‹ uvres de Victor HugoChapitre 332 sur 599 · DONA LUCREZIA , GENNARO · texte numérisé non relu

DONA LUCREZIA , GENNARO

On voit toujours dans le compartiment Rustighello immobile derrière la porte masquée.

DONA LUCREZIA

Gennaro ! — Vous êtes empoisonné !

GENNARO

Empoisonné, madame!

DONA LUCREZIA

Empoisonné !

GENNARO

J'aurais dû m'en douter, le vin étant versé par vous.

DONA LUCREZIA

Oh ! ne m'accablez pas , Gennaro. Ne m'ôtez pas le peu de force qui me reste et dont j'ai besoin encore pour quelques instants. — Écoutez-moi. Le duc est jaloux de vous , le duc vous croit mon amant. Le duc ne m'a laissé d'autre alternative que de vous voir poignarder devant moi par Rustighello , ou de vous verser moimême le poison. Un poison redoutable, Gennaro , un

LUCRECE BORGIA

poison dont la seule idée fait pâlir tout Italien qui sait l'histoire de ces vingt dernières années...

GEI^ÎÏARO.

Oui , le poison des Borgia !

D0?fA LtCREZIA.

Vous en avez bu. Personne au monde ne connaît de contre poison à celle composition terrible, personne , excepté le pape, monsieur de Valenlinois, et moi. Tenez , voyez celle fiole que je porte toujours cachée dans ma ceinture. Celte fiole , Gennaro, c'est la vie, c'est la santé , c'est le salut. Une seule goutte sur vos lèvres , et vous êtes sauvé !

Elle veut approcher la ûole des lèvres de Gennaro; il recule. GEîV>'ARO, la regardant fixement.

Madame , qui est-ce qui me dit que ce n'est pas cela qui est du poison ?

DONA LICREZIA, tombant anéantie sur le fauteuil. 0 mon Dieu ! mon Dieu !

GE?i?ÎARO.

Ke vous appelez-vous pas Lucrèce Borgia ? — Est-ce que vous croyez que je ne me souviens pas du frère de Bajazet? Oui, je sais un peu d'histoire ! On lui fil accroire.?! lui aussi,<iu'il était empoisonné par Charles VIII. et on lui donna un conlrc-poison dont il mourut. Et la main qui lui i>résenla le contre-poison, la voilà, elle tient celle fiole. Et la bouche qui lui dit de le boire, la voici , elle me parle !

DO^A LUCREZIA

Misérable femme que je suis !

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