‹ uvres de Victor HugoChapitre 253 sur 599 · MARION, LAFFEMAS, SAVERNY · texte numérisé non relu

MARION, LAFFEMAS, SAVERNY

Didier !

Étonnement et stupeur.

DIDIER h Laffemas, qui ricane avec triomphe.

Vous pouvez à présent tous les congédier! Vous avez votre proie : elle reprend sa chaîne. Ah ! cette joie enfin vous coûte assez de peine!

MARION courant à lui.

Didier !

DIDIER avec un regard glacé.

De celui-ci ne me détournez pas , Madame !

Elle recule et vient tomber anéantie sur le banc. A Laffemas.

Autour de moi j'ai vu tourner tes pas , Démon ! j'ai dans tes yeux vu la sinistre flamme De ce rayon d'enfer quit'illuminait l'àme ! Je pouvais fuir ton piège , inutile à moitié ; Mais tant d'efforts perdus , cela m'a fait pitié ! Prends-moi , fais-toi payer ta pauvre perfidie ! LAFFEMAS avec une colère concentrée et s'efforçant de rire. Donc, VOUS ne jouez pas, monsieur, la comédie?

DIDIER

C'est toi qui l'as jouée !

LAFFEMAS

Ah ! je la jouerais mal.

Mais j'en fais une avec monsieur le cardinal j C'est une tragédie , — où vous aurez un rôle.

Marion pousse un cri d'effroi. Didier se tourne avec dédain.

Ne tournez pas ainsi la tête sur l'épaule , Nous irons jusqu'au bout admirer votre jeu. Allez ! recommandez , monsieur, votre âme à Dieu.

Ah!...

En ce moment, le marqtiis de ?(aiigis repasse au fond du théâtre, toujours dans .sa première attitude et avec son pclotor de hallebardiers. Au cri de Marion, Il s'arrête et se tourne ver; les assistants , pAle, muet et Immobile.

LAFFEMAS un marquis de IVangis.

Monsieur le marquis , je réclame main-forte. Bonne nouvelle ! mais prêtez-moi votre escorte. L'assassin du marquis Gaspard s'était enfui Mais nous l'avons repris!

MARION se jetant aux genoux de LalTemas. Monsieur, pitié pour lui LAFFEMAS avec galanterie.

Vous à mes pieds, madame ! Hé ! ma place est aux vôtres,

MARIOV toujours à genoux et joignant les mains. Oh ! monseigneur le juge !. ayez pitié des autres, Si vous voulez qu'un jour un juge plus jaloux. Prêt à punir aussi , prenne pitié de vous !

LAFFEMAS souriant.

Mais quoi! c'est un sermon, vraiment, que vous nous faites! Ah ! madame, régnez aux bals, brillez aux fêtes, Mais ne nous prêchez point.— Pour vous je ferais tout. Mais cet homme a tué, c'est un meurtrier...

DIDIER A Marion.

Debout !

Marion se relève tremblante.

A Laffemas.

Tu mens ! ce n'est qu'un duel.

LAFFEMAS

Monsieur...

DIDIER

Tu mens, te dis-je!

LAFFEMAS

Paix !

A Marion.

— Le sang veut du sang. Celle rigueur m'afflige ,

Il a tué ! tué qui ? — Le marquis Gaspard

De Saverny, —

Montrant M. de Nangis.

Neveu de ce digne vieillard,

Jeune seigneur parfait ! c'est la plus grande perle

Pour la France et le roi!... S'il n'était pas mort, certe,

Je ne dis pas... mon cœur n'est de roche.... et si...

SAVERNY faisant un pas.

Celui que l'on croit mort n'est pas mort. — Le voici !

Étonnement général.

LAFFEMAS tressaillant.

Gaspard de Saverny ! mais à moins d'un prodige ?... Ils ont là son cercueil ?

SAVER^Y arrachant ses fausses moustaches, son emplâtre et sa perruque noire.

Il n'est pas mort, vous dis-je !

Me reconnaissez-vous ?

LE MARQUIS DE NAPfGlS comme réveillé dun rêve, pousse un cri et se jette dans ses bras.

Mon Gaspard ! mon neveu !

Mon enfant !

Ils se tiennent étroitement embrassés.

MARION DE LORME

MARION tombant à genoux et les yeux au ciel.

Ah ! Didier est sauvé ! Juste Dieu !

DIDIER froidement à Saverny.

A quoi bon ? Je voulais mourir.

MARION toujours prosternée.

Dieu le protège !

DIDIER continuant sans l'écouter.

Autrement, croyez-vous qu'il m'eilt pris à son piège,

Et que je n'eusse pas rompu de l'éperon

Sa toile d'araignée à prendre un moucheron ?

La mort est désormais le seul bien que j'envie.

Vous me servez bien mal pour me devoir la vie.

MARION

Que dit-il ? vous vivrez !

LAFFEMAS

Çà , tout n'est pas fini.

Est-il sûr que c'est là Gaspard de Saverny ?

MARION

Oui!

LAFFEMAS

C'est ce qu'il convient d'éclaircir à cette heure.

MARION lui montrant le marquis Je Nangis qui tient toujours Saverny embrassé.

Regardez ce vieillard qui sourit et qui pleure.

LAFFEMAS

Est-ce bien là Gaspard de Saverny ?

MARION

Comment Pouvez-vous en douter à cet embrassement ?

lE MARQUIS DE NANGIS se détournant.

Si c'est lui ! mon Gaspard ! mon fils ! mon sang! mon âme! A Marion.

N'a-t-il pas demandé si c'était lui , madame ?

LAFFEMAS an marquis de Nangis.

Ainsi vous affirmez que c'est votre neveu Gaspard de Saverny ?

LE MARQUIS DE NANGIS avec force.

Oui !

LAFFEMAS

D'après cet aveu ,

A Saverny.

De par le Roi , marquis Gaspard, je vous arrête. — Votre épée !

Étonnement et consternation dans l'assistance. LE MARQUIS DE NANGIS.

0 mon fils !

MARION

Ciel!

DIDIER

Encore une tête !

Au fait , il en faut deux. Au cardinal romain , C'est le moins qu'il revienne une dans chaque main !

LE MARQUIS DE NANGIS

De quel droit?...

LAFFEMAS

Demandez compte à son éminence.

Tous survivants au duel tombent sous l'ordonnance. A Saverny.

Donnez-moi votre épée !

DIDIER regardant Saverny.

Insensé !

SAVERNY tirant son épée et la présentant à Laffemas.

La voici.

LE MARQUIS DE NANGIS Tarrctant.

Un instant ! devant moi nul n'est seigneur ici. Seul j'ai dans ce château justice basse et haute j Notre sire le roi n'y serait que mon hôte.

A Saverny.

Ne remettez qu'à moi votre épée.

Saverny lui remet son épée et le serre dans ses bra.s. LAFFEMAS.

En honneur , C'est un droit féodal fort déchu , monseigneur. Monsieur le cardinal pourra m'en faire un blâme , Mais moi qui ne veux pas vous afflger...

DIDIER

Infâme !

LAFFEMAS s'inclinant devant le marquis.

J'y souscris. En revanche , à présent pour raison , Prêtez-moi votre garde avec votre prison.

LE MARQUIS DE NANGIS à ses gardes.

Vos pères ont été vassaux de mes ancêtres. Je vous défends à tous de faire un pas !

LAFFEMAS d'une voix tonnante.

Mes maîtres !

Écoutez ! je suis juge au secret tribunal , Lieutenant criminel du seigneur cardinal. Qu'on les mène tous deux en prison. Il importe Que quatre d'entre vous veillent à chaque porte. Vous en répondez tous. Or , vous seriez hardis De ne pas m'obéir ; car si lorsque je dis A l'un de vous qu'il aille , exécute et se taise , Il hésite , alors c'est — que sa tête lui pèse.

Les gardes consternés entraînent en silence les deux prisonniers . Le marquis de Nangis se détourne indigné et cache ses ye^ix de sa main.

MARION à Laffemas.

Tout est perdu ! monsieur : si votre cœur...

LAFFEMAS bas à Marion.

Ce soir Je vous dirai deux mots , si vous me venez voir.

MARION à part.

Que me veut-il? lia des sourires funèbres. C'est une âme profonde et pleine de ténèbres.

Se Jetant vers Didier.

Didier!

DIDIER froidement.

Adieu , madame !

MARION DE LORME

MARIOIV frissonnant du sonde sa voix.

Hé bien ! qu'ai-je donc fait ?

Ah ! mallieureuse !

Elle tombe sur le banc.

DIDIER

Oui , mallieureiise en effet !

SAVERNY; il embrasse le marquis de Nangis, qui se tourne vers I.alTemas.

Monsieur, doiiblera-f-on le paiement pour deux tôtes?

li\ VAT.ET entrant, an vieux marqi\is.

De mon.soifïneur fia.spnrd les obsèques sont prêlesj Pour la cérémonie on vient de votre voix Savoir l'heure et le jour.

LÀFFEMAS.

Revenez dans un mois.

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