LES PRÉCÉDENTS, DIDIER
DIDIER s'avançant lentement du fond du théâtre sans être vu ni entendu des autres.
Marquis de Saverny !... — Je voudrais bien revoir Ce fat qui fut près d'elle effronté lautresoir j J'ai son air sur le cœur.
BOICIIAVANNES à Saverny qui cause avec Bricbanteau. Saverny !
DIDIER à part.
C'est mon homme !
Il s'avance à pas lents, l'œil fixé sur les gentilshommes, et vient s'asseoir à une table placée sous le réverbère qui éclaire l'écriteau , à quelques pas de L'Angely qui demeure aussi immobile et silencieux.
BOICHAVANNES à Saverny qui se retourne.
Connaissez-vous Pédit ?
SAVERNY
Ouel édit !
BOUCHAVANNES.
Qui nous somme De renoncer au duel ?
SAVERNY
Mais c'est très-sage.
MARION DE LORME
BRICHANTEAU
Oui , mais Sous peine de la corde ?
SAVERNY
Ah ! tu railles ! — Jamais.
Qu'on pende les vilains , c'est très-bien.
BRIcaANTEAU lui montrant l'écriteau.
Lis toi-même , L'édit est sur le mur.
SAVERNY apercevant Didier.
Hé ! cette face blême Peut me le lire.
A Didier, haussant la voix.
Holà ! hé ! l'homme au grand manteau ! L'ami ! — Mon cher ! —
A Brichanteau.
Je crois qu'il est sourd, Brichanteau.
DIDIER qui ne l'a pas quitté des yeux, levant lentement la tête.
Me parlez-vous ?
SAVERNY
Pardieu! pour récompense honnête, Lisez-nous l'écriteau placé sur votre tête.
DIDIER
Moi?
SAVERNY
Vous. — Savez-vous pas épeler l'alphabet?
DIDIER se levant.
C'est redit qui punit tout bretteur de gibet j Qu'il soit noble ou vilain.
SAVERNY
Vous vous trompez, brave homme.
Sachez qu'on ne doit pas pendre un bon gentilhomme j Et qu'il n'est dans ce monde, où tous droits nous sont dus, Que les vilains qui soient faits pour être pendus.
Aux gfentilshommes.
Ce peuple est insolent !
A Didier en ricanant.
Vous lisez mal , mon maître !
Mais vous avez la vue un peu basse , peut-être. Otez votre chapeau, vous lirez mieux. — Otez !
DIDIER renversant la table qui est devant lui.
Ah ! prenez garde à vous , monsieur ! vous m'insultez.
Maintenant que j'ai lu , ma récompense honnête
Il me la faut! — Marquis, c'est ton sang, c'est ta tête.
SAVERNY souriant.
Nos titres à tous deux, certes, sont bien acquis. Je le devine peuple , il me flaire marquis.
DIDIER
Peuple et marquis pourront se colleter ensemble. Marquis, si nous mêlions notre sang, que t'en semble?
SAVERNY reprenant son sérieux.
Monsieur, vous allez vite , et tout n'est pas fini. Je me nomme Gaspard , marquis de Saverny.
DIDIER
Que m'importe ?
SAVERNY froidement.
Voici mes deux témoins. Le comte
De Gassé ; l'on n'a rien à dire sur son compte ;
Et monsieur de Villac , qui tient à la maison
La Feuillade , dont est le marquis d'Aubusson.
Maintenant êtes-vous noble homme ?
DIDIER
Que t'importe ?
Je ne suis qu'un enfant trouvé sur une porte, Et je n'ai pas de nom ; mais , cela suffit bien , J'ai du sang à répandre en échange du lien !
Non pas , monsieur, cela ne peut suffire en somme ; Mais un enfant trouvé de droit est gentilhomme , Attendu qu'il peut l'être ; et que c'est plus grand mal, Dégrader un seigneur qu'anoblir un vassal. Je vous rendrai raison. — Votre heure?
DIDIER
Tout de suite.
SAVERNY
Soit. — Vous n'usurpez pas la qualité susdite?...
DIDIER
Une épée !
SAVERNY
Il n'a pas d'épée ! Ah ! pasquedieu , C'est mal. On vous prendrait pour quelqu'un de bas-lieu.
offrant sa propre épée à Didier.
La voulez-vous ? Elle est fidèle et bien trempée.
L'Angely se love, tire son épée et la présente à Didier. L'ANGELY.
Pour faire une folie , ami , prenez l'épée
D'un fou. — • Vous êtes brave , et lui ferez honneur.
Ricanant.
En échange , écoutez , pour me porter bonheur , Vous me laisserez prendre un bout de votre corde.
DIDIER prenant l'épée, amèrement.
Soit.
Au marquis.
Maintenant Dieu fasse aux bons miséricorde ! BRICHANTEAU sautant de joie.
Un bon duel ! c'est charmant !
SAVERNY à Didier.
Mais où nous mettre ?
DIDIER
Sous Ce réverbère.
GASSÉ.
Allons , messieurs , êtes-vous fous ?
On n'y voit pas. Ils vont s'éborgner, par Saint-George !
DIDIER
On y voit assez clair pour se couper la gorge !
SAVERNY
Dien dit.
MARTON DE LORME
VILLAC.
On n'y voit pas !
DIDIER
On y voit assez clair, Vous dis-je ! et cliaque épée est dans l'ombie un éclair ! Allons , marquis !
Tous deux jettent leurs manteaux, ôtent leurs chapeaux dont ils se saluent et qu'ils jettent derrière eux ; puis ils tirent leurs Cpées.
8AVERNY.
Monsieur, à vos ordres.
DIDIER
En garde !
Ils croisent le fer et ferraillent pied A pied, en silence et avec fureur.— Tout A coup la petite porte s'entr'ouvre et .Varion en robe blanche parait.