‹ uvres de Victor HugoChapitre 310 sur 599 · UN DES ASSISTANTS · texte numérisé non relu

UN DES ASSISTANTS

Quelque meurtre ! un père au désespoir ! Séparons-les.

Ils veulent entraîner Triboulet, qui se débat. TRIBOULET.

Je veux rester ! je veux la voir !

Je ne vous ai point fait de mal pour me la prendre !

Je ne vous connais pas.— Voulez-vous bien m'enlendre ?

A une femme.

Madame, vous pleurez , vous êtes bonne, vous ! Dites-leur de ne pas m'emmener,

la femme intercède pour lui. Il revient près de Blanche. TRIBOILET, tombrint à genoux.

A genoux !

A genoux , misérable ! et meurs à côté d'elle !

LA FEWME.

Alî ! calmez-vous. Si c'est pour crier de |)Ius belle, On va vous remmener.

TRIBOILET, «"garé.

Non, non ! laissez ! —

Saisissant Blanche dans ses bras.

Je croi Qu'elle respire encore ! elle a besoin de moi ! Allez vite chercher du secours h la ville. Laissez-la dans mes bras , je serai bien tranquille.

Il la prend tout A fait sur lui et Parrange comme une mère son enfant endormi.

Non ! elle n'est pas morte ! oh ! Dieu ne voudrait pas.

Car enfin , il le sait , je n'ai qu'elle ici-bas.

Tout le monde vous hait quand vous êtes difforme,

On vous fuit , de vos maux personne ne s'informe ,

Elle m'aime, elle ! — elle est ma joie et mon ajjpui.

Quand on rit de son ju-re , elle pleure avec lui.

Si belle et morte ! oh ! non .'—Donnez-moi quelque chose

Pour essuyer son front. —

Il lui essuie le front.

Sa lèvre est encor rose .

Oh ! si vous l'aviez vue, oh ! je la vois encor Quand elle avait deux ans avec ses cheveux d'or ! Elle était blonde alors ! —

La serrant sur son cœur avec emportement.

0 ma pauvre opprimée !

Ma Blanche ! mon bonheur ! ma fille bien aimée !

Lorsqu'elle était enfant , je la tenais ainsi.

Elle donnait sur moi , tout comme la voici !

Quand elle s'éveillait , si vous saviez quel ange !

Je ne lui semblais pas quelque chose d'étrange.

Elle me souriait avec ses yeux divins ,

Et moi je lui baisais ses deux petites mains !

Pauvre agneau! — Morte, oh non! elle dort et repose.

Tout à l'heure , messieurs , c'était bien autre chose,

Elle s'est cependant réveillée. — Oh ! j'attend.

Vous l'allez voir rouvrir ses yeux dans un instant !

Vous voyez maintenant , messieurs , que je raisonne,

Je suis tranquille et doux, je n'offense personne.

Puisque je ne fais rien de ce qu'on ine défend,

On peut bien me laisser regarder mon enfant.

Il la contemple.

Pas une ride au front ! pas de douleurs anciennes ! — J'ai déji\ réchauffé ses mains entre les miennes. Voyez, touchez-les donc un peu !

Entre un médecin.

LA FEMSE, à Triboulet.

Le chirurgien.

TRIBOILET, au chirurgien qui s'approche.

Tenez, regardez-la , je n'empêcherai rien. Elle est évanouie , est-ce pas !

LE CHIRL'RGIEIf, examinant Blanche.

Elle est morte.

Triboulet se lève debout d'un mouvement convulsif.

Elle a dans le flanc gauche une plaie assez forte. Le sang a dû causer la mort en l'étouffant.

TRIBOULET

J'ai tué mon enfant ! j'ai tué mon enfant !

Il tombe sur le pavé.

NOTE

L'éditeur a cru devoir joindre à celte édition , comme document biographique, le détail du procès dont le Boi s'amuse a été l'occasion. Ce détail est emprunté à un journal haut placé dans la presse , qui , soutenant à cette époque le pouvoir, ne saurait être suspect de partialité en faveur de l'auteur.

Le jour viendra peut-être de juger à leur tour les journaux qui jugent tout, et de faire remarquer qu'au moment où nous sommes, par une contradiction étrange, mais facile à comprendre pour qui connaît à fond certaines passions personnelles peu honorables , les doctrines politiques les plus larges (en apparence, du moins) s'allient souvent, dans le même journal, aux doctrines littéraires les plus étroites. Le premier Paris déme de Marat elle feuilleton deBoileau. Bizarre amalgame !

11 va sans dire que cette observation ne s'applique pas au journal dont est extrait le compte-rendu qu'on va lire.

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