‹ uvres de Victor HugoChapitre 3 sur 599 · PRÉLUDE · texte numérisé non relu

PRÉLUDE

Seijîneur ! est-ce vraiment l'aube ((u'ou voit éclore ? Oh ! l'anxiété croît de moment en moment. N'y voit-on déjà plus? n'y voit-on pas encore ? Est-ce la fin , Seigneur , ou le commencement i*

Dans l'âme et sur la terre effrayant crépuscule ! Les yeux pour qui fut fait , dans un autre univers . Ce soleil inconnu qui vient ou qui recule , Sont-ils déjà fermés ou pas encore ouverts ?

Ce tumulte confus , où nos esprits s'arrêtent , Peut-être c'est le bruit , fourmillant en tout lieu , Des ailes qui partout pour le départ s'apprêtent. Peut-être en ce moment la terre dit : Adieu !

Ce tumulte confus qui frappe noire oreille , Parfois pur comme un souffle et charmant comme un Peut-être c'est le bruit d'un Ëden qui s'éveille. [lulh ! Peut-être en ce moment la terre dit : Salut !

Là-bas l'arbre frissonne , est-ce allégresse ou plainte ? Là-bas chante un oiseau , pleure-t-il ? a-t-11 ri ? Là-bas l'océan parle , est-ce joie ? est-ce crainte ? Là-bas l'homme murmure, est-ce un chant? est-ce un cri?

A si peu de clarlé nulle àme n'est sereine. Triste , assis sur le banc qui s'appuie à son mur , Le vieux prêtre se courbe , et , n'y voyant qu'à peine , A ce jour ténébreux épèle un livre obscur.

0 prêtre! vainement tu rêves , lu travailles. L'homme ne comprend plus ce (jue Dieu révéla;

Partout des sens douteux hérissent leurs broussailles ; La menace est ici , mais la promesse est là !

Et qu'importe ! bien loin de ce qui doit nous suivre , Le destin nous emporte , éveillés ou dormant. Que ce soit pour mourir ou que ce soil pour vivre , Notre siècle va voir un accomplissement !

Cet horizon , qu'emplit un biiiit vague et sonore , Doit-il pAlir bientôt; doit-il bientôt rougir? Esprit de l'homme ! attends quelcjucs inslans encore : Ou l'Ombre va descendre , ou l'Astre va surgir '

Veis l'Orient douteux tourné comme les autres . Recueillant tous les bruits formidables et doux, Les murmures d'en haut qui répondent aux nôtres , Le soupir de chacun et la rumeur de tous ,

Le poète , en ses chants où l'amertume abonde , Reflétait , écho triste et calme cependant , Tout ce que l'àme rêve et tout ce que le monde Chante , bégaie ou dit dans l'ombre en attendant !

20 octol)re 1835.

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