‹ uvres de Victor HugoChapitre 233 sur 599 · LES PRÉCÉDENTS, DIDIER · texte numérisé non relu

LES PRÉCÉDENTS, DIDIER

DIDIER s'avançant lentement du fond du théâtre sans être vu ni entendu des autres.

Marquis de Saverny !... — Je voudrais bien revoir Ce fat qui fut près d'elle effronté lautresoir j J'ai son air sur le cœur.

BOICIIAVANNES à Saverny qui cause avec Bricbanteau. Saverny !

DIDIER à part.

C'est mon homme !

Il s'avance à pas lents, l'œil fixé sur les gentilshommes, et vient s'asseoir à une table placée sous le réverbère qui éclaire l'écriteau , à quelques pas de L'Angely qui demeure aussi immobile et silencieux.

BOICHAVANNES à Saverny qui se retourne.

Connaissez-vous Pédit ?

SAVERNY

Ouel édit !

BOUCHAVANNES.

Qui nous somme De renoncer au duel ?

SAVERNY

Mais c'est très-sage.

MARION DE LORME

BRICHANTEAU

Oui , mais Sous peine de la corde ?

SAVERNY

Ah ! tu railles ! — Jamais.

Qu'on pende les vilains , c'est très-bien.

BRIcaANTEAU lui montrant l'écriteau.

Lis toi-même , L'édit est sur le mur.

SAVERNY apercevant Didier.

Hé ! cette face blême Peut me le lire.

A Didier, haussant la voix.

Holà ! hé ! l'homme au grand manteau ! L'ami ! — Mon cher ! —

A Brichanteau.

Je crois qu'il est sourd, Brichanteau.

DIDIER qui ne l'a pas quitté des yeux, levant lentement la tête.

Me parlez-vous ?

SAVERNY

Pardieu! pour récompense honnête, Lisez-nous l'écriteau placé sur votre tête.

DIDIER

Moi?

SAVERNY

Vous. — Savez-vous pas épeler l'alphabet?

DIDIER se levant.

C'est redit qui punit tout bretteur de gibet j Qu'il soit noble ou vilain.

SAVERNY

Vous vous trompez, brave homme.

Sachez qu'on ne doit pas pendre un bon gentilhomme j Et qu'il n'est dans ce monde, où tous droits nous sont dus, Que les vilains qui soient faits pour être pendus.

Aux gfentilshommes.

Ce peuple est insolent !

A Didier en ricanant.

Vous lisez mal , mon maître !

Mais vous avez la vue un peu basse , peut-être. Otez votre chapeau, vous lirez mieux. — Otez !

DIDIER renversant la table qui est devant lui.

Ah ! prenez garde à vous , monsieur ! vous m'insultez.

Maintenant que j'ai lu , ma récompense honnête

Il me la faut! — Marquis, c'est ton sang, c'est ta tête.

SAVERNY souriant.

Nos titres à tous deux, certes, sont bien acquis. Je le devine peuple , il me flaire marquis.

DIDIER

Peuple et marquis pourront se colleter ensemble. Marquis, si nous mêlions notre sang, que t'en semble?

SAVERNY reprenant son sérieux.

Monsieur, vous allez vite , et tout n'est pas fini. Je me nomme Gaspard , marquis de Saverny.

DIDIER

Que m'importe ?

SAVERNY froidement.

Voici mes deux témoins. Le comte

De Gassé ; l'on n'a rien à dire sur son compte ;

Et monsieur de Villac , qui tient à la maison

La Feuillade , dont est le marquis d'Aubusson.

Maintenant êtes-vous noble homme ?

DIDIER

Que t'importe ?

Je ne suis qu'un enfant trouvé sur une porte, Et je n'ai pas de nom ; mais , cela suffit bien , J'ai du sang à répandre en échange du lien !

Non pas , monsieur, cela ne peut suffire en somme ; Mais un enfant trouvé de droit est gentilhomme , Attendu qu'il peut l'être ; et que c'est plus grand mal, Dégrader un seigneur qu'anoblir un vassal. Je vous rendrai raison. — Votre heure?

DIDIER

Tout de suite.

SAVERNY

Soit. — Vous n'usurpez pas la qualité susdite?...

DIDIER

Une épée !

SAVERNY

Il n'a pas d'épée ! Ah ! pasquedieu , C'est mal. On vous prendrait pour quelqu'un de bas-lieu.

offrant sa propre épée à Didier.

La voulez-vous ? Elle est fidèle et bien trempée.

L'Angely se love, tire son épée et la présente à Didier. L'ANGELY.

Pour faire une folie , ami , prenez l'épée

D'un fou. — • Vous êtes brave , et lui ferez honneur.

Ricanant.

En échange , écoutez , pour me porter bonheur , Vous me laisserez prendre un bout de votre corde.

DIDIER prenant l'épée, amèrement.

Soit.

Au marquis.

Maintenant Dieu fasse aux bons miséricorde ! BRICHANTEAU sautant de joie.

Un bon duel ! c'est charmant !

SAVERNY à Didier.

Mais où nous mettre ?

DIDIER

Sous Ce réverbère.

GASSÉ.

Allons , messieurs , êtes-vous fous ?

On n'y voit pas. Ils vont s'éborgner, par Saint-George !

DIDIER

On y voit assez clair pour se couper la gorge !

SAVERNY

Dien dit.

MARTON DE LORME

VILLAC.

On n'y voit pas !

DIDIER

On y voit assez clair, Vous dis-je ! et cliaque épée est dans l'ombie un éclair ! Allons , marquis !

Tous deux jettent leurs manteaux, ôtent leurs chapeaux dont ils se saluent et qu'ils jettent derrière eux ; puis ils tirent leurs Cpées.

8AVERNY.

Monsieur, à vos ordres.

DIDIER

En garde !

Ils croisent le fer et ferraillent pied A pied, en silence et avec fureur.— Tout A coup la petite porte s'entr'ouvre et .Varion en robe blanche parait.

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