DIDIER, SAVERNY
SAVERNY se tournant vers Didier.
C'est monsieur? Dites-moi... —Mais c'est singulier comme Il me regarde... Allons, mais c'est lui, c'est mon homme.
Haut à Didier.
S'il n'était en prison, vous ressemblez, mon cher...
DIDIER
Et vous , s'il n'était mort, vous avez un faux air
D'un homme... — Que son sang sur sa tête retombe ! —
A qui j'ai dit deux mots qui l'ont mis dans la tombe.
SAVERNY
Chut!... — Vous êtes Didier !
DIDIER
Vous , le marquis Gaspard !
C'est vous qui vous trouviez certain soir quelque part. Donc , je vous dois la vie. . .
Il s'approche les bras ouverts. — Didier recule. DIDIER.
Excusez ma surprise , Marquis, mais je croyais vous l'avoir bien reprise.
SAVERJÎT.
Point. Vous m'avez sauvé , non tué. Maintenant, Vous faut-il un second , un frère , un lieutenant? Que voulez-vous de moi? mon bien, monsang, mon âme?
DIDIER
Non, rien de tout cela ! mais ce portrait de femme.
Saverny lui donne le portrait.
Amèrement en regardant le portrait.
Oui , voilà son beau front , son oeil noir, son cou blanc, Surtout son air candide, — il est bien ressemblant.
MARION DE LORME
SAVERNY
Vous trouvez ?
DIDIER
C'est pour vous , dites , qu'elle fit faire Ce portrait ?
SAVERNY avec lin geste affirmatif , saluant Didier. A présent , c'est vous qu'elle préfère, Vous qu'elle aime et choisit entre tant d'amoureux. Heureux homme !
DIDIER avec un rire éclatant et ilésespOré.
Est-ce pas que je suis bien heureux !
SAVERNY
Je VOUS fais compliment. C'est une bonne fille , Et qui n'aime jamais que des fils de famille. D'une telle maîtresse on a droit d'être fier, C'est honorable ; et puis cela donne bon air ; C'est de bon goût ; et si de vous quelqu'un s'informe , On dit tout haut : l'amant de Marion de Lorme ! Didier veut lui rendre le portrait, il refuse de le recevoir.
Non , gardez le portrait. Elle est à vous ; ainsi Le portrait vous revient de droit j gardez.
DIDIER
Merci.
Il serre le portrait dans sa poitrine.
SAVERIVY.
Mais savez-vous qu'elle est charmante en Espagnole !—
Donc vous me succédez? — Un peu , sur ma parole,
Comme le roi Louis succède à Pharamoiid. —
Moi, ce sont les Brissac,— oui, tous les deux— qui m'ont
Supplanté.
Riant.
Croiriez-vous ?... le cardinal lui-même ! Puis le petit d'Efiîat ; puis les trois Sainte-Mesme ; Puis les quatre Argenteau...— Vous êtes dans son cœur En bonne compagnie....
Riant.
Un peu nombreuse...
DIDIER à part.
Horreur !
SAVERNY
Çà , VOUS me conterez... Moi , pour ne rien vous taire , Je passe ici pour mort , et demain on m'enterre. Vous , VOUS aurez trompé sbires et sénéchaux , Marion vous aura fait ouvrir les cachots ; Vous aurez joint en route une troupe ambulante , N'est-ce pas ?... Ce doit être une histoire excellente !
DIDIER
Tout une histoire !
SAVERNY
Elle a , pour vous , fait les yeux doux Sans doute à quelque archer?
DIDIER d'une voix de tonnerre.
Tête et sang ! croyez-vous !
SAVERNY
Quoi ! seriez-vous jaloux ?
Riant.
Oh ! ridicule énorme !
Jaloux de qui ? jaloux de Marion de Lorme ! La pauvre enfant ! N'allez pas lui faire un sermon !
DIDIER
Soyez tranquille !
A part.
0 Dieu ! l'ange était un démon ! Entrent Laffemas et le Gracieux. — Didier sort. Saverny le suit.