‹ uvres de Victor HugoChapitre 249 sur 599 · LAFFEMAS, LE GRACIEUX · texte numérisé non relu

LAFFEMAS, LE GRACIEUX

LE GRACIEUX à Laffemas.

Seigneur, je ne sais pas ce que vous vous voulez dire ,

A part.

Humph ! Costume d'alcade et figure de sbire ! Un petit œil , orné d'un immense sourcil ! Sans doute il joue ici le rôle d'alguazil ! LAFFEMAS tirant une bourse.

L'ami !

LE GRACIEUX se rapprochant. — Bas à Laffemas. Notre Chiinène est ce qui vous intrigue , Et vous voulez savoir ?. . .

LAFFEMAS lias en souriant.

Oui , quel est son Rodrigue ?

LE GRACIEUX

Son galant ?

LAFFEMAS

Oui.

LE GRACIEUX

Celui qui gémit sous sa loi ?

LAFFEMAS avec impatience.

Est-il là ?

LE GRACIEUX

Sans doute. LAFFEMAS s'approchant vivement de lui.

Hé ! fais-moi le voir !

LE GRACIEUX avec une profonde révérence.

C'est moi.

J'en suis fou.

Laffemas désappointé s'éloigne avec dépit, puis se rapproche

faisant sonner sa bourse à Toreille et aux yeux du Gracieux.

LAFFEMAS

Connais-tu le son des génovines?

LE GRACIEUX

Ah Dieu ! cette musique a des douceurs divines !

LAFFEMAS

A part.

J'ai mon Didier !

MARION DE LORME

Au Gracieux.

Vois-tu cette bourse ?

LE GKACI£UX.

Combien ?

LAFFEMAS

Vingt génovines d'or.

LE GRACIEUX

Humph ! LAFFEMAS lui Taisant sonner la bourse sous le nez.

Veux-tu ?

LE GRACIEUX lui arrachant la l)ourse.

Je veux bien.

D'un ton tht'âtral , à LafTemas qui l'écoute avec anxiété. Monseigneur! si ton dos portait,— bien à son centre,— Une bosse , en grosseur égale A (on gros ventre , Si tu faisais remplir ces deux sacs de ducats , De louis , de doublons, de scquins... en ce cas...

LAFFEMAS vivement.

Eli bien ! que dirais-tu ?

LE GRACIEUX mettant la bourse clans sa poche.

J'empocherais la somme , Et je dirais .-

Avec une profonde révérence.

Merci , vous Hes un bon homme !

LAFFEMAS à part, furieux.

Peste du jeune singe !

LE GRACIEUX A part, riant.

Au diable le vieux chat !

LAFFEiM\S A part.

Ils se sont entendus au cas qu'on le cherchât. C'est un complot traîné. Tous se tairont de même. Oh! les maudits satans d'Egypte et de Bohême!

Au Gracieux qui s'en va.

Çà , rends la bourse au moins !

LE GRACIEUX se retournant, d'un ton tratîique.

Pouicpii me [)renez-vous, Seigneur? et l'univers , que dirait-il de nous ? Vous , proposer, et moi , faire la chose infâme De vous vendre à prix d'or une tète et mon âme !

Il veut sortir.

LAFFEMAS le retenant.

Fort bien ! mais rends l'argent.

LE GRACIEUX toujours sur le même ton.

Je garde mon honneur , Et je n'ai pas de compte à vous rendre , seigneur !

Il le salue et rentre dans la grange.

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