‹ uvres de Victor HugoChapitre 248 sur 599 · DIDIER, SAVERNY · texte numérisé non relu

DIDIER, SAVERNY

SAVERNY se tournant vers Didier.

C'est monsieur? Dites-moi... —Mais c'est singulier comme Il me regarde... Allons, mais c'est lui, c'est mon homme.

Haut à Didier.

S'il n'était en prison, vous ressemblez, mon cher...

DIDIER

Et vous , s'il n'était mort, vous avez un faux air

D'un homme... — Que son sang sur sa tête retombe ! —

A qui j'ai dit deux mots qui l'ont mis dans la tombe.

SAVERNY

Chut!... — Vous êtes Didier !

DIDIER

Vous , le marquis Gaspard !

C'est vous qui vous trouviez certain soir quelque part. Donc , je vous dois la vie. . .

Il s'approche les bras ouverts. — Didier recule. DIDIER.

Excusez ma surprise , Marquis, mais je croyais vous l'avoir bien reprise.

SAVERJÎT.

Point. Vous m'avez sauvé , non tué. Maintenant, Vous faut-il un second , un frère , un lieutenant? Que voulez-vous de moi? mon bien, monsang, mon âme?

DIDIER

Non, rien de tout cela ! mais ce portrait de femme.

Saverny lui donne le portrait.

Amèrement en regardant le portrait.

Oui , voilà son beau front , son oeil noir, son cou blanc, Surtout son air candide, — il est bien ressemblant.

MARION DE LORME

SAVERNY

Vous trouvez ?

DIDIER

C'est pour vous , dites , qu'elle fit faire Ce portrait ?

SAVERNY avec lin geste affirmatif , saluant Didier. A présent , c'est vous qu'elle préfère, Vous qu'elle aime et choisit entre tant d'amoureux. Heureux homme !

DIDIER avec un rire éclatant et ilésespOré.

Est-ce pas que je suis bien heureux !

SAVERNY

Je VOUS fais compliment. C'est une bonne fille , Et qui n'aime jamais que des fils de famille. D'une telle maîtresse on a droit d'être fier, C'est honorable ; et puis cela donne bon air ; C'est de bon goût ; et si de vous quelqu'un s'informe , On dit tout haut : l'amant de Marion de Lorme ! Didier veut lui rendre le portrait, il refuse de le recevoir.

Non , gardez le portrait. Elle est à vous ; ainsi Le portrait vous revient de droit j gardez.

DIDIER

Merci.

Il serre le portrait dans sa poitrine.

SAVERIVY.

Mais savez-vous qu'elle est charmante en Espagnole !—

Donc vous me succédez? — Un peu , sur ma parole,

Comme le roi Louis succède à Pharamoiid. —

Moi, ce sont les Brissac,— oui, tous les deux— qui m'ont

Supplanté.

Riant.

Croiriez-vous ?... le cardinal lui-même ! Puis le petit d'Efiîat ; puis les trois Sainte-Mesme ; Puis les quatre Argenteau...— Vous êtes dans son cœur En bonne compagnie....

Riant.

Un peu nombreuse...

DIDIER à part.

Horreur !

SAVERNY

Çà , VOUS me conterez... Moi , pour ne rien vous taire , Je passe ici pour mort , et demain on m'enterre. Vous , VOUS aurez trompé sbires et sénéchaux , Marion vous aura fait ouvrir les cachots ; Vous aurez joint en route une troupe ambulante , N'est-ce pas ?... Ce doit être une histoire excellente !

DIDIER

Tout une histoire !

SAVERNY

Elle a , pour vous , fait les yeux doux Sans doute à quelque archer?

DIDIER d'une voix de tonnerre.

Tête et sang ! croyez-vous !

SAVERNY

Quoi ! seriez-vous jaloux ?

Riant.

Oh ! ridicule énorme !

Jaloux de qui ? jaloux de Marion de Lorme ! La pauvre enfant ! N'allez pas lui faire un sermon !

DIDIER

Soyez tranquille !

A part.

0 Dieu ! l'ange était un démon ! Entrent Laffemas et le Gracieux. — Didier sort. Saverny le suit.

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