‹ uvres de Victor HugoChapitre 341 sur 599 · VOIX AU DEHORS · texte numérisé non relu

VOIX AU DEHORS

Non mortui laudabunt te , Domine, neque omnes qui descendunt in infernum

haffio.

Dans la douce Italie Qu'éclaire un si doux ciel , Tout est joie et folie, Tout est neclar et miel.

Ayons donc à nos fêles Les fleurs et les beautés , La rose sur nos têtes , La femme à nos côtés !

TOUS

La tombe est noire , etc.

La grande porte du fond s'ouvre.

L'auteur ne terminera pas cette note sans engager ceux des acteurs de province qui pourraient être chargés des rôles de sa pièce à étudier, s'ils en ont l'occasion, la manière dont Lucrèce Borgia esl représenlce à la Porle-Sainl-Marliu.

NOTE

L'auteur est heureux de le dire , il n'est pas un rôle dans son ouvrage qui ne soit joué avec une intelligence singulière. Chaque acteur a la physionomie de son rôle. Chaque personnage se pose à son plan. De là un ensemble parfait, quoique mêlé à tout moment de verve et de fantaisie. Le jeu général de la pièce est tout à la fois plein d'harmonie et plein de relief, deux qualités qui s'excluent d'ordinaire. Aucun de ces effets criards qui détonnent dans les troupes jeunes , aucune de ces monotonies qui alanguissent les troupes faites. I! n'est pas de troupe à Paris qui comprenne mieux que celle delà Porte-Saint-Martin la mystérieuse loi de perspective suivant laquelle doit se mouvoir et s'étager au théâtre ce groupe depersonnages passionnés ou ironiques qui noue et dénoue un drame.

Et cet ensemble est d'autant plus frappant dans le cas présent, qu'il y a dans Lucrèce Bovgia certains personnages du second ordre représentés à la Porte-Saint-Marlin par des acteurs qui sont du premier ordre et qui se tiennent avec une grâce, une loyauté et un goût parfaits dans le demi-jour de leurs rôles. L'auteur les en remercie ici.

Parmi ceux-ci, le public a vivemenldistingué Mademoiselle Juliette. On ne peut guère dire que la princesse Negroni soit un rôle, c'est, en quelque sorte, une apparition. C'est une figure belle , jeune et fatale, qui passe, soulevant aussi son coin du voile sombre qui couvre l'Italie au seizième siècle.

Mademoiselle Juliette a jeté sur cette figure un éclat extraordinaire. Elle n'avait que peu de mots à dire, elle y a mis beaucoup de pensée. 11 ne faut à cette jeune actrice qu'une occasion pour révéler puissamment au public un talent plein d'âme , de passion et de vérité.

Quant aux deux grands acteurs dont la lutte commence aux premières scènes du drame et ne s'achève qu'à la dernière, l'auteur n'a rien à leur dire qui ne leur soit dit chaque soir d'une manière bien autrement éclatante et sonore par les acclamations dont la foule les salue. M. Frederick a réalisé avec génie le Gennaro que l'auteur avait rêvé. M. Frederick est élégant et familier, il est plein de grandeur et plein de grâce , il est redoutable et doux ; il est enfant et il est homme ; il charme et il épouvante ; il est modeste , sévère et terrible. Mademoiselle Georges réunit également au degré le plus rare les qualités diverses et quelquefois même opposées que son rôle exige. Elle prend superbement et en reine toutes les attitudes du personnage qu'elle représente. Mère au premier acte , femme au second , grande comédienne dans celte scène de ménage avec le duc de Ferrare où elle est si bien secondée par M. Lockroy , grande tragédienne pendant la vengeance , grande tragédienne pendant le châtiment, elle passe comme elle veut, et sans effort, du pathétique tendre au pathétique terrible. Elle fait applaudir et elle fait pleurer. Elle est sublime comme Hécube et touchante comme Desdémona.

MARIE TUDOR

ramf.

REPRÉSENTÉ POUR LA PREMIÈRE FOIS SDR LE THÉÂTRE DE LA POBTE-SAINT-MARTIN , LE 7 NOVEMBRE 1833.

II y a deux manières de passionner la foule au théâtre : par>le grand et par le vrai. Le grand prend les masses , le vrai saisit l'individu.

Le but du poète dramatique , quel que soit d'ailleurs l'ensemble de ses idées sur l'art , doit donc toujours être, avant tout, de chercher le grand , comme Corneille, ou le vrai, comme Molière; ou, mieux encore, et c'est ici le plus haut sommet où puisse monter le génie, d'atteindre tout à la fois le grand et le vrai , le grand dans le vrai , le vrai dans le grand , comme Shakspeare.

Car, remarquons-le en passant, il a été donné à Shakspeare , et c'est ce qui fait la souveraineté de son génie, de concilier, d'unir, d'amalgamer sans cesse dans son œuvre ces deux qualités , la vérité et la grandeur, qualités presque opposées, ou tout au moins tellement distinctes , que le défaut de chacune d'elles constitue le contraire de l'autre. L'écueil du vrai , c'est le petit , l'écueil du grand , c'est le faux. Dans tous les ouvrages de Shakspeare, il y a du grand qui est vrai , et du vrai qui est grand. Au centre de toutes ses créations, on retrouve le point d'intersection de la grandeur et de la vérité ; et là où les choses grandes et les choses vraies se croisent, l'art est complet. Shakspeare, comme Michel-Ange , semble avoir été créé pour résoudre ce problème étrange dont le simple énoncé paraît absurde : — rester toujours dans la nature, tout en en sortant quelquefois. — Shakspeare exagère les proportions , mais il maintient les rapports. Admirable toute-puissance du poëte! il fait des choses plus hautes que nous qui vivent comme nous. Hamlet, par exemple, est aussi vrai qu'aucun de nous, et plus grand. Hamlet est colossal, et pourtant réel. C'est que Hamlet, ce n'est pas vous.

ce n'est pas moi, c'est nous tous. Hamlet, ce n'est pas un homme, c'est l'homme.

Dégager perpétuellement le grand à travers le vrai , le vrai à travers le grand , tel est donc, selon l'auteur de ce drame , et en maintenant , du reste, toutes les autres idées qu'il a pu développer ailleurs sur ces matières , tel est le but du poêle au théâtre. Et ces deux mots , grand et vrai, renferment tout. La vérité contient la moralité , le grand contient le beau.

Ce but, on ne lui supposera pas la présomption de croire qu'il l'a jamais atteint, ou même qu'il pourra jamais l'atteindre; mais on lui permettra de se rendre à lui-même publiquement ce témoignage , qu'il n'en a jamais cherché d'autre au théâtre jusqu'à ce jour. Le nouveau drame qu'il vient de faire représenter est un effort de plus vers ce but rayonnant. Quelle est, en effet , la pensée qu'il a tenté de réaliser dans Marie Tudor? La voici. Une reine qui soit une femme. Grande comme reine. Vraie comme femme.

Il l'a déjà dit ailleurs, le drame comme il le sent, le drame comme il voudrait le voir créer par un homme de génie , le drame selon le dix-neuvième siècle , ce n'est pas la tragi-comédie hautaine , démesurée, espagnole et sublime de Corneille; ce n'est pas la tragédie abstraite , amoureuse, idéale et divinement élégiaque de Racine; ce n'est pas la comédie profonde , sagace , pénétrante , mais trop impitoyablement ironique , de Molière ; ce n'est pas la tragédie à intention philosophique de Voltaire ; ce n'est pas la comédie à action révolutionnaire de Beaumarchais; ce n'est pas plus que tout cela, mais c'est tout cela à la fois; ou, pour mieux dire, ce n'est rien de tout cela. Ce n'est pas, comme chez

PR1^.FACE

ces grands hommes , un seul côté des choses systématiquement et perpétuellement mis en lumière, c'est tout rej^ardé à la fois sous toutes les faces. S'il y avait un homme aujourd'hui qui put réaliser le drame comme nous le comprenons , ce drame , ce serait le cœiir humain , la tèlc humaine , la passion humaine, la volonté humaine; ce serait le passé ressuscité au profit du présent; ce serait l'histoire que nos pères ont faite confrontée avec l'histoire que nous faisons; ce serait le mélange sur la scène de tout ce qui est mêlé dans la vie; ce serait une émeute là et une causerie d'amour ici , et dans la causerie d'amour une leçon pour le peuple, et dans l'émeute un cri pour le cœur ; ce serait le rire ; ce serait les larmes ; ce serait le bien , le mal , le haut, le bas , la fatalité , la providence , le génie , le hasard, la société, le monde, la nature, la vie; et au-dessus de tout cela on sentirait planer quelque chose de grand !

A ce drame, tpii serait pour la foule un perpétuel enseignement, tout serait permis, parce qu'il serait dans son essence de n'abuser de rien. Il anrait pour lui une telle notoriété de loyauté, d'élévation, d'utilité et de bonne conscience , qu'on ne l'accuserait jamais de chercher l'effet et le fracas, là où il n'aurait cherché qu'une moralité et une leçon. Il pourrait mener François I*"^ chez Maguelonne sans être suspect; il pourrait, sans alarmer les plus sévères, faire jaillir du cœur de Didier la pitié pour Marion ; il pourrait, sans qu'on le taxât d'emphase et d'exagération comme l'auteur de Marie Tucior, poser largement sur la scène, dans toute sa réalité terrible , ce formidable triangle qui apparaît si souvent dans l'histoire : une reine , un favori , un bourreau.

A l'homme qui créera ce drame il faudra deux

qualités : conscience et génie. L'auteur qui parle ici n'a que la première, il le sait. 11 n'en continuera pas moins ce qu'il a commencé, en désirant que d'autres fassent mieux que lui. Aujourd'hui, un immense public, de plus en plus intelligent, sympathise avec toutes les tentatives sérieuses de l'art ; aujourd'hui , tout ce qu'il y a d'élevé dans la critique aide et encourage le poète. Que le poète vienne donc! Quant à l'auteur de ce drame, sur de l'avenir qui est au progrès , certain qu'à défaut de talent sa persévérance lui sera comptée un jour, il attache un regard serein , confiant et tranquille sur la foule qui, chaque soir, entoure cette œuvre si incomplète de tant de curiosité , d'anxiété et d'attention. En présence de cette foule, il sent la responsabilité qui i)èse sur lui , et il l'accepte avec calme. Jamais, dans ses travaux, il ne perd un seul instant de vue le peuple que le théâtre civilise, l'histoire que le théâtre explique, le cœur humain que le théâtre conseille. Demain il quittera l'œuvre faite pour l'œuvre à faire; il sortira de cette foule pour rentrer dans sa solitude; solitude profonde, où ne parvient aucune mauvaise influence du monde extérieur, où la jeunesse , son amie , vient quelquefois lui serrer la main , où il est seul avec sa pensée, son indépendance et sa volonté. Plus que jamais, sa solitude lui sera chère; car ce n'est que dans la solitude qu'on peut travailler pour la foule. Plus que jamais, il tiendra son esprit, son œuvre et sa pensée éloignés de toute coterie; car il connaît quelque chose de plus grand que les coteries, ce sont les partis ; quelque chose de plus grand que les partis, c'est le peuple; quelque chose de plus grand (jue le peuple , c'est l'humanité.

17 novembre 1833.

PERSONNAGES

PERSONNAGES- MARIE, Reine.

JANE

GILBERT

FABIAISO FABIANI.

SIMON RENARD

JOSHUA FARNABY.

Un Juif.

r.onn CLINTON.

ACTEURS

PERSONNAGES

ACTEURS

M"c Georges.

LoRn r,nAM)ns.

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