.

Parlez. Quoi ?

DiniF.R.

Vous êtes sans doute Libre'

MARIO'V avec embarras.

Oui...

DIDIER

Prenez-moi pour frère , pour ai>pui ; Épousez-moi !

M.VRIO-V A part.

Pourquoi suis-je indigne de lui !

DIDIER

lié bien?

.MARIOX.

Mais...

DIDIER

Je comprends. Orphelin, sans fortune.

L'audace est inouïe, étrange , et j'importune. Laissez-moi donc mon deuil , mes maux , mon abandon, Adieu.

Il fait un pas pour sortir, Marion le relient. MARIOX.

Didier ! Didier ! que dites-vous ?

Elle fond en larmes.

DIDIER revenant

Pardon !

Mais poiu-quoi balancer?

S'approcliant d'elle.

— Comprends-tu bien , Marie ?

Nous être l'un à l'autre un monde , une patrie, In ciel !... Vivre ignorés dans un lieu de ton choix, Y cacher un bonheur à faire envie aux rois !...

MARIOV.

Ah ! ce serait le ciel !

DIDIER

En veux-tu ?

M VRIO?ï à part.

Malheureuse !

Haut.

Je ne puis. Jamais !

Elle s'arrache des bras de Didier et tombe sur son fauteuil DIDIER glacial.

L'offre était peu généreuse De ma part. Il suffît. Je n'en parlerai plus , Allons !

MARION DE LORME

MARION à part.

Ah ! maudit soit le jour où je lui plus !

naiit.

»idier ! je vous dirai... vous me déchirez l'âme... e vous expliquerai...

DIDIER froidement.

Que lisiez-vous , madame , )uand jesuis arrivé?

Il prend le livre sur la table et lit. La Guirlande (Vamour, t Manon de Lorme.

Amèrement.

Oui , la beauté du jour !

Jetant le livre à terre avec violence.

h ! vile créature , impure entre les femmes ! MARION tremblante.

[onsieur...

DIDIER

Que faites-vous de ces livres infâmes ? omnient sont-ils ici?

MARION faiblement et baissant les yeux.

Le hasard...

DIDIER

Savez-vous , ous dont l'œil est si pur, dont le front est si doux, avez-vous ce que c'est que Marion de Lorme ? ne femme , de corps belle, et de cœur difforme ! ne Phryné qui vend à tout homme , en tout lieu , on amour qui fait honte et fait horreur !

MARION la tète dans ses mains.

Grand Dieu !

;Un bruit de pas , un cliquetis d'épées au dehors et des cris :

u meurtre !

DIDIER étonné.

Mais quel bruit dans la place voisine ? Les cris continuent :

l'aide ! au meurtre !

DIDIER regai'dant au balcon.

C'est quelqu'un qu'on assassine...

prend .son épée et enjambe la balustrade du balcon. Marion se lève , court à lui , et cherche à le retenir par son manteau.

MARION

idier ! si vous m'aimez... — Ils vous tueront ! — restez!

DIDIER sautant dans la rue.

ais c'est lui qu'ils tueront , le pauvre homme !

Dehors, aux combattants :

Arrêtez !

- Tenez ferme, monsieur !

Cliqvietis d'épées.

Poussez ! — tiens, misérable!

Bruit d'épées, de voix et de pas.

MARION, au balcon, avec terreur.

Ciel ! six contre deux!

VOIX DANS LA RUE

Mais cet homme est le diable !

Le cliquetis d'armes décroit peu à peu, puis cesse tout à fait. Bruit de pas qui s'éIoi(;nent. On voit reparaître Didier qui escalade le balcon.

DIDIER encore en dehors du balcon et tourné vers la rue.

Vous voici liors d'affaire. Allez votre chemin.

SAVERNY du dehors.

Je ne m'en irai pas sans vous serrer la main , Sans vous remercier, s'il vous plaît.

DIDIER avec humeur.

Passez vite !

De vos remercîments , monsieur, je vous tiens quitte.

SAVERNY

Je VOUS remercîrai !

Il escalade le balcon.

DIDIER

Hé ! sans monter ici Ne pouviez-vous d'en-bas me dire : grand merci ?

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